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CHAPITRE III

L’ORATOIRE À LANGRES ET A DIJON. — LES CARMÉLITES A CHATILLON-SUR-SEINE.

La fondation de l’Oratoire et du Séminaire de Langres (4616). — L'Oratoire à Dijon (1621). — Visite du Père de Bérulle; il établit les Carmélites à Châtillon-sur-Seine (1621). — Affection de Zamet pour l'Oratoire ; ses relations avec les Pères de Bérulle, de Condren, Harlay de Sancy. — Ses retraites à l’Oratoire.

Un des premiers soucis de Sébastien Zamet au début de son épiscopat, avait été d'établir à Langres la congrégation de l’Oratoire, afin de travailler avec elle à la réforme du clergé, et à l'instruction religieuse du peuple. Avant de quitter Paris en 1615, il avait déjà pressenti äsce sujet le Père de Bérulle, et dès’l'année suivante (13 août 1616), il passait avec le supérieur général de l’Oratoire le contrat de fondation. « Désirant, était-il dit dans le préambule de l'acte, rétablir dans son diocèse la discipline ecclésiastique, et y remettre l’ordre que la licence des guerres et la malice des temps avaient perverti, et faire enseigner et instruire ses diocésains à la connaissance des choses requises pour le salut, » l’évêque de Langres demandait au Père de Bérulle « d'établir en la ville de Langres un séminaire conduit et gouverné

cousin, pour convertir les habitants de Châtillon. » (Il s’agit ici de Châtillonsur-Loing, érigé en duché-pairie en 1648).

M. Becquerel, à qui nous empruntons ce détail, dit qu'il fit venir « Charles de Coligny, son cousin ». Il est évident qu'il s’agit de François, Charles étant non son cousin, mais son oncle, et n'ayant jamais été oratorien. Il était mort du reste, nous l'avons dit, en 1632. (Cf. Becouerez, Souvenirs historiques sur l'amiral Coligny et sa famille, p. 23. Bib. Nat. L27n, 29341.)

par les Pères de l’Oratoire » (1). Dans ce but, il promettait de faire « unir et incorporer inséparablement à la Compagnie et Congrégation desdits Pères » certains bénéfices jusqu'à concurrence de 3000 livres de revenu annuel ;: en attendant que l'union fût faite, il s’engageait à fournir personnellement les 3000 livres, et hypothéquait pour cela ses biens familiaux ; en cas de mort, ses héritiers, et non les évêques ses successeurs, devaient faire l'union à leurs frais. En retour, le Père de Bérulle promettait « de fournir, jusqu'au nombre de huit personnes, des prêtres de l’Oratoire, qui seront tenus d’'habiter audit Langres, pour instruire gratuitement ceux qui se vouent à l’état ecclésiastique et pour montrer aux curés à bien conduire el gouverner le peuple qui leur est commis, et généralement ce qui regarde l'instruction du peuple et leuservice de-Dieu.»:

On demanda immédiatement l'autorisation des officiers municipaux ; ceux-ci en écrivirent au Roi et au gouverneur de la province. L'affaire traîna en longueur ; en attendant qu’elle fût résolue, Zamet ne se fit pas scrupule. d'employer des Oratoriens pour la visite de son diocèse et l'instruction du clergé, de sorte que le Père Bertin a: été considéré par plusieurs historiens langrois comme le premier supérieur de l’Oratoire de Langres. Enfin les échevins reçurent, le 16 septembre 1619, la lettre suivante :

« De par le Roy.

Chers et bien amés,

Nous avons eu très agréable de voir par vostre lettre du Ve de ce moys que sous nostre autorité et permission et suivant les formes accoutumées vous ayez tenu l'assemblée générale des habitans de nostre ville de Langres pour lélection des maire et échevins d'icelle nous assurant que les uns et les autres s’acquitteront fidèlement envers nous et le public de leurs charges. Ayant voulu vous faire cette réponse pour le vous déclarer, et aussy pour vous avertir sur ce qui nous a été représenté touchant l'introduction des Prestres

(4) Arch. Nat. M. 222 ; Arch. de la Haute-Marne, G. 1040 ; Bib. Nat. Lkr Fu 8601-8635,

de lOratoire en nostre ville et la difficulté qui s’y est rencontrée, que nous avons pour agréable leur établissement en icelle, étant assuré que leurs intentions et déportemens ne tendent qu’à la gloire de Dieu et au bien de nostre service, de sorte que nostre volonté est qu'il n'y soit apporté aucun empeschement. A quoy vous ne manquerez pas de vous conformer, car tel est nostre plaisir.

Donne à Tours, le 16° jour de septembre 1649.

Signé : Louis, Contresigné : Potier. (1).

Restait à opérer l’union des bénéfices qui assureraient à l’Oratoire un revenu fixe, et libéreraient l’'Evêque de la charge personnelle qu’il s'était imposée. Or, l’un des nouveaux Pères, Jacques Périnault, était précisément pourvu, dans le diocèse de Langres, du prieuré de Grossauve, et un autre, le P. Vincent, du prieuré de St-Amûtre. Ils commencèrent par en abandonner les revenus à -1a communauté, et se déclarèrent prêts à lui céder les bénéfices eux-mêmes. Ce ne fut pourtant que le 2 juin 1623 que Zamet promulgua le décret d'union de Grossauve, « à condition pour les prêtres de l’Oratoire de nourrir, entretenir et instruire trois sujets du diocèse de Langres, lesquels seraient présentés par le supérieur et institués par l’Evêque ». Trois ans plus tard, par une transaction intervenue avec le Chapitre, (mars 1626), l’Oraloire :s’engageait à pourvoir à l'éducation et à l'instruction d’un quatrième séminariste, qui serait à la nominalion des chanoines.

Telle est l’origine du séminaire de Langres, l’un des premiers établis en France (2). Outre les quatre boursiers

(4) Senauzr, Journal, année 1619. L'autorisation du Roi est du 16 septembre 1619, et dès la Pentecôte, le P. de Condren, nous l'avons dit au chapitre précédent, était arrivé à Langres, avec trois de ses confrères, le P. Jacques, le P. Périnault, et le Fr. Nicolas de Paris. L'année précédente, le P. Bence avait élé Vicaire Général ; on peut donc dire que de fait l'établissement de l'Oratoire à Langres est contemporain de l’arrivée de l'Evêque dans son diocèse.

(2) Cette question des premiers séminaires a donné lieu récemment à un grand nombre d'articles de revues, dont plusieurs à tendance polémique, M. Antoine Decenr, dans le Bulletin de Littérature ecclésiastique de Toulouse. a publié en février et mars 1909, deux articles très documentés sur le régime intérieur des séminaires aux XVIIe et XVIIIe siècles ; puis en janvier et mars 1914, dans la Xevue d'Histoire de l'Eglise de France, deux articles

obligatoires, il comprenait un certain nombre de séminaristes « entrés avec pension », et l’on y voyait à l’approche des ordinations, des candidats qui venaient subir les examens canoniques, et faire sous la conduite des Oratoriens des « exercices spirituels ». Ce séminaire s’honore d’avoir eu pour supérieurs, à son origine, Charles de Condren, Jacques Bobillon, un langrois, qui se joignit aux premiers Pères en 1620, Jean-Baptiste Gault, qui fut en même temps professeur de théologie ; Jean Bence et Jean Le Jeune y professèrent également ‘de 1622 à 1625.

L'union du prieuré de St-Amâtre, sans rencontrer d’obstacles sérieux, fut plus lente que celle de Grossauve. Dès le 21 juillet 1623, Nicolas de Castille, abbé commendataire de Saint-Bénigne de Dijon, à qui appartenait la collation de ce prieuré, consentit à l’union ; les bulles furent accordées à Rome en 1625 (20 septembre), mais elles ne furent fulminées par l’official du diocèse qu’en 1629. En

intitulés : Les premiers séminaires français. I] conclut que ce n’est pas du Ferrier ni M. Olier qui « ont commencé les séminaires en France. Heureuse ou malheureuse, dit-il, éphémère où durable, cette tentative s'était produite en France, bien avant 1640. » Nous avons nous-même soutenu la même idée dans les Æ£tudes des 5 février et 5 mars 1909 : Les premiers Séminaires en France au XVII siècle, et nous nous sommes attaché surtout à montrer que l'Oratoire, s'étant consacré, dès 1611, à former des prètres, et étant lui-même, selon le mot d'Ubaldini, que nous citons plus haut, p. 42 «un vrai séminaire de piété et de vertu, » nous semblait avoir eu la priorité ; nous insistions spécialement sur le séminaire de Langres, et sur celui de Saint-Magloire (1620), tout en reconnaissant que les séminaires n'avaient pris leur forme définitive, celle qui existe encore aujourd’hui, qu'en 1642. — M. Scnoenmer, dans son Histoire du Séminaire de Saint-Nicolas du Chardonnet, Paris, Desclées, 4909- 1914, t. I, p. 174 et suiv., a essayé au contraire d'établir que Bourdoise avait, dès 1631, donné l'impulsion à la fondation desséminaires, en créant la communaulé de Saint-Nicolas du Chardonnet. — M. Monrer, prêtre de Saint-Sulpice, a répondu à M. Scoxxer par un article sur Les Origines du Séminaire de Saint-Sulpice, publié dans le Bulletin des Anciens Elèves de ce Sémiraire (15 mai 1909), — Enfin, toujours à la même date, (février et mars 1909) M. Czervaz à donné à La Voix de Notre-Dame de Chartres, une élude sur Les premiers Séminaires fondés à Chartres au XVII siècle. — La plupart de ces articles ont été résumés dans les Questions Actuelles (N° du 20 novembre 1909).

La conclusion quinous parait ressortir de toutes ces études, c'est qu'il y avait alors, surtout depuis la publication du Concile de Trente par les évêques, à la suite de la décision du 15 juillet 4615, une véritable émulation entre les prètres et les évêques les plus sérieux, pour travailler à la réforme et à la FU D du clergé. On verra plus loin, (Ch. V) ce que fit Zamet dans e but.

L'ORATOIRÉ À LANGRES ET À DIJON 83 conséquence de l’union du prieuré à l’Oratoire, le supérieur général posséda le droit de présentation à la cure ou vicariat perpétuel de St-Amâtre(1).

Les relations de Zamet avec l’Oratoire étaient, — on a déjà pu le constater, — très intimes ; soit à Langres, soit

à Dijon, il habitait souvent avec les Pères, faisait des retraites avec eux, prenant part à tous les exercices de la communaulé, et balayant lui-même sa chambre comme le dernier d’entre eux. Frappé du grand mérite du Père de Condren, il voulait le demander à la Cour pour coadjuteur, afin de {e fixer auprès de lui. Mais l’humble oratorien refusa ; l’archevêché de Lyon ne devait ‘pas le tenter davantage plus tard. En désespoir de cause, l’'Evêque en fit du moins son vicaire général.

C’est pendant ce séjour de Condren à Langres que s’établit entre lui et Zamet cette amitié qui, plus tard, les rangera tous deux avec saint Vincent de Paul parmi les adversaires de l’abbé de Saint-Cyran.

Non content d’avoir une maison de l’Oratoire dans sa ville épiscopale, Zamet travailla bientôt à procurer la même faveur à Dijon, la coquette capitale de la Bourgogne, Dijon qu'il affectionnait à l’égal de Langres, davantage même, prétendirent les Langrois, lorsqu'il s’efforça d'y ériger un évêché, en 1630.

L'Oratoire de Dijon ne s'établit pas sans difficultés.

(1) L'église paroissiale de St-Amätre était l'église de l'Oratoire. La maison donnée par l'Evêque aux oratoriens, à leur arrivée à Langres, était voisine de cette église, car Zamet désirait que les séminaristes fussent formés aux fonctions ecclésiastiques dans une église paroissiale. Il en fut de même dans un grand nombre de cas au XVIIe siècle, L'exemple de Saint-Sulpice est un des plus célèbres. — Un souvenir historique se rattache à cette église de l'Oratoire. En août 1675, le corps du maréchal de Turenne y fut apporté et y demeura plusieurs jours, on attendant, dit un chroniqueur langrois, qu'on lui eût fait «un cercueil de plomb, pour le porter à St-Denis où il eut sa sépulture parmi celles de nos Rois qu'il avait si courageusement servi ». En 1800, son tombeau fut transporté aux Invalides.

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D'un commun accord, le Père de Bérulle et l’évêque de Langres avaient envoyé dans cette ville Jean-Baptiste Gault, pour établir la communauté au Petit-Val-des- Choux(1). Arrivé là, le Père Gault avait trouvé la situation suivante: le Val-des-Choux était un petit prieuré, où vivaient seulement deux moines, assez peu réguliers et assez inutiles. Il semblait donc que l’on püût facilement négocier l’achat du prieuré; le grand prieur de l’ordre, Guy de Rabutin, n’y était d’ailleurs point hostile. Mais le conseil de ville, le Parlement, la population elle-même se déclarèrent en faveur des deux moines, qui ne voulaient pas quitter la place, et s’opposèrent à la venue de religieux nouveaux. En vain le Père Gault multiplia les démarches, il ne put rien obtenir. De guerre lasse, il allait abandonner la partie et renoncer à la fondation, quand tout à coup les opposants cédèrent, à la suite de l'intervention personnelle du duc de Bellegarde, gouverneur de Bourgogne. Le concordat reconnaissant l’union de ce prieuré à l’Oratoire fut signé le 12 décembre 1621 ; la clause principale était une rente annuelle de 200 livres à payer au grand prieur du Val-des-Choux(2). Le 15 décembre suivant, les Pères de l’Oratoire déclarèrent, devant l’Official de Langres et le syndic du Clergé, qu « ils se soumettaient à toutes les charges dudit Clergé » (3), et le 17 décembre, le Parlement rendit un arrêt favorable à l'établissement de l’'Oratoire à Dijon. Les lettres patentes du Roi furent accordées plus tard, en août 1626.

(1) Le Petit Val-des-Choux était situé dans l'emplacement actuel de la maison qui se trouve à l'angle de la rue Piron et de la rue Bossuet. Il était ainsi appelé, parce qu'il dépendait du grand prieuré de trappistes du Val-des- Choux, chef d'ordre, fondé vers l'an 1200 dans la forêt de Villiers-le-Duc, à 12 kil. de Châtillon-sur-Seine. Il y avait de même, à Dijon, le Petit Citeaux et le Petit Clairvaux.

(2) CF. Pavan D'AUGERY, Vie du Vénérable J.-B. Gault, Marseille, 4894, p. #8, et MiGxarD, /listoire des principales fondations religieuses du Bailliage de la Montagne, Paris 1864, in-4, p. 246 et aussi Arch. Nat. M. 220.

(3) Cette déclaration, ainsi que les pièces originales de cet établissement sont conservées aux Archives de la Çôte d'Or, H. 997, liasse,

Quelques jours après la signature de ce traité, le Père de Bérulle se rendit à Dijon pour y visiter la nouvelle fondation et aussi pour établir les Carmélites à Châtillon-sur-Seine, sur la demande de M. d’Andelot(1}) et de Marie Duneau, veuve de Pierre Chazot, conseiller du Roi, et maître des Comptes à Dijon(2). Le Père de Bérulle choisit lui-même, parmi les Carmélites de Dijon, celles qui devaient se rendre à Châtillon, et mit à leur têle la mère Marie de la Trinité(3). En quittant Dijon, il prit le chemin de Langres, où il arriva le 13 janvier 1622. Il y passa six jours, admira le zèle de l’'Evêque, eut avec lui plusieurs entretiens spirituels, et partit le 19 pour Nancy. « Il voyageait à cheval, nous apprend Senault, avec le Père Benoit, le frère Félix, et un petit laquais. »

(1) Voir p. 78.

(2) Marie Duneau, après la mort de son mari, s'était retirée à Ghâtillon; elle habita chez les Carmélites en qualité de fondatrice et mourut en 1644, à l'âge de 86 ans. Par son testament, daté du 3 août 1644, elle légua tous ses biens au couvent. (Arch. de la Côte d'Or, H. 1083, lasse).

Parmi les premières religieuses, nous trouvons plusieurs parisiennes et dans les actes de profession, il est spécifié que « leur vocation a été examinée par André Du Val, l'un des supérieurs et administrateurs au spirituel et temporel dudit Ordre. » Ce sont: Marie Nourry, fille d’Hector Nourry « marchant, demeurant à Paris, Rue Saint-Denys, paroisse Saint-Jacques de la Boucherie « ; elle donne 2.300 livres au couvent, et devient la Sœur Marie de la Trinité ; Catherine Henrior, dite Catherine de Jésus, fille «de Maistre Philippe Henriot, procureur du Roy à Beauvais et de Marie Prévost, sa femme, demeurant Rue du Paradis, à Paris, paroisse Saint-Jean en Grève » ; Marie GaALLois, dite Marie de Jésus, fille de « Philippe Gallois, juré vendeur et contrôleur des vins à Paris et de Marguerite Prévost, sa femme demeurant également Rue du Paradis», (elle apporte 1.800 livres); puis Anne Du Var, fille de Michel Du Val, bourgeois de la ville de Rouen, (dot: 2.700 livres) ; « Reyne GRossETÈÊTE, veuve de Bernard Durand, docteur en droit, avocat au Parlement, demeurant à Châlon », etc.

Le 17 janvier 1622, les Carmélites achètent « trois maisons et un jardin, sises Rue Dijonnoise, (ce qui nous indique l'emplacement du couvent), à Jacques Regnier, sieur de Bussières et Anne du Bled, demeurant à Châtillon ». (Arch. de la Côte d'Or, H. 1083, liasse).

(3) Les Garmélites de la réforme de Sainte Thérèse avaient été établies à Dijon en 1605 ; cette maison fut la troisième de l'Ordre en France. On sait que Bérulle était supérieur de l'Ordre, avec Duval et Gallemand,

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Ces deux établissements de l’Oratoire dans son diocèse procurèrent à l’évêque de Langres une grande joie, et lui furent vraiment d'un grand secours pour l’accomplissement des devoirs de sa charge. Dès 1621, au moment où il était question de la fondation de Dijon, il exprimait en ces termes au Père de Bérulle sa reconnaissance pour les services que lui rendait la maison de Langres, et la vénération qu'il éprouvait pour sa personne: « Pour les assistances continuelles que je reçois de la bonne volonté de ceux de votre compagnie, avec les obligations que je vous ay d’ailleurs, je vous supplie très humblement de me vouloir considérer :désormais comme l'un de vos enfants. Bien que mes imperfections me rendent indigne de cette qualité, j’ose dire néanmoins que Je mérite par l'amour sincère que j'ay pour votre personne, par la part que je prends à tous vos intérêts. et par la révérence singulière que je porte à vos vertus et aux grâces que Nostre Seigneur opère en vous OLD

Cette estime de Zamet pour l'Oratoire alla si loin, qu'il songea à se démettre de son évêché, pour se retirer parmi les disciples de Bérulle; mais celui-ci l'en dissuada, en lui représentant le bien qu'il avait déjà fait, et celui qu'il pourrait faire dans la suite, grâce à l’autorité dont il jouissail. Plus tard, il revint à la charge auprès du Père de Condren, qui lui fit une réponse identique, et lexhorta à « rester fidèle à sa première mission »(2). Du moins l’'Evêque désirait-il à cause de la vaste étendue de son diocèse, avoir un coadjuteur. N'ayant pu obtenir le Père de Condren, il jeta les yeux sur un autre Oratorien, Achille de Harlay de Sancy. Il écrivit à Bérulle à ce sujet, le 4 mars 1624, et dans sa lettre, lui expliqua ce qu'il entendait par coad-

(1) Arch. Nat. M. 220. C’est nous qui soulignons. (2) On trouvera plus loin (Livre II, ch, IV) des détails à ce sujet,

juteur, contrairement aux idées de l’époque: « A l’ouverture que j'en fis au Père de Sancy, il me témoigna d'y avoir de la répugnance, fondée sur ce qu’un coadjuteur doit être comme le fils qui attend la succession de son père, quoique je sois plus jeune que lui. Mais ce n'est point là ma pensée, car je le regarde, non comme un futur successeur, mais comme un vrai coadjuteur et collègue, non pour demeurer oisif pendant ma vie, mais pour travailler avec moi et posséder solidairement le spirituel et le temporel de mon diocèse. J'espère que Dieu en sera glorifié et qu'il me fera la grâce de vivre bien avec 2 CT)

Ce projet n’aboutit pas, — nous ignorons pour quelles causes, — peut-être parce que, dès cette époque, Richelieu songeait à s'attacher Achille de Harlay. Sept ans plus tard, en effet, il devenait évêque de Saint-Malo, et historiographe de Richelieu. Ses relations avec Zamet restèrent néanmoins des plus intimes ; nous en aurons la preuve, lors de l’arrestation de M. de Saint-Cyran.

(1) Barrerez Mémoires domestiques, t. I, p. 200.

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