‹ Sébastien ZametChapitre 42 sur 142 · LA CHARITÉ DE L'ÉVÊQUE · texte numérisé non relu

LA CHARITÉ DE L'ÉVÊQUE

pauvres qui se présentaient ; maigré les plaintes de ses domestiques, il les recevait même dans sa chambre, di- Sant. que la maison d’un Evêque est celle des pauvres ; là il les interrogeait, s’intéressait à tous les détails de leur vie, et essayait de soulager leur misère physique et morale.

En 1632, la grêle ayant ravagé les environs de Mussy et de Molesme, il assista à l’Assemblée de la Chambre du Clergé, chargée de déterminer la grandeur du dommage subi, et de fixer les réductions d'impôts. Il avait perdu plus de 8.000 livres dans le désastre. Quand on voulut le dédommager il refusa. « Pour moi, Messieurs, dit-il, je ne demande rien; mon épargne me doit faire subsister ; mais ce que vous voudriez me donner, donnez-le, je vous prie, à mes pauvres curés. » Il agit ainsi pendant tout son épiscopat, s’employant à obtenir les décharges à Paris, et abandonnant sa part à ses curés, lorsqu’il lavait obtenue.

Dès qu’il avait appris l'apparition de la peste dans son diocèse, il avait quitté Paris pour se rendre à Mussy, où la contagion sévissait avec plus de force. Il fit construire à ses frais un grand nombre de loges pour les malades, qu’il nourrit et assista personnellement, leur administrant dès son arrivée le sacrement de pénitence. En 1634, il voulut également visiter et secourir les pestiférés soignés en dehors de sa ville épiscopale. Mais les magistrats, craignant pour sa vie, s’y opposèrent, et il se vit, à son grand regret, refuser l’entrée du quartier infecté ; il se dédommagea en multipliant ses aumônes. Pour résumer d’un mot sa charité, il suffira de dire que, chaque année, son revenu était engagé avant d’être perçu, qu'en 1637, à la suite de la peste, il était endetté de 42.000 livres, et qu'à sa mort, de l’immense fortune qu’il avait héritée de son père, et des revenus de son évêché, il restait trente écus qui furent trouvés dans sa chambre. (1)

(1) Ces faits soulignent l'injustice involontaire de la mère Angélique, lorsqu'écrivant ses mémoires en 1653, elle reprochait au Prélat de lui avoir

Donner cependant ne suffit pas ; il faut dans la mesure du possible, assurer l'avenir et perpétuer le don. Sébastien Zamet ne se contenta pas de distribuer les secours particuliers qui étaient indispensables ; il fonda des hôpitaux qui subsistent encore. Langres et Dijon, les deux principales villes de son, diocèse, virent s'élever dans leurs murs un magnifique hôpital, qu'on baptisa du même nom, l'Hôpital de la Charité ou l'Hôpital Général. Il convient toutefois de remarquer que celui de Langres fut plus particulièrement l’œuvre de lEvêque ; Dijon, plus riche, pouvait en effet, avec plus de facilité, trouver les ressources nécessaires.

Ce fut en 1638 que Zamet jeta à Langres les fondements de cet hôpital. Une association de dames pieuses, qu’il avait établie quelques années auparavant, fut orientée par lui vers les œuvres de charité extérieure et sociale, à limitation de ce qui se faisait à Paris. L'Evêque faisait régulièrement à ces dames des conférences spirituelles, pour les exciter à lapostolat; bientôt des hommes du monde se joignirent à elles, et lPassociation prit le nom de Confrérie de la Charité ou de la Miséricorde. Les confrères visitèrent d’abord les malades à domicile, puis se cotisèrent pour acheter une petite maïi-

conseillé d'emprunter pour la maison de Port-Royal et du Saint-Sacrement, alors qu'il était riche, dit-elle, et qu'il eût pu fournir l'argent. Elle ignorait l'emploi qu’il faisait à Langres de sa fortune.

Ces faits. attestés par Macaerer, RÉGez, Tasouror et les historiens langrois, sont corroborés par un passage des Mémoires inédits de M. Olier {t. I. p. 13). dans lequel le fondateur de Saint-Sulpice racontant les négociations qui eurent lieu entre lui et Zamet en 1635 et 1636, au sujet de l'évèché de Langres dit que « ce Prélat le désiroit pour successeur, mais avec quelque échange, se trouvant incommodé à ce qu'il disoit. » M. Olier, dans ce passage, parle de l’année 4636. Or, d'après les historiens de Langres, l'Evèque était endetté en 1637 de 42.000 livres, qu’il remboursa avant sa mort, Enfin Bourrée cite un extrait significatif d’une lettre que Zamet écrivit « à une personne qui lui témoignait être peinée de voir un Prélat de sa distinction logé à l'Oratoire comme un particulier » ; il lui répond « qu'il lui parle en confiance et en secret, mais que quand il voudrait faire autrement, il ne le pourrait, les besoins de son Diocèse l’épuisant tellement, avec les autres choses qui se trouvaient à faire hors du Diocèse {est-ce une allusion aux œuvres de la Compagnie du Saint-Sacrement ?) qu'il ne savait où il en était très souvent, et qu'il n’était pas en état de tenir table ouverte, ce qu'il faudrait faire s'il était logé dans une maison séculière; et qu'ainsi la nécessité, aussi bien que la dévotion, lui marquaient son auberge » (p, 463),

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son dépendante du vieux collège, afin d’y recevoir une trentaine de malades. Un grand élan d’enthousiasme et de dévouement de la part de la population seconda leurs efforts, mais ia part de l’Evêque resta de beaucoup la plus importante, puisque lon a pu dire que si les Langrois oubliaient jamais qu’ils lui doivent la fondation de cet hôpital, les pierres elles-mêmes le cricraient. (+)

L'originalité de cette œuvre, conçue par Zamet en 1638, c’est-à-dire dix-huit ans avant la construction de l’Hopital Général de Paris, tient toute entière dans les lignes suivantes, tirées d’un document contemporain conservé dans les archives de l'Hôpital de Langres: « Mgr Zamet fil savoir au premier échevin sa satisfaction de voir qu'il agréoit l'usage de cette maison, acquise pour y commencer un logis de charité, afin d'établir une manufacture dans Langres, et qu’il vouloit travailler de sa part pour y loger de bons maistres, lesquels enseigneroient gratuitement toutes sortes de métiers aux pauvres mendians, tant de la ville que du diocèse, reçus, nourris et entretenus charitablement dedans cette maison aux frais de la confrairie et de toutes les autres personnes charitables.

« La proposition fut reçue par Messieurs de la ville avec un applaudissement général, et ensuite Mgr de Langres fit acheter plusieurs petites maisons adjacentes pour servir au logement des maistres et des enfants, fit ériger la Confrairie de la Maison de la Charité sous le nom d'Hospice de Notre-Dame-de-Pilié, et de plus fit imprimer plusieurs lettres concernant cet établissement, et les envoya à tous les curés de son diocèse. » (2)

C’est, on le voit, l’œuvre établie plus tard à la Salpétrière, que nous trouvons ici en voie de réalisation dès 1638. À partir de cette date, en effet, l'Hôpital de la Charité commença à fonctionner ; les débuts furent modestes, mais bientôt, grâce aux .aumônes des habitants,

(1) BourRéE, 0p. cit. p. 476.

(2) Archives de l'Hôpital de Langres,

et aux donations de propriétés foncières qui lui furent faites, l’avenir de l’œuvre fut assuré.

La donation du « premier terrage » eut lieu le 9 septembre 1638. Un bourgeois de Langres, Pierre Garnier, qui possédait des terres à Ormancey, « reconnaissant, dit l'acte, la faveur qu'il a reçue du Ciel en l’accroissement de ses biens, a cru ne pouvoir mieux s'acquitter, sinon en donnant une partie de ces mêmes biens pour le soulagement des pauvres ». (1) D’autres donations suivirent, et constituèrent bientôt une rente d'environ 4000 livres, à laquelle il faut ajouter le produit des aumônes particulières et des quêtes annuelles dans les églises. Ces dons manuels étaient sans doute supérieurs au revenu deswierres:

Les dames de la confrérie de la Charité donnaient ellesmêmes à l’origine leurs soins aux malades. Les confrères hommes étaient chargés de l’administration financière.

Comme l’idée qui avait présidé à la naissance de cette œuvre, était avant tout une idée religieuse, on se préoccupa immédiatement de bâtir une chapelle, et le 27 mai 1640 » qui fut le saint dimanche de la Pentecôte, fut dite la première messe du Saint-Esprit, par noble et scientifique personne, Maistre Pierre Baudot, chanoine et archidiacre du Bassigny, grand vicaire et official de Mgr le Révérendissime évêque duc de Langres, pair de France, lequel seigneur evesque fait à l’hospital de grands dons et aumosnes. » (2)

Lorsque l’œuvre eut fonctionné pendant quelques années d’une manière satisfaisante, on rédigea des statuts, en tenant compte de l'expérience acquise, afin de déterminer d’une manière précise, les détails de « l’intendance et de la conduite entière dudit hospital. »

Ces statuts « clos, arrestés et soussignés » le 16 mars 1642, en présence de l’'Evêque et des confrères, contiennent 21 articles. La Confrérie de la Charité a pour prin-

(1) Archives de l'Hôpital de Langres.

(2) Macnerer, Journal, p. 132,

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cipale dévotion la fête de N.-D. de Compassion. L’Evéque en est « le premier confrère, et principal directeur » ; mais « à cause des affaires publiques de son diocèse, dont il ne serait pas raisonnable de le divertir », il sera suppléé par plusieurs « officiers » ; il y aura » un directeur, deux intendans, un secrétaire et un receveur », qui pt renouvelés chaque année ; « ils exerceront charitablement leur office et sans aucuns gages ni prétention de r'écompense, mais seulement pour l’honneur de Dieu et pour le soulagement des pauvres » ; comme cette œuvre est née de l'initiative privée « et qu'il y a sujet d'espérer qu'un œuvre si louable et qui, jusqu'à présent, a esté si bien conduit par la direction et administration desdits particuliers habitants, recevra une plus ample bénédiction de Dieu par l’augmentation des aumosnes et charités, il a esté unanimement résolu et accordé que les habitans de cette ville appelés à l'exercice de la magistrature en la charge de maire et échevins ne pourront estre reçus ni nommés officiers dudit hospital, bien qu’ils soient de long temps inscrits en ladite confrairie, et en cas qu'ils fussent nommés maire ou échgvins, étant officiers de ladite confrairie, ils seront tenus, en prenant l’exercice de ladite magistrature publique, de se dévestir à l’heure mesme, de l'emploi qu'ils auront aux affaires dudit hospital. » Quelle est la raison de cette incompatibilité de fonctions ? C'est « afin de conserver une entière liberté aux habitans de la ville de gouverner, conduire, et régir ledit hospital, ainsy qu’ils verront pour le mieux, sans que les maire et échevins à cause de leurs charges, ni aucune autre autorité ou communauté, tant ecclésiastique que séculière, y puisse prétendre aucune surintendance ni juridiction, et que, en quelque manière et pour quelque cause que ce soit, les revenus dudit hospital ne puissent estre divertis ni employés ailleurs, mesme sous quelque prétexte de piété ou communauté religieuse que ce puisse estre ».

Les articles suivants concernent l'admission des pauvres et des malades. En vertu de larticle 20, « le receveur rendra compte tous les six mois de la recette et de la

dépense qu'il aura faite par devant les officiers de la confrairie assistés des autres confrères qu'ils voudront appeler avec eux, pour mieux connaître l’état dudit hôpital et régler ensuite la dépense qu'il conviendra faire ». (A)

Jusqu'en 1690, les dames et les demoiselles de la ville continuèrent à se charger du soin des malades ; à cette époque, elles furent remplacées par les Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul.

A Dijon, dès 1628, Zamet avait, nous l’avons dit, fondé et approuvé sous le titre de Sœurs de Sainte-Marthe, une « société de femmes veuves et de filles séculières, dont la principale application était d'instruire gratuitement les enfants des pauvres, dès leur plus tendre jeunesse, à lire, écrire, et à la piété, comme aussi de visiter les malades et les soulager dans leurs besoins » (2) ; il leur avait donné des règlements et des statuts, et les lettres officielles d'établissement qui leur furent octroyées en 1678 par Louis XIV mentionnent « les grands avantages que le public a reçus depuis lors de cette sainte société ». Cependant la visite des malades à domicile ne pouvait dispenser d’un hôpital. A la vérité, cet hôpital, Dijon le possédait depuis longtemps. Fondé en 1204, par Eudes IT, duc de Bourgogne, sur le modèle de celui de Rome, restauré par Innocent III en 1198, l'Hôpital du Saint-Esprit était administré au temporel par un Maître ou Commandeur, assisté des Frères Hospitaliers du Saint-Esprit. Cependant au xvire siècle, les misères sociales produites par la famine et la peste, de 1629 à 1632, l'avaient rendu tout à fait insuffisant. C’est alors que Pierre Odebert

(1) Voir aux Pièces Justificatives, (XXV), le texte complet des statuts de 4642, que nous devons à l’obligeante communication de M. Petitot, secrétaire actuel des hospices de Langres.

(2) Bib. Nat. Bourgogne, 62, fe 702.

conseiller au Parlement et Président aux Requêtes du Palais, et Dame Odette Maillard, sa femme, offrirent à la Chambre de l’Intendance des pauvres une somme de 24.000 livres pour la construction, fondation et dotation d’un hospice, sous le nom de Sainte-Anne, consacré spécialement aux pauvres et aux orphelins (1633). Les nouvelles constructions s’élevèrent rapidement à côté de l’H6pital du Saint-Esprit. De plus en plus libéral avec les années, Pierre Odebert quadrupla la somme promise, et donna pour la fondation 88.000 livres (1). De nouveaux bâtiments entourèrent bientôt l'Hôpital primitif, et en 1642 l’ensemble de toutes ces constructions prit le nom général de Notre-Dame de la Charité, bien que les secours spirituels fussent toujours réservés aux Hospitaliers du Saint-Esprit, et le service des malades aux hospitalières du même ordre.

Dès que les travaux furent terminés, les Dijonnais rivalisèrent de générosité pour l'entretien de leur magnifique hôpital. Le revenu des fondations étant insuffisant pour nourrir les 300 pauvres que les intendants avaient fait rechercher dans toutes les rues et transporter à la Charité, des quêtes eurent lieu qui produisirent dès la première année plusieurs milliers de livres. Zamet qui, dès l’origine, avait grandement encouragé cette importante fondation et avait à cœur de la soutenir, prescrivit à tous les prédicateurs de la ville de recommander à la charité publique les pauvres de l'Hôpital, le deuxième dimanche de l’avent etle quatrième dimanche de carême. Portant le zèle plus loin encore, il ordonna à ses curés d’exhorter discrètement les fidèles à faire en mourant quelques legs charitables à l'Hôpital de la Charilé ; et pour que nul n’ignorât son désir, il fit lire chaque année la lettre suivante au prône des messes de paroisse, le quatrième dimanche de carême :

SÉBASTIEN, Evesque duc de Langres, Pair de France. Entre les vertus

(1) Par acte notarié du 925 avril 41645, homologué au Parlement le

41 imars 1647, à la Chambre de la Charité le 47 mars suivant, et consigné sur les registres de la Chambre du Conseil de la ville, le 29 du même mois.

chrétiennes qui reluisent avec édification du public en nos diocésains de la ville de Dijon, Nous devons avoir en singulière estime et vénération la charité qu’ils ont témoignée envers les pauvres par la structure magnifique et digne d’une éternelle mémoire de la maison du Grand Hospital, où les personnes misérables et nécessiteuses sont reçues et soulagées, en sorte que rien ne leur manque des besoins et nécessités de la vie: mais d'autant qu’en ces temps calamiteux, il est comme impossible qu'une œuvre si louable et si sainte subsiste dans la mesme splendeur qu’elle a esté commencée, si les habitans de ladite ville ne contribuent par leurs aumosnes ordinaires à sa conservation, Nous les exhortons et conjurons avec toutes les plus ardentes prières que nous leur pouvons faire, d'employer libéralement leurs charités à l'entretien et soulagement des pauvres dudit Hospital, surtout lorsqu'atteints de maladie 1ls disposent de leurs biens par leurs testamens et dernières volontés, afin que Notre-Seigneur Jésus-Christ voyant qu'ils se sont souvenus de ceux qu'il regarde comme ses membres en la terre, ayt sujet de ne les pas ignorer devant le tribunal de son Père, et qu'en considération de leurs bienfaits envers les pauvres, il leur donne une plus ample récompense en sa gloire. Mandons aux Curés de ladite ville de Dijon de publier nos présentes lettres en leurs Prosnes et leur enjoignons très expressément allant visiter les malades de leurs Paroisses de les exhorter, prudemment néanmoins et avec discrétion, de ne point sortir de ce monde sans y laisser des marques de Jeur bienveillance et de leur charité envers les nécessiteux.

Donné à Langres le 9e jour de janvier mil six cens quarante quatre.

SéBasrien, Evesque de Langres.

L'administration intérieure de l'Hôpital de la Charité de Dijon n'était pas, comme à Langres, réservée à une confrérie de charité ; elle appartenait à la Chambre des pauvres, composée du premier président et de deux conseillers du Parlement, du vicomte-maïeur et des échevins de la ville de Dijon, de deux membres de la Chambre des Comptes et d’un trésorier général du bureau des finances.

Le règlement de la maison, qui ne comptait pas moins de 80 pages in-quarto, lorsqu'il fut imprimé en 1649, était un des modèles du genre (1). Aucun détail n’était

(1) Ce réglement se trouve dans un volume jin-quarto, aujourd'hui extrémement rare, intitulé: Æondation, construction, æconomie et réglements des Hospitaux du Saint-Esprit et de Nostre-Dame de la Charité en la ville de

oublié, et les pauvres de Dijon élaient l’objet d’une sollicitude éclairée et dévouée. Tandis qu’à Langres, il avait fallu créer de toutes pièces, on s'était trouvé à Dijon en présence d’une organisation déjà ancienne, et tout en modifiant profondément l'Hôpital par les services nouveaux qu'on y rattachait, on avait liré parti de ce qui existait déjà. A Langres, il avait fallu faire appel aux dames de la Charité; à Dijon, les religieuses hospitalières furent utilisées. Après une année de noviciat, pendant laquelle il leur était enjoint de se présenter plusieurs fois aux intendants des pauvres, pour être examinées et reconnues capables de servir les pauvres et les malades, elles faisaient profession entre les mains du recteur de la manière suivante :

Je N... me donne et présente à Dieu, à la Bienheureuse Vierge Marie, au Saint-Esprit et à Messeigneurs les Pauvres, pour être tous les jours de ma vie leur servante. Je promets de garder chasteté, moyennant la grâce de Dieu et vivre sans rien posséder qui me soit propre, et à vous N... et à tous vos successeurs de vous

rendre obéissance et d’avoir fidèle soin du bien des pauvres. Ainsi Dieu me soit en aide et ses saints Evangiles.

Le recteur répondait :

Pour la promesse que vous avez faite à Dieu, à la Bienheureuse Vierge Marie, au Saint-Esprit et à Nosseigneurs les pauvres malades, nous vous recevons etles Âmes de vos père et mère, pour participer aux messes, matines, Jeûnes, oraisons, aumônes et toutes autres bonnes œuvres qui se font et se feront en la maison du Saint-Esprit, afin que Dieu vous en fasse telle part, comme chacune de vous attend de l'avoir. Au demeurant, la maison du

Saint-Esprit vous promet pain et eau, et de vous donner un, vêtement humble.

Ces religieuses étaient réparties dans plusieurs services ; les unes servaient les malades dans les salles, les autres dirigeaient la « nourricerie », destinée aux enfants abandonnés ou à ceux que leurs parents ne pouvaient élever ; elles devaient choisir pour eux de bonnes nourrices, et

Dijon. À Dijon, chez Pierre Paillot, Imprimeur du Roy et de Monseigneur le Révérendissime Evesque de Langres, Libraire et Graveur, devant la Chambre des Comptes, à la Reine de Paix, MDCXLIX.

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exercer sur elles une active surveillance ; arrivés à l’âge de six ou sept ans, ces enfants étaient transférés dans un autre local, et instruits par un ecclésiastique. Outre un asile de vieillards, l'Hôpital comprenait en effet un orphelinat, où l’on apprenait aux enfants un métier manuel ; les maîtresses devaient « montrer fidèlement aux filles les ouvrages de tapisserie, nuance, point-coupé, point d'Espagne et de Gènes, et autres propres à des filles de leur condition, et encore à lire et à écrire ».; les garçons travaillaient sous la direction de maîtres drapiers, el l'intendant des « manufactures » doit, dit le règlement, « pourvoir à ce que ceux el celles qui filent les laines, soient pourvus de bonnes brissoires, cardes et roues, pour bien travailler, et qu'ils ne manquent point de laines, tant pour carder que pour filer ». Les religieuses devaient également recevoir, mais pour une nuit seulement, à moins qu’ils ne fussent malades, « les pauvres étrangers passants »; ils étaient congédiés le lendemain avec une petite aumône. Enfin la Chambre des pauvres prélevait sur ses revenus de quoi constituer une dot à de « pauvres filles », et payer la pension de quelques écoliers pour étudier au collège.

En retour, il n’était permis à aucun pauvre de mendier soit par la ville, soit dans les églises, sous peine d’être fouetté, et chassé de la ville ». Auparavant, écrit un contemporain, on était assiégé aux églises pendant la longueur d'une messe, d'autant de pauvres qu'il y a de minutes en une demi-heure qu’elle peut durer ». Il était également défendu aux habitants de leur donner l’aumône sous peine de dix livres d'amende la première fois et de trente la seconde. Pour assurer lexécution de cet article, des chasse-coquins devaient « faire tous les jours une revue parmi la ville et dans les églises, principalement celles où lon fait feste ou solennité particulière, » et conduire à l'hôpital les individus qu'ils auraient surpris à mendier.

Ce n’était rien moins, on le voit, que le problème social de la mendicité que le Président Odebert et ses

amis, encouragés par l’évêque de Langres, avaient essayé de résoudre à Dijon. Faut-il voir dans le zèle qui se manifesta de plus en plus dans ce sens, et dans tous les sens, l’action de la Compagnie du Saint-Sacrement établie à Dijon par M. de Renty en 1643? « De cette société, écrit M. Raoul Allier, nous ne Savons rien, pour les dix premières années de son existence, sinon qu’elle travaillait avec énergie ». (1) En 1653, elle devait avoir pour chef, à Dijon, M. Gontier, vicaire général de Zamel, et avec l’approbation de Zamet, elle créait, cette année-là, le Refuge « pour retirer les pauvres filles dévoyées de l’occasion du péché. » L'activité extraordinaire manifestée à cette époque dans le domaine de la charité, et les termes mêmes du règlement de l'Hô- Pilal de la Charité publiés en 1649, permettent au moins de poser la question. « On. contient les pauvres en devoir, écrit le rédacteur, Philibert Boulier, qui, par humilité, a voulu que son ouvrage fût anonyme,

On les empêche de mal faire; on les retire de la

fainéantise, par conséquent du vice, qui la suit, comme l'enfant suit sa mère ; on leur apprend des métiers, pour gagner leur vie à l’advenir, et pour se rendre utiles à la société civile et au commerce ; on s’exempte des importunités des mendiants….. Enfin, on évite la corruption de l'air et les maladies qu'ils pouvaient causer par la communication » (2), etc. Ces paroles ne sontelles pas un écho des délibérations des Confrères du Saint-Sacrement, et ne font-elles pas pressentir le zèle du plus illustre des affiliés dijonnais, Bénigne Joly, le Saint Vincent de Paul de la Bourgogne ?

Un arrêt rendu par le Parlement de Dijon en 1648, au sujet de l'Hôpital de la Charité, semble justifier cette hypothèse. Cet arrêt ordonne « que tous les biens et

(1) Azrer, La cabale des dévots, p. 241.

(2) Philibert Boulier était chanoine de la Sainte Chapelle. I] avait composé en 1643, un petit ouvrage sur la sainte Hostie de Dijon, qui fut réédité en 1646, et même au XVIIIe siècle. Les deux premières éditions portaient ce titre : Sauvegarde du Ciel pour la Ville de Dijon ou Remarques historiques el chrestiennes sur la saincte et miraculeuse Hostie. Dijon, Paillot, 4643, in-8,

revenus de l'Hôpital de cette ville, desquels ont joui et jouissent les recteurs et religieux d’icelui seront désormais régis par les intendans des pauvres, auxquels ladite Cour permet d’en disposer comme des autres biens des pauvres, vendre, acquérir, changer, et faire ce qu'ils jugeront à propos pour lulilité dudit Hôpital. » Or, la plupart des membres du Parlement avaient des affinités avec la Compagnie (1), et plusieurs intendants des pauvres étaient pris parmi eux. D’autre part, les Religieuses hospitalières du Saint-Esprit cédèrent la place en 1684, à une communauté de filles instituée par Bénigne Joly. Quoi qu'il en soit, et pour nous borner aux deux principales villes du diocèse, il faut reconnaître les admirables efforts tentés à Langres et à Dijon, sous l’épiscopat de Zamet, pour secourir la misère physique et morale et diminuer, dans la mesure du possible, la souffrance humaine.

(4) Nous citerons spécialement M. le premier président Brulard, le président Bernard, les conseillers Bénigne Berbis, Vallon, Burteur, M. de Renel, conseiller d'Etat, M. Parisot, procureur général, l'avocat Bourrée, MM. de Villers, Brigandot, Chrétiennot, Guillaume, Henrion, Jeannin, Jannon, Rémond et Toulouse. Cf. notre article : Deux fondations de la Compagnie du Saint- S'acrement de Dijon : Le Refuge (1653) et Le Séminaire (1660). (Revue d'Histoire de l'Eglise de France, %5 juillet 1914). On y trouvera aussi les noms des Dames de la « Société du Saint-Sacrement établie par M. de Renty èn 1643 » et parmi ces noms celui de Madame Bossuet, maîtresse des Requêtes, belle-sœur de l’évêque de Meaux.

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