‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 76 sur 521 · II · texte numérisé non relu

II

vinces ont été remises en possession de modifier leurs lois particulières, au gré de leurs intérêts. Si limité que soit son pouvoir, le roi exerce une grande influence de tuteur et de modérateur. Celui qui règne en 2440, Louis XXXIV, descendant de notre vieille lignée historique, est un homme vertueux et sans faste, tenu à l'abri des périls de la flatterie par les censeurs de l'État qui ne tolèrent auprès de lui aucun courtisan. Mais ses vertus, au surplus, suffisent à l'en défendre. Ses sujets le vénèrent, et quand une rixe menace de s'engager, on n'a qu'à invoquer son nom pour rétablir l'ordre. Chacun craindrait trop de faire de la peine à ce bon prince '. Mercier prétend qu'il rappelle les vertus de Henri IV, mais il veut parler de l'Henri IV imaginaire, édifiant et bonhomme, de l'Henri IV sans verdeur, ni pétulance, que le xviii"^ siècle avait inventé et qui ressemble si peu au vrai.

Une fois par semaine, le roi donne pendant trois heures une audience publique où la foule afflue*. C'est à la fois un conseil des ministres et une réunion de pétitionnaires. Les ministres font leur rapport sur les questions d'intérêt public; les assistants le contrôlent, présentent des propositions ou bien exposent leurs plaintes. L'allégorie ne fait pas défaut. Le roi, ceint d'une couronne d'olivier, occupe un trône dont le premier degré est la pierre tumulaire de son prédécesseur. Il est entouré de grands officiers qui arborent la gerbe et le cep de vigne, emblèmes de la prospérité de l'Etat. Un grand panetier porte une corbeille où chacun peut puiser, et si trop d'empressement à le faire marque le dénuement de plusieurs, les ministres sont punis. De même, dans les provinces, des intendants royaux sont chargés de recueillir toutes les réclamations des particuliers pour les porter au roi. Tout l'effort de ce régime est dirigé à la fois contre le faste et contre la misère, et comme si ce n'était pas assez d'un zèle que chacun, dans cette Salente, a sucé avec le lait, le roi et ses ministres s'exercent chaque année à une active commisération envers les malheureux en pra-

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