II
D'autres prédictions, parmi celles que j'ai appelées contingentcs, ont trait aux destinées futures des divers peuples et à leurs relations entre eux. Le règne de la raison et de la sensibilité s'étend sur tous et rien n'y fait plus obstacle, car la guerre est à tout jamais abolie. « Les sages des nations ont dicté le traité général: il s'est conclu d'une voix unanime, et ce qu'un siècle de fer et de boue appelait les rêves d'un homme de bien* s'est réalisé par des homnins éclairés et sensibles. » L'univers ne forme plus qu'une seule famille dont les groupes sont distincts par leur sol, leurs races, leurs mœurs et leurs langues, mais sans antagonisme, sans querelles et sans haines. En conséquence;, les armées permanentes ont été partout licenciées'. Ce point, toutefois, bien qu'il lui tînt au cœur, est de ceux sur lesquels Mercier s'est ravisé. Ici encore, il faut noter un de ses retours de bon sens. La guerre pourra bien, en effet, devenir rare; il n'importera pas moins de se défendre, le cas échéant, contre l'agression. Seulement, on a renoncé aux innombrables bataillons du xviiic siècle et on ne voit plus une Puissance envoyer au combat jusqu'à six cents pièces de canon. Quand les armées sont énormes elles s'embarrassent dans l'infini détail des services nécessaires à leur subsistance. Une petite troupe d'hommes d'élite animés de l'esprit militaire et du sentiment de l'honneur vaut bien mieux que des masses démesurées ^ L'arme blanche est préférée à l'artillerie, et, comme tout le monde a horreur de la guerre, les premiers chocs sont terribles et les campagnes courtes. Aussi ne voit-on plus les hostilités traîner pendant plusieurs années, et les dépenses s'accroître, et le fléau des expédients fiscaux, et le scandale des munitionnaires enrichis, et le désordre des camps et les plaisirs bruyants des officiers qui, étant appelés à y rester long-