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la Faculté, ne s’est point déclarée depuis ces derniers troubles (4), il est visible que cet âge s’emporte à toute bride de ce côté-là, et que ce sont de jeunes bacheliers qui s'engagent le plus dans le parti de l'abbé de Saint-Cyran. Que dirai-je, qu’on a vu même leur audace monter jusque-là, que d’oser soutenir publiquement des Thèses en votre salle de Sorbonne et à la vue des Prélats, remplies de la doctrine la plus scandaleuse, et des maximes les plus damnables de cet abbé ; tant il est véritable que ce mal est extrême, et que vous ne pouvez vous-mêmes vous garantir du déshonneur, et empêcher le désordre et la ruine entière de la Faculté, si vous n’arrêtez par vos censures et. par vos décrets, le cours impétueux de ces nouvelles doctrines... » |
Pour établir sa thèse, le Père Pinthereau invoquait l'information faite par Laubardemont, et citait les dépositions des témoins interrogés par le lieutenant de police: Maître Nicolas Le Tardif, avocat au Parlement de Paris, frère de l’abbesse, Geneviève Le Tardif, le Père Antoine Vigier, prêtre, directeur des Religieuses Jacobines réformées du couvent de Sainte-Croix, à Paris, Dom Jean Jouaud, abbé de Prières en Bretagne, secrétaire de l'Ordre de Cîteaux, Messire Alexandre Colas, sieur de Pormorant, prêtre, abbé commendataire de Sainte-Madeleine de Pleineselve, Messire Nicolas Victon, prêtre, conseiller, aumônier du Roi et aumônier de l’église Saint- Martin-de-Tours, Demoiselle Marie d’Aquaviva, fille de Scipion d’Aquaviva, duc d’Atrie, ex-religieuse du monastère du Saint-Sacrement, Messire François de Caulet, abbé commendataire de Foix, depuis évêque de Pamiers, et enfin Messire Sébastien Zamet, évêque de Langres(2).
(1) Il s'agit sans doute des événements que nous avons racontés, de l’arrestation de Duvergier de Hauranne, et de l'information faite contre lui, mais aussi de la publication de l'Augustinus en 1640. Ce curieux document, antérieur de trois ans à la condamnation par la Sorbonne des cinq propositions (1649) nous révèle les rapides progrès des doctrines dénoncées par Zamet, et l'engouement de la jeunesse d'alors pour « ces nouveautés. »
(2) La plus grave, parmi ces dépositions, est celle de Dom Jouau», abbé de Prières. — Nicozas Le Tarnir déclare cependant avoir entendu dire à M. de Saint-Cyran « que les enfants morts sans baptême sont damnés: que les vœux sont souvent dignés de blâme et de punition, comme péchés; que quelqu'un qui a péché mortellement, ne doit pas être admis au sacerdoce comme indigne. » — Mae p'Aquaviva, dit que M. de Saint-Cyran, au Saint- Sacrement, lui différait l’absolution, la privait de la communion pendant des mois, de sorte que devenue scrupuleuse et malade, elle n'osait plus ni se
L'auteur, afin d'établir quels étaient les sentiments du Père de Condren au sujet de la doctrine de M. de Saint- Cyran, cite les témoignages de l’abbé de Barberie, religieux bernardin, et du Père Pierre, prêtre de l’Oratoire. D’après le premier, le général de l’Oratoire « avait fait en mourant à ceux de son Ordre, le commandement de n’adhérer point à la doctrine de M. de Saint-Cyran, laquelle il reconnaissait très pernicieuse et devoir bientôt causer de grands troubles dans l'Eglise. » Le second dit « s'être trouvé présent à la mort du Père de Condren, et avoir reçu commission de sa propre bouche d’aller trouver de sa part quelques personnes de qualité qu'il a nommées, pour leur dire qu'il les priait de se départir entièrement de l'habitude qu’elles avaient avec l'abbé de Saint-Cyran, dont il reconnaissait que les maximes ne valaient rien, el prévoyait devoir dans peu de temps causer de grands désordres parmi les fidèles. » (1)
Mais c’est surtout au Mémoire de Zamet que l’auteur se réfère comme à un document de très haute valeur, tant à cause du caractère épiscopal du personnage, qu’à cause de sa réputation de sainteté et de ses relations intimes avec le Père de Condren. Son but évident. est de réfuter la réponse de Le Maître :
« Joignons à ce témoignage public de la Justice, celui qu’un grand Evêque à rendu contre la pernicieuse doctrine de l’Abhé de Saint-Cyran, dans une lettre écrite et signée de sa propre main et adressée à M. lEvêque de Saint-Malo. C’est du Mémoire de M. l'Evêque de Langres que je parle, lequel se trouve si conforme aux maximes extraites des informations de cet Abbé, que si ceux qui ont tâché de le décréditer (2), ne nous assuraient comme ils font qu'il n’a point servi en justice contre le sieur de Saint-Cyran, et que l'information n'en fit foi, nous croirions qu'il aurait été l’une des principales pièces de lPinformation ; car il contient en termes formels les principales maximes dont il est question, et de plus,
confesser ni communier, etc. Cf, Nouvelles et Anciennes Reliques. pp. 21, 93, 34, etc.
(1) JZbid. p. 15.
(2) On lit en note, à cet endroit : « Réponse au Mémoire de M. de Langres », p. 48. « Le Mémoire de M, de Langres, disent-ils, est une simple écriture privée », elc,
il nous instruit pleinement du faste et des autres singularités, extravagances et mauvaises qualités de cet homme, capables de l’emporter à toutes les nouveautés dont il est convaincu. Tellement, qu'il est étrange que ses disciples aient osé entreprendre de combattre par leurs écrits des vérités si certaines, et qu’ils se soient promis dans la réponse qu'ils ont publiée contre ce Mémoire de faire premièrement passer un grand Evêque pour un calomniateur, en une chose où il ne dit rien de nouveau, (1) et qui ne soit avérée d’ailleurs par le témoignage public de la Justice et d’une infinité de témoins, ainsi que son information vous fera tantôt connaître ;: en second lieu, qu’ils se soient figurés pouvoir persuader à leurs lecteurs que cet illustre Prélat n’a pas assez connu et fréquenté l'Abbé de Saint Cyran, pour être le dépositaire de ses secrets et de ses sentiments en matière de doctrine et de religion ; en même temps qu'ils avouent dans leur réponse, qu’il l'avait pratiqué très familièrement l’espace d’un long temps et qu'il se l'était même auparavant associé au gouvernement des Filles du Saint-Sacrement ; troisièmement, qu'ils aient espéré de faire passer pour une lâcheté et perfidie la lettre qu’il à écrite contre la pernicieuse doctrine de cet Abbé qui avait jadis été son ami ; comme si les lois de l'amitié humaine eussent dû être plus fortes au regard d’un Evêque et d'un prince de l'Eglise, que celles qui l’attachent inviolablement à Dieu et aux intérêts de la Religion; et comme si Jésus-Christ qui nous oblige de nous arracher les yeux à nous-mêmes en cas de scandale, et de haïr nos pères et nos mères, lorsqu'ils lui sont contraires, n’obligeait pas ce Père et ce Pasteur de ses ouailles de crier au loup pour sauver son troupeau et délivrer la France de l’hérésie dont il la voyait menacée par la cabale et par la faction de cet Abbé.
Les autres raisons qu’allègue ce faiseur de réponses contre le Mémoire de M. de Langres, sont si faibles et si puériles qu’elles se réfutent d’elles-mêmes, et il n’est personne qui n’avoue que de tous les livres qui ont paru pour la défense où pour l'appui de cette cause, c’est le plus méprisable que celui-ci. D'où vient que ceux mêmes de la cabale regrettent que le sieur Le Maistre ait perdu tant de beau langage, tant de fard et tant d'artifice qui n’a servi qu’à rendre le mensonge plus difforme et à en faire remarquer et détester davantage la laideur. » (2)
Le lecteur a maintenant sous les veux les différentes
(1) Le Maître avoue, nous l’avons dit, que M. de Langres n'a fait que répéter, dans son Mémoire, ce qui se disait partout.
(2) Zbid. pp. 9-10.
pièces du procès, et le rôle de Zamet peut désormais être jugé avec équité.
Faut-il voir en lui ce lâche calomniateur qui frappe sa victime dans l'ombre, et invente pour assouvir sa passion d’odieux griefs contre son adversaire? — Non, puisque Le Maître lui-même déclare qu’il n’a fait qu’ « écrire ce qui se disait dans tout Paris. » — A-t-il écrit de lui-même ce Mémoire pour perdre Saint-Cyran dans l’esprit de Richelieu? Non encore, puisqu'il ne l’écrivit que pour obéir au premier ministre et répondre à ses questions précises. En le composant, du moins, ne se souvint-il pas trop de ses démêlés personnels avec l’illustre abbé, et le seul amour de l'Eglise guida-t-il sa plume ? Question, si l’on veut, insoluble, qui tient au mystère même de la conscience humaine, mais que tout ce que nous savons de Zamet permet cependant de résoudre à son honneur. Pourquoi ne pas admettre, en effet, qu’évéque chargé de maintenir le dépôt de la foi, il jugea très sincèrement la doctrine traditionnelle de l'Eglise en danger ? Saint Vincent de Paul et le Père de Condren n'agirent pas autrement que lui, et l’on ne peut condamner M. de Langres sans les condamner aussi. Quant aux relations du Prélat avec la mère Angélique et M. de Saint- Cyran, et aux tristes événements dont la rue Coquillière fut le théâtre, il est bien difficile d'établir la part de responsabilité de chacun, mais il est impossible d’admettre que Zamet seul eut tous les torts. Si l'Evêque changea d'humeur, l’abbesse resta-t-elle semblable à ellemême ?.. Son départ du Saint-Sacrement en 1636 ne fut-il pas un chef-d'œuvre de ruse, et d’astuce féminine ?.. Il est très rare que dans les ruptures qui surviennent entre les meilleurs amis, tous les torts soient du même côté; dans celle-ci, il n’en alla pas autrement.
Cependant, grâce au recul des temps et à l’atténuation des passions religieuses qui agitaient ces âmes lointaines, nous pouvons aujourd’hui, sans grand effort, croire à la sincérité respective des trois héros de ce drame. Ne savons-nous pas, en effet, que même chez les plus grandes
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âmes, des sentiments très élevés peuvent sallier parfois à des actes que réprouve la droiture? Si l’on admire Racine et Molière, malgré leur brouille, il est possible aussi, Croyons-nous, de conserver une franche sympathie à Zamet, en même temps qu'il est permis aux admirateurs d'Angélique Arnauld et de Saint-Cyran de continuer à les placer très haut dans leur estime.
1638! Date mémorable pour M. Zamet comme pour M. de Saint-Cyran. Tandis que celui-ci entrait au donjon de Vincennes pour n’en sortir que quelques mois avant sa mort(1), l’évêque de Langres voyant son Ordre du Saint-Sacrement à jamais détruit, disait un éternel adieu à Paris, et s’enfermait dans son diocèse, pour y chercher dans une nouvelle activité et un nouveau zèle, l'oubli de tant d’espérances trompées, de tant de douloureuses amertumes…
(1) M. de Saint-Cyran sortit de Vincennes le 16 février 1643, et mourut le 11 octobre de la même année. Il fut inhumé à Saint-Jacques-du-Haut-Pas, où l'on peut lire aujourd’hui encore, derrière le maître-autel, l’épitaphe suivante : « Ici repose Jean du Verger de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, décédé le 11 octobre 1643, célèbre par sa science et par ses vertus. »
Sur le séjour de M. de Saint-Cyran au « Chasteau de Vincennes », Cf. Pièces Justificatives, XXI.