‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 83 sur 521 · An '2-1,40, ii · texte numérisé non relu

An '2-1,40, ii

si bien qu'en remontant à l'infini dans la série des embryons successifs, on arrive à admettre que nous étions tous dans les Hancs de la première femme ; doctrine bien plus honorable pour l'homme, préexistant en ovule par un acte de la volonté créatrice, que celle qui attribue sa naissance à une rencontre fortuite, à une opération mécanique. Que si l'on fait effort pour se figurer cette implication infinie d'atomes imperceptibles, on n'a, dira Mercier, qu'à imaginer une femelle primitive grosse comme une planète, en qui les milliards de germes mutuellement emboîtés deviendraient visibles; ramenons ensuite tout cet appareil aux proportions réelles que nos sens n'aperçoivent pas, nous ne ferons pas pour cela qu'il cesse d'être vrai'. On voit ce qui éblouit Mercier, et, toutes réserves faites sur le fond de la doctrine, on nous accordera qu'ici encore il est heureusement servi par son éloquence d'inspiré : « Nous existons depuis des milliers d'années. Nous dormions tous dans les flancs de la première femme; nous dormions invisibles dans notre obscur berceau. L'Etre des Etres et leur législateur a créé par un seul acte de volonté toutes les générations des êtres organisés pendant la durée de la planète où ils doivent habiter. Les générations aujourd'hui vivantes, c'est-à-dire développées sur le théâtre du monde, étaient pressées dans ce que nous appelons une petitesse infinie, parce que nous prenons ce que nous ne voyons pas pour le néant; et il y a cependant plusieurs mondes serrés et renfermés dans le monde que notre œil embrasse. Ainsi l'a voulu l'éternel Architecte-. »

En 2440, l'esprit humain aura donc dissipé bien des erreurs de sa longue enfance, mais il n'aura pourtant pas la présomption de se croire encore au terme de la science. Les siècles ultérieurs surpasseront celui-ci, « car où s'arrête la perfectibilité de l'homme armé de la géométrie et des arts mécaniques, instruit de la chimie? Il est né, sans doute, pour parcourir une sphère immense et pour toucher peut-être tout cp quil aperçoit'. »

Page 1