CHAPITRE III
Dans ses Mémoires, datés de 1653, la mère Angélique a critiqué cette direction, alors approuvée d’elle. — Caractère de cette direction. — Jugement sommaire de Sainte-Beuve. — Les contradictions d'Angélique Arnauld.
La collaboration active de Zamet et de la mère Angélique, dans la fondation de l’Institut du Saint-Sacrement, l'estime et la vénération que labbesse témoigne pour son directeur pendant cette période, nous montrent que la bonne harmonie ne fut pas troublée entre eux durant ces huit années, et que leurs rapports eurent même quelque temps un caractère de noble intimité. Plus tard, cependant, lorsqu'une rupture éclatante, et certainement douloureuse, se fut produite entre ces deux âmes, et eut entraîné pour Port-Royal les plus graves conséquences, la mère Angélique, dans ses ARelalions, parla avec amertume de « cet Evêque » (c’est ainsi qu'elle le désigne) et critiqua assez durement la direction qu’il avait imprimée au monastère, de 1625 à 1633. Les ennuis qu’elle avail éprouvés, les persécutions qui s'étaient abattues sur elle et sur ses amis expliquent le ton de ces Mémoires. On comprend que Zamet ne soit plus pour. elle «le bon M. de Langres » ou « un homme tout de Dieu » Il arrive à Angélique, comme à tous ceux qui écrivent longtemps après les événements (1}, de commettre des inexactitudes, parfois même de se contredire, ou surtout de projeter dans le passé ses sentiments présents.
(4) 1 ne faut pas oublier en effet que la Relation et le Mémoire d'Angélique sont de 1653, c'est-à-dire postérieurs de 25 ou 30 ans aux événements.
Quoi qu’il en soit, les Mémoires nous révèlent dans Angélique et dans Zamet, des tendances très différentes, pour ne pas dire opposées — et la brouille, dès lors, n’a rien qui doive surprendre.
Quelles furent les innovations de l’évêque de Langres à Port-Royal ? Comment se caractérise sa direction ?
Tout d'abord le Prélat réalisa l’union depuis longtemps projetée de Port-Royal et de Tart. Grâce à lui, nous l'avons dit, l’abbaye de Tart transférée à Dijon, avait été soustraite à la nomination du Roi en 1626, el l'élection triennale de l’abbesse avait été instituée. Madame de Pourlan sétait joyeusement démise de sa charge, et une simple religieuse avait été élue à sa place (1). Suggérer à l’abbesse de Port-Royal de rendre, elle aussi, son abbaye élective, C'était calmer à tout jamais Îles scrupules de sa conscience sur la manière dont elle avail obtenu autrefois cette charge ; c'était en même temps la faire entrer dans une voie de sacrifice et de renoncement qui devait plaire à sa nature ardente et passionnée de perfection ; aussi entra-t-elle avec enthousiasme dans les vues de l'Evêque, et voulut-elle rivaliser de générosité avec Madame de Pourlan. La Reine-mère, Marie de Médicis, étant venue visiter Port-Royal de Paris, pendant que Louis XIII assiégeait La Rochelle, Madame Angélique « la supplia d'obtenir du Roi en action de grâces, lorsqu'il aurail pris cette ville, d'accorder à l’abbaye le droit d'élection » (2).
Bien qu'un peu surprise de cette requête — les abbesses d'alors lui en adressaient rarement de semblables — la Reine y acquiesça, et au retour du Roi, « le
brevet fut expédié et enregistré au grand conseil » le 29 février 1629. La même année, au mois de septembre, Zamet envoya à Dijon deux religieuses de Paris, la mère Agnès Arnauld, sœur d'Angélique, qui bientôt après fut élue abbesse de Tart, et la sœur Marie Geneviève de
(4) Voir plus haut, p. 199.
(2) Relation écrite par la mère Angélique, p. 67.
Saint-Augustin le Tardif. Madame de Pontcarré les y conduisit elle-même dans son carrosse, et en janvier 1630, elle ramena, à Paris l’ancienne abbesse de Dijon, la mère Jeanne de Saint-Joseph de Pourlan, et une autre religieuse, Sœur Marguerite de la Croix, en même temps que Sœur Geneviève le Tardif.
