‹ Sébastien ZametChapitre 12 sur 142 · ESSOR ONEING ONE NS DC PACE 'AREERANCIÆ · texte numérisé non relu

ESSOR ONEING ONE NS DC PACE 'AREERANCIÆ

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DépicAGE p'UNE THÈSE DE THÉOLOGIE

A MGr L'ILLUSTRISSIME ET RÉVÉRENDISSIME SÉBASTIEN ZAMET

(Bibliothèque Nationale, Pièces originales, 3059.)

dre de saint Dominique avait amené à Paris, aux Jacobins, des religieux de toutes les parties du monde. En prévision de cel événement, les dominicains de la rue Saint-Jacques avaient hâté l'achèvement de leurs Ecoles Saint-Thomas, commencées dans la première moitié du xvit siècle et restées inachevées faute de ressources (1). Pour les terminer, de 1609 à 1611, ils avaient fait appel à la Reine, à des quêtes dans les églises, et à la charité des particuliers. L'abbé de Juilly, désireux de contribuer à l’ornementation de la grande salle, où devaient avoir lieu les examens et les disputes solennelles, avait fait don de la chaire des professeurs, toute revêtue de marbre, et d'un magnifique vitrail orné de ses armes (2). Cest là que le 21 mai 1611, en présence du cardinal du Perron, du nonce Ubaldini, de l’évêque de Montpellier, des abbés de Juilly, de Saint-Victor, de Saint-Père, de Beaulieu, de personnages de la Cour, de conseillers au Parlement, et de plus de, deux mille personnes, Richer brûla ses vaisseaux et provoqua l'incident qui fut le point de départ de sa disgrâce.

Parmi les thèses sur lesquelles la discussion pouvait s'ouvrir, figuraient. les trois propositions suivantes : « 1° Le pape ne peut errer ni dans la foi ni dans les mœurs; 20 Lé-concile, ten aucun cas, ne peut être audessus du pape ; 3° il appartient au pape seul de proposer au concile tout ce qui doit y être décidé, de confirmer ou de casser tout ce qu'on y a résolu, d'imposer pour jamais silence aux parties. » Richer, qui était aux écoutes(3), avec quatre docteurs de son parti, reprocha à

à 1616. I avait pour auditeur un savant docteur de Bologne, Scappi, auxiliaire dévoué, et conseiller compétent.

On sait que le nonce habitait alors l'Hôtel de Cluny, afin, disaient les Gallicans, de mieux surveiller la Sorbonne.

(1) Get édifice était situé dans l'enceinte du monastère, entre l’église et l'imprimerie, vis-à-vis la porte dite de Sorbonne, qui donnait sur la rue de Cluny.

(2) Du Breuz, Théâtre des Antiquilés de Paris, 1639, in-40, p. 387. — MaunGre, Antiquités de Paris, 1640, in-fo, p. 235.

(3) On appelait ainsi une tribune d'où les docteurs de Sorbonne pouvaient, sans être vus, suivre commodément les discussions publiques.

Coëffeteau, prieur des Dominicains, d’avoir laissé insérer ces thèses au programme, et de permettre par là aux docteurs espagnols et autres étrangers venus au chapitre général de soutenir une doctrine opposée à la doctrine gallicane. En vain Coëffeteau lui donna lassurance que l’on ne disputerait pas sur ces thèses, Richer, pour obtenir une déclaration publique et faire affirmer en présence des étrangers les théories gallicanes, ordonna à un bachelier de Sorbonne d’attaquer les thèses; et ce fut précisément à Claude Ber- Un, l’ami de Zamet, qu'échut ce périlleux honneur. Il parla avec conviction, au dire de Richer, comme porteparole de tous les bacheliers, tandis que, si nous en croyons le nonce, ceux-ci fuyaient les uns après les auautres, el il fallut courir après Bertin pour le ramener au combat.

Quoi qu'il en soit, ce dernier proposa contre la seconde thèse, le syllogisme suivant : « Tout ce qui est contraire à un concile œcuménique et légitime est hérétique. Or, cette proposition que le concile, en aucun cas, ne peut être au-dessus du pape, est contraire au concile de Constance, qui est œcuménique et légitime. Donc elle est hérétique. » A ce mot, le nonce se récria, et répéla par deux fois: « Hérétique ! Hérétique ! » L’assemblée devint houleuse ; partisans de Richer, partisans du nonce, commençaient à s'invectiver, lorsque le cardinal du Perron, avec sa souplesse ordinaire, s’efforça de tout concilier, en déclarant que les deux opinions pour où contre l’infaillibilité avec leurs conséquences n'étaient pas tenues comme absolument de foi, mais comme problématiques, et qu'on pouvait soutenir l’une ou l’autre sans erreur ni hérésie (1).

Au fond, cette séance se termina, malgré les apparences, par la défaite de Richer, car il soutenait comme

(1) Voir le récit du Nonce. Lettres d'Ulbaldini au cardinal Borghèse, mss. italiens, 1334, fos 189-202. — Voir aussi : Récit véritable de ce qui s'est passé à Paris en la dispute publique du Chapitre Général des Religieux de St Dominique, le 27 mai 1611. (B. N, La #5 Picce.)

article de foi que le concile était supérieur au pape. Le nonce profita habilement de sa demi-victoire, tandis que Richer accentuait de plus en plus ses tendances, et cherchait à refaire sa popularité ébranlée en intentant un procès aux Jésuites. Le résultat te plus clair fut la déposition du syndic en 1612, à la suite de la demande formulée par André Duval, François de Harlay et Jean Jouault (1), à l’instigation du nonce.

Quels étaient, pendant cette fameuse séance du 27 mai 1611, les sentiments de l’abbé de Juillv, à la place d’honneur qu'il occupait comme bienfaiteur insigne des Ecoles St Thomas ? Les témoignages réitérés du nonce Ubaldini, parlant quelques années plus tard, dans ses lettres au cardinal Borghèse, de « l'affection qui existait entre lui et M. Zamet » et affirmant que « ce prélat avait bien mérité du Saint-Siège », ne permettent guère d’en douter (2). Il est même probable que son influence sur Claude Bertin, jointe aux exhortations de Duval, ne fut pas étrangère au changement d'opinion que celui-ci manifesla bientôt, au grand désespoir de Richer. Comme l’ancien syndic rappelait à son disciple, en 1614, la séance des Jacobins, Claude Bertin lui répondit que « par un désir de jeunesse et de vanité, qui accompagne ordinairement les bacheliers disputant dans l'Ecole de Théologie, il avait remué ces questions au chapitre général des Jacobins, mais que pour le présent il était tout autrement instruit et tenait pour certain que le Pape seul était doué de la grâce de linfaillibilité( 3). »

D'ailleurs, l'attitude que Richer adopta bientôt vis-à-vis de l’Oratoire naissant, ne pouvait qu'éloigner de lui à tout jamais Bertin et Zamet. Tandis qu’en compagnie de Guillaume Gibieuf, Bertin entrait à l’Oratoire, lFabbé de

(1) Nous retrouverons plus loin ce personnage, devenu abbé de Pricres, dans l'affaire de Saint-Cyran.

(2) « Richiesto dalla pietà di un grand huomo, e molto bene merito di cotesta S'anta Sede, prego V.$S. » elc. (Lettre du 20 septembre 1616). UBazninr, Lettres, mss. ital. 1629, fo 25, Voir aux Pièces Justificatives : VIII, Zamet et le Nonce Ubaldini.

(3) Æistoire du Syndicat d'Edmond Richer, par Richer lui-même, p. 250,

Juilly se mettait sous la conduite de M. de Bérulle, afin de se préparer aux ordres sacrés, et son désir de se former sérieusement à la vie spirituelle, le porta à passer de longs mois en 1613 et 1614, avec les Oratoriens et les clercs qu’ils admettaient à vivre avec eux en communaulé( 1). C’est ainsi qu’en l’absence de séminaire officiel, organisé à Paris, l'abbé de Juilly en trouva cependant tous les avantages dans la nouvelle Compagnie. L’Oratoire, en effet, était, dès 1613, au témoignage du nonce Ubaldini, « un vrai séminaire de piété et de toutes les autres vertus, et nous pouvons être sûrs, ajoutait-il, que ses élèves n'auront jamais, au sujet du Pape et du Saint- Siège, d’autres opinions que celles qu’enseigne l'Eglise Catholique, Apostolique et Romaine »(2). Aussi Richer voyant que les meilleurs sujets de Sorbonne entraient à l’Oratoire, que par là « ils étaient à l’abri de ses pernicieuses opinions, et que son parti ne pourrait subsister, si l’on n’y apportait un remède énergique » (3), résolut-il de priver les docteurs de Sorbonne, devenus Oratoriens, des droits et privilèges du doctorat, notamment du droit d’interroger aux examens de la Faculté. Ces tracasseries inu-

(1) CLoyseaurr (Généralat du P. de Bérulle, I, p. 42) dit que la première maison où habitèrent les Oratoriens « fut une maison de louage, au faubourg St Jacques, qui s'appelait le Petit Bourbon », sur l'emplacement actuel du Val de-Grâce. Or, nous l'avons dit, p. 5, note 1, l'Hôtel du Petit Bourbon appartenait à Jean Zamet, qui le loua au P, de Bérulle.

Quant aux occupations des premiers Oratoriens, nous leg trouvons ainsi exposées dans une lettre du P. de Bérulle à M. de Soulfour, son agent à Rome, datée du 10 février 1613 : « Outre ce que font les congrégations d'Italie, nous avons encore un Soing particulier d'instruire les prestres ès choses de leur Ministère, qui est un bien indicible en France pour le nombre de prestres ignorans qu'il y a... Plusieurs personnes se disposent par ce moyen à se rendre capables de bien faire les fonctions ecclésiastiques et à se rendre bons ouvriers en la vygne de Dieu, quelques-uns mesme à estre de bons prélats, car ils peuvent y estre appelez, ef un de ces jours doit entrer parmi nous un ecclésiastique, qui se désigne à un evesché. » (Arch. Nat., M. 215). Cette dernière phrase que nous soulignons, nous paraît désigner Zamet. Bourrée nous dit en effet expressément qu'il avait lié une amitié particulière « avec M. de Bérulle, que celui-ci «le dirigeait et le confessait », et que « ne pouvant le suivre dans son diocèse, il lui donna le Père Bence, le Père de Condren, le Père Gault» : il faut y ajouter le Père Bertin, comme on le verra plus loin. CF. BourRée, 0p. cit. pp. 415 et suiv. A

(2) B. N. mss ilal, 1267, fo 283, lettre du #4 juillet 1613,

(3) Zbid. fo 233,

tiles aboutirent {juillet 1613) à un vote par lequel 48 docteurs contre 14 se prononcèrent en faveur de l’Oratoire, et décidèrent que « lesdits docteurs jouiraient dans l’avenir des droits et privilèges du doctorat, comme ils en jouissaient avant d'entrer à l'Oratoire »(1).

La situation de labbé de Juilly, désigné déjà comme coadjuteur de Langres, ses relations comme aumônier du Roï, avec du Perron, grand aumônier, avec le cardinal de La Rochefoucauld, et les prêtres les plus sérieux de la capitale, qui travaillaient à une restauration de la vie religieuse en France, et surtout son ‘séjour et ses retraites à l’Oratoire, contribuèrent à lui donner une grande réputalion. Nous en trouvons l'écho dans la dédicace d’un livre paru en 1613, sous les initiales de saint François de Sales, et intitulé: « Médilalions historiques sur la Naïissance, Vie et Passion de Jésus-Christ ». Sous les fleurs de rhétorique et les flatteries de l’auteur, qui s'excuse de « chercher une si grande faveur auprès d’un Prélat, dont il n'a pas l'honneur d’être cogneu », on sent percer son estime pour celui qu’il appelle « un des plus vertueux Prélats de France », dont l'âme est, dit-il, « religieusement réformée » ; et l’on s'étonne moins de le voir désirer que son « fils », c’est-à-dire son livre, participe à la « renommée » de M. de Juilly, « afin que plus sûrement il puisse paroistre aux yeux des âmes dévoles qui lui ressemblent »(2).

(1) B. N. mss ital. 1267, fo 283.

(2) Méditations historiques sur la Naissance, Vie el Passion de Jésus- Christ, servant d'instruction à la vie dévote, par F. D. 5. Ev. de G. — A Paris, de l'imprimerie d’Anthoine du Brueil, rue St Jacques au-dessus de St Benoist, à la Couronne. MDCXIIT.

A Monsieur, Monsieur Zamet, Abbé de Juilly.

Monsieur, Ces œuvres, pies escrites d'unè main prophane demandent un parrain dont la vertu peut suppléer au démérite de leur père: Afin que si elles étaient méprisées pour avoir pris naissance d'une àme assez libertine, elles fussent appreuvées pour porter le nom d'une âme religieusement réformée. À l'imitation des estrangers qui font tenir leurs enfants par les plus nobles familles des pays où ils veulent habiter, pour se prévaloir de leur autorité, ainsi vous supplie je comme un des plus vertueux Prélals de France, d'advoüer ce livre pour vostre filleul, afin que plus seurement il puisse paroistre aux yeux des âmes dévotes qui vous ressemblent. I est vray que ce m'est une présomption de chercher une sy grande faveur auprés d'un

Cependant l'heure approchait où Sébastien Zamet allait inaugurer son rôle d’homme public. Son père était mort le 14 juillet 1614, et le 6 novembre suivant, le cardinal du Perron demandait à l’assemblée des Etats Généraux « la faveur d'admettre M. l’abbé de Juilly, coadjuteur de Langres, personnage du mérite que chacun sait, » et cela « pour plusieurs considérations, particulièrement pour le service que la Compagnie pourra en recevoir ». L'assemblée y consentit, et le 8 novembre, la nouvelle de la mort du vieil évêque de Langres étant parvenue à Paris, « Mgr le cardinal du Perron est entré, el avec lui M. l’abbé de Juilly, désigné évêque de Langres, lequel a été reçu et a prêté le serment en la même forme et manière que les autres »(1).

Prélat dont je n’ay l'honneur d’estre cogneu, comme sy je demandois le salaire, avant que de vous rendre du service. Mais ayant tant d'autres belles qualités qui vous recommandent, j'ay creu que vous auriez encore cette humanité de me permettre de vous bonorer non pas selon vostre mérite, ouy bien selon mon obéissance et rendre ce bon office à mon fils, de le faire participer à vostre renommée, alors que vous le daignerez recevoir en ceste qualité, et moy COMME Vostre très humble et très obéissant serviléur,

Dans le catalogue de la Bibliothèque de l'Université, cet ouvrage est rangé parmi les œuvres de saint François de Sales, et inscrit sous la cote : TT a 26. D'ailleurs on peut lire sur la première page du livre lui-même, et au-dessous des initiales, celte mention manuscrite qui parait dater du XVII siècle : François de Sales.

Après avoir été longtemps perplexe, en présence de ce petit problème littéraire et du ton de cette dédicace qui parut dès l'abord suspect à M. Rebelliau, nous avons pu nous convaincre que ces Méditations ne sont pas « besoigne Sorüie de la main » du saint, et nous remercions ici MM. Strowski et Navatel de nous avoir aidé à déchiffrer cette énigme. Le style de l'ouvrage, en effet, n’est pas celui de saint François de Sales ; il est d’une « éloquence » trop « altière » et trop « empanachée », et il faut, sans nul doute, voir dans ce «livret » l’un de ceux dont parle l’évêque de « Genève » dans la Préface du Traité de l'Amour de Dieu :

« Au demeurant quelques gens de marque de divers endroits n'ont adverty que certains livrets ont esté publiez sous les seules premières lettres du nom de leurs autheurs, qui se treuvent les mesmes avec celles du mien : qui a fait estimer à quelques-uns que ce fussent besoignes sorties de ma main, non sans un peu de scandale à ceux qui cuidoient que je me fusse détraqué de ma simplicité, pour enfler mon slile de paroles pompeuses, mon discours de conceptions mondaines. el mes conceptions d’une éloquence altière et bien empanachée. » (Traité de l'Amour de Dieu, Lyon, Rigaud, 1616).

(1) Le Cardinal, en faisant cette demande le 6 novembre, ignorait le décès de Charles d'Escars, survenu à l’abbaye de Bèze, le 3 novembre, à l'âge de 95 ans. La nouvelle en parvint à Paris le 7 ou 8 ; de là, les deux variantes du compte rendu : le 6, FAbbé de Juilly est coadjuteur, le 8, il est évêque désigné. (Arch. Nat. G8”632A.)

Le nouvel évêque assista dès lors aux réunions de l’'Ordre du Clergé et aux séances plénières des Etats, en particulier à celle du 23 février 1615, où Richelieu fut désigné: pour exposer en présence du Roi les doléances de son Ordre.

Cependant l’évêque nommé n’était pas encore préconisé. Le lundi 6 avril 1615, dans le consistoire secret tenu au palais du Quirinal, le Cardinal de Vicenza présenta, au nom du Roi très chrétien « Sébastien Zamet, du diocèse de Paris, âgé de 27 ans, pour l'Eglise de Langres, vacante par le décès de Charles, son dernier évêque, et Sa Sainteté (Paul V) le fit évêque de ladite Eglise et lui en confia la charge pastorale »(1).

Par une faveur spéciale, réservée aux familles qui avaient rendu des services à la Papauté, et c'était ici le cas(2}), Paul V avait promis, dès le mois de décembre 1614, à l’ambassadeur de France, M. de Brèves, l’expédition gratuite des bulles de l'évêché de Langres(3). Ces bulles, contrairement à l’usage, furent promptement expédiées,” et le 18 juin 1615, le jour de la Fête-Dieu, Sébastien Zamet, évêque-duc de Langres, pair de France, reçut à Paris la consécration épiscopale( 4). Trois jours après, le 21 juin, le nouvel évêque prêta serment de fidélité au Roi, avec le cérémonial accoutumé(5).

(1) B. N. mss lat, 12567, fo 408.

(2) Le financier Zamet n'avait pas été seulement le banquier du Clergé de France, mais aussi celui des Papes ; quant au jeune abbé de Juilly, l’atta chement qu'il manifestail pour Rome, expliquerait cette faveur. On a vu que le nonce Ubaldini écrivait en 1616 que l'évêque de Langres « avait bien mérité du Saint Siège » (Cf. p. #1).

(3) B. N. mss ital. 1268, fo 374. François de Harlay, abbé de Saint-Victor, créé l'année précédente coadjuteur de Rouen, avec le titre d’archevèque d’Augustopolis, avait aussi reçu gratuitement ses bulles, « pour s'être employé, écrit Richer, à démêler l'auteur et le livre de la Puissance ecclésiastique et politique. « C'était ajoute-t-il, un cadeau de 12000 écus. » (Syndicat de Richer, p. 255).

(4) Vraisemblablement le Prélat consécrateur fut le cardinal du Perron, grand aumônier, supérieur hiérarchique de Zamet dans la Chapelle du Roï.

(5) Ce serment fut enregistré à la Chambre des Comptes le 5 août suivant (Plumitif de la Ch. des Comptes, Bib. de l'Institut, mss 185.)

En voici la formule :

« Bire, je jure le très saint et sacré nom de Dieu, et promets à votre Majesté que je lui seray, tant que je vivray, fidèle sujet et serviteur ; que je procure-

Malgré son désir de se rendre immédiatement dans son diocèse, Sébastien Zamet dut rester à Paris jusqu’en octobre, pour achever de régler ses affaires de famille. Sa mère, en effet, Madeleine le Clerc, n'avait pas eu la consolation d'assister à son sacre; elle avait succombé un mois auparavant, le 12 mai, laissant à ses fils une foule d’affaires en litige, qui leur occasionnèrent beaucoup d’ennuis et de coûteux procès. Aussi l'Evêque se contenta-t-il, en attendant qu'il pût se rendre à Langres, de prendre possession de son siège par procureur, le 28 juillet, afin de « clore la régale ». Ce fut Noël Facenet, vicaire général du diocèse qui, en son nom, prit possession de la cathédrale Saint-Mammès, et jura « aux maire et échevins de les conserver eux et les autres citoyens et habitants de Langres, dans tous leurs droits, immunilés, libertés, exemptions et privilèges accordés soit par le Roi très chrétien, et ses prédécesseurs, soit par les évêques précédents GER

Une autre raison encore contribua à retenir Zamet à Paris quelques mois après son sacre. L'assemblée générale du Clergé tint ses séances jusqu’au mois d'août, et le jeune évêque de Langres, chargé par son métropolitain d'y représenter la province de Lyon, y fut très 25sidu (2). Loin d’être nuisible à son diocèse, la prolongation de son séjour à Paris lui fut très profitable, car nous verrons Zamet, dès son arrivée à Langres, s’efforcer de traduire en actes les résolutions fécondes adoptées dans cette assemblée.

ray son service et le bien de son Etat, de tout mon pouvoir, que je ne me trouveray jamais en aucun conseil, dessein ni entreprise au préjudice d'iceux ; et s'il en vient quelque chose à ma connaissance, je le feray savoir à Vostre Majesté. Ainsy Dieu me soit en aide et ses saints Evangiles par moi touchés ». (Arch. Nat. P. 7252)

(1) Arch. de la Haute Marme, (G 16 Liassa). — La prise de possession eut lieu, en présence de Jean Jobelin, chambrier et syndic du Chapitre, Geoffroy de St-Belin, trésorier, Maximilien Hubert, archidiacre de Dijon, Antoine Piétrequin, archidiacre de Tonnerre, Charles Magnan, archidiacre de Bar, Jacques Bobillon, archidiacre du Lassois, François Legros, doyen d'Is-en-Bassigny, Pierre de la Fontaine, lieutenant du bailli à Langres, Claude Humbelot, bailli de Langres, Gilles Petit, Seigneur de Frettes, etc.

(2) La dernière séance eut lieu le 14 août.

L’une des plus importantes parmi ces résolutions, par Sa signification hostile vis-à-vis du gallicanisme de Richer, et surtout par sa portée réformatrice, fut l'acceptation du Concile de Trente par l'unanimité de l'assemblée, et le serment fait par tous les évêques de le publier au plus tôt dans leurs diocèses( 1). Ubaldini écrivait triomphalement le 15 juillet au cardinal Borghèse, qu’il avait enfin « la joie inexprimable de l’informer d'un événement qui avait été l’unique préoccupation de sa nonciature, et qu'il avait mis tout son zèle à procurer, événement qui allait être tout à. fait du goût de Sa Sainteté ». « Le 7 de ce mois, continuait-il, Messieurs les cardinaux du Perron et de La Rochefoucauld, huit archevêques et quarante évêques, un grand nombre d’abbés, et les autres ecclésiastiques députés à cette assemblée générale du Clergé de France, d’un commun accord, et sans contradiction, même d'un seul d'entre eux, ont accepté et reçu le Concile de Trente, et résolu et juré sur les saints Evangiles, entre les mains du cardinal de La Rochefoucauld, de le publier effectivement dans leurs synodes provinciaux, à tenir dans les six mois, et ensuite dans tous les diocèses du royaume... Les-noms de ces: Prélats'et-.leur mémoire seront éternellement célèbres et recommandables pour le service singulier qu'ils ont par là, avec tant de générosité et d’ardeur, rendu à la vraie Eglise Gallicane, qui, en sa qualité de membre principal et de fille aînée de l'Eglise Apostolique Romaine, ne pouvait demeurer plus longtemps séparée de sa mère dans une matière aussi importante que celle de ce Concile universel, jusqu'ici non encore reçu en France »(2).

(1) Hamez écrit dans son Aistoire de l'abbaye et du collège de Juilly, Paris 4868, p. 76: « Sébastien Zamet assista en 1615 à l’Assemblée du Clergé, et s'y fil remarquer par son insistance pour l'admission du Concile de Trente en France. » Getle assertion nous paraît très vraisemblable, mais nous ignorons à quelles sources à puisé M. Hamel, les procès-verbaux de FAssemblée de 4615 ne donnant aucun écho des délibérations et des discours qui eurent lieu à ce sujet, et se bornant à enregistrer la déclaration du 7 juillet, dont parle le nonce.

(2) B N. mss ital. 1200, fo 203.

L'enthousiasme du nonce s'explique en effet par le ton énergique de la « Déclaration ». Elle débute ainsi : « Les Cardinaux, Archevèques, Evèques,

Ainsi donc, l'acte libérateur auquel la Royauté, protectrice-née de l'Eglise, n'avait pu se résoudre, les évêques de France venaient de lPacecomplir sans elle. Ils continuèrent, pour la forme, à faire des remontrances au jeune Roi. Le 8 août 1615, le cardinal de La Rochefoucauld et François de Harlay, insistèrent encore au nom de PAssemblée pour la publication du Concile par la Royauté, invoquant « la protection mutuelle et respective » des deux Majestés, celle de l'Église et celle du Roi, « et que si Sa Majesté défendoit et protégeoit l'Eglise, l'Eglise aussi défendoit Sa Majesté ». Louis XIII put s'abstenir de répondre. Le coup était porté. Tacitement la Royauté approuvait(1}) ; les évêques avaient libéré leur conscience, et la réforme de l'Eglise allait s’'accomplir. De la tête elle allait descendre aux membres, et des chefs des diocèses au clergé inférieur et au peuple.

Prélats et autres Ecclésiastiques soussignés, représentant le Clergé Général de France assemblé par la permission du Roy au Couvent des Augustins à Paris, après avoir mürement délibéré sur le sujet de la publication du Concile de Trente, ont unanimement reconnu et déclaré, reconnaissent et déclarent qu'ils sont obligés en conscience et par devoir, à recevoir comme de fait ils ont reçu et reçoivent ledit Çoncile, et promettent de l'observer autant qu'ils leur sera possible par leurs fonctions et autorilé pastorale... » (Séance du du 7 juillet 1615, Arch. Nat. G#° 63%).

Le même jour, l’Assemblée envoyait une adresse au Roi pour le supplier « d'ordonner, que ledit Concile universel et écuménique de Trente soit receu et publié en ce royaume, el les constitutions d'iceluy gardées et observées, sans préjudice toutefois des droits de V. M., des libertés de l'Eglise Gallicane, privilèges et exemptions des chapitres, monastères et communautés. »

Enfin le 8 août suivant, tous les prélats avant été reçus en audience au Louvre, François de Harlay, archevêque d’Augustopolis, coadjuteur de Rouen, fit en leur nom une remontrance au Roi au sujet de quelques abus dans les nominations aux abbayes et s’étendit longuement sur la question du Concile de Trente, « que l'on ne pouvoit plus différer, dit-il, de recevoir sans mespris et sans schisme, ny rejetter sans sacrilège ». Il insista de nouveau pour qu'il fût publié par la Royauté ; il dit « que la réception du Concile de Trente ne seroit pas seulement une feste et une réjouissance publique dans le royaume, mais qu'il délivreroit la foy et la conscience du feu Roy, père de S. M., Henry le Grand d'heureuse mémoire, auquel l'Eglise ouvrit les bras et les portes, à condition de procurer de tout son possible, que le Concile seroit maintenu et receu solennellement en son Estat ». (Arch. Nat. G8 634).

(4) « Le chancelier répliqua au Cardinal que jamais concile n'avait été publié sans la permission du Roi et encore je ne sais quoi de très frivole { e ancora non so che di molto frivolo) ; le Cardinal reprit la parole et parla si bien et avec tant d'applaudissement que le Chancelier fut forcé de se taire et que leurs Majestés montrèrent qu'elles adhéraient à ce qu'avait dit le Cardinal. » Usasnni, Lettre du 411 Août 1615 au Cardinal Borghèse. (B. N. mss. ital. 1200, fo 205).

Parmi ces chefs, « avec générosité et ardeur », selon le mot du nonce, Zamet allait prendre place.

Après s’être ainsi préparé à sa mission par ses entretiens el ses échanges de vues avec ses collègues, et surtout avec le Père de Bérulle, qui lui permit d'emmener dans son diocèse le Père Bertin, devenu l’un des plus brillants sujets de l’Oratoire, le nouvel évêque fit son entrée solennelle dans la ville de Langres, le 31 octobre 1615, et renouvela le serment déjà fait en son nom par Noël Facenet. En réponse au discours du maire, il dit qu’ «, il était venu à Langres, avec un cœur plein d'amour, et avec le ferme désir d'y vivre et d’y mourir au milieu de ses chers diocésains ». Puis, le lendemain, 17 novembre, à huit heures du matin, la main droite posée sur le chef de Saint Mammès, il jura, en présence de ses chanoines, de garder les coutumes de l'Eglise de Langres, » de défendre les terres du Chapitre, même à main armée, et de maintenir le Doyen et tous les chanoines dans leurs libertés, exemptions et privilèges »(1).

Zamet devait tenir sa promesse. Pendant quarante ans, il allait donner l’exemple d'une vie extraordinairement remplie, et d’une activité infatigable ; et bien que l’occasion dût s'offrir à lui d'échanger le siège de Langres pour une situation plus brillante, il devait, comme il l'avait promis, « vivre et mourir au milieu de ses chers diocésains ».

(1) Arch. de la Hte-Marne, G16, liasse.

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