‹ Sébastien ZametChapitre 24 sur 142 · LES DOMINICAINES LS · texte numérisé non relu

LES DOMINICAINES LS

fut revenu à une ferveur plus grande, on songea à rélablir partout le tiers-ordre (1). A Langres, on vit se fonder en 1621, avec l'autorisation de l'Evêque, un couvent du tiers-ordre régulier de St Dominique. Les deux fondatrices, deux langroises, élaient déjà membres du tiersordre séculier. Elles se nommaient Jeanne Canchry et Claude Guyotet ; elles devinrent Jeanne de Sainte Marie et Claude de St Dominique. Les débuts furent très humbles ; elles achetèrent une petite maison, en face de l’église des Dominicains. Bientôt elles s'adjoignirent quelques compapagnes, et se consacrèrent aux œuvres de charité et à l'instruction des jeunes filles.

Très effacées au début, elles se signalèrent plus tard par leur dévouement pendant la peste, de 1629 à 1635 ; et en 1640, rappelant au maire et aux échevins les services rendus pendant ces calamités publiques, elles pro- -testèrent « qu’elles n'avaient jamais eu et n'auraient jamais autre intention ni objet que le soulagement des pauvres affligez et malades. En conséquence, elles demandaient à estre approuvées »(2).

Cardinal est conservée aux Archives du Minist. des Aff. Etrangères ; malgré l'absence de toute dignité et la bassesse d'âme qu'elles révèlent, ces lettres sont intéressantes par le grand nombre de détails historiques qu'elles contiennent, et nous nous proposons de les publier quelque jour.

(1) En dehors des Frères Prècheurs ou premier ordre, il existe trois rameaux issus du tronc principal :

1° Le second ordre, celui des Sœurs-Précheresses voués à la vie contemplative, fondé à Prouille en 1206 par St Dominique.

2 Le Tiers Ordre séculier, fondé en Lombardie par le Saint sous le nom de Muice pe Jésus-Curisr ; il comprenait des hommes qui devaient combattre pour l'Eglise et aussi des femmes qui devaient s'’adonner à l’oraison, à la pénitence et aux œuvres de miséricorde. Ils furent appelés par Grégoire IX, dans la bulle de confirmation, Frères et Sœurs de la Pénitence de Saint Dominique.

3° Enfin, le Tiers Ordre régulier, moins austère que le second ordre, fut fondé en Portugal dès 1240 et ensuite en Italie en 1255, par la B. Emilie de Verceil. Ses membres vivent dans les couvents ; les uns sont voués à la contemplation, les autres à l’action sous toutes ses formes (œuvres de charité ou d'enseignement). CF. Bayonxe, loc. cit. p. 16.

(2) La requête est signée de Sr Anne de Ste Agnès, prieure, Sr Nicole de Ste Catherine, sous-prieure, Sr Catherine de St Germain, Sr Jeanne de St Dominique, Sr Claude de Ste Marie, Sr Jacquette de la Croix: Sr Pasquette de Ste Magdeleine, Sr Marguerite de St Estienne, Sr Jacquette de St Hyacinthe. (Arch. des Dominicaines de Langres, Cf. BayoNxE, Les Dominicaines de Langres, 1881),

Le maire et les échevins, répondant aux vœux de la population, leur permirent, le 17 septembre 1640, de se pourvoir « d’une maison plus ample et plus logeable » ; et dès lors, elles eurent une existence légale.

La maison de la rue Chatin où elles se transportèrent était « si commode et si agréable, on y jouissait d’un air si pur, d’un horizon si magnifique, d'une paix ef d'une solitude si profondes, que toutes sy trouvèrent commè dans un petit paradis ». Le pensionnat fut installé dans un local à part, on y établit le réfectoire, la salle de classe, et un dortoir qui pouvait contenir trente lits. « Oneutunsoininfini de le garnir proprement ef commodément de tout le mobilier nécessaire. Ces dispositions et surtout l'éducation qu’on y donnait mirent la maison nouvelle en si bonne renommée qu'on y amenait des pensionnaires de toute condition avec une satisfaction singulière des parents ».(1)

Quant à l'instruction, donnée par les Dominicaines, elle était à peu près la même que chez les Ursulines ; il y avait d'ordinaire chaque jour « deux leçons en français, deux en latin, deux dans des titres de notaire ou de chicane, et une en chiffres; une heure était consacrée au catéchisme et une à l'écriture. » Il faut ÿ ajouter les travaux d'aiguille, depuis la couture jusqu’à la tapisserie, et l'on a l’ensemble des connaissances jugées alors nécessaires et suffisantes à une maîtresse de maison appartenant à la bourgeoisie.

(1) Arch. des Dominicaines de Langres. Cf. BAYONNE, 0p. ci.

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