Lettre au marquis de TLibouviilc, 26 janvier
SA VIE, SON ni:UV[!E, SON TEMPS 159
emprunt au goût anglais ou au goût contemporain on ferait un volume. De son côté, et bien qu'il ne soit pas au mieux avec Voltaire, Piron harcèle La Chaussée d'épigrammcs. Colle lui-même, qui dut au genre sérieux tous ses succès publics', s'épuise néanmoins en arguties pour répudier une humiliante parenté avec ce réprouvé. 11 nous en donne un exemple plaisant dans l'examen de sa petite comédie, La Veuve : « Elle n'est point dans le goût purement larmoyant. C'est un autre genre, à ce que je crois. Elle est attendrissante au dénouement et intéressante d'abord. Je me flatte encore que ce n'est point une pièce romanesque et contre toute vraisemblance comme celles de La Chaussée, C'est une comédie de sentiment, si j'osais lui donner un nom'. » Qu'on n'aille pas le soupçonner de donner jamais dans « cette espèce monstrueuse de poème dramatique ^ «.
En fait de concessions, Voltaire atteint l'extrême limite en accordant que «l'intérêt et le pathétique ne gâtent rien'^ ». Au fond, il tient toute sa vie que c'est une preuve de stérilité que d'y avoir eu recours s. Cet avis a beaucoup d'approbateurs : c'est bientôt un lieu commun de dire, en forme de dédaigneuse excuse, que la difflculté de faire une bonne comédie ou une bonne tragédie explique des tentatives plus humbles". Fréron lui-même, qui se prononce pourtant en faveur du nouveau genre, ne lui reproche que d'être trop facile : sans beaucoup d'invention, ni de style, on réussit à faire verser des pleurs'.
C'est là, d'ailleurs, sa seule réserve. Avec l'auteur de V Année littéraire, nous passons aux partisans déclarés de l'intrus. Et ceux-là, du moins, à la diff"èrence de leurs adversaires, prennent la peine de fonder leur opinion en raison. D'abord, le théâtre sérieux a des titres anciens, ceux qu'il doit à Térence. Mais n'en eût-il pas qu'il pourrait s'en