‹ Sébastien ZametChapitre 11 sur 142 · ET AU MARÉCHAL D · texte numérisé non relu

ET AU MARÉCHAL D

(Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale)

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& n'en a point pour M. du Maine : fiez-vous a lamore de principil(1) »

Peut-être, s'il eût vécu, Zamet eût-il paralysé l’influence du maréchal d’Ancre, et épargné à Marie de Médicis de cruels déboires ; car il était homme de dévouement et de bon conseil, et savait, comme il le disait, « préférer le bien général à son particulier ».

Mais il mourut le 14 juillet 1614, à l’âge de 67 ans, et moins d’un an après, le 12 mai 1615, Madeleine Le Clerc, sa femme, le rejoignait dans la tombe. Ils furent inhumés dans l’église des Célestins, où leur fils l’évêque de Langres leur fit élever, en même temps qu’à son frère, de superbes mausolées (1634) (2).

Au moment précis où finit le rôle politique de Sébastien Zamet, commence, sur un théâtre bien différent, celui de son fils Sébastien Zamet IT, évêque de Langres.

sil

Les fils du financier Zamet. — Brillante carrière de l'aîné, Jean Zamet ; sa bravoure, ses faits d'armes. — Son amilié avec Pontis et Arnauld d’Andilly. — Sa mort glorieuse devant Montpellier (1622).

De son mariage avec Madeleine Le Clerc du Tremblay, Zamet avait eu deux fils: Jean et Sébastien, qui devinrent également célèbres (3). Elevés, pour ainsi dire, sur

(1) BassomrreRREe, Mémoires, Collect. Mich. et Pouj. p. 84-88.

(2) Voici le texte de l’épitaphe qu'on pouvait lire dans la chapelle Zamet :

« Icy repose Messire Sébastien Zamet, Chevalier, Baron de Murat et de Billy, Seigneur de Beauvoir et de Casabelle, Conseiller du Roy en ses Conseils, Capitaine du Chasteau et Surintendant des bastimens de Fontainebleau, Surintendant de la Maison de la Royne, honoré durant sa vie de la bienveillance de nos Roys, pour ses services et sa fidélité, aimé des princes et des Grands de ce Royaume, pour son cœur franc et généreux, célèbre dans les provinces étrangères pour sa magnificence, lequel àägé de LXVIT ans décéda le lundy XIVe jour de juillet MDCXIV, à Paris en son Hostel, Rue dela Cerisaye, plaint et regretté des siens pour sa bonté et pleuré des pauvres pour sa charité et ses libéralités. »

Le dessin de ces mausolées existe au Cabinet des Estampes de la Bib. Nat. dans la Collection des Tombeaux de Gaignières. Pe 11, fo 22.

(3) Nous devons mentionner ici un autre fils du financier Zamet, dont le nom revient fréquemment dans les annales religieuses du xvn® siècle. I s’agit de Zamet de Saint Pierre, d'abord capitaine d’une compagnie, puis en-

les genoux d'Henri IV, ils devaient tous deux éprouver les effets de la bienveillance royale. L’aîné, Jean, prit, selon la coutume de l’époque, le parti des armes, et devint rapidement un des plus braves officiers de son temps.

rôlé dans une milice d'un autre genre, et adonné à la pratique de toutes les bonnes œuvres.

Plusieurs historiens font de lui le neveu de l'évêque de Langres, M. Raoul ALLIER, entre autres (la Cabale des Dévôts, Paris, Colin, 1902, p. 17), et Dom Beaucaetï-FiLLeau, qui crut devoir corriger par une note le texte formel de D’ARGENSON, (Annales de la Compagnie du Saint-Sacrement, p. 15). D'Argenson dit en effet : « On nomma lors pour secrétaire M. de Saint Pierre, frère de M. l'Evèque de Langres. » Et D’ARSENSON avait raison,

On verra plus loin, par les lettres de M. de Langres à Richelieu qu'il parle à plusieurs reprises de « son frère de Saint Pierre. » Ce qui a pu induire en erreur, c'est que Zamet de Saint Pierre n'était que le demi-frère de Jean et de Sébastien ; et ce qui est pire, c'est qu'il n'est même pas facile de déterminer s'il était leur frère de père ou de mère. Nicolas Gouzas, dans ses Mémoires, en fait le frère utérin de Jean Zamet : « Il me prit envie d'acheter une compagnie dans un vieux corps, et arrivant à Paris, j'en fis chercher une et trouvay bientost marchand. C'étoit M. de Saint Pierre, frère utérin de feu M. Zamet, mestre de camp de Champagne. » (Mémoires, édit. Renouard, 4879, t. I, p. 57). Mais SexauLr, l'apothicaire langrois, bien placé pour être renseigné, écrit dans son Journal, en 1622 : « Le dymanche 6 mars du dict an 1622, arriva par deça à heure de midy, Monsieur Zamet de Naples, oncle de Morseigneur de Langres ; et vint avec luy monsieur de Sainct Pierre, frère de mondict Seigneur de Langres du costé paternel. Mondict seigneur alla audevant d'eux en son carrosse jusques à Sainet Geosme, et entrérent avec luy aud. carrosse. I les a logés en sa maison, proche l'Oratoire. »

Entre ces deux témoignages contradictoires, il n'est guère possible, croyons-nous, d'hésiter ; le nom seul, Zamet de Saint Pierre, aide à trancher la difficulté, et nous pensons que c'est Senault qui nous livre la vraie parenté de M. de Saint Pierre el de l’évèque de Langres.

C'est en 1627, au moment même où fut conçu le dessein de fonder la Compagnie du Saint-Sacrement, que Zamet de Saint Pierre chercha à «se défaire de sa compagnie », et à abandonner le métier des armes. (Voir aux Pièces justificatives, IV. Documents sur le marquis de Rouillac. % M. de Langres à Richelieu.) 1 devint un des confrères les plus ardents de la ni ystérieuse société, et remplit à maintes reprises les charges de secrétaire et de supérieur, L’évêque de Dardanie, Etienne du Puget, nommé à l'évêché de Marseille, écrivait le 28 août 1643 à la Compagnie de Paris. « Messieurs, je vous suis très obligé, et de la bonne opinion que vous daiïgnez concevoir de moy, et du tesmoignage que vous m'en avez voulu rendre par la lettre que vous m'avez faict l'honneur de m'escrire. Je dois l'un et l’autre à la charité de M. de Sainct Pierre, qui m'estime plus que je ne mérile, Je laisse à son soing de vous lenir advertis de ce que j'ai négocié avec luy.…. etc. » (A. RÉBEL- LIAU, La Compagnie du T.S. Sacrement de Marseille, Champion 1909, p. 67) — M. de saint Pierre mourut en août 1646.

Sur ce personnage, et son rôle dans la Compagnie du Saint-Sacrement, Cf. Beaucaer-Firreau, Annales de la Compagnie du Saïnt-Sacrement par le comte René de Voyer d'Argenson, Marseille, 4900 : À. RÉBELLIAU, La Compagnie du T.S. Sacrement de Marseille, Paris, Champion, 1909, pp. 36 et 67: R. ALLrer, La cabale des dévots, Paris, Colin, 1902, pp. 17 et 42; Za Compagnie du T. S. Sacrement de l'Autel à Marseille, Paris, Champion, 1909, pp. 168, 172, 174.

Il avait éludié avec passion, dans sa jeunesse, l’histoire, les mathématiques, la stratégique, et les fortifications : « la connaissance de ces sciences, et de plusieurs langues, avec la politesse de ses mœurs et le grand ordre qu’il gardait dans sa vie, écrit un contemporain, l'avaient mis en si haut point, qu’on le jugeait capable des plus grandes charges »(1). Aussitôt son éducation militaire achevée, il « quittait le repos dont la France jouissait alors »(2), demandait au Roi la permission d’aller guerroyer contre les Turcs, et en 1607, Henri IV l’envoyait auprès du grand duc de Toscane, pour qu'il se trouvât « aux occasions de guerre sur ses galères », et pour « y recevoir de l'honneur ». « Je vous prie de le voir de bon œil, écrivait-il à son « oncle » et de le favoriser comme fils d’un père que j’ayme et comme ma nourriture mesme »(3).

Jean Zamet se montra digne de ses illustres protecteurs, et sa bravoure devint proverbiale parmi les Musulmans. De retour en France, il eut quelques duels fameux (4), et

(1) Cn. Bernarp, Æistoire de Louis XJ17, 1646, in-f°, p. 412.

(2) Extrait de son épitaphe.

(3) « Mon oncle, Vous recevrès ce mot par les mains de Zamet, qui part exprès d'icy pour se trouver ceste année aux occasions de guerre sur vos galères. C’est une résolution que j'ay eue agréable, m'asseurant qu'il ÿ pourra apprendre plus qu'en nul lieu, et aussy qu'en ma considération, il y recevra de l'honneur, et que vous en ferès cas. Je vous prie de le voir de bon œil et de le favoriser comme fils d'un père que jayme et comme ma nourriture mesme. À Dieu, mon oncle, lequel je prie vous avoir en sa garde.

Ce XIXe avril, à Fontainebleau, Henry (Lettres missives d'Henri IV, NII, p. 190.

(4) Avec M. de Balagny, en particulier, à qui il adressa les deux cartels

suivants :

4o &« ‘À Monsr, Mons" de Balagny, Monsieur, les advantages que j'ay sceu que vous prenès de ce qui s’est passé entre nous me fait désirer de vous

voir l'espée à la main. C'est pourquoy je vous envoye ce mot pour vous prier que demain à six heures du matin vous vous trouviez à St-Denis où à l'entrée de la porte vous trouverès mon laquais avec deux espées desquelles vous aurès le choix, Il vous mènera où je seray seul, sur un bon cheval, en fort homme de bien, vous promettant que ne recevrès nul désadvantage que du sort des armes. C'est Zamet.

Je vous ay voulu advertir dès ce soir afin que nul empêchement ne retardät ma salisfaction. »

% Monsieur, Puisque le rwalheur est tel que, selon vostre désir et le mien, nous ne nous peusmes voir dimanche l'espée à la main, Jay creu que la mesnue franchise dont vous usastes, vous fera, à cette heure que l'occasion

dans l’un d’eux, tua son adversaire, le sieur de Vidossang. Voici dans quelle circonstance : Un jour, à Fontainebleau, après avoir assisté « au soupper du Roy » , Zamet était entré dans la chambre des filles de la Reine, et au son des violons, « avait dansé une gaillarde, comme quelques autres de ceux qui y estoient ». Le sieur de Vidossang avait dansé à son tour, et par moquerie, ou pour amuser les dames, s'était ingénié à contrefaire Zamet ; celui-ci entendit les réflexions de quelques dames, et pour s'assurer de la réalité du fait », se coula près le lieu où estoit ledit Vidossang où il entendit ceux qui estoient près de luy, luy dire qu'il contrefist celuy qui dansoit aussy bien qu'il avoit contrefait l’autre. » Par respect pour la compagnie. l’offensé avait gardé le silence, maistlenientier main matin au point du jour, il avait envoyé au sieur de Vidossang un laquais porteur d'un cartel, « où il luy mandoit que s’il luy sembloit avoir eu bonne grâce à le contrefaire le soir, il espérait l'avoir aussy bonne le matin les armes à la main ; c’est pourquoy il l’attendoit seul où le laquais porteur le mèneroit avec une espée et un poignart, pour luy tesmoigner que son ambition estoit d’estre meilleur soldat que bon danseur ». Vidossang n'arriva qu'à huit heures sur la route de Fontainebleau à Montigny, au lieu où l’atlendait Zamet. Celui-ci demanda à son adversaire s’il se souvenait de la scène de la veille ; l’autre répondit: « Ouydà », et le duel commença. Après plusieurs minutes de combat, au moment où Zamet se préparait à foncer sur son adversaire « il se rencontra sous son pied gauche quelques feuilles de chesne mouillées, qui le firent glisser, tourner le corps de costé et presque tomber par terre ». Vidossang en profita pour lui porter « au-dessous de laisselle gauche » un coup d'épée qui le blessa grièvement. Voyant son sang couler en abondance, Zamet se précipita sur Vidossang et « luy se présente, suivre ce laquais qui vous mènera où je suis seul sur un bon cheval, et avec deux espées dont vous aurès le choix afin que je vous fasse paraistre qu’en toutes mes actions je suis homme de bien. C'est Zamet,

Ce 20 Janvier » (la date de l'année est incertaine). (Bib, de l’Arsenal, mss Conrart, &. XIV, p. 97).

donna une estocade » qui devait être mortelle. Le voyant près de sa fin, Zamet l’exhorta « à prier Dieu » et partit à Moret, où il apprit le décès avec « beaucoup de regret et déplaisir ». Henri IV, considérant « que ledit fait était arrivé pour la deffence et conservation de son honneur et ne se laisser mépriser par les risées et mocqueries du sieur de Vidossang, qui par desdain lavoit voulu contrefaire, et qu’en tous autres actes, il s’étoit toujours vertueusement conduit », accorda à Jean Zamet des lettres de rémission (1608) (1).

La renommée de l'officier ne fit désormais que grandir. I obtint bientôt la main de Jeanne de Goth de Rouillac, nièce du duc d'Epernon(2), et fut assez heureux pour se distinguer pendant la minorité de Louis XIII, puis dans la guerre contre les Protestants. Il suivit le Roi en Guyenne, en 1615 et en 1616. Le 1er janvier 1617, Richelieu le fit nommer mestre de camp du Régiment de Picardie, « le premier régiment de France ». Il commanda ce régiment à l’armée de Champagne, sous le duc de Guise, puis à l’armée du Roi en 1619, et à l’attaque des retranchements des Ponts-de-Cé, en 1620. Il sé sisnala de nouveau. à; l’île du Périer et-à l'ile de Ré, où Louis XIII se montra digne fils d'Henri IV, et émerveilla ses officiers et ses soldats, par sa bravoure, son endurance et son mépris du danger. Dans cette périlleuse affaire, Zamet avait été chargé par le Roi « d’aller de tous côtés avec M. le Prince, pour tenir l’armée en bon ordre et discipline »(3) et il avait, par sa fermeté, contribué à assurer la victoire.

Le jeune mestre de camp était un de ces hommes supérieurs qui exercent, par la dignité de leur vie et la

(1) Bib, Nat. Mss. fr. 5809, fo 118 vo et 119, On sait que sous Henri IV, les duels étaient extrêmement fréquents. En 1607, dix-huit ans après l'avènement d'Henri IV, Loménie comptait déjà quatre mille gentilshommes tués en duel.

(2) C'est à l'occasion de ce mariage (1612), que le financier prononça une

parole fameuse que Destouches à introduite dans le Glorieux (Acte Ve Sc, V). Comme le notaire qui dressait le contrat lui demandait l’énumération de ses titres, Sébastien Zamet lui répondit: « Qualifiez-moi seigneur suzerain

de dix-sept cent mille écus !

(3) Benxan», Histoire de Louis XJIT, p. 823,

24 SÉBASTIEN ZAMET à noblesse de leur caractère, une véritable fascination sur leur entourage. Il était adoré de ses hommes et de ses officiers ; Pontis regardait comme « le plus grand trésor de sa vie » l'amitié étroite qu'il avait contractée « avec ce grand homme, le plus honnête, le plus vertueux et le plus généreux qu’il eût connu » (1). Dans une périlleuse rencontre devant Montauban, Pontis avait sauvé son ami, couvert de blessures et l'avait arraché des mains de l'ennemi (1621). Le mestre de camp, ne sachant comment lui témoigner sa reconnaissance, lui déclara « qu’il partagerait à l’avenir son bien et sa fortune avec lui ; qu'il voulait qu’il le considérât comme son frère, el que ne pouvant lui donner de charge qui le liât davantage à lui que celle de son lieutenant, il le priait d'accepter l'offre qu’il lui en faisait », lui promettant de faire avancer sa fortune en même temps que la sienne propre. Louis XIII, qui avait voulu entendre de la bouche de Pontis le récit de ce fait d'armes, le nomma lieutenant de M. Zamet au Régiment de Picardie, et premier lieutenant des armées du Roi.

L'amitié de Zamet et de Pontis rappelle celle de Montaigne et de La Boétie. « De ce jour-là, écrit Pontis, il se forma une union si étroite entre nous deux que la mort même ne l’a pu rompre, puisque je la sens encore à présent si-fortement gravée dans mon cœur, trente quatre ans après avoir perdu cet ami, que je ne puis ni penser à lui ni en parler, sans être touché plus”que je ne le saurais exprimer »(2).

L'année suivante, cette union de tous les instants fut interrompue par Louis XIII, qui voulut attacher Zamet à sa personne avec le titre de maréchal de camp de ses armées. Pontis fut au désespoir, mais son ami lui conseilla de rester lieutenant au Régiment de Picardie, sous son successeur, M. de Liancourt, en attendant qu'il trouvât l’occasion de le rapprocher de sa personne.

Si Henri IV et Sébastien Zamet étaient faits pour s’en-

(1) Poxris, Mémoires, Edit, Hachette, 1904, p. 52 et suiv, (2) Zbid.

tendre à cause de leur jovialité et de leur morale facile, il est curieux de constater que leurs fils, Louis XIII et Jean Zamet, sympathisaient pour des motifs tout opposés.

L’estime de Louis XIII pour M. Zamet avait, en effet, pour causes une très grande similitude de caractère et une délicatesse de sentiments analogues. Véritable héros chrélien, Zamet interdisait rigoureusement à ses troupes les pillages, viols et incendies, que d’autres officiers regardaient comme la rançon inévitable de la guerre ; comme Pontis et Arnauld d’Andilly, à qui il avait inculqué ses principes, il protégeait l’honneur des femmes, que la prise des villes mettait en péril ; brave jusqu’à la témérité, toujours le premier à l’assaut, il reçut des Protestants, qui le redoutaient fort, le surnom de « Grand Mahomet » (1).

« Lorsque Sa Majesté, écrit Arnauld d’Andilly, eut pris la résolution d’assiéger Montpellier, elle l’envoya devant, avec un corps de cavalerie de ses meilleures troupes ; il marcha avec une telle discipline, qu’on le recevait comme en triomphe dans toutes les villes(2). » Arrivé près de Montpellier, il détruisit presque entièrement un régiment de six cents hommes de la garnison, grâce à un stratagème, qui porta son nom aux nues, et amusa beaucoup les Parisiens, dès que la nouvelle en fut publiée dans les rues.de la capitale(16 juillet 1622) (3). I1 mit sa cavalerie en embuscade à une demi-lieue de la ville, et s’avança avec de grands chariots « couverts par le dessus, et remplis au dedans de plusieurs machines de guerre, arquebuses à croc, fauconneaux, el autres mousquets emboités six à six dans de certaines pièces de bois, lesquels on peut descharger en mesme temps et faire de grandes exécutions ». Ces chariots élaient conduits par

(1) Sans doute à cause de ses campagnes en Orient.

(2) Annauzp D'ANniLLy, Mémoires, Collect. Michaud, p. 439.

(3) « La sanglante et mémorable défaite de six cens hommes de la garnison de Montpellier, par Monsieur de Zamet, avec le stratagème et industrie, par où il a surpris lesdils rebelles en leur première sorlie ».

A Paris, chez Jean Martin, rue de la vieille Bouclerie, (sic), au gros Tournois,

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des soldats d'infanterie habillés en villageois, qui bientôt « firent semblant de moissonner et de couper les bleds ». La sentinelle donna l'alarme, et comme les Montpelliérains jugèrent « qu’il ne pouvoit y avoir au plus que deux ou trois cens hommes, ils firent sortir de la garnison environ six cens mousquetaires, pour charger les moissonneurs, qui les voyant venir, firent feinte de reculer, pour les attirer davantage au combat ». Bientôt, sur l’ordre de Zamet, « on commença à faire joüer toutes les machines et arquebuses qui estoient dans les chariots, qui firent un tel effet, qu'il en demeura plus de cent sur la place ». Les autres voulurent fuir, mais ils furent bientôt enveloppés par la cavalerie, sortie de son embuscade, et « quelques-uns seulement échappèrent, pour en porter la nouvelle aux ennemis. »

Ce fut le dernier exploit de Jean Zamet. Sa brillante carrière, qui, au témoignage de tous les auteurs du temps, se fût terminée par le bâton de maréchal de France, fut brusquement interrompue le 3 septembre 1622, au siège de Montpellier. Blessé mortellement par un boulet qui lui emporta la cuisse au moment où il disposait ses troupes pour le combat, il eut le courage de haranguer les principaux officiers des régiments placés sous ses ordres. « Mes compagnons, leur dit-il, si cette grande blessure qu’en votre présence je viens de recevoir, ne m'oste bientôt la vie, au moins nrostera-t-elle, à ce que je croys,le moyen de pouvoir jamais combattre avec vous, Et cela estant, qu’il vous souvienne, je vous prie, de m'avoir plusieurs fois oui-dire, qu'autant la profession des armes surpasse toutes les autres professions, autant votre condition se relève maintenant par-dessus celle de tous les autres guerriers ; qu’en cette occasion, vous n’avez pas seulement le titre de soldats, mais que vous êtes soldats de la Foy, combattant sous l’étendard de Jésus-Christ, contre des gens qui, se séparant de la croyance véritable de leurs pères, y ont joint encore le crime de rébellion contre le Roy. Quel plus grand bonheur pouvez-vous espérer que d’estre employés en cette milice ?

