‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 85 sur 521 · I, 297-301; ii · texte numérisé non relu

I, 297-301; ii

3. Voilà qui jusqu'à présent ne ressemble guère à une prophétie. Remarquons cependant que cette opinion de la supériorité du petit nombre sur le trop grand est celle d'un célèbre écrivain militaire allemand, Colmar von der Goltz.

temps, s'arrangeaient pour vivre comme chez eux*. Ce passage n'est, d'ailleurs, qu'une concession extrême de l'optimisme de Mercier.

Pas de guerre, sauf de très rares exceptions : tel sera l'état normal de l'humanité'. « Ce n'est plus le temps où l'on déplorait avec énergie le peu de vertu des traités, les infractions faites à la foi publique et le renversement de toute idée d'équilibre et de justice générale ^ » Pour assurer le repos de tous et empêcher que personne y attente, le concert des Etats a une autorité, et une force coactive qu'on ne soupçonnait pas*. Si néanmoins quelque différend survient et menace de s'aggraver, alors le chef de la religion (nous avons vu qu'il avait volontairement résigné son pouvoir temporel) prononce sur le litige et emploie sa force morale au profit de la paix publique. Cette médiation est d'autant mieux accueillie que toutes les nations, catholiques ou protestantes, sont revenues à l'unité de foi, «grâce à un digne chef de l'Église romaine^ ».

L'unité de foi! Pas totale pourtant, car les Juifs subsistent. Mercier leur tire un curieux horoscope. Bien plus nombreux au xvni*^ siècle déjà qu'ils ne le furent jamais dans la terre de Chanaan, ils ont prodigieusement pullulé depuis. Opiniâtres, incapables de fusion avec aucune autre race, énormément enrichis, ils forment en toute contrée une masse compacte. Un Français de 2440 porte sur eux ce jugement : « Vous aviez laissé dormir ce ferment qui pénétrait en silence tous les pays de l'Europe où règne le commerce ; ce ferment s'est développé d'une manière presque inattendue. « L'ambition les a pris de soumettre le monde à la loi mosaïque, et le monde alors s'est éveillé comme en sursaut, il a couru à sa propre défense. Sans

2. Cf. Galiaûi. « Il y aura beaucoup de troupes sur pied et presque point de guerres. Les troupes manœuvreront à ravir pour la parade, mais ni soldats ni officiers ne seront féroces ni braves. Ils seront bien galonnés et voilà tout. » i, 387.

3. « Je prends cela parce que je suis le plus fort, je le cède imrce je suis le plus faible, quitte à le reprendre quand vons serez le plus faible à votre tour. Voilà le vrai sens de tous les manifestes et de tous les traités ; tel est le droit public de l'Europe actuelle. » B. de N., iv, 5.

nul esprit de persécution, d'ailleurs, il a compris la nécessité (le « réparer l'invigilance politique des siècles précédents » ut de w réduire les Juifs, comme ci-devanl, à gagner leur vie dans une tranquillité absolue » '.

Le plus heureux eil'et de la pacification générale aura été démettre lin à toute rivalité entre la France et l'Angleterre, de nouer entre elles une amitié, une alliance indestructible qui tourne au plus grand profit de la civilisation*. Ce vœu est particulièrement cher à Mercier; pourtant il se réjouit de l'échec infligé à Forgueil britannique par l'alliance des Français et des Américains, et il décide que l'Angleterre perdra aussi les Indes'. Pour amener, d'ailleurs, la paix universelle, beaucoup de sang, au préalable, aura coulé encore. Car Mercier entend que les nations asservies s'afTranchissent. Dans Paris même s'élève la statue du glorieux nègre — un Toussaint Louverture non trahi par la victoire — qui a conquis la liberté de sa race, au prix d'une terrible insurrection contre les blancs*. Les deux Amériques, délivrées de toute domination européenne, forment, chacune sous le spectre d'un empereur, de vastes confédérations dont chaque membre se gouverne librement ^ La question d'Orient est réglée par l'expulsion des Turcs et le démembrement de leurs États*. Ce qu'il en reste, « régénéré sous le fer de la conquête », est devenu avec le temps une république florissante et formidable'. Pour sa part, la France a l'Egypte® et la Grèce^ « La légitime destruction des puissances barba-

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