‹ Sébastien ZametChapitre 47 sur 142 · RÉFORME DE L'ABBAYE DE ROUGEMONT SZ · texte numérisé non relu

RÉFORME DE L'ABBAYE DE ROUGEMONT SZ

qu’elle avait fait enfermer labbesse pendant trois ans, — elle lui demandait ce qu'il pensait de Rougemont, et si tout ce qu'on lui avait rapporté était vrai. On croit rêver à la vérité, el l’on se demande quelle influence toute puissante (celle de Mazarin peut-être ?) protège ainsi Madame l’abbesse envers et contre tous. L’Evêque qui, malgré tout son zèle, n'avait pu agir sans se heurter à l'autorité royale et sans entreprendre sur la juridiction du prieur de Moutiers-Saint-Jean, répondit à Anne d’Autriche par la lettre suivante:

« Madame, Suivant la lettre de Vostre Majesté du 13° de ce mois, je donneray ordre à mes Officiaux de ne point fulminer la Bulle de Coadjutorerie de Abbaye de Rougemont.

Ce qu'on a rapporté à Vostre Majesté de la conduite de l’Abbesse et de la Dame de Lucé, sa sœur, est très véritable, et je supplie très humblement Vostre Majesté de n’en point douter. Il y a près de quarante ans que par la bonté du feu Roy de glorieuse mémoire et de la Reyne sa mère, J'ay eslé commis au gouvernement de ce Diocèse : de tout ce temps, je n’ay rien appris de la maison de Rougemont, qui ne fust digne de la compassion et des larmes des gens de bien.

Le remède à ce mal est, Madame, d'envoyer des Filles du Valde-Grâce sur les lieux, avec plénitude de puissance pour le spirituel et temporel. M. de Flogny, Grand Prieur de Moutiers-Saint-Jean qui, en cette qualité, s’est voulu charger de la conduite et de la direction de ladite Abbaye de Rougemont, peut, par sa probité et par sa suffisance, luy rendre de très utiles services.

Mais, Madame, tous ces moyens se trouveront faibles, s'ils ne sont appuyés de l'autorité et de la protection de Vostre Majesté. Vostre nom est en si grande vénération parmi les bons, et d’une si grande terreur aux méchants, que ces pauvres dévoyées ne sçauront pas si tost que Vostre Majesté, par son zèle, affectionne le changement de leur vie, qu’elles se rendront avec respect et soumission à vos volontés.

Et si j'osois, Madame, je supplierois très bumblement Vostre Majesté, pour l’intérest que j'y ay, d'adjouster cette œuvre de piété à une infinité d’autres qui partent tous les Jours de vos bénites et sacrées mains. Je suis, Madame, de Vostre Majesté le très humble, très obéissant et très fidèle serviteur'et sujet.

SÉBASTIEN, Evesque de Langres, A Mussy, le 20 juillet 4653. » (1)

(1) Autographe, Bib. Nat. 17, Bourgogne, fe 90. La suscription porte : A la Reyne, mère du Roy.

La Reine ne suivit pas les conseils de Zamet ; elle n’agit pas, comme il l'y exhortait, « avec autorité », et « n’ajouta pas cette bonne œuvre » à tant d’autres. A la vérité, elle fit bien rendre un arrêt au Conseil du Roi, pour enjoindre à l’abbesse « de se rendre en la ville d'Auxerre, en état d’ajournement personnel, lui faisant défenses de faire aucunes fonctions abbatiales, sur telle peine qu'il appartiendra », mais l’arrêt ne fut pas exécuté, et nous voyons qu'en novembre de la même année, Lucrèce de Rochefort eut l'audace de se réclamer de la juridiction de l’évêque de Langres, pour refuser un confesseur que le prieur de Moutiers-Saint-Jean avait donné au monastère. Le vieil évêque qui touchait à la fin de sa carrière(1), fut plus énergique qu'Anne d'Autriche. Il refusa de lire la lettre de l’abbesse ; il fit plus ; il renvoya cette lettre au supérieur naturel de « la dame », Dom Boucher, et l'accompagna du billet suivant :

« Monsieur. Voicy une lettre de vostre bonne amie, Madame de Rougemont, qui me fut rendue hier par son bailly ; en l’ouvrant je la trouvay si longue que je ne la voulus pas lire, bien moins y faire response. Je demanday au porteur de quoy il estoit question ; il dit qu’elle me demandoit un confesseur que vous luy aviez refusé ; je répliquay qu'il falloit vous en consulter, et sçavoir pourquoy vous aviez fait ce refus, et le renvoyay avec cette response, l’exhortant de persuader à ladite Dame de se soumettre aux ordres de leurs Majestés ; que j'avois eu la lettre de la Reyne exprès, qui me tesmoignoit qu’elle en faisoit son fait propre, et qu’il falloit obéir. Cet homme me dit que ladite Dