‹ Sébastien ZametChapitre 29 sur 142 · A L'AGE DE VINGT ANS · texte numérisé non relu

A L'AGE DE VINGT ANS

Tableau provenant de la Visitation de Dijon

(Appartenant à M, Musy)

Les relations de Zamet avec Madame de Chantal, et la Visitation de

de Paris. — Estime de Madame de Chantal pour « Monseigneur de Langres. » — La fondation de Dijon. — La mère Favre succède à la mère de Chantal comme supérieure. — Les élections suivantes.

En entrant à la Visitation, nous allons respirer une atmosphère bien différente de celle du Puits d’Orbe. Ici, plus de procès ni de révoltes, plus de paroles aigres ou autoritaires, mais partout l’onction, la douceur, un langage où dominent, presque exagérées, les formules daffection et de politesse. L'esprit de saint François de Sales vit parmi ses filles, et presque sans effort l’âme de Zamet s’harmonisera avec cet aimable milieu.

L'ordre de la Visitation existait depuis une dizaine d'années. (1) Les fondations commençaient à se répandre. Annecy, Lyon, Moulins, Grenoble, Bourges, Paris, Montferrand, Nevers, Orléans, possédaient déjà des Visitandines. Dijon, ville natale de la fondatrice, ne devait les voir dans ses murs qu'en 1622.

Dès 1613, cependant, à la suite des deux voyages que Madame de Chantal avait dû faire à Dijon après la mort de son père, pour s'occuper de l'éducation de son fils, Claire Marie Parise, fille d’un procureur au Parlement, et Marie Bertot, l'une de ses amies, avaient conçu le projet de fonder un monastère de la Visitation à Dijon. Il fallait d’abord obtenir l'autorisation de l’Evêque. En 1615, Zamet étant retenu à Paris par l’Assemblée du Clergé, elles s’adressèrent à M. Fiot, son vicaire général.

(4) I avait été fondé le 6 juin 1610.

Celui-ci voulut connaître les règles du nouvel institut. Le P. Arviset, jésuite du collège de Dijon, se chargea de les lui expliquer, et M. Fiot donna son approbation.

Les deux fondatrices adressèrent alors une requête au Parlement de Dijon, mais elles se heurtèrent à une hostilité non déguisée. Dans la haute société dijonnaise, plusieurs familles blâmaient la vocation de Madame de Chantal et voyaient avec colère une personne de leur rang « cachée, disaient-elles, sous deux aunes d'étamines » ; d’autres soutenaient qu’elle aurait dû se consacrer exclusivement à ses enfants. (1) Pour triompher de ces difficultés, Claire Parise et Marie Bertot firent le voyage de Paris, en 1620, y retrouvèrent Madame de Chantal et oblinrent par son crédit une audience de Louis XIII, qui les reçut favorablement, et leur fit expédier les lettres patentes nécessaires à l'érection du monastère de Dijon(2). Le Parlement de Bourgogne résista encore quelque temps, et finit par approuver le projet, le 18 décembre 1621.

Madame de Chantal se rendit elle-même à Dijon pour faire la fondation. Elle y arriva le soir du 8 mai 1622 avec la mère Anne-Marie Rosset, et quatre autres sœurs du monastère d'Annecy. « Elle fut reçue, dit une Relation du temps, avec une profonde vénération ; les pauvres de la ville et de la campagne, qui la regardaient comme leur mère, accoururent de tous côtés. Une foule de peuple l’accueillit à l'entrée de la ville et l’accompagna jusqu’à la pelite maison où elle descendit avec ses filles; la presse était si grande, qu'il fallut une

(1) Son fils semble avoir pris à tâche de réfuter cette objection. Il lui rendit témoignage qu'alors même qu'elle n’eût pas été religieuse, elle n'aurait pu s’occuper de lui davantage, et plus utilement: « Quand vous seriez demeurée au monde selon nos souhaits, lui écrivait-il, et que vous auriez pris les soins de nous avancer que votre amour maternel et votre non pareille prudence auraient su vous faire inventer, vous n'auriez pas pensé à me loger mieux que je ne suis, Dieu m'ayant donné en mon mariage, tous les avantages souhaitables à ceux de ma condition, de mon âge et de mon humeur. » (Mémoires de la mère de Chaugy, p. A0). Sa fille Marie-Aimée, avait épousé Bernard de Sales, frère de l'évêque de Genève en 1610, et Françoise épousa plus tard M. de Toulonjon.

(2) Bib. Mazarine, ms 2431.

heure pour faire un trajet d’un quart d'heure, et les acclamations si fortes et si unanimes, qu’on n’entendait point rouler le carrosse. » (1) Il n’y eut pas jusqu'aux artisans qui ne vinssent la saluer, et même après les compliments des magistrats et des personnes les plus éminentes en condition et en dignité, une foule de paysans, tant hommes que femmes, s’approchèrent d'elle pour lui demander sa bénédiction.

La petite caravane descendit dans une « maison de louage », préparée par les demoiselles Bertot et Parise ; elle y trouva Mgr Zamet, et M. Fiot, son grand vicaire, qui d'accord avec le Parlement, remirent au lendemain la cérémonie de la fondation. Deux jours après, la mère de Chantal écrivait à la mère de Bréchard, supérieure à Moulins :

« Nous voici arrivées à Dijon fort heureusement. Dimanche, le T. S. Sacrement fut exposé à petit bruit; tout Dijon nous visite, de quoi nous nous passerions bien. Nous sommes logées en la paroisse Notre-Dame, à la Verrerie, où les dames de ce quartier sont passionnées de nous retenir ; nous ne savons encore s’il y

aura moyen de les contenter. Nous sommes cependant dans un logis fort étroit, où il n’y a point de vide qu’une petite cour. »

Cette maison de louage plaisait médiocrement à la fondatrice. Quelques jours plus tard, elle en faisait la description dans une lettre adressée à la mère Favre à Montferrand.

« Nous fûmes hier avec Mgr de Langres pour choisir des places. Nous avons peine à trouver ce qu’il nous faut, mais N.-$. y travaillera pour nous... Dijon est fort serré ; on n’y à su trouver une maison de louage capable pour nous mettre. Celle où nous sommes est petite et sans jardin ni cour, qu’une qui n’est guère plus grande qu’une table, tirée d'un bout ; je ris de bon cœur en vous disant ceci ; à quoi il faut ajouter qu’il nous faut monter au-dessus de la maison pour avoir un peu d’air; cela ne nous empêche pas d’être gaies et contentes, Dieu merci (2) »

(4) Bib. Mazarine. ms. 2431, — Lettres de Ste Jeanne de Chantal, édit. Plon, t. II, p. 17, note. Année Sainte des Religieuses de la Visitation. Lyon 1869, t. VII, pp. 608 à 612.)

(2) Lettres, II. p. 19. (mai 1622.)

Au milieu des difficultés matérielles de la nouvelle fondation, la mère de Chantal se réjouit de voir affluer les postulantes. C’est d’abord « la chère Sœur Parise » qui « reçoit l’habit le jour de saint Claude » des mains de Mgr de Langres (1). Puis c’est « une cordiale et sage veuve de bon lieu, Madame de Vigny » qui, en entrant à la Visitation, s'offre en qualité de bienfaitrice, et donne deux mille écus ; elle reçoit ensuite « deux bonnes filles, et prou de prétendantes », mais « l'importance, ajoutet-elle, est de les bien choisir. » (2)

Enfin Madame de Chantal trouva une maison plus commode, et l’acheta aussitôt. Dès le mois de juillet, elle écrivait à la mère de Bréchard: « Nous sommes dans la nouvelle maison ; nous bâtissons un oratoire et des parloirs, et j'espère que N. S. donnera de quoi. Tout ce tracas m'occupe. » (3)

Ce « tracas » l’occupa si bien, qu’elle resta six mois à Dijon, tant pour consolider la nouvelle fondation qu’à cause du retard apporté à l’arrivée de la mère Favre. Saint François de Sales avait en effet désigné sa « grande fille », pour devenir supérieure à Dijon. Mais les autorités de Montferrand, où elle avait fondé une maison, refusaient de la laisser partir et voulaient faire prolonger le sursis que l’évêque de Genève avait consenti l’année précédente. Enfin, en septembre, pour obéir aux ordres de son supérieur, elle résolut de s'évader ; « elle se jeta de grand matin avec sœur Marguerite Elisabeth Sau- Zion, Sa compagne, dans une méchante charrette, accompagnée d’un ecclésiastique qui prit soin du voyage, et

(1) Zbid. II, p. 25. Lettre à M. de Neuchèze, son neveu (8 juin 1622). Dans une autre lettre à la mère de Beaumont, supérieure à Paris, la mère de Chantal écrit: « Nous avons aujourd'hui donné l'habit à notre sœur Parise. Mgr de Langres a fait toute la cérémonie ; c'est un digne Prélat, plein de solide piété qui affechionne fort notre petite troupe et dit qu’elle est pleine de candeur, de sincérité, d'humulité, d’innocence ». (Lettre du 8 octobre 1622). La sœur Parise, après avoir donné tous ses soins à l'érection du monastère de Dijon, fut envoyée à la fondation de Beaune en 1632 et y mourut en odeur de sainteté.

(2) Lettres, II, p. 19.

(3) Lettres, II, p. 33.

elle pressait si fort le charretier de se hâter, crainte qu'on ne la suivit, que toute diligence lui semblait tardive.. » (1) Elle arriva au commencement d'octobre à Dijon ; la mère de Chantal en avertit aussitôt l'évêque de Langres, alors à Paris, et se prépara à partir.(2) |

Pendant ces longs mois passés à Dijon, d’étroites relations s'étaient établies entre la mère de Chantal et lévêque de Langres (3). Celui-ci rêvait alors de réformer

(4) Bibl. Mazar. ms 2431.

(2) Nous ne possédons pas la lettre qu'adressa la mère de Chantal à Zamet à cette occasion, vers le 10 octobre 1621; nous n’avons que la réponse du Prélat. Mais nous savons par une lettre du 3 octobre adressée à Dijon à la mère de Beaumont, supérieure du premier monastère de Paris, que Zamet était déjà très lié avec la Visitation de la Rue St Antoine, établie trois ans auparavant (1619), dans un immeuble appartenant à son frère Jean Zamet. Quelques religieuses de Paris étant en proie à certaines obsessions, dans lesquelles la mère de Chantal pressentait une affaire «d'imagination et d'imitation » elle conseilla à la mère de Beaumont de « les faire voir » à Zamet: « Véritablement, j'honore Mgr de Langres de tout mon cœur; je n’ai aucun loisir de lui écrire, mais assurez-le de cette vérité en le saluant de notre part. Vous serez consolée de voir les grandes faveurs et lumières que Dieu a données à ce Prélat ; et vos filles malades, si vous jugez à propos de les lui faire voir, peut-être en tirerez-vous quelque utilité... Je crains beaucoup qu'il n'y ait imagination et imitation... » (Lettre du 3 octobre 1622, t. II, p. 64). Effectivement l'évèque de Langres vit plusieurs fois ces religieuses ainsi que le P. de Bérulle et St Vincent de Paul, qui jugèrent les souffrances de l’une d'elles « les plus rudes qu'une âme puisse soutenir en ce monde ». Il s'agissait de la sœur Claire-Marie Amaury, alors àgée de 21 ans. Elle éprouvait depuis sept mois « une étonnante aversion de tout ce qui regarde Dieu » et fut complètement délivrée de cet état le 30 janvier 1623, après avoir «baisé une relique » de St François de Sales, mort un mois auparavant. Le père de cette religieuse, M. Amaury, avec tout le monastère, y vit un fait miraculeux et « envoya au tombeau du Saint à Annecy une très belle lampe d'argent de trois ou quatre cents livres », le premier présent fait « au saint tombeau ». Zamet écrivit de Dijon à la mère de Beaumont une lettre enthousiaste que nous citons aux Pièces Justificatives, (XNIT. — Zamet et la Visitation.)

A propos de ce monastère de la rue St Antoine, nous ferons la remarque suivante : Plusieurs historiens de Ste Chantal affirment que le premier monastère de Paris fut bâti sur l'emplacement des écuries du palais Zamet. Outre que la fondatrice devait désirer à Paris comme à Dijon acheter une maison logeable et immédiatement habitable, un texte précis auquel nous avons déjà fait allusion (p. 5, note) nous porte à croire que le financier Zamet possédait, outre son hôtel de la rue de la Cerisaie, une maison voisine, rue St Antoine. Voici ce texte: La cour à ordonné que sur la somme de 36.100 livres de la maison sise rue St Antoine, vendue aux Religieuses Ste Marie. etc.» (B. N. Thoisy 125, fe 155).

(3) Leurs rapports, même avant l'établissement de la Visitation à Dijon étaient déjà plus que cordiaux. Le 7 décembre 1624, la mère de Chantal écrivait dé Paris à Saint François de Sales: « Notre Mgr de Bourges s'attend bien que vous lui écrirez, pour savoir de vous-même votre sentiment sur son changement de lieu. (I venait d’être obligé de démissionner). Si vous le pou-

l’abbaye de Tart. L’abbesse y était disposée, mais s’effrayait à la pensée de lutter seule contre un milieu hostile. Pour vaincre ses dernières répugnances, Zamet la mit en rapport avec Madame de Chantal (15% larves forme se fit, complète et durable, dès l’année suivante, et la ferveur de Tart consola l’'Evêque de l’insubordination du Puits d’Orbe.

Une lettre adressée par Zamet à Madame de Chantal au Moment où celle-ci se disposait à quitter Dijon, met en pleine lumière la noble affection qu'éprouvait le jeune Prélat pour la fondatrice de la Visitation :

Paris, le 17 Octobre 1622.

« Vous me donnez bien de la joie, ma chère Mère, de me mander que la mère Favre est arrivée : à la bonne heure soil-elle venue en ce diocèse et certes, Je le dis de tout mon cœur ; mais ce mesme Cœur se trouble et s’afflige de vostre éloignement. Je vois bien, ma chère Mère, que vous fuyez, comme les Saints, les parents et la Patrie, pour vous rendre en vostre solitude. Il n’est pas impossible que je vous aille chercher jusque-là ; pour voir ma chère Mère, je pense que j'irois bien plus loin. Et puis, le grand Prélat. Monseigneur de Sales, auprès de qui vous allez, est un grand aymant aux âmes. Or sus. allez-vous-en, ma chère Mère, puisque vous le voulez, avec les bénédictions de Nostre Seigneur, pour qui vous nous laissez. Mon cœur est saintement à vous et si absolument que Je m'oblige à ne l’en tirer Jamais, quoy que vous me fassiez. Je sens vivement les obligations que je vous ay; je voudrois vous l'écrire de mon sang. Priez pour moi, ma chère Mère et m'aimez, s’il vous plaît, comme vostre fils et très obéissant serviteur.

SÉBASTIEN, Evesque de Langres () ».

De son côté, la mère de Chantal écrivait en ces termes à Mgr Zamet (3), Pour lui annoncer la mort de son fils, Celse-Bénigne (4), tué à l'Ile de Ré en 1627:

vez, donnez-lui, je vous supplie, cette consolation et à Mgr de Langres aussi. lequel est si bon et vous honore avec tant de sincérité et d'amour ».

(1) Bib. Maz. ms. 2431. Voir Chap. VIII, la réforme de Tart et la part qu'y prit la Visitation. Cf. aussi dans notre volume des Lettres spiriluelles de Zamet, les lettres adressées en 1622 à Madame de la Tournelle.

(2) Lettres de Ste Jeanne de Chantal, Paris, Plon, 4877, t. LADA AR

(3) Madame de Chantal, en écrivant à l'évêque de Langres ou en parlant de lui dans ses lettres, lui donne loujours le litre de « Monseigneur » et non celui de « Monsieur » qui était alors d’un usage plus fréquent,

(4) Celse-Bénigne fut le père de Madame de Sévigné.

22 Août 1627.

« Mon très honoré Seigneur, ,

Vous savez l’amour peut-être trop grand que j'avois pour ce très cher fils, qui m'était doublement unique; je crois vous l'avoir dit autrefois. Or bien, voilà la bonne main de Dieu qui l'a tiré à soy ; bénie soit-elle éternellement ! Je vous confesse simplement comme à mon très cher Père, que ma douleur est grande, mais sans aucune secousse ni violence, grâce à Dieu. Je me trouve plus inclinée et occupée à remercier Nostre Seigneur de la miséricorde qu'il a faite à ce pauvre fils de l'avoir prévenu de sa grâce par la réception des sacrements, qu'il reçut peu avant sa mort, ainsy que l’on m’assure, que je ne suis à considérer et à ressentir ma perte, si perte se doit appeler ce que Dieu a reçu en sa miséricorde, comme nous espérons ; et enfin la très sainte volonté de mon Dieu est là et en tout et partout elle est très aimable et adorable; cela me suffit ; je lembrasse et m'y soumets de lout mon cœur. Mais, mon très cher Père, je ne corresponds point à ce dessein de Dieu, qui m'appelle à un si parfait dénûment et anéantissement, car je demeure toujours pleine de moi-mesme. Oh! Dieu me veuille donner cette mort qui vaut mieux que toutes les vies de ce monde !

Mon Père, j'ay un grand désir de vous voir, me semblant que vous mayderez à monter où Dieu me lire; mes jambes sont . faibles, si je ne suis appuyée. Que si sa bonté me fait cette grâce, j'ay confiance que ce sera utilement. Jamais je ne vous oublie devant Dieu, ni ne vous oublieray, car je souhaite qu’il accomplisse en vous ses desseins. Je recommande toujours cette pauvre âme à vos saints sacrifices et suis d’un cœur incomparable, mon très honoré Père, vostre très humble et très obéissante fille ».

L'année suivante, elle lui écrivait d'Orléans, et lui parlait de la mère Favre, qu’elle trouvait « toujours plus

à son gré », et aussi de la mère Angélique Arnauld, dont il était alors le directeur. (1)

Il semble cependant que Zamet, en 1629, se soit un peu refroidi à l'égard de la Visitation de Dijon. La mère Favre était demeurée en charge de 1622 à 1625. Bien que réélue pour un second triennal, selon les constitutions de l’ordre, elle avait dû quitter Dijon en 1626, pour aller fonder un monastère à Turin. La mère Marie

(4) Voir cette lettre du 9 juin 1628, aux Pièces Justificatives, (XVII. — Zamet et la Visilation).

Marguerite Michel lui avait succédé. Or en 1630, cette dernière devait quitter la supériorité pour aller faire une fondation à Besançon. Le Prélat et la mère de Chantal désiraient voir élire comme supérieure à Dijon, l’assistante de la mère Michel. C’est du moins ce qui ressort d’une lettre de Madame de Chantal à celle-ci: « J'ai vu autrefois que Mgr de Langres aimait fort ma sœur l’assistante de Dijon ; si elle pouvait vous succéder, ce serait un grand bien. »(1) Elle y revient dans une autre lettre à la même (octobre 1629) : « Nous serions bien aise de savoir quand vous ferez la fondation de Besançon, et si vous ÿ allez, qui vous laisserez en votre place, si Mgr de Langres agréerait que nos sœurs demeurent sous la conduite de ma sœur assistante, et si nos sœurs en seraient contentes. »

Or, l'élection qui eut lieu le 7 avril 1630, plaça à la tête de la communauté de Dijon, au lieu de l’assistante, la mère Françoise Jéronyme de Villette. L’évêque de Langres en fut vraisemblablement surpris, et témoigna peu d’empressement à faire la visite régulière du monastère. (2) D’Annecy, la mère de Chantal lui écrivit une longue lettre pour lui exprimer ses regrets que l’assistante n’eût pas été élue, et lui recommander la nouvelle supérieure qui, espère-t-elle, « donnera satisfaction ». Elle reconnaît qu'à Saint-Etienne, où elle avait gouverné auparavant, « elle tenait les esprits un peu trop serrés », ‘ mais je crois, ajoute-t-elle, qu’elle aura fait de l’amendement en cela, et que vous, mon très cher Père, faisant la charité à elle et à nos sœurs de les voir et de leur parler en particulier, vous pourrez facilement amender les défauts que vous trouverez dans le gou-

(1) Lettre du 15 juin 1629.

(2) I avait fait en 1626, la première visite régulière. « Il s’'informa exactement des cérémonies prescrites par le coutumier en pareille occasion et après l'examen des sœurs, il tint le chapitre où il n'eut qu’à exhorter la communauté à la persévérance. Nous avons conservé son allocution écrite dans le livre du chapitre de la main de la mère Favre. Il la finit en disant qu'il n'avait jamais eu tant de consolations que dans cette visite et qu’il rendait grâces à Dieu du bon état où il avait trouvé toutes choses. » (Annales de la Visitation de Dijon, p. 34).

vernement, et ‘c’est de quoi je vous supplie très humblement, et au nom de Notre Seigneur, mon très cher Père, et j'ai confiance que votre bonté aura lieu de se réjouir de l'utilité et profit spirituel que vous leur verrez tirer de votre assistance et conduite paternelle. » En postscriptum, avec une habileté bien féminine, la Sainte abordait le point capital, celui de la visite canonique: « Mon très cher Père, l’on nv’a écrit que vous n’aviez point voulu faire la visite. Eh, mon Dieu ! ne craignez-vous point que si vous, étant ce que vous êtes et plein de zèle de la gloire de Dieu, négligez cette action si importante, les autres prélats, à votre imitation, ne fassent le même, et que les pauvres maisons religieuses ne déclinent par ce défaut? Mon bon et tout bon très cher Père, je vous supplie, ne négligez plus cela, s’il vous plaît, et me pardonnez si je vous presse. Je vais toujours avec vous à ma vieille mode et parfaite confiance en votre bonté, mon très cher Pérer(l)

D’aussi aimables instances ne pouvaient manquer leur effet. Zamet continua à guider ses « chères filles de Sainte- Marie, » et conserva toujours avec les monastères de Paris et de Dijon, les plus affectueux rapports (2). La mère de Chantal, la mère Favre et la mère de Beaumont, ces trois colonnes de la Visitation naissante, honorèrent toujours dans la personne de l'évêque de Langres le disciple et l'ami de celui qwelles appelaient déjà leur « bienheureux Père » (3).

(4) Voir la lettre entière aux Pièces Justificatives, (XVI).

(2) « Les traditions du monastère nous ont transmis les détails les plus touchants au sujet de la bienveillance toute paternelle, dont il entourait nos premières mères. Non seulement il se donnait la peine de les confesser et de les diriger, mais il se prêtail à rendre les mêmes services à nos sœurs du voile blanc. La sœur Marie Françoise Péguet (sœur domestique) a été surtout l’objet de la douce et prévoyante bonté du pieux prélat, qui ne manquait jamais de la voir lorsqu'il venait à Dijon ». (Annales de la Visitation de Dijon, p. 25).

(3) Nous croyons devoir donner ici les noms des Supérieures du monastère de Dijon, pendant lépiscopat de Zamet:

4e Sainte Jeanne pe Cnanraz (8 mai-28 octobre 1622).

2e La mère Favre (1622-1625) ; réélue pour un second triennal, mais en-

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