Et si vous considérez les choses de la terre, que devezvous plus estimer que d’avoir vos travaux communs avec votre Prince, que vous voyez journellement avec vous, témoin de vos actions valeureuses ? — A ces paroles, la douleur de sa playe luy faisant faillir le cœur, il les pria d'attendre qu'il eût un peu repris haleine. Et ayant été quelque peu de temps en silence, il leur dit encore: « Servez le Roy de bon courage, supportez doucement les fatigues de la guerre, et si quelques foys la nécessité des affaires vous fait différer vos monstres (paye), croyez qu'il n'y a que les ennemis qui en soient cause, et qu'il n’y ait qu'eux qui sentent les effets de votre indignation. » Il voulait parler davantage, mais la faiblesse l'en empêcha (1) ». Quelques heures après, sur son lit de souffrance, il blâmait Pontis d’avoir voulu venger sa mort « en faisant tailler en pièces ces pauvres gens qui étaient près de demander quartier », et il lui reprochail cel « excès d’une amitié mal réglée ». « Avez-vous pu me donner la vie, lui dit-il, en l’ôtant si cruellement à ces misérables ? Reconnaissez donc, je vous supplie, cette

(1) Cu. Bernano, /isloire de Louis XIII, 1646, in-fo, p. 412.

ARNAULD D'ANDILLY rapporte de Zamet une parole qui est bien dans le ton général de ce discours. Après son exploit devant Montpellier, il fut saisi d'une violente maladie, et le Roi, dès qu'il le vit convalescent, « lui dit de se retirer dans quelque grande ville pour se guérir et revenir ensuite au siège. Il supplia Sa Majesté de l'en dispenser, ne bougea du camp et ne perdit pas un moment dans ce grand siège, aussitôt qu'il se trouva en état de le pouvoir faire. Et sur ce que le Roi avait eu la bonté de lui dire ce que Je viens d'en rapporter, il me dit en confiance : « C'est pas ici une occasion qui permette de s'aller rafraîchir. Cestune guerre de religion qui regarde Dieu, et dans laquelle je m'estimerai trop heureux de pouvoir laver mes péchés dans mon sang ». Cette parole également chrétienne et généreuse fut accomplie. » (Mémoires, coll. Michaud, p. 439).

Comme Ponris, ArNauLD D'ANDILLY fait de Jean Zamet le plus bel éloge que l'on puisse faire d’un homme, Il lui accorde non seulement tous les dons de l'esprit et du cœur, mais « cette grandeur d'âme qui s'étend à tout, qui fait qu'on s'élève au-dessus des intérêts qui aveuglent presque tous les hommes, que l’on ne pense qu'à remplir tous ses devoirs envers son Dieu, son prince, sa patrie, ses amis. » « Personne ne l'ayant plus connu que moi, ajoute-til, je puis dire sans crainte que c’étoit un homme si extraordinaire, qu'il n'y avait point d'emplois et de charges, dont il ne pût être honoré avec le temps, si l’on eût rendu justice à son mérite... et quelque grande que fût son ambition, elle était soutenue par tant de vertus et se proposait une fin si glorieuse, autant selon Dieu que selon les hommes, que l'on ne pouvoit y rien trouver à redire... » (Mémoires, p. 438),

faute comme l’une des plus grandes que vous ayez peutêtre jamais faites de votre vie. Ce remède que vous avez prétendu apporter à mon mal ma été beaucoup plus douloureux que le mal même, et je me sens obligé de vous conjurer de tout mon cœur qu'il ne vous arrive jamais que pour la mort de quelque ami, ou pour la vôtre même, vous retombiez dans un semblable emportement UD Ye »

Ne croirait-on pas lire Joinville, et le récit de ses conversations avec Saint Louis ? « Nous étions seuls, continue Pontis, quand il me parla de cette sorte ; et j'avoue que comme je n'avais point alors de paroles pour répondre à un discours si touchant, je n’en ai point encore à présent pour représenter cet état où je me trouvai, étant forcé el par les raisons de M. Zamet et par mon propre naturel de prononcer une terrible condamnation contre moi-même de cet excès où je m'élais abandonné. Les paroles donc me manquant, je lui fis connaître ma disposition par l’abondance de mes larmes, que je ne pus retenir ; et il faut avouer que ce discours si chrétien, joint à l’état de celui qui me le fit, m’imprima un si vif sentiment au fond du cœur, que jy ai toujours porté depuis une douleur continuelle de cette action si barbare. »

Pontis, grièvement blessé lui-même deux jours après dans une attaque, ne put assister aux derniers moments de son ami. Il avait reçu ses dernières volontés et accepté d’être son exécuteur testamentaire. Ce fut entre les bras d’Arnauld d'Andilly, que Jean Zamet expira, le 8 septembre 1622, en répétant: « Quel trésor cest qu'un bon ami ! » 11 légua au futur solitaire un grand tableau, représentant saint Jean dans le désert, qui alla plus tard orner le réfectoire de Port-Royal des Champs (2).

(1) Poxris, Mémoires, édit. Hachette, 1904, p. 83.

(2) L'évêque de Langres, dans une lettre adressée à Madame de la Tournelle, coadjutrice de Tart, le 40 Octobre 1622, parle en ces termes de la mort de Jean Zamet: « Mon pauvre frère à la fin est mort, n'ayant vescu que cinq jours après sa blessure, Vos prières ne luy ont pas servy pour luy conserver la vie temporelle, mais pour luy en mériter plustost une éternelle, Je pense

Le Roi, très affligé de cetle mort, maintint à sa veuve, pendant la minorité de ses enfants, l'administration et la direction de la charge de M. Zamet, au palais de Fontainebleau, et elle fut comprise parmi les officiers du château pour des « gaiges de six mille livres, comme ayant l’administration des charges de capitaine, concierge, superintendant et ordonnateur général dudit chasteau, pendant le bas aage de Messire Sébastien de Zamet, baron de Beauvoir, son fils (1), et pour une autre somme de mille livres, pour l’estat de concierge et garde des clefs des grandes portes d’iceluy chasteau (2). »

Richelieu écrivit, de son côté, à Madame Zamet la lettre suivante :

« Madame,

Ces lignes ne sont que pour vous lémoigner que dans la perte générale que la France a faicte en la personne de Monsieur votre mary, j ay esté touché d'un plus sensible déplaisir qu'aucun autre pour la profession particulière que je faisois d'amitié avec luy. La réputation qu’il s'est acquise, le subject de sa fin, et les circonstances particulières dont elle a esté accompagnée, vous doivent faire supporter vostre mal plu< patiemment. Si la partque vos amys y prennent le pouvoit diminuer, ia mienne seule vous apporteroit beaucoup de soulagement. Mais la peine d’aultruy ne pouvant alléger celle que vous soulfrez, je ne puis autre chose que supplier Dieu qu'il luy plaise la porter avec vous. Ce qu’il fera assurément, si vous vous résolvez comme je n'en doubte point, de la porter avec luy. J'espère cest effect de vostre vertu et de sa bonté. Et en ceste confiance, il ne me reste qu’à vous asseurer que je suis, etc. » (3).

Le corps de Jean Zamet fut transporté solennellement de Montpellier à Paris, dans un .carrosse de deuil, et inhumé aux Célestins, dans la chapelle de la famille (4).

qu'il est en lieu où il prie pour nous: #/ esf mort saintement, et avec un courage et une résolution d'esprit indicible. La gloire en soit à Celuy qui est l’autheur des grâces! » (Cf. Lettres spiriluelles de Sébastien Zamel, lettre XVI, p.79).

(1) Jean Zamet laissait un fils, Sébastien, qui mourut en 1636, et une fille, Chrétienne, qui épousa Hector Roger de Pardaillan de Gondrin, aïeul du marquis de Montespan.

(2) Bib. de l'Université, ms (M. s. h. [, 44).

(3) Lettres de Richelieu, publiées par Avenez, t. I, p. 724.

{1} Voici l’épitaphe que lui consacra son frère, l'évêque de Langres, en 1634:

« À la mémoire de Messire Jean Zamet, Baron de Murat et Billy, Seigneur

Ces détails étaient nécessaires pour présenter au lecteur Messire Sébastien Zamet, évêque-duc de Langres. Ils feront mieux comprendre le rôle important qu’il allait jouer et la faveur dont il jouissait à la cour, en même temps qu'ils projetteront quelque lumière sur certaines phases de sa vie.

de Beauvoir et de Casabelle, Conseiller du Roy en ses Conseils, Capitaine du Chasteau et Surintendant des Bastimens de Fontainebleau, lequel après avoir passé ses jeunes ans à se rendre parfaict en tous les exercices qui peuvent relever un grand courage, quitta le repos dont la France jouissoit alors pour aller jusques dans l'Orient chercher de quoy l'exercer contre les ennemis du nom chrestien, d’où il rapporta tant de gloire qu'elle servit de fondement à celle qu'il a depuis acquise, servant le Roy en toutes les occasions, tant dans les premiers mouvemens de la minorité où il eut l'honneur d’estre employé et d'avoir commandement, que depuis, en la guerre suscitée peu après par les hérétiques rebelles, contre lesquels il donna tant de preuves de son zèle et de sa valeur, estant maistre de camp du Régiment de Picardie, qu'il mérita le titre de Maréchal de camp dans l’armée du Roy, lequel exerçant au siège de Montpellier, il marchoit à grands pas au milieu des honneurs militaires, lorsqu'un coup de boulet lui brisa la cuisse, et arresta le cours de sa vie, pour luy faire jouir dans le ciel de la vraie gloire dont il n’eust pu reconnoistre que les ombres sur la terre. I fut blessé le samedy IITe jour de septembre MDCXXII, jour dédié à la Sainte Vierge et mourut le jeudy ensuivant, jour de la Nativité de la mesme Vierge. »

Cette inscription était gravée en lettres d'or sur une plaque de marbre noir fixée au pilier de gauche de la chapelle; en face, sur le pilier de droite, se lisait celle du financier. Sur les tombeaux eux-mêmes, dont nous donnons une reproduction, étaient gravées des inscriptions très courtes: au milieu, au-dessus des armes de l'évêque de Langres, et de la fleur de lis qui se trouvait entre les deux tombeaux, on lisait :

« Très illustre et très Révérend Père en Dieu, Messire Sébastien Zamet, Evesque et Duc de Langres, Pair de France, touché de l'affection que la charité divine donne aux vivans envers-les morts, a fait élever ces monumens à son père et à son frère, afin que les chrestiens prennent subjet de contempler dans ces marbres luisans, la gloire solide et immortelle qu'auront les corps des Bienheureux le jour de la Résurrection. » MDCXXXIV.

(Bib. Nat. Cabinet des Estampes, Gaignières, Pe 11, fo 22: f. fr. 8217 Cab. des Titres, ms 515). Voir aux Pièces justificatives (VII) les épitaphes des autres membres de la famille Zamet.

CHAPEPRE-T

L'éducation de Sébastien Zamet. — I] est nommé Abbé de Juilly et Aumônier du Roi. — Les études théologiques en Sorbonne. — Henri IV destine à son aumônier Ja coadjutorerie de Langres (1610). — amet et les Ecoles Saint-Thomas. — Richer et Ubaldini. — M. de Juilly et l’Oratoire. — Une dédicace curieuse. — Zamet évêque nommé de Langres (4614). — Il assiste aux Etats Généraux et à l'As-

semblée du Clergé. — Son sacre et sa prise de possession de l’Evêché de Langres (1615).

Jean, son aîné, appartenant à l’armée, il ne restait au cadet que d’être d’Eglise, selon l’usage du temps. Sébastien Zamet fut donc destiné à la carrière ecclésiastique. Né à Paris en 1588 (1), il fut élevé délicatement, au milieu du luxe et des splendeurs de l'hôtel de la rue de la Cerisaie. Sans nul doute, il fut plus d’une fois choyé par Henri IV, qui adorait les enfants ; il connut aussi, dès son jeune âge, les plus grands seigneurs de la cour, et à ce contact, acquit très vite cette urbanité, celte politesse exquise, qui sont un des traits de son caractère.

(1) Si l’on en croyait l'inscription gravée au bas de son portrait, par Bouchet, inscription qui le fait mourir en 1655 à l'age de 72 ans, l'évèque de Langres serait né en 1583. (Voir ce portrait en tête de notre volume des Lettres spiriluelles de Sébastien Zamet.) Mais nous trouvons à l'adoption de cette date, plusieurs impossibilités. En effet, les lettres de rémission, accordées par Henri IV à Jean Zamet en 1608, le disent âgé de 23 ans ; ce qui reporte sa naissance à l’année 1585, et dès lors il ne serait plus l'aîné. D'autre part, l'acte de préconisation de Sébastien Zamet, au Consistoire du 6 Avril 1615, le déclare âgé de 27 ans, ou mieux dans la 27° année de son àge « in 27° ætatis suæ anno constituti » c'est-à-dire qu'il serait né en 1588. Enfin ül fit ses études « aux collèges de Paris et de la Flèche». (Vicnier, Décade historique du Diocèse de Langres, Langres, 1894, (. II, p. 258), ce qui ne s'expliquerait guère s’il était né en 1583, puisqu'il aurait eu 20 ans lors de l'ouverture du collège de la Flèche en 1603, ou 1604. — MacHERET, un contemiporain, nous paraît beaucoup plus près de la vérité, lorsqu'il écrit dans son Journal, que Mgr Zamet mourut âgé de soixante-huit ans. ».

Sa mère, Madeleine Le Clerc du Tremblay, dont il existe, au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale, deux portraits attribués à François Clouet(1}), était d’une beauté remarquable et si l’on en juge par sa physionomie, alliait à l'intelligence les dons du cœur: la douceur et la bonté. Proche parente du Père Joseph, c’est elle qui, au milieu de ses devoirs mondains, se chargea de la première éducation de ses fils et leur inculqua ces sentiments chrétiens, dont ils devaient donner tant de preu- NÉS an

Mais bientôt le jeune Sébastien dut quitter sa famille, — à regret sans doute, si l’on songe au luxe dont il était entouré, — pour aller faire ses études classiques au collège de la Flèche, alors très en vogue( 3). Claude Bertin, futur oratorien, était son précepteur (4). « Comme il

(1) François CLouer, né à Tours vers 1516, remplaça son père, Jean Clouet, en 1540, dans les fonctions de premier peintre du Roi, et mourut en 4572. Ronsard l'appelle : «l'honneur de nostre France. » C’est, en effet, le plus illustre des peintres français du XVIe siècle.

Le catalogue de la Bibliothèque Nationale intitulé : £xposition des portrails

peints et dessinés du XIIIe au XVIIe siècle, 1907, p. 414, mentionne de la manière suivante le dessin que nous reproduisons :

« Attribué à François Clouet, vers 1570. — En buste de 3/4 à gauche ; coiffée en arcelets, et portant l’escoffion : de nombreux bijoux distribués autour du cou, sur la poitrine, et sur les manches. — 4 /a sanguine, de la main

dite de Foulon : Manaue Zamer. »

Ces deux mots : Mapame Zamer, qu'on peut lire, à droite, en haut du portrait, seraient de la main de Benjamin Foulon, neveu de François Clouet, qui aurait hérité de l'album de son oncle.

L'album dont fait partie le portrait de Madeleine Le Clerc, contient DT dessins, et fut acquis en 1825 par la Bibliothèque Nationale, pour une somine insignifiantle.

(2) Malgré d’actives recherches, nous n'avons pu découvrir le degré de parenté de Madame Zamet avec le Père Joseph du Tremblay. Fournier (Variétés, t. NIT. p. 252, note) affirme qu'elle était la sœur du Père Joseph, sans indiquer ses sources. La grande différence d'âge entre Madeleine et François Le Clerc du Tremblay, bien qu'elle ne soit pas un argument sans réplique, surtout à cette époque de familles nombreuses, nous fait plutôt croire que Madame Zamet était la tante du célèbre cCapucin. L'évèque de Langres (mort en 1655) serait ainsi le cousin germain du Père Joseph (ort en 1638), et non son neveu. ;

MM. Fagniez et Dedouvres, les distingués historiens du Père Joseph, n'ont pu satisfaire notre curiosité sur ce point.

(3) Descartes, quelques années plus tard. devait y faire ses humanités.

(4) C'est l'expression dont se sert Senault, dans son Journal. Nous croyons plus volontiers que Claude Bertin, du même âge que Zamet, avait été envoyé avec lui à la Flèche pour lui servir de Compagnon d'études. C'était d'ailleurs l'usage à cette époque.

MAAA re

de Setaklen Zamt Jun

ES

MapeLeIne Le CLERG pu TREMBLAY

Dessin attribué à François CLouET (Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale)

L'ABBÉ DE JUILLY (1591-1614) 33 avait le génie naturellement beau, écrit un de ses biographes, il fit un progrès surprenant dès son bas âge dans les Lettres, et parcourut tout ce vaste pays des sciences avec une rapidité surprenante ; en sorte qu'on aurait pu dès lors raisonnablement douter si les Lettres lui serviraient un jour d'ornement ou s’il serait un jour l’ornement des Lettres (1) »

Après la mort tragique de son oncle, survenue en 1591(2), l’abbaye de Juilly avait été donnée à Sébastien Zamet malgré son jeune âge (3) et son père en avait eu l’administration depuis cette époque. Henri IV s’y rendait fréquemment, soit seul, soit avec la Reine, et y étail reçu comme à Paris et à Fontainebleau (4).

De retour à Paris, bien qu'il ne fût pas encore dans les ordres sacrés et qu’il commençât seulement à éludier la théologie dans la maison de Sorbonne, l’abbé de Juilly reçut d'Henri IV une faveur qui, autant que le bonnet de “docteur, ouvrait les portes de l’épiscopat. Il fut nommé aumônier ordinaire du Roi, en remplacement de M. de Salette, promu à l’évêché de Lescar.

Les aumôniers ordinaires, institués par Charles VITE, étaient devenus très nombreux sous François Ier. Henri II en avait réduit le nombre à seize ; ils furent dès lors appelés aumôniers servants. Sous Henri IV, il n’y en eut que huit. Le Roi ne voulut jamais que ce nombre fût dépassé, « malgré les demandes de nombreuses per-

(1) Bourrér, La vie de Madame de Courcelle de Pourlan, suivie d'un abrégé de la vie de Sébastien Zamet, Lyon, 1699, p. 411.

(2) Cf. p. 8. :

(3) Plus tard, en 1616, Henri de Lorraine fut également nommé abbé de Juilly à l’âge de trois ans.

L'abbaye de Notre-Dame de Juilly était un monastère de chanoines réguliers de Saint-Augustin, érigé en 1184, par Foucauld de Saint-Denis. Les religieux, vêtus de serge blanche, avec un rochet par dessus leur soutane, obéissaient à la règle de Saint Victor.

Horace Zamet avait été un abbé régulier, son neveu ne fut qu'un abbé comméndataire

(4) En 1603, le père de l'abbé de Juilly écrit à M. de Bellièvre, chancelier de France : «...J'attans leurs Majestés ce soir, qui séjourneront demain, et samedy l'une ira à Paris et l’autre à St-Denis... »

A Jully, ce 5 septembre.

(Bib. Nat. Mss fr. 15908, f 702, autographe).

sonnes de qualité qui désiraient des places pour leurs enfants » (1). Sa chapelle comprenait quatre aumôniers, inscrits parmi les officiers de sa Maison pour des appointements de 1.200 livres, et huit aumôniers servants, aux gages de 300 livres (2). Zamel avait pour supérieurs le cardinal du Perron, archevêque de Sens, grand aumôÿnier ; Bertrand Deschaux, évêque de Bayonne, premier aumônier ; Henri de Gondi, évêque de Paris, maître de l'Oratoire, et Pierre Coton, confesseur du Roi(3).

Les aumôniers servants avaient le titre de Maître, et non celui de Monsieur.

L'un de ces huit privilégiés, Maître Guillaume du Peyrat, confrère de Maître Zamet, après avoir cité avec complaisance dans son grand ouvrage: Les Antiquités de la Chapelle du Roy, les noms des évêques pris parmi les aumôniers servants, « lesquels sont entrés par le Temple de la Vertu en celuy de l’'Honneur » (4), nous révèle la pensée d'Henri IV sur ses aumôniers : « On lui a ouidire plusieurs fois qu’il voulait avoir en sa chapelle une quantité d’ecclésiastiques de bonne vie, de bonne maison et de bonne littérature, desquels il reconnaîtroit parti-

(1) Du Pevrar, Les Antiquités de la Chapelle du Roy, in-fe, Paris, 1645, p.218;

(2) Les aumôniers sans gages étaient très nombreux. On en comptait 240 en 1611, 188 en 1621. (B. N. ms. fr. 7854). C'était là un Utre purement honorifique.

(3) Arch. Nat. Z 1 à 472. Comptes de la Maison du Roi.

(4) « Qui à départi plus d’évêchés et d'abbayes aux officiers de sa chapelle qu'Henri le Grand? Témoin un Garnier, religieux de St Denis en France et son prédicateur, lequel il fit évêque de Montpellier, un Deschaux, son aumônier servant, qu'il fit évêque de Bayonne, un fenouillet, son prédicateur, qui est encore aujourd'hui très digne successeur de Garnier en l'évêché de Montpellier, un Gaspard Dinet, de l'ordre des Minimes, son prédicateur, qui a été évêque de Macon, un du Lys, son aumônier servant, que Sa Majesté fit évêque de Nevers, un Salelte, aumônier servant, que Sa Majesté honora de l'évêché de Lescar en la basse Navarre; et nous avons vu, du règne du très chrétien Louis XIII, un cordelier Fr, Suarez de Ste Marie (dit le Portugais), son prédicateur, à l'évêché de Séez, un Coeffelteau, de l'ordre de St Dominique, son prédicateur, à l'évêché de Marseille, et entre ses aumOniers servants, un Bellegarde, à l'évèché de Conserans et depuis à l’archevèché de Sens, un ARuel des Marets à l'évêché d'Angers, un Zamet à l'évêché de Langres, un Le Gras à l'évêché de Soissons, un Denets à l'évêché d'Orléans, el infinis autres qui ont été tirés de sa chapelle pour être Evêques. » (Du Pey- RAT, Antiquités de la Chapelle du Roy, in-fe, Paris, 1645, p. 456).

culièrement la portée, pour s’en servir selon les occasions qui se présenteroient et auxquels vraisemblablement il se pourroit plus sûrement fier, les ayant nourris et élevés, qu'à des personnes inconnues qui lui pourroient être présentées sur le rapport d'autrui, et qui conséquemment lui en auroient une moindre obligation. Et parlant de ce grand Cardinal du Perron, la lumière des Lettres, il disoit qu'il l’avoit choisi pour être son grand aumônier, afin qu'il emplît sa chapelle de personnes de mérite qu’il pût élever aux charges ecclésiastiques, à l’exemple de ses prédécesseurs »(1).

Conformément à ces pensées, Henri IV se préoccupa bientôt d'assurer un évêché à labbé de Juilly. L’évêque de Langres, Charles d’Escars, était alors âgé de 91 ans, et l’on pouvait lui donner un coadijuteur, sans craindre de voir ce dernier attendre trop longtemps la « future succession ». Mais précisément, le frère de l’évêque, Anne de Peyrusse d'Escars, cardinal de Givry, désireux de voir l’évêché de Langres demeurer la propriété de sa famille, avait déjà obtenu depuis longtemps la coadjutorerie de Langres ; voyant que la vie de son frère se prolongeait, il avait accepté en 1608 l'évêché de Metz et en avait pris possession l’année suivante, sans se résigner toutefois à abandonner la coadjutorerie. En 1610, Henri IV voulut faire cesser cette situation anormale, et, parce qu'il songeait alors à nommer l'abbé de Juilly coadjuteur de Langres, écrivit à M. de Brèves, son ambassadeur à Rome, la lettre suivante :

« Monsieur de Brèves,

Vous sçavez qu’en faisant pourvoir mon cousin le Cardinal de Givry de l’évesché de Metz, j'ay entendu qu'il remist entre mes mains la coadjutorerie de celuy de Langres, que je lui avois accordée, de laquelle je faisois estat de gratiffier Pabbé de Juilly, fils du sieur Sébastien Zamet. Maintenant que ledit Cardinal n’a encores satisfaict à la charge qui luy avoit esté prescrite d'opter dans le moys de may prochain, et qu’il pourroit avoir recours à sa Sainteté pour obtenir prolongation du delay sur ladite option, je vous escris

(4) Ibid. p. 245.

cette lettre afin que vous teniez la main que rien ne se passe pour ce regard, sans que J'en sois adverty et vous aye sur ce faict savoir ma volonté. Je prie Dieu, Monsieur de Brèves, qu'il vous ayt en sa sainte et digne garde. Escript à Paris le XVII jour de Mars 1640. Henry. » (1.)

Cette lettre nous est une preuve des intentions d'Henri IV. Sa mort, qui survint deux mois après, ne changea rien à l'affaire, car le cardinal de Givry, seul obstacle à la réalisation de ce dessein, mourut à son tour en 1612, deux ans avant son frère, dont il convoitait la succession, et la régente Marie de Médicis, put alors donner la coad-

jutorerie à l’abbé de Juilly.

Celui-ci, cependant, se préparait à l’épiscopat par de sérieuses études théologiques, et suivait assidûment les cours de Sorbonne. En 1609, le jeune étudiant avait sollicité son admission à l’hospitalité de la célèbre Faculté. Le 14 août, veille de l’Assomption, il avait été admis « ad probalionem morum »(2); la veille de la Toussaint, après l’enquête réglementaire sur ses mœurs, faite par les deux docteurs, Pierre Le Clerc et Jacques Hennequin(3), qui avaient déclaré n'avoir rien appris sur lui

(4) Bibl. Nat. mss fr. 3790, fo 23.

(2) Les séances solennelles, où se décidait l'admission des candidals, avaient lieu la veille des grandes fêtes. «In pervigilio Assumptionis B. M. V. admissus est ad probationem morum nobilis et honestus Baccalaureus M. S'ebastianus Zamet, parisinus el MM. Leclerc et Hennequin electi sunt, ut in eum, ejusque mores inquirerent »

€ In pervigilio Omnium Sanctorum, postquam MM. Ze Clerc et Hennequin præclara omnia et laude digna de vità et moribus nobilis et honesti Baccalaurei M. Sebastianus Zamet, Parisini, secundi ordinis, retulerunt, ipse communibus suffragiis hospes receptus est, »

« In pervigilio Natalis Dni, admissi sunt ad societatem Speciali quodam privilegio gravibusque de causis, honestissimi Baccalaurei MM. Claudius Bertin Bituricus, Felix Vialart et Sebastianus Zamet, Parisini, omnes prioi ordinis, » (B. N. ms lat. 15441).

« Ego Æieronymus Parent, prioris munus implens, ad ea Jjuramenta quibus se obstringunt universi socii Sorbonici, admisi, præsentibus reverendis domüs senioribus, sex socios, nempe Dominos ac Magisitros Æranciscum de Harlay, Gulielmum Gibieuf et Joannem Dautruy, die 28 novembris 1609, Dominos vero ac Magistros Claudium Bertin, Felicem Vialart et Sebastianum Zamet, abbatem Juliacensem, die 22 wartii 1610, atque à singulis accepi duodecim libellas cum duodecim assibus, quæ simul summam faciunt sepluaginta sex libellarum cum sexdecim assibus. » (B. N. mss lat. 15446, fo 495).

(3) « Richelieu, écrit M. Hanotaux, avait étudié sous le célèbre docteur fran- Çais, Jacques Hennequin. » (Æust. de Richelieu, I, p. 111).

que de « remarquable et tout à fait digne de louange », il avait été proclamé hospes sorbonicus ; enfin, la veille de Noël; il avait été admis, faveur très recherchée, à la soctété de la maison de Sorbonne, en même temps que Félix Vialart et Claude Bertin, son compagnon d’études de La Flèche, et le 22 mars 1610, le prieur, Jérôme Parent, lui avait fait prêter, « en présence des vénérables anciens de la Maison », le serment obligatoire pour tous les socit. ,

Sébastien Zamet commença dès lors à « courir la licence », en même temps qu'il courait la carrière des honneurs. Il subit toutes les épreuves requises et Dieu sait si elles étaient compliquées (1). Il soutint brillamment ses thèses, en particulier la sorbonique; il s'était pénétré de la doctrine de St Thomas, et « ré-

{1} Après l'examen pro primo cursu et la tentative, le candidat obtenait le titre de bachelier ; alors il était admis à courir la licence (licentiam decurrere), qui s’ouvrait tous les deux ans; c'était à proprement parler, un stage de deux années durant lequel les étudiants assistaient aux leçons des régents de la maison à laquelle ils appartenaient (Sorbonne, Navarre, Jacobins, Cordeliers, etc.) Chacun d'eux devait, en outre, soutenir trois thèses : la mineure ordinaire, la majeure ordinaire et la sorbonique ; cette dernière, à quelque maison qu'appartint le candidat, devait être soutenue en Sorbonne, tandis que les deux autres pouvaient l'être dans n'importe quelle école de théologie.

De toutes les épreuves, la sorbonique était la plus redoutable : elle devait durer douze heures, de six heures du matin à six heures du soir, et le candidat ne pouvait prendre qu'un léger repas à la dérobée. Le prieur de Sorbonne engageait la lutte par neuf arguments dirigés contre la thèse, et après lui, les bacheliers, au nombre de 40, devaient faire chacun deux objections.

« Les docteurs assistaient aux sorboniques, dissimulés derrière un grillage (écoutes). Hs entendaient ainsi sans être vus et pouvaient juger du mérite du répondant et de ses adversaires, mais il n'y avait point à proprement parler de président; c'élait le prieur de Sorbonne qui ouvrait la discussion et le répondant devait, en lui parlant, se servir de l'expression « Dignissime Domine ». (Cf. Ureain, Wicolas Coëffeleau, p. 27).

Bossuet ayant refusé, pendant la soutenance de sa sorbonique, de donner au prieur de Sorbonne, Gaston Chamillard, le titre de Dignissime Domine, parce qu'il était du collège rival de Navarre, dut aller terminer la soutenance aux Jacobins. On discuta le cas à la réunion qui eut lieu en Sorbonne, le 44 novembre 1660. (B. N. mss. latins, 15446, fos 579 et 580). Le 26 avril 1651, l'affaire fut appelée devant la Grand'Chambre et malgré le talent de Bossuet qui plaida lui-mèmesa cause en latin, Omer Talon se prononça contre lui et contre le collège de Navarre. Le Parlement rendit un arrêt qui maintenait les usages de la Sorbonne et par conséquent le « Dignissime Domine ». Bossuel fut toutefois dispensé de recommencer sa sorbonique; mais au classement de la licence, il n’obtint que le troisième rang. La première place ful attribuée à l'Abbé de Rancé et la seconde à Gaston Ghamillard, le prieur offensé,

citait des pages entières de la Somme avec tant de grâce et d'à propos qu'il ravissait d’étonnement ceux qui l’écoutaient (1). »

Parmi ses confrères ou contemporains de licence, nous trouvons des noms qui reviendront plus d’une fois sous notre plume: en 1610, François de Harlay, abbé de St Victor, futur archevêque de Rouen ; en 1612, dans la licence même de Zamet, Guillaume Gibieuf, reçu le premier, et Claude Bertin, reçu le quatrième de la liste, Léonor d’'Etampes, abbé de Bourgueil, et plus tard évêque de Chartres, qui, après la sorbonique, n’eut pas le courage « d'aller plus loin ». Quant à l’abbé de Juilly, il obtint l'étoile et fut placé hors rang, « parce qu’il n’était pas encore dans les ordres sacrés(2}) ».

Tandis que Zamet préparait sa licence en Sorbonne, de graves incidents commençaient à diviser le clergé et par contre-coup la société d'alors. Le syndic, Edmond Richer, se faisait remarquer par ses opinions avancées, et son gallicanisme inquiétait déjà le nonce Ubaldini et ses partisans(3). En 1611, le chapitre général de lOr-

(1) BourRéE, op. cit. p. 411.

(2) L'étoile, c'est-à-dire le classement hors rang, s'accordait parfois aux nobles qui ne pouvaient espérer la premiere place, et eussent rougi d'une place inférieure. Elle était de règle pour ceux qui n'étaient pas dans les ordres sacrés.

Voici quelques noms de la liste de 1619 :

4er Guillelmus Gibieuf, prior Sorb.

2e Andreas Merlet, Nav.

3e Joannes Dautruy, Sorb.

4 Claudius Bertin, Sorb.

5e Nicolaus Voinchet, prior Sorb.

6e Petrus Minelet, Cisterc.

Les deux derniers, selon l'usage, étaient deux religieux, victimes sacrifices d'avance .

24e Fr. Guillelmus Lucas, Carm.

25e Hubertus Paille, Min.

* M. Sebastianus Zamet, Abbas Juliacensis, Socius Sorbonicus, postea Episc. Lingon. perfecit omnes actus ad licentiæ gradum requisitis ; quia lamen $sacris Majoribus ordinibus nondum erat initiatus, locus ei non est assignalus.

M. Leonorus d Etampes, Abbas de Burgolis, ac postea Episc. Carnot. post responsionem sorbonicam non ultra progressus est.

(B. N. mss lat. 15440, année 1612, et 15445, fo 241.)

(3) Robert Ubaldini, évêque de Montepulciano, fut nonce à Paris de 1607

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ILLVSTRISSIMO AC REVERENDISSIMO VIRO DOMINO D

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