II
humbles et humiliées. » Elle a reçu du statuaire les traits de la Suisse, la première entre ses enfants qui lui ait été filiale'. Elle n'a plus rien à pardonner désormais; et les navires qui affluent de toutes les parties du monde dans Paris, devenu port de mer, y sont autant de gages de la réconciliation universelle'. Ne reste-il rien pour la consommer? Si, il faut qu'un des plus grands de ceux par qui les hommes, autrefois, ont pleuré vienne confesser son remords; et sur les ruines de ce qui fut Versailles, Louis XIV évoqué verse des larmes amères : « Âhl que n'ai-je su^? » Ainsi finit le Rêve s'il en fut jamais*.
Les pages qui précèdent permettent d'apprécier la puissance d'illusion et l'ingénuité qui se manifestent dans l'utopie de Mercier. Ce sont caractères communs à tous les écrits delà même famille, mais celui-ci en a quelques-uns qui le distinguent de beaucoup d'autres et lui font grand honneur.
Mercier est le moins arrogant des novateurs et le moins haineux. S'il rêve éperdument d'améliorer l'ordre social qu'il a sous lesyeux, la passion de détruire lui est étrangère. Il n'a garde de raser la cité traditionnelle. Loin d'en abolir les fondements, les réparations mêmes qu'il y propose attestent le souci de les respecter. Catholique de naissance, en cessant d'être un fidèle il n'est pas devenu un ennemi. Toute l'Eglise convertie au déisme, voilà son vœu ingénu. Ce n'est pas celui d'un exterminateur. Réformée à sa guise, il la maintient dans l'Etat futur eu une haute dicnité. En