C’est alors que la mère Angélique consomma son sa crifice et donna sa démission d’abbesse pour redevenir simple religieuse. Le 23 juillet 1630 eut lieu l’électionMPar L29hWVo0ixasurmiSMiIes Sœurs Ie MERE pître choisirent pour abbesse Geneviève le Tardif, qui revenait de Tart, et pour prieure la mère Jeanne de Saint-Joseph.
Un esprit nouveau, l'esprit de Tart, c’est-à-dire de Zamet, allait régner à Port-Royal. Quel était cet esprit ?... Croire comme l’a sans doute cru Sainte-Beuve, que la « dévotion à la Zamet» était une dévotion mondaine, et que l’évêque de Langres mettait des coussins sous les coudes des pécheurs, serait se faire une fausse idée de sa direction. Ce que nous savons de la réforme de Tart, à peu près inconnue de l’illustre critique, et surtout les lettres, jusqu'ici inédites du Prélat, nous interdisent ce jugement trop sommaire ; il faudrait alors incriminer également les principes spirituels de saint François de Sales, dont Zamet était l’imitateur et le disciple. Allier une sévère mortification à un extérieur gai el enjoué, tel était l'esprit de la Visitation, et aussi celui de Tart, où la mère Favre, la « grande fille » de l’évêque de Genève, était allée former les religieuses, au début de leur réforme. D'ailleurs, les lettres spirituelles de Zamet, respirent à la fois la douceur et la fermeté. Rien de moins mesquin, de moins efféminé, de moins roulinier que ses principes de direction: « Je vous prie, élevez toujours vos novices dans la force, écrit-il à une maitresse des novices ; parlez-leur souvent de la conduite qu'elles doivent avoir sur toutes choses. Plus la vertu est éprouvée, plus elle est forte. Que l'âme qui recherche la droiture ne regarde point par qui elle est conduite,
mais cherche à profiter de tout, référant tout à Dieu, et prenant en tout les voyes de la vertu, sans jamais s’en distraire. Les âmes se doivent accoutumer à envisager la vertu seule, sans autre chose, pour la suyvre ainsy qu’elle est montrée, sans s’arrester à certains accommodemens que la nature recherche et que la grâce rejette. » (1).« Il n'y a rien de plus pernicieux, ni qui produise tant de maux qu'une trop grande pusillanimité… Que les âmes se donnent bien garde d’une si insupportable captivité, parce que tous les effets en sont très pernicieux. Telles personnes ne sont bonnes à rien, qu'à faire beaucoup de peine à soy mesme et aux autres » (2) etc.
Voyons dans le détail comment se caractérise à Port- Royal cette direction :
Tout d’abord, au point de vue matériel, Zamet voulut que les bâtiments du nouveau Port-Royal de Paris fussent grands et somptueux ; il avait conservé de son enfance et de son éducation au palais Zamet le goût des belles constructions. Il poussa activement les travaux, et en quatre ans, le monastère du faubourg Saint- Jacques fut achevé el passa pour l'un des plus beaux de Paris (1629.) |
En même temps quil se préoccupait de l’extérieur, Zamet essayait d'introduire le confort dans l'intérieur du monastère. Au réfectoire, il substituait la faience au grès, el voulait que la nourriture fut variée, pour être moins insipide. Enfin ül exigeait, comme il l'avait déjà imposé dans les règlements donnés aux Ursulines de son diocèse, une minulieuse propreté de corps, de linge, et de vêtements, propreté et « netteté » qu'il étendait aux cellules, à la chapelle, et à tout ce qui concernait le culte.
(1) Lettres Spirituelles de Sébastien Zamet, pp. 625-626.
(2) Advis spirituels, p. 18. Nous pourrions multiplier les citations, tirées des lettres du Prélat; leur lecture est indispensable pour juger avec équité la direction de Zamet à Port-Royal; car ces lettres adressées en très grand nombre aux Religieuses de Tart et de Port-Royal, sont toutes datées de cette période (1622-1636).
En second lieu, au point de vue intellectuel et religieux, Zamet donna une impulsion nouvelle. Il voulut que chaque religieuse sût au moins lire et écrire, ce qui n’arrivail pas toujours; il n’exigea pas seulement qu'il n’y cût plus d’illettrées ; par son ordre, les plus intelligentes continuèrent à s’instruire et s’exercèrent à écrire en bon français. D'autre part, la piété ne lui semblait pas incompatible avec la belle humeur et la gaîté; estimant que les saints tristes sont de tristes saints, il fit en sorte de rendre les récréations enjouées, et entreprit de « déniaiser » les Sœurs. (Le mot est d'Angélique.) Enfin, il jugeait que la pompe extérieure du culte aide l’âme à s'élever vers Dieu, et comme il officiait lui-même avec beaucoup de dignité et de majesté (1), il voulait à Port- Royal de beaux offices. Obligé de retourner souvent dans son diocèse, il avait choisi des Pères de l’Oratoire pour diriger les Sœurs et prêcher, car il avait expérimenté à Tart les bons effets de leur direction (2). Une de ses maximes était qu'on ne pouvait traiter toutes les âmes de la même manière ; pour les unes, la rigueur était nécessaire, pour d’autres, la douceur. Les PP. de Condren, Prépavin, Lambert, Benoît, de Coligny, Bonnefoi et Desmarets vinrent confesser à Port-Royal. Leur direction, loin d’être autoritaire, consistait surtout à respecter et à suivre les différents mouvements de la grâce dans chaque âme, sans essayer d'imposer leurs vues personnelles. Et en cela, ils obéissaient aux intentions de Zamet.
«Ces bons Pères, disent les Relations, avaient grand zèle pour servir les âmes, ...mais ils regardaient tout ce qui se passait en elles comme des voies par où Dieu les faisait passer pour les sanctifier ; les unes en avaient, disait-on, de rigueur, les autres de
(1) «I faisoit beau le voir encenser le milieu et les côtés de l'autel, et avoit un grand usage de toutes les cérémonies, et Quant à sa messe particulière, il la disoit tous les jours, sil n’en estoit bien empesché... » Tapouror, 0p- Cil-p. 49.
(2; Deux Jésuites, le Père Sûffren, confesseur du Roi et de la Reine, et le Père Julien Hayneufve, furent aussi introduits à Port-Royal, par Zamet. Rai, Histoire du Jansénisme, p. 241.
douceur... D’étonnantes mortifications corporelles s’associaient avec des récréations le matin et le soir... » (1).
Or, si l’on en croit les Mémoires, Angélique Arnauld avail, sur presque tous les points, des idées opposées à celles de l’évêque de Langres. Elle, qui prêchait à ses religieuses une morlification extrême au réfectoire, en récréation, dans les habits, et se reprochait les moindres concessions accordées à la nature ne pouvait manquer d'être choquée des innovations introduites à Port-Royal.
«On se moquait, écrit-elle, de la simplicité de l’apprêt des viandes au réfectoire, au grès on substituait la faïence fine (2); il fallait tous les jours changer de potage, et faire des saupiquets d'œufs qui nous étaient inconnus, avec force épices... 77 fallut avoir des fourchettes, dont on ne s'était jamais servi. A l'église, force parfums, plissures de linge et bouquets... Il fallait aussi renouveler les robes plusieurs fois par an; on n'y voulait plus de pièces. On plaisantait, on faisait de l'esprit, on faisait jeu de tout... A la récréation, il fallait se moquer les unes des autres, s’entrecontrefaire, et l’on appelait cela se déniaiser (3).
«Il y en avait plusieurs qui ne savaient pas écrire, quand elles avaient été reçues... On voulut aussitôt qu’elles le sussent el on garnit incontinent toutes les cellules d’écritoires, afin que tout le monde écrivit, au lieu qu'auparavant, il n’y avait que les officières
‘4) Relation des mères de l'Incarnation Le Conte et Angélique de saint Jean, Guicserr, 0p. cit. I, p. 806.
Voici comment Sare-Beuve, fidèle écho des Æelations, juge sommairement cette période : « Les Pères de l'Oratoire, Condren, Séguenot et autres y avaient grand accès pour la direction, et n’y faisaient guère honneur aux voies ouvertes par M. de Bérulle. Ge n'étaient plus que dévotions petites, chimériques, continuelles idées d’illumination, des emportements austères méêlés à des élégances profanes, longs manteaux traînants, scapulaires d’écarlate, disciplines presque sanglantes au milieu des parfums : tout le faux enfin de l'imagination mystique qui se mettait à délirer. » (Sanre-Beuve, Port- Royal, Ed. Hachette, 1901, I, p. 329).
(2) On reprit tout simplement les godets de faïence, donnés quelques années auparavant par Madame Arnauld, mère d’Angélique. « Madame Arnauld ayant donné des godets (ou tasses) de fayence pour toute la communauté, la mère Angélique ne voulut point qu'on s'en servit, trouvant cela trop curieuæ, et elle fit avoir des godets de grès. » (Mémoires pour servir. L. Il, p. 450). Et quelques pages plus loin, p. 437: « On ôla les godels de grès, el on en prit d'émail, mais on les avait donnés. » Angélique oublie ces détails, et sa petite phrase incisive «au grès on substituait la faïence fine » fait meilleur effet dans son réquisitoire contre Zamet. Elle se montrait ainsi la digne fille de l'habile avocat, Antoine Arnauld.
(3) Relation écrite par la mère Angélique, pp. 69 et suiv. ; GUILBERT, Mémoires... 1, p. 375.
qui en eussent ou celles que l’on destinait à écrire ce qui était nécessaire pour la communauté. On disait qu’il fallait rendre toutes les sœurs capables de tout. Il leur fallait écrire pour façonner les esprits. » (4).
Zamet apparaissait donc à Angélique, — au moins lorsqu'elle écrivit ses Mémoires — comme un dangereux innovateur. «Il voulait, écrit-elle encore, que les cellules fussent proprement ornées, que tout fût dans un grand ajustement et propreté ». Ces sortes de détails lui semblaient vulgaires et indignes de la vie religieuse ; aussi «ne souffrait-elle pas qu'on lui fit des habits neufs : elle aimait les habits rapiécés », et jugeait que, se servir, même dans l’église « de parements brodés d'or et d'argent et de linges plissés » où « orner de pierreries le soleil, où était exposé le Saint-Sacrement, C’était déshonorer la pauvreté de Jésus-Christ. (2) »
Cependant, malgré des manières de voir si différentes, Zamet et Angélique gardèrent d'excellents rapports pendant toute cette période. Bien plus, un témoignage précieux nous montre l'estime particulière qu'elle faisait alors de l'Evêque, et ce témoignage, rapproché des lettres à M. Féron, infirme singulièrement certains passa-
(1) Zbid. Une lettre de la mère Angélique nous montre jusqu'où elle poussait pratiquement ses théories :
« J'ay appris, écrit-elle, que ma Sœur N. s'occupe les festes de transcrire des extraits de dévotion et d’autres encore. Je crois que c’est pour cela qu'on est toujours dans l’empressement. L'esprit malin ne nous pouvant pas faire de grands maux à présent, fait ce qu'il peut pour nous y disposer pour l'avenir par l'abus des grâces. Comme j'ostay icy à une sœur ses billets et lui fis voir le tort qu’elle avoit de sanctifier si mal les festes en s'occupant de niaiseries, au lieu d'adorer le repos éternel de Dieu, et comme elle me demanda si quelquefois, rencontrant quelque belle sentence, elle ne l’écriroit point, 7e luy dis que non; mais que lorsqu'elle en auroit envie, elle se mit à genoux et priât Dieu de l'imprimer dans son cœur, et de la luy faire pratiquer. Vous connaissez plusieurs sœurs qui ont des réserves de l'Ecriture Sainte et d'autres écrits, qui ne sont pas les plus vertueuses. Ce sont des trésors qu'elles amassent pour les laisser moisir. Qu'on visite souvent les cellules pour cela. » (C'est-à-dire sans doute pour les détruire.) (Bib. Nat. f. fr. 19175, lettre 29, f 24. Ce recueil manuscrit a été publié en 1734 sous ce titre : Extrait des Lettres de la Mère Angélique Arnauld. Leyde, 1734.) Dans les Lettres de la Mère Angélique, publiées en 1742, Utrecht, 3 vol. in-12, on n'en trouve aucune adressée à Zamet, et toute cette période est naturellement passée sous silence.
(2) Besorcne, Aistoire de l'Abbaye de Port-Royal, X, p. 37.
ges des Mémoires ; une de ses religieuses, la sœur de la Falaire (1) écrit:
« Lorsque la mère Angélique recevait des lettres de la mère Agnès, qui lui mandaient tout ce qui se passait à Dijon, le réglement du monastère, l’austérité qu’on y pratiquait et plusieurs autres choses qu’elle lui rapportait dans un ravissement admirable, notre mère recevait tout cela de même et nous tirait en secret, ma sœur Claire et moi, pour nous lire ces belles lettres. Quand nous {rouvions ce qui se passait à Dijon trop rude el trop sévère, elle nous disait, dans une ferveur qu'il est impossible de réprésenter : « O mes enfants, il ne faut pas dire cela; ne sommes-nous pas heureuses d’avoir trouvé le vrai chemin de la vérité? Pour moi, je suis ravie, M. de Langres est un homme de Dieu. Quoi qu'il fasse, il sera toujours bien fait, et il m'est impossible d'y trouver à redire... » Durant ce temps, je puis dire qu'il semblait que la mère Angélique était toujours comme toute transportée de zèle et de ferveur, et dans toutes les rencontres, elle me parlait de ce qui se passait à Dijon, comme si la maison de Port-Royal n’eût eu qu'une ombre de vertu, en comparaison de celle-là. Sa conclusion était toujours que nous n'avions point encore connu ce que c'était que la religion. se mettant toujours du nombre des plus imparfaites, et puis, elle nous disait: « Il faut avoir bon courage; ne sommes-nous pas (r0p heureuses d’avoir trouvé un homme qui nous conduit dans la vérité? » (2).
Que conclure d’un langage si différent, tenu par la même personne, au sujet de la même période de sa vie? (3) Est-ce l’Angélique de 1630 qu’il faut croire ou celle de 1653? Mais alors, peut-on oublier qu’en 1653, elle entreprenait de justifier sa rupture avec Zamet? Et ces Mémoires sont-ils autre chose que des plaïdoyers ? — On peut cependant, croyons-nous, arriver à cette conclusion : la mère Angélique souffrait de voir s’introduire à Port-Royal un esprit différent du sien ; de plus cer-
(4) Angélique de sainte Agnès de la Falaire fut religieuse à Tart de 1630 à 1635. Elle revint ensuite à Port-Royal et mourut en 4658. On a d'elle une Relation {la Ve du T. I. des Mémoires d'Utrecht) des vertus qu’elle à observées dans la mère Angélique Arnauld.
(£) (GUILBERT, Mémoires, I, 344).
(3) Il est à remarquer que la mère Angélique dira exactement la même chose de M. de Saint-Cyran ; elle se jugera heureuse d'avoir trouvé « un homme qui la conduit dans la vérité, » Mais cette fois, elle restera fidèle jusqu'à la mort à cette seconde direction dans la vérité.
faines sœurs manquèrent de délicatesse à son égard, et lhümilièrent en comparant la direction de la nouvelle abbesse à la sienne. Cependant elle supportait tout en silence, par vertu d’abord, et aussi parce que lon attendait d’un jour à l’autre la permission de l'archevêque de Paris, pour commencer Pétablissement de la rue Coquillière, et qu’«elle avait, dit-elle, grande envie d'y aller (1) >. La bulle de 1627, en effet, mentionnait que « ladite Marie- Angélique devait être transférée audit monastère du Saint- Sacrement avec trois religieuses pour y exercer la charge d’abbesse, et commencer l'instruction des nouvelles religieuses. (2) » Son désir, très légitime, par conséquent, allait se réaliser. Elle allait sortir de la situation humiliée, quoique volontairement acceptée, où elle se trouvait. Sa riche et fière nature allait, après trois ans passés dans l’obéissance, retrouver les joies du commandement et de l’immolation dans cet Ordre nouveau, objet de ses rêves enthousiastes, cet Ordre sur lequel tout Paris eut bientôt les yeux fixés, l’Institut du Saint-Sacrement.
(1) Mémoire, p. 73. Voir plus haut, p. 224.
(2) Voir le texte de cette bulle dans Bournée, 0p. c2t. p. 229.