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L'AFFAIRE DU COLLÈGE DE LANGRES

Les Jésuites fondent un collège à Chaumont (1618). — Ils obtiennent une résidence à Langres (1621). — Rivalité des Jésuites et des Oratoriens au sujet du collège. — Attitude du cardinal de Bérulle. — La solution (1630).

En ce commencement de siècle, et de renaissance catholique, on ne se préoccupail pas seulement de fonder des séminaires pour les clercs, on songeait aussi à établir des collèges pour les fils de la bourgeoisie et de la noblesse. Les Oratoriens avaient le séminaire ; allaient-ils posséder aussi le collège de Langres ? Pendant douze ans, On put se demander qui l’'emporterait de POratoire ou de la Compagnie de Jésus.

La position des Jésuites était bonne ; dès 1608, ils avaient obtenu d'Henri IV un brevet qui leur permettait d'entrer en possession de l’ancien collège de la ville ; mais peu de temps après, leurs ennemis, et principalement les Huguenots, avaient réussi à faire supprimer le brevet, el à obtenir des lettres de surséance.

Obligés d'attendre des événements plus favorables, les Jésuites se tournèrent d’un autre Côté, et pour se faire désirer davantage de leurs amis de Langres, saisirent l’oc- Casion qui s’offrait à eux de s'établir à Chaumont, la cité voisine ; il y avail, en effet, entre les deux villes, une certaine rivalité, qui servit les projets des Jésuites.

Dès 1585, le régent du collège - de Chaumont, Nicole Foissey, ayant été COnVvaincu de négligence dans sa Charge, le conseil de ville avait demandé à la Compagnie

l'envoi d’un Père Jésuite pour diriger le collège ; il-se heurta à un refus, à cause de l'obligation, pour les Pères, de vivre en communauté, obligation qui ne permettait pas d'envoyer à Chaumont un religieux isolé. En 1607, il fut cette fois question de leur confier tout à fait le collège, mais les souscriptions réunies à cet effet ne produisirent que 3.000 livres ; il fallut attendre encore. Enfin, vers 1613, la famille Rose résolut de se rendre fondatrice du collège( 1). Le second fils de Nicole Rose, Guillaume, avocat au Parlement, s'étant fait Jésuite à l’âge de trente ans, fit, avant d'entrer dans la Compagnie en 1614, un testament, par lequel il abandonnaïit sa fortune, — environ quatorze mille livres, — pour la fondation d’un collège de Jésuites à Chaumont. L'année suivante, son neveu, Galaad de Hault, fils de sa sœur Marguerite, entra également dans la Compagnie, à l’âge de dix-sept ans, et obtint de ses parents la promesse écrite de donner, en son nom, vingt mille livres pour la même fondation.

On résolut de se hâter, car on savait que les bourgeois de Langres se proposaient, eux aussi, d'appeler les Jésuites dans leur ville, et « il estoit nécessaire de les prévenir. » La Chambre de Ville, réunie le 22 avril 1617, adressa une requête au Roi, et obtint de Louis XIIT un brevet en date du 11 juillet 1617, permettant l'ouverture du collège. Zamet, alors à Paris, accorda, le 16 août suivant, l'institution canonique(2). Enfin, en 1618, Mar-

(4) Cette famille était alors représentée à Chaumont par les enfants de Nicole Rose, frère de Guillaume Rose, évêque de Senlis. L'aîné, Antoine, succéda à son oncle sur le siège de Senlis ; le second, Guillaume, entra chez les Jésuites ; le troisième, Claude, devint conseiller du Roi et prévôt de Chaumont : enfin, Marguerite, la fondatrice, épousa Nicolas de Hault, écuyer et chevalier du Saint-Sépulcre, ainsi qu'en témoigne l’épitaphe suivante, qu'on peut lire encore dans la chapelle du collège des Jésuites, devenu aujourd'hui le lycée de Chaumont :

« Icy gist Damoiselle Margucrile Rose, vefve du feu Sieur Nicolas de Hault, écuyer, chevalier du Saint-Sépulcre, fondatrice de ce collège, décédée le A9 février 1644, âgée de 65 ans. »

(2) Voici en quels termes était conçu le consentement de Zamet, qui érigeait canoniquement le collège de Chaumont :

« Sébastien Zawer, Evesque Duc de Langres, Pair de France, Conseiller du Roy en ses Conseils d'Estat et privé, Grand Aumosnier de Ja Reyne, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut, Sçavoir faisons que, veu par

guerite Rose, ayant perdu son mari, donna vingt-quatre mille livres ; aussi fut-elle regardée comme la principale fondatrice, ainsi que le révèle l’épitaphe qui se lit encore aujourd’hui dans la chapelle du lycée(1).

L'existence du collège étant désormais assurée, l’ouverture des classes eut lieu le lendemain de Quasimodo, 22 avril 1618, et le Père Machault, qui en avait été nommé supérieur, eut la joie d’y voir entrer 80 élèves ; à la rentrée d'octobre, il y ‘en eut 160, et dès 1619, les Jésuites établirent à Chaumont une congrégation de la Sainte Vierge, comme ils le faisaient dans tous leurs colléges (2)

La fondation du collège de Langres fut beaucoup plus

Nous le brevet du Roy en date de l’onziesme juillet dernier, par lequel Sa Majesté inclinant à la très humble requeste et supplication des Maire, eschevins, et habitans de la ville de Chaumont-en-Bassigny, lieu de nostre Diocèse, leur à permis et octroyé l’establissement d’un collège de la Société et Compagnie des Jésuistes en ladicte ville, composé de tel nombre de personnes d'icelle société qu'ils verront estre nécessaire pour le service divin et instruction de la jeunesse à la piété et aux bonnes lettres, Lant d'humanités que philosophie et théologie, aux clauses, règles et formes par eux accoustumées ès autres villes où ils sont establis ; Nous louons et approuvons le pieux desseing et le zèle des habitans, lesquels nous exhortons d'y persévérer ; et désirant nous conformer à la volonté et intention de Sa dicte Majesté, avons, pour le bien et utilité de la religion catholique, apostolique et romaine, consenty et consentons par ces présentes, à l’establissement dudict collège des Jésuistes en ladicte ville de Chaumont, pour doresnavant y instruire la jeunesse, et exercer toutes fonctions ecclésiastiques et autres, ainsy qu'il est par eux pratiqué ès endroits de ce royaume où ils ont des collèges establis, et conformément au Brevet, que Nous désirons estre suivy de point en point, et sortir son plein et entier effect, selon sa forme et teneur : Prions et admonestons tous nos diocésains qu'il appartiendra, de recevoir et traicter humainement les dicts Pères Jésuistes, et les assister charitablement à l’effect que dessus, attendu que c'est chose qui concerne le salut des âmes et l’utilité publique. En tesmoing de quoy, Nous avons signé ces présentes, icelles fait sceller de nostre sceau, et contresigner par nostre secrétaire ordinaire.

À Paris, le mercredy seiziesme jour du moys d'aoust, l'an de grâce mil six cens dix sept. SÉBASTIEN, Evesque Duc de Langres.

Par ordonnance de mondict Seigneur, Lichany.

(Arch. de la Haute Marne, D. 1.) (1) C£. note (1) de la page précédente.

(2) Nous avons emprunté la plupart de ces détails au très consciencieux ouvrage de M. l'abbé Lorain : Histoire du collège de Chaumont, depuis sa fondation jusqu'à son érection en Lycée (1540-1848). — Chaumont, 1909.

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laborieuse ; les Langrois, en effet, avaient été devancés, et c'était un obstacle de plus ; les ennemis des Jésuites ne Manquèrent pas, en effet, de remontrer au Roi que les Pères avaient « douze ou quinze collèges aux environs », et que « celui de Chaumont n'étant distant que de cinq lieues », il était inutile d’en établir un à Langres (1).

Cependant l’ouverture du collège de Chaumont avait provoqué une certaine effervescence à Langres, parmi les partisans des Jésuites ; cette fondation, si rapidement faite, était regardée, ou peu s’en fallait, comme une hu- Mmiliation pour la ville épiscopale. Aussi, dès le mois de juillet 1618, Zamet, pour apaiser cette rivalité, en même temps que pour reconnaître les bons offices des Jésuites qui évangélisaient son diocèse, fut-il amené à faire une déclaration à « Messieurs les Maire et échevins, et aux habitants de Langres », promettant d'établir à ses frais, dans le délai de trois ans, un collège « des Pères de la Compagnie du Nom de Jésus ». (12 juillet 1618) (2).

Mais bientôt le chanoine Piquet fit opposition au nom du Chapitre ; les échevins, d’abord favorables, déclarèrent

(1) Voir la note (2) de la p. 93.

(2) Voici cette déclaration :

« Nous, Sébastien Zamet, Evesque et Duc de Langres, Pair de France, promettons aux habitants de ladicte ville de Langres qu'au cas où ils consentiront soubs le bon plaisir de Sa Majesté, à la proposition à eux faicte du désir et vouloir que nous avons d'establir en ladicte ville un collège des Pères de la Compagnie du nom de Jhésus, devant trois ans prochainement venantz, à nos propres coustz et despens, Nous bastirons, logerons, meublerons, fonderons et doterons sy suffisament de nostre propre bien et patrimoine ledict collège desdicts Pères ; qu'ils auront de quoy amplement vivre et s’entretenir, sans que ladicte ville y contribue quant à présent, ny soit tenue y contribuer cy après aucune aultre chose que sondict consentement, et le revenu du collège ancien, en sorte et manière que ce soit, ny pour quelques occasions qui puissent arriver, et au cas où elle seroit poursuivie de ce faire par lesdicts Pères ou aultres personnes quelles qu’elles soient, de faire cesser à la première réquisition de lad, ville lesdictes poursuites. Pour l’accomplissement de lag. nostre promesse, Nous obligeons à lad. ville nostre bien et patrimoine par ces présentes, lesquelles nous avons signées de nostre main, faict signer par nostre secrétaire ordinaire et scellées de nostre scel en nostre Maison épiscopalle aud. Langres, le 42 juillet 1618.

Signé : Sébastien Zamet, Evesque et Duc de Langres, par ordonnance de mondict Seigneur, Lichany.

(Extrait du Journal de Sexaurr, année 1618).

également qu’ils ne voulaient pas des Jésuites pour le collège.

L’Evêque, les trois ans écoulés, résolut, pour tenir sa promesse, d'établir du moins une résidence perpétuelle ; il en obtint le brevet le 21 février 1621, et les Jésuites furent mis en possession de la résidence le 19 avril de la même année. Ce ne fut pas sans quelque difficulté, car 232 « mahuires assemblés », dit Senaull, avaient signé une adresse au Roi pour empêcher les Jésuites de demeurer à Langres.

Sans doute à cause de cet incident, le brevet délivré par Louis XIII était accompagné d’une lettre ordonnant d'exécuter le brevet et de recevoir les Jésuites (1). Mais aucune maison n'était préparée pour les recevoir. Zamet les installa dans son évêché, qu’il leur abandonna, et alla loger chez les Pères de lOratoire. Ce ne fut qu'au bout d'une année, en mai 1622, qu'ayant acheté la maison d’un particulier, ils y logèrent (2).

Cependant la question du collège restait foujours en suspens. L'Evêque ayant témoigné de sa bonne volonté à l'égard des Jésuites, était maintenant disposé à le donner à l’Oratoire ; c'était le vœu de la majorité des habitants(3). Mais alors, chose incroyable, le Chapitre, se

(1) À nos chers et bien amez les Maire, eschevins et habitants de nostre ville de Langres.

De par le Roy.

Chers et bien amez, Le sieur Evesque de Langres nous ayant représenté combien une résidence de Jésuites en nostre ville de Langres pourroit estre utille et nécessaire au bien et advantage de la religion, tant en icelle qu'en l'estendue de son diocèse, Nous avons trouvé bon de luy permettre de l’establir. De quoy nous vous avons voulu advertir par cesle lettre, afin qu'ils soient reçus et que leniez la main, en ce qui dépendra de vous, à leur établissement en icelle, À quoy vous ne ferez faulte, car tel est nostre plaisir.

Donné à Paris le 24e jour de febvrier 1624.

Signé : LOUIS et plus bas : Potier.

(SENAULT, Journal, fo 53).

(2) Prar, Æecherches historiques sur la Compagnie de Jésus, ete, V. 443.

(3) Le 19 décembre 1622, les «anciens eschevins, officiers du Roy, bourgeois et habitans de Ja ville de Langres, » faisaient signifier à Zamet qu'ils avaient appris que quelques juges « s’efforçoient de mettre le collège de ladite ville entre les mains des religieux de Ja Compagnie du nom de Jésus et les establir en ceste ville confre le gré et vollonté de la pluspart desdits habitants » et suppliaient « ledit Seigneur que ledit Collège soit gouverné et mis entre les

déjugeant complètement, soutint les Jésuites contre l’'Evêque(1). Finalement une transaction intervint entre le Chapitre et l'Evêque, le 24 mars 1626, et les Jésuites l’emportèrent.

Il semble que la lutte eût dû se terminer là. Elle dura quatre ans encore. En 1627, les Jésuites obtinrent des lettres patentes, mais M. de Marillac, garde des sceaux, refusa de les sceller. La ville s’émut alors de nouveau en faveur de l’Oratoire, et redoubla d’instances auprès du Père de Bérulle, qui venait d’être nommé cardinal(2).

mains des Révérends Pères de l'Oraloire establis en ceste ville par commandement du Roy, desdits seigneurs nos gouverneurs et sans aucune contradiction desdits habitans, eu esgard que lesdits Révérends Pères ont accepté des collèges en plusieurs bonnes villes du royaume dont ils s’acquittent très dignement au contentement et utilité des habitans d'icelles el par ce moyen seront les volontés desdits habitans réunies et toutes contentions assoupies, au repos et tranquillité de ladite ville, l'honneur de Dieu et service du Roy. » (Arch. de la Haute-Marne, G, 1010, liasse).

(4) Ce changement d’attitude nous paraît avoir été inspiré par cet esprit mesquin d'opposition, si fréquent alors comme aujourd'hui, qui portait les Chapitres à être d’un avis différent de l'Evèque. Lorsque Zamet avait voulu ou paru vouloir, pour sonder le terrain, donner le collège aux Jésuites, le Chapitre avait demandé qu'on le donnât à l'Oratoire ; lorsque lEvèque déclare qu'il va effectivement y installer les Oratoriens, le Chapitre réclame les Jésuites ; enfin en 1629, lorsque les Jésuites ont, pour ainsi dire, parte gagnée, les chanoines présentent une requête au Roi contre les Jésuites, comme en témoigne la note suivante.

(2) Une requête très remarquable par le nombre et la qualité des signataires fut même présentée au Roi, à Dijon, le 1er février 1629,

En voici le principal passage :

« Les Jésuites ne sont aucunement nécessaires en vostre ville, principalement pour ce que vostre dite ville est plustost une ville de guerre que d'estude, frontière des pays du Comté de Bourgogne possédé par l'Espagnol, Suisse, Allemagne et Lorraine, vos subjects et habitans de vostre dite ville de Langres, obligés de tout temps immémorial à la garde d'icelle de jour et de nuit, sans autre assistance que des habitans pauvres et obérés par les grandes debtes qu'ils ont esté contraincts de contracter pendant les règnes des roys Henry troisième et Henry le Grand, vostre père d’heureuse :émoire, sans aucun trafic ny commerce, des plus dévotes et catholiques de vostre royaume, exempte par la grâce de Dieu de ceux de la religion prétendue réformée, autant que ville de son estendue, n'y en ayant que quinze où seize de tout sexe, et encore gens de petile considération et la pluspart artisans. Vostre ville est honorée d'un célèbre clergé, évesché, duché et pairie de France, possédé à présent par l'un des plus pieux, dignes et capables prélats de vostre royaume, d'une église cathédrale composée de cinquantedeux chanoines, etc. el vos subjects assistés et consolés en leurs piéles et dévotions, des pères Jacobins qui y sont fondés dès leur advénement en vostre royaume, des pères Capucins y establis depuis vingt ans ; en outre, lesdits Pères Jésuites ont, ès environs, et proche de ladite ville, daure où

Celui-ci refusa de s’interposer, dans la crainte de se heurter à Richelieu, protecteur des Jésuites ; mais il écrivit à son ami le garde des sceaux, une lettre significative : « Nous n’avons jamais sollicité ce collège, disait-il, ni

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directement, ni indirectement, mais nous avons é‘é pressés par le gouverneur, l'Evêque et les principaux de la ville, à différentes reprises, de l’accepter, afin de les mettre à couvert des violentes poursuites des Pères Jésuiles, et cependant je n'ai pu répondre à ces instances... » (1) Deux ans après, il écrivait de nouveau : « Voici donc la troisième fois qu'ils reviennent à la charge pour l'emporter, comme si jamais il n'y avait eu d’opposition de la part de la ville. » Il faisait ensuite observer qu'il y avait trop de collèges en France aux mains des Jésuites, et qu’il conviendrait de partager ces sortes d'établissements, « afin d’exciter l'émulation, et d’empécher que certaines doctrines de corps ne prévalussent dans l’enseignement public », et il finissait par proposer de laisser le collège de Langres aux séculiers CAE

quinze collèges ; en Lorraine, à Nancy, Verdun et Pont-à-Mousson ; Comté de Bourgogne : Vesoul, Dolle et Besançon : duché de Bourgogne : Dijon et Autun ; Champagne : Sens, Reims, Chalon et Chaumont, distant de ladite ville de cinq lieues. », etc. (C'est nous qui Soulignons.)

Cette requête est signée de : Me Nicolas PrérrequiN, promoteur, chantre et chanoine ; Me Jean Fourrer, chanoine ; Me Estienne Courrer, chanoine ; Me Claude Roux, chanoine et curé de Saint-Pierre ; Me Anselme PLUSBEL, chanoine ; Me Edme Perrr, chanoine : Me Gilles BouRRELIER, chanoine : Me François GarNieR, chanoine : Me Jean-Baptiste RousseL, prieur de Bourg ; Me Jean Derecey, curé de Saint-Amätre, ete, etc. Dans cette liste longue de plus de quatre pages, on trouve des anciens échevins, des échevins en exercice, des procureurs, bourgeois, marchands et artisans. (Arch. de la Hte- Marne, G. 1010, liasse).

(1) Lettre du 14 avril 4627.

(2) Lettre du 24 mars 1629. Ces deux lettres sont citées par TABArRAUD, Æistoire du Cardinal de Bérulle (I, 147). Bérulle d’ailleurs ne parlait guère autrement à Richelieu lui-même ; le 27 juin 1629, il lui écrit à propos de M. de Barault, évêque de Bazas, nommé aumônier d'Henriette de France, « que M. de Chasteauneuf luy a dit avoir receu plusieurs plaintes des catholiques anglois sur l'envoy de l'évesque, qu'ils tiennent du tout en la possession des Jésuites ; qu'il est docte et vertueux, mais est en la réputation publique d’estre tout dans les sentiments du Cardinal de La Rochefoucauld et en la main des Jésuites; que de tout temps Calory (Richelieu en langage diplomatique) sçait l'opposition publique du Clergé d'Angleterre à eux et maintenant cette opposition est à telle extrémité qu'elle approche du schisme : que si cela dispose Calory à un nouveau choix, l'évesque de Langres peut

Mais Bérulle mourut en 1629 (2 octobre). Quatre mois plus tard, la faveur de Richelieu assurait le triomphe des Jésuites. Leur victoire cependant n'était pas complète ; le garde des sceaux, Marillac, ne consentit à sceller les lettres patentes que sur la promesse formelle des Jésuites « de laisser régenter la Rhétorique aux Pères de lOratoire ».

Le 28 mai 1630, les Jésuites entrèrent enfin en possession du collège, et, spectacle peu banal, les Oratoriens allèrent y faire des cours !

Sur le portail de la chapelle que les Pères firent aussitôt construire, ils inscrivirent ce distique :

Hæcce Sodalitit Jesu sacra dicta Beato Zamelus Prœsul dedicat Ignatio.(1)

estre considéré... » Richelieu accueillit avec faveur celte idée: Bérulle en effet, lui écrivait le 30 août : « Je n'ay rien dit de vostre pensée sur monsr de Langres pour Albion. Lorsque vous serez sur le lieu, vous Jugerez de tout par vous mesme. Ce que je vous ay mandé est sans dessein que de vous informer des clameurs qui ont esté faittes à d'autres aussi bien qu'à moy. Je dois vous exposer les choses et c'est à vous à en juger et ordonner comme il vous plaira... » Il ajoute ensuite qu’il apprend qu'on à indisposé le Roy à l'encontre de l'Oratoire en quelque chose qui concerne les Jésuites, mais qu'il n'en peut deviner le sujet. « A la vérité, dit-il, ils sont extraordinairement violents et ils se rendront insupportables » (AÏf. Etrang. France, 788, fo 350 et 374).

Zamet, nous le dirons ailleurs, ne voulut pas quitter son diocèse pour aller en Angleterre. Voir les Lettres spirituelles du Prélat, p. 375.

(1) Le fameux P. Le Moyne fut professeur au collège de Langres en 41636. (Cf. Cnéror, La vie et les œuvres du P. Le Moyne. Paris, Picard, 1887, p. 13).

Nous ne parlons pas ici du collège de Dijon, fondé sous Charles d’Escars. Notons toutefois que Zamet en consacra la chapelle en 1617.

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