‹ Sébastien ZametChapitre 22 sur 142 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

ZAMET ET LES MONASTÈRES DE FEMMES LES CONGRÉGATIONS ENSEIGNANTES : URSULINES ET DOMINICAINES

& I. Etablissement des Ursulines à Dijon, à Langres, à Châtillon, et dans

les principales villes du diocèse. — Zamet veut unir tous les couvents de son diocèse. Rome s’y oppose. — Tentative infructueuse de Zamet

et de Françoise Xainctonge ; les incidents de Dijon (1623). — L'Evêque donne des règlements aux Ursulines (1637). — Esprit de ces règlements. $ II. Les Dominicaines de Langres. — La fondation.

L'activité du jeune évêque de Langres ne se bornait pas cependant à son clergé et à son peuple, ni même aux services d'ordre général, que ses fonctions de Grand Aumônier de la Reine lui permettaient de rendre à la cause de l'Eglise. Entraîné dans ce mouvement de vie intérieure plus intense, qui se manifestait alors, il ne pouvait manquer de porter son attention du côté des couvents de femmes. Partout, à cette époque, des maïsons religieuses se construisent, et se remplissent aussitôt d’une foule d’âmes ardentes, éprises de dévouement et de sacrifice. Tout évêque digne de ce nom est directeur de religieuses, et pousse un certain nombre de ses pénitentes mondaines vers le cloître. Les anciens ordres se réforment, de nouveaux se fondent. Zamet encourage ce mouvement ; regardant les religieuses « comme la plus pure et la plus illustre portion de son troupeau », il établit plus de vingt couvents, dont il s'occupe d’une façon très active: lui-même leur donne des règlements, dirige les religieuses de près ou de loin, entretient avec elles une immense correspondance spirituelle, et acquiert ra-

pidement la réputation d’un directeur consommé. Ce fut la gloire, mais aussi l’écueil de sa vie.

SI

Une des congrégations de femmes qui obtenait alors le plus de succès, était celle des Ursulines. Vouées à la vie active, à l’enseignement des jeunes filles, et en même temps au soin des pauvres et à la visite des prisons et des hôpitaux, elles devinrent vite très populaires, et en moins d'un demi-siècle eurent en France plus de trois cents établissements(1}). À Dijon, elles avaient été établies dès 1608 par Françoise de Xaincionge, sœur d'Anne de Xainctonge, fondatrice des Ursulines de Dôle. Elles s'étaient d’abord installées dans une maison située sur la paroisse Saint-Médard ; c'était là que saint François de Sales, en 1604, avait fait ses conférences spirituelles aux dames dévotes de la ville. En 1612, se trouvant trop à l'étroit, elles se transportèrent sur la paroisse Saint-Michel(2}, mais les ressources manquaient, et la fondation m'était pas assurée. Enfin, en 1618, sous l’épiscopat de Zamet, Catherine de Montholon(3), veuve de M. de San-

(4) Les Ursulines ou Filles de la Doctrine Chrétienne avaient été fondées en Italie par Sainte Angèle de Mérici, pour l'éducation gratuite des jeunes filles. L'ordre, introduit en France à L'Isle (Vaucluse) en 1594, s'établit à Paris par les soins de Marie Madeleine l'Huillier, comtesse de Sainte-Beuve, en 1604. (Cf. H. de Leymonr : Madame de Sainte Beuve et les Ursulines de Paris, Lyon, 1890.)

(2) Rue de la Porte Neuve. Elles achetèrent successivement plusieurs maisons voisines, afin de s’agrandir peu à peu ; un acte du 17 février 1614 mentionne l'achat au sieur de Villars d'une maison et d’un jardin situés rue de la Porte Neuve, pour la somme de 8000 livres ; le 6 décembre 1614, elles achètent pour 340 livres à Philibert de Saint-Didier une maison sise dans la même rue : le 27 décembre 1619, Prudent Mongin leur vend pour 1100 livres sa maison «sise rue de la Porte Neuve » ; autre achat, même rue, le 16 juin 1621, de la maison de Jeanne Gurlet ; le 23 juin 1626 de celle de Germaine Prebien, etc. (Arch, de la Côte d'Or, H. 1094, liasse.)

L'ancien monastère est aujourd’hui une caserne d'infanterie, située Rue du vieux Collège et Rue Berlier.

(3) Sa vie a été écrite par le neveu de l’apothicaire langrois, François Senault, supérieur général de l'Oratoire. Elle fut publiée en 1653, sous ce

zelle, maître des requêtes, résolut d'acquérir le titre de fondatrice, et de faire ériger le nouveau monastère. A la prière de Madame Acarie, elle offrit aux Ursulines la somme considérable de 16.000 livres. Mais en revanche, elle imposa la clôture, malgré l'extrême répugnance de Francoise de Xainctonge, et tandis que les Ursulines de Franche-Comté continuaient la visite des pauvres, celles de Dijon, et bientôt celles de tout le diocèse de Langres, se vouèrent exclusivement à lenseignement (1). 1 Zamet avait confirmé l'établissement des Ursulines de Dijon par ses lettres du 5 novembre 1615. Lorsque Catherine de Montholon eut obtenu de Paul V (23 mai 1619) une bulle conforme à ses désirs, on résolut de procéder à la cérémonie de la première profession solenlennelle. L’Evêque officia pontificalement dans l’église du monastère, le 22 août 1619; « onze filles représentant les onze régiments de Sainte Ursule prononcèrent les vœux

titre : « Vie de Madame Catherine de Montholon (1568-1650) veuve de M. de Sanselle, maistre des requestes, et fondatrice des Ursulines de Dijon » par François SenauLT. (Bib. Mazarine, 59262.) Voici l'inscription qu'on pouvait lire dans l’église des Ursulines de Dijon où elle fut inhumée : , « À la Gloire de Celuy qui est admirable dans ses saints.

Catherine de Montholon, illustre par sa naissance qui luy donna pour père et pour ayeul deux gardes des sceaux de France, heureuse par son mariage qui luy donna pour espoux Monsieur de Sanzelles, maistre des Requestes, et pour fille Madame de Forax, fut encore plus illustre par sa piété dont elle fit une profession particulière pendant le cours de sa vie, et plus heureuse par la retraite qu'elle choisit après la mort de son mary dans cette maison des Religieuses Ursulines de Dijon. Elle les fonda par ses libéralités, les édifia durant trente quatre ans par ses vertus, et mourut parmy elles en odeur de sainteté le 29e d'avril, l'an de nostre salut 1650, et de son àge 82. Son corps repose sous cette voûte, et son àme règne avec Dieu. » (Arch. de la Côte d'Or H. 1094, liasse.)

IL existe, au musée de Dijon, un portrait de Catherine de Montholon, par Richard Tassel.

(1) Sur cette innovation, et l'attitude de Françoise de Xaintonge « qui s’inclina seulement devant la majorité, appuyée d’un bref pontifical » cf. Morey, La vénérable Anne de Xaintonge, fondatrice des Ursulines de Dôle, Besancon, 1901. I, p. 861, note, et IH, p. 111. Ce fut la vraie cause des difficultés qui vont suivre, et qui amenèrent Zamet à prendre part pour Françoise de Xaintonge contre la fondatrice, Catherine de Montholon. Déjà en 1613, saint François de Sales consulté par Anne de la Vesvre, ursuline de Langres, sur le conseil de Madame de Montholon, avait blâmé énergiquement la clôture. (Lettres du Saint, Annecy, 1910, L VI, p. 18).

ordinaires, et y ajoutèrent pour quatriesme celui de Pinstruction ; elles reçurent l’habit religieux et le voile noir en présence d’une grande affluence de peuple, et pour terminer la cérémonie, le R. P. Boite, lors recteur du Collège de la Compagnie de Jésus à Dijon, fit un sermon très profitable. » (1)

La bulle accordée par Paul V aux Ursulines de Dijon,

aboutit à ce résultat, que les autres maisons du diocèse voulurent en obtenir une semblable et se réformer. Langres possédait déjà des Ursulines depuis 1613. Deux religieuses de Dijon y avaient été envoyées à cette époque, et s'étaient établies rue du Crocq(2). Bientôt des recrues leur étaient venues, une seule d’abord,dès leur arrivée(3), puis sept en 1615, des meilleures familles de Langres (4) ; en 1619, elles reçurent Mlle de Choiseul, fille du baron de Clémont, et Mlle Perret, fille du lieutenant général de Chaumont, et l’année suivante une fille de la comtesse de Châteauvillain, et une « demoiselle de Paris, envoyée par M. Zamet ».

(1) Bib. municip. de Dijon, fonds Milsant, ms 10962.

Les Ursulines firent bâtir plus tard une très belle église ; Zamet les autorisa le 41 octobre 1642 « à la faire bénir par le sieur de Maschault, conseiller au Parlement de Bourgogne, chanoine et trésorier de la sainte Chapelle, et à la faire consacrer par tel de Messeigneurs les Evesques qui se rencontreront en ladite ville de Dijon, lorsqu'elle sera entièrement achevée et en estat de recevoir la consécration. »

Ce fut Jean de Passelaigue, évêque de Belley, qui fit cette consécration le 3 mai 4643. Voici le procès-verbal qu'il rédigea le jour même :

« Au nom de Dieu. Amen, Nous Jean de Passelaigue, Evesque du Belley, l'an mil six cens quarante trois, le 3e jour du mois de may, avons consacré cette église et cet autel en l'honneur de l'Annonciation de la Vierge, Mère de Dieu et du Bienheureux Joseph, son espoux, et dans iceluy nous avons renfermé les reliques de saint Candide martyr et de l’une des onze mille vierges, et, à la forme accoutumée de l'Eglise, nous avons accordé à tous fidèles chrestiens qui visiteront cette église aujourd'huy un an d'indulgence, et au jour anniversaire de telle consécration quarante jours.

JEAN, Ev. du Belley. »

Le lendemain, 4 mai, le même prélat consacra l’église des Carmélites en l'honneur de Saint-Joseph. (Arch. de la Côte d'Or, H. 1094 liasse.}

(2) Elles se nommaient Anne de la Vesvre et Hélène Guélaud. La mère de la Vesvre, première supérieure, mourut le 30 avril 16146. L'évèque assista à ses obsèques. Voir la note (1) de la page précédente.

(3) La fille de Pierre Cardinal, prévôt de Bessey.

(4) Les deux filles de M. le contrôleur de Voisines, Marie Bonnier, veuve de M. Charmon, Elisabeth Floriot, Colombe Boullot, Mlle de Lanques, et la fille de M. Thibaut, avocat. (Senauur, Journal, années 1615 et 1616).

Comme leurs sœurs de Dijon, les Ursulines de Langres voulurent adopter la réforme en 1619. Le 23 septembre, M. de Langres vint à huit heures du matin dans leur église pour y fulminer la bulle qui autorisait la réforme et les ramenait à une pratique plus austère de la règle de Saint Augustin et à la vie claustrale. La bulle fulminée, l'Evêque leur donna un nouvel habit « moins commode » qu’elles nortèrent à dater de ce jour.

Quelques jours après, le 3 octobre 1619, la maison réformée de Langres envoya une colonie à Chaumont (1). Puis bientôt d’autres établissements suivirent: Châtillonsur-Seine, Tonnerre, Bar-sur-Aube (1619).

C’est alors que Zamet conçut l’idée d’unir tous les couvents d’Ursulines de son diocèse, et d'établir une provinciale qui aurait autorité sur ces différentes maisons, et pourrait faire passer des religieuses de lune dans l’autre. Un chapitre général, composé de loutes les supérieures des monastères du diocèse, se réunit à Langres en 1620. On résolut de faire observer uniformément la bulle de Paul V, de garder une clôture exacte, de continuer à donner un enseignement gratuit aux jeunes filles ; mais l'union projetée par l’'Evêque de toutes les maisons du diocèse, avec échange de religieuses, et l’établissement d’une provinciale ne purent avoir lieu, cette innovation étant contraire aux règles et constitutions des Ursulines.

Des difficultés assez graves s’élevèrent à ce sujet, car Zamel essaya de mettre son dessein à exécution. N’admeltant pas que toutes ces maisons fussent indépendantes les unes des autres, et désireux d’avoir sur elles une autorité absolue, il entreprit d'installer à Dijon une provinciale ; ce monastère ayant été fondé le premier, et les autres en étant issus, il était naturel que l’administration centrale fût fixée à Dijon. A cet effet, il choisit en 1623

(1) Les fondatrices furent Mlle de Briaucourt, et Mlle Bourrat, fille d’un procureur du Roi, de Bar-sur-Aube. La première supérieure fut la mère Elisabeth Floriot, dite de Sainte-Croix. Les religieuses furent bientôt au nombre de vingt-cinq à trente. (La Haute Marne, Revue Champenoise, 4855, p, 437).

deux religieuses de grande vertu, Françoise de Xainctonge, dite de la Trinité, alors supérieure à Châtillon (1), et Marguerite Le Jeune, dite du Saint-Sacrement, religieuse du même monastère, et les envoya à Dijon; puis, comme la mère Mazoyer, supérieure à Dijon, était sur le point de terminer son triennal, et qu'il ne tenait pas à ce qu'elle fût réélue(2}, il essaya d'amener les sœurs de Dijon à accepter la mère de Xaïnctonge ou.la mère Le Jeune pour supérieure.

Il n’y réussit pas. La mère Mazoyer, conseillée par le directeur du monastère, refusa de démissionner. L’Evéque révoqua le directeur ; les sœurs firent entendre des cris et des lamentations, quelques-unes s’évanouirent. Zamet ne se laissa pas toucher.

Alors les religieuses, « encouragées par quelques séculiers », amis des Jésuites, firent appel à Sa Sainteté, et quelques jours après refusèrent au Prélat l’entrée du monastère.

Les voies de douceur n'ayant pas réussi, Zamet employa la manière forte. Le Parlement, averti de ce refus, députa deux commissaires, « Messieurs Antoine Bretagne et Philippe Berbisey, conseillers du Roy à ladicte Cour pour assister ledict Révérend Evesque », et rendit, le 13 mai 1623, un arrêt ainsi conçu: « La Cour a ordonné et ordonne auxdictes religieuses d’obéir à ce qui leur sera commandé par ledict Révérend Evesque de Lengres leur supérieur, à peine d’estre procédé ainsi qu’il appartiendra, et faict inhibition et deffense à toutes personnes, de quelques qualités et conditions qu'ils soient, d'apporter empeschement à l’exécution de ce qui sera

(4) Ce choix s'explique par ce fait que Françoise de Xainctonge était la fondatrice des Ursulines en Bourgogne ; elle avait fondé le monastère de Dijon en 41608, comme nous l'avons dit, et celui de Châtillon-sur-Seine en 1619. Avant cette dernière fondation, elle était supérieure à Dijon, ainsi qu'en témoigne un acte du 28 mai 1619. (Arch. de la Côte d'Or, H. 1094, liasse).

(2) Zamet prétendait avoir lieu de se plaindre de cette supérieure et du prêtre qui dirigeait le monastère. TaBouRorT écrit que « cette mere ne luy fut pas agréable, parce qu’elle sembloit luy chocquer son authorité. » (Hist. des Saintes Reliques, etc.).

ordonné par iceluy à peine de punition exemplaire. »(1)

Muni de cet arrêt, Zamet se ‘rendit le 15 mai au monastère « assisté desdits sieurs Conseillers, du Greffier et Huissiers de ladite Cour, du Procureur syndic de ladite ville de Dijon, Sergens de la Mairie, et plusieurs autres personnes de diverses qualités et conditions ; lequel demanda ouverture de la grande porte dudit couvent, à quoy fut promptement satisfaict, tellement qu'il entra en ladite maison, assisté des susdits ; et donnant un premier effect de ses desseins, prist les clefs des tours et parloirs dudit monastère, et les donna à la sœur Le Jeune, l’une de celles qu’il avoit faict venir de Chastillon. »(2) Il fit ensuite amener son carrosse à la porte du monastère, puis ordonna à la mère Mazoyer d'y prendre place, et de partir pour Châtillon. Les évanouissements recommencèrent, sans émouvoir l’Evêque. II nomma ensuite la mère Charlotte Doncieux, dite de la Croix, venue elle aussi de Châtillon, et ordonna aux religieuses de ‘lui obéir jusqu'au jour où aurait lieu une nouvelle élection.

Les religieuses finirent par se soumettre et écrivirent à leur supérieur une lettre très déférente ; puis, avec son autorisation, elles procédèrent, le 22 juillet suivant, à une élection qui mit à leur tête la sœur Claude Coutier de Sainte-Agnès, assistante de l’ancienne supérieure.

N'ayant pu réussir dans son dessein, Zamet ordonna à la sœur de Xainctonge et à ses compagnes de retourner à Châtillon. |

L'année suivante, les Ursulines de Dijon obtinrent un bref d'Urbain VIII (31 mai 1624), approuvant les statuts qu'elles avaient proposés à Rome, « afin non seulement de conserver la discipline régulière, mais de luy donner plus de lustre. »(3) Elle firent présenter ce bref à

(1) Voir aux Pièces Justificatives (XIV). Bib. Nat. Coll. Moreau, 816, fo 136,

(2) Récit véritable de ce qui s'est fait et passé en la démission de la S'upérieure du Monastère de Sainte Ursulle de la ville de Dijon en l'année 1623. À Paris, chez François Pomeray, rue sainct Jacques, à la Pomme d'Or. MDOXXIIIT, p. 34 (Bibl. municipale de Dijon, 3328).

(3) Arch. de la Côte d'Or, H. 1094, liasse. Voici les articles les plus importants de ces statuts : .

I. — Que celles des religieuses du susdit monastère, lesquelles n'ont encore

Zamet par deux notaires. L’Evêque l’accepta, mais refusa de signer l’acte d’acceptation(1). La même année, le 30 décembre, il approuva une requête concernant une formule de vœux qui lui avait été soumise par les Ursulines de Dijon(2). La paix était faite, mais le projet de

pas fait leur profession régulière, et toutes les autres qui seront à l’advenir reçues, l’année du noviciat estant achevée, seront obligées de faire leurdite profession entre les mains de la supérieure, observant néanmoins en cela la forme du Concile de Trente.

IT. — Que les religieuses du susdit monastère ne pourront en façon quelconque hausser, relever ou oster le voile qui leur couvre le visage, non pas mesme en la présence de l’Ordinaire ny d'aucune autre personne de quelque dignité que ce soit sans la permission et commandement de l'Ordinaire ou de leur supérieure.

HI. — Il ne sera permis aux religieuses dudit monastère d’escrire de lettres à qui que ce soit, sauf à l'Ordinaire et au directeur dudit monastère, sans la licence de la supérieure, qui sera alors en charge, laquelle ayant lu et considéré les dittes lettres les rendra après qu’elles auront esté fermées sous le scel du monastère.

IV. — L'administration du temporel dudit monastère appartiendra à la supérieure qui sera pour lors en charge et cela conjointement par l'advis de tout le couvent ou de la meilleure part d'iceluy dont ladite supérieure sera obligée de rendre compte à la fin de chaque année par devant l'Ordinaire,

V. — Si les religieuses dudit monastère désirent conférer avec quelques personnes ecclésiastiques, mesme pour communiquer avec eux sur les choses qui regardent l'observance régulière ou les moyens d’une plus aisée adresse de leurs actions à Dieu, il ne leur sera pas loisible de le faire sans la licence de la supérieure et sans avoir auparavant obtenu la permission de l'Ordinaire et celle de la S. Congrégation des Réguliers.

VI. — Le directeur dudit monastère sera eslu par la supérieure et par le couventet après devra estre approuvé de l'Ordinaire. Que si le directeur susdit, mesme après l'approbation de l'Ordinaire, ne s’acquitte pas bien de son devoir, il sera en cecas permis à ladite supérieure et au couvent d'en présenter un autre à l'Ordinaire. Ge directeur doit estre une personne ecclésiastique séculière, d’un esprit grave et posé, et desjà avancé en àge, auquel il ne sera permis d'entrer en l'exercice de sa charge, ny de s'y ingérer en quelque façon que ce soit, qu'il n’ait esté admis et approuvé de l’Ordinaire.

(1) La note suivante fut annexée à une copie du bref par une des religieuses :

« Cette copie du bref en laquelle est insérée la présentation qui en a esté faite à Mgr Zamet, évesque de Langres, ne se doit point montrer, si n’estoil qu'on allégua (sic) qu'il n'a pas esté reconnu dudit Seigneur.

« La présentalion contenant l'acceptation prouve le contraire ; c'est pourquoi on à fait une copie dudit bref en latin, qui est ci-jointe pour la montrer dans le besoin, ce qui ne se doit pas faire facilement » (!) (Arch. de la Côte d'Or, H. 1094, liasse).

(2) Voici cette formule signée par toutes les religieuses de chœur :

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, en présence de la glorieuse Vierge Marie, mère de Dieu et de toute la Cour céleste, Je, Sœur N., fais vœu de pauvreté, chasteté et obéissance perpétuelle à Dieu et à vous, ma Mère Supérieure, en la religion de Sainte Ursule, sous la règle réformée de Saint Augustin, et promets de m'employer à l'instruction des jeunes filles en la

l'Evêque avait échoué, et chaque monastère conserva son

autonomie ( 1).

A Langres, quelques incidents s'étaient produits en 1622 pour les mêmes motifs(2). Afin de lever les scrupules des religieuses, Zamet avait fait approuver ses ordonnances à Paris et avait obtenu un « jugement » et une « décision » de « Messieurs Duval, Gamoiïise, Lavalle et Le Clerc, docteurs en Sorbonne, prestres à elles connus de très grande réputation. »(3) Mais elles s’entêtèrent, et obtinrent gain de cause à Rome. Une bulle de Grégoire XV, du 2 septembre 1622, confirma purement et simplement la bulle de Paul V, et s'opposa à tout changement.

A Châtillon, au contraire, la concorde la plus parfaite ne cessa d'exister. La supérieure, Françoise de Xainctonge était, nous l’avons vu, entièrement dévouée à l’Evêque ; lorsqu'elle eût fondé la maison de Troyes, dont elle devint supérieure en 1629, les mères Anne Catherine de la Trinité, supérieure de Châtillon, et Marie du Saint Esprit, assistante, continuèrent les mêmes traditions, et lièrent d’affectueuses relations avec la mère Agnès Arnauld et les Bernardines de Tart et de Port-Royal( 4).

doctrine chrestienne, conformément à la bulle de N. $. P. le Pape Paul V et l'ordre étably en nos conslitutions ; en tesmoin de quoy j'ay signé de ma main la présente. » Claude Courier de Sainte Agnès, M. Le Crerc de Saint Augustin, M. Quexor de l’Incarnation, F. Marti de la Visitation, M. Le Pace de Sainte Catherine, J. de Caasrezzus de Sainte Ursule, Ç. DesBarres de la Passion, M. pe LA Bourière du Saint Sacrement, M. Le Brer de l’Assomption, A. Garnier de Sainte Angèle, M. Jacnrer des Anges, A. Vacnen de Jésus, J. Pourcezer du Saint Esprit, B. GauLraier de Sainte Croix, C. PagLepoN de Sainte Claire, C. Paressor de la Nativité, J. be Tavane de la Trinité, C. Sevrin de Sainte Marie, D. Garnier de Jésus-Christ, V. Bounarp de Saint Charles, M. Guezaun de Sainte Cécile, M. Peyrn de Sainte Magdelaine, secrétaire du chapitre. (Nous reproduisons pour tous ces noms propres l'orthographe de l'original).

(Arch. de la Côte d'Or H. 1094, liasse).

(1) Aujourd'hui encore il en est de même. Les couvents cloitrés sont indépendants et il ny a pas d'échange de religieuses entre les diverses maisons.

(2) Voir aux Pièces Justificatives (XN).

(3) Zbid.

(4) Voir les lettres de la mère Agnès à la Supcrieure de Châtillon. (Lettres de la mère Agnès, édit. Faugère, Paris 1854, t. I, pp. 27 et 48). Voir aussi l'Introduction aux Lttres Spirituelles de S. Zamet, pp. XXVNII et XXVII.

Bien que Zamet paraisse avoir eu pour les Ursulines de Châtillon-sur-Seine, — et cela est naturel, — une affection spéciale, les difficultés, d’ailleurs vite ‘apaisées, qu'il avait eues avec celles de Langres et de Dijon, ne l'empêchèrent pas de s'intéresser à toutes les Ursulines de son diocèse, d'en diriger un grand nombre, et de dresser pour leurs maisons un règlement très complet, dont un exemplaire manuscrit est conservé à la Bibliothèque de Chaumont (1).

Ce document, qui entre dans les détails les plus minutieux, permet de se faire une idée de l'éducation et de l'instruction données par les religieuses de Sainte Ursule pendant la première moitié du xvire siècle.

Il comprend deux parties :

La première traite de la Vie Religieuse, et passe en revue toutes les charges et fonctions du monastère, depuis celle de la supérieure jusqu’à celle de la plus humble novice, et de la « pharmacière ».(2) Toutes les verlus nécessaires à chacune sont analysées avec la dernière

(4) Ce manuscrit est intitulé : « Réglement pour les Religieuses de Saincte Ursule du Diocèse de Langres, dressé par l'autorité de Monseigneur l'Illustrissime et Révérendissime Evesque de Langres, leur Supérieur, l'an de grâce 1637 ». (Bib. de Chaumont, ms 78, un vol. in-8 de 274 p.)

(2) Les détails de cette fonction sont curieux. Ils déterminent les fleurs, les plantes ou les fruits qu'il faudra cueillir selon les saisons :

& Au printemps, elle procurera d'avoir des fleurs de violette de mars et de padane, des roses et autres fleurs en leur temps, tant pour faire les sirops que conserves et miel, s'il en est besoin, ou pour renouveler ceux qui sont déjà faits ou de garder les infusions desdites fleurs et mesme en faire sécher pour s’en servir quand l’on voudra.

Les sirops qu'il convient de faire sont ceux-ci: sçavoir de violette, de padane, de chicorée triple et simple, de rose, de capillaire, d'armoise, de meure, de cerise et de limon..… Les miels sont de violat, de mercurial et de rosat.. Elle fera encore les huilles, à sçavoir de roses, de camomille, de liset de rüe.

Au temps des prunes, elle prendra garde s'il ne faut point de lectuaire, car elle doit en avoir toujours de ces quatre façons qui sont les plus communes : du catholicum, lant pour les médecines que pour les lavemens, du lénitif, du diaprunis, du diaphinicum et de la bénédic. |

Au temps de l'esté, quand les herbes sont en leur vigueur, elle pourvoira d'en avoir pour distiller et ce particulièrement de celles qui s'ensuivent : de la buglose, bourrache, chicorée, endive, ocaille, bétoine et rose, l'eau desquelles sert pour faire les potions cordiales, médecines, etc. ;

En automne, si elle n'a pas de masse de pilules de faites, elle en fera et taschera d'en avoir toujours de celles qui suivent: des cochées, des agré gatives, des sine quibus, des usuelles et des gourmandes... »

précision. Les soins du corps sont détaillés sans pruderie, et « la netteté et propreté extérieure » font l’objet d’un long article(1).

La seconde partie concerne l'instruction des petites filles, et comprend vingt articles, empreints d’une grande sagesse ( 2).

Les religieuses devront enseigner la vertu surtout par leur exemple. Elles auront soin « d'employer la pluspart du temps à montrer aux petites filles à lire, escrire, et faire d’autres honnestes ouvrages, convenables à leur sexe el Âge ; néanmoins elles se souviendront que la doctrine chrestienne est la première et principale chose qu'elles leur doivent enseigner, avec paroles simples et fami.ères ». Elles se préoccuperont de former pour l’avenir de bonnes mères de famille, et « se garderont dy rien entremesler de ce qui est le propre de la vie religieuse, ni au parler ni aux autres actions, et surtout de les y vouloir attirer par paroles ou autres procédures tacites » (Art. 3): Elles’ne devront”faire aucuneraccepe tion de personnes, et traiter « également et indifféremment tant pauvres que riches, se montrant fort zélées à enseigner les plus pauvres et ignorantes avec patience, douceur et charité. »

Après ces considérations générales (Art. 1 à 5) qui s'appliquent plus spécialement à l’enseignement primaire, viennent les prescriptions relatives aux pensionnaires (Art. 6 à 20). Le nombre des pensionnaires ne devra pas dépasser quarante. Les sœurs devront prendre le plus grand soin de leurs chambres, de leur nourriture, de

(4) Art. 27. Quelques lignes font songer à l'horreur du XVII: siècle pour l'eau froide : « Celles qui auront besoin, laveront une fois tous les mois ou tous les deux mois en esté leurs pieds, et plus souvent s'il est nécessaire ; ce qu'elles feront en silence dans un lieu destiné à cela; la supérieure donnera charge à une sœur du voile blanc de faire chauffer de l'eau, y mettant de bonnes herbes, d'apprester des linges, et avertir les sœurs du jour qu’elles y doivent aller. Elles couperont aussi leurs ongles », elc. Il convient cependant d'ajouter qu'une grande propreté extérieure est recommandée, « non par vanité, ains par amour de la netteté » et qu'on lit aussi cette phrase: « elles laveront leurs mains et leurs bouches le matin au lavoir et feront le mesme, si elles veulent, après le disner et souper, en sortant des grâces »,

(2) Voir Piêces Justificatives (KNI).

leurs habits ; « on leur fera faire quatre repas en tout temps, sçavoir desjeuner, disner, gouster, et souper, et on leur donnera chaque fois suffisamment de quoy se sustenter, sans contrevenir aux règles de la sobriété et de la tempérance ; elles mangeront de la viande en tous temps, exécuté aux jours de vendredy, et samedy en caresme, et aux autres jours d'abstinence, commandés par l'Eglise. » Les livres qu’on leur donnera à lire, en dehors des heures d'étude, seront les suivants: « la Vie des Saints, les Œuvres spirituelles de Grenade(1)}), l’Zntroduction à la vie dévote, de M. de Genève, les Merveilles de l’autre monde, le Chemin du Paradis(2), la Pratique de la Vertu, et autres semblables ». On les exercera à la pratique des « vertus morales, l’humilité, la simplicité, la haine du mensonge, la docilité d'esprit, l’obéissance à leurs parents, la pureté de corps et d'âme ».

Ce règlement se termine par ces paroles qui indiquent les dévotions alors dominantes :

« Loué soit le très saint Sacrement de l'autel. Vivent Jésus et ses agonies, l’Immaculée conception de la Sainte Vierge et le grand Saint Joseph! ».

(Suit l’« Approbation de Mgr de Langres »).

Les Ursulines, déjà établies dans les principales villes du diocèse, continuèrent leur expansion, avec les plus vifs encouragements de Zamet. À sa mort, la congrégation de Dijon comptait en France trente-sept monastères. En 1628, les Ursulines de Châtillon fondèrent une maison à Bar-sur-Seine ; François de Xaintonge y envoya sa fidèle amie, la mère Marguerite Le Jeune du Saint-Sacrement, pour commencer l'établissement ; en 1632, six Ursulines de Châtillon firent la fondation de Noyers(3) ;

(1) Voir p. 104, notc (2).

(2) Voici le vrai titre de cet ouvrage: Le Chemin assuré de Paradis, enseigné par Notre-Seigneur Jésus-Christ en ces paroles : Si quelqu'un veut venir après moy, qu'il renonce à soy mesme el porle sa croix et me suive, par le R. P. Alexis pe Sao, Prédicateur Capucin. A Lyon, chez Claude Larjot, MDCXX VII (B. N. D. 23081).

(3) La première supérieure fut la mère Madeleine Thuret de la Croix Cf. Chronique de l'Ordre des Ursulines, Paris, Hénault, 1673, t, IT, p. 3 et Posrez,

en 1641, un prêtre de l’Oratoire, Joseph Parisot, les établit à Joinville; elles s’installèrent l’année suivante à St-Jean-de-Losne, puis à Arc-en-Barrois en 1643, à Saint- Dizier en 1646, à Montbard en 1647, à Mussy en 1654( 1). Le but social qu’elles poursuivaient, la manière heureuse dont elles réalisèrent l’idée qu'on se faisait alors de l’éducation féminine, en firent, au xvre siècle, une des congrégations les plus populaires de France.

SSII

Page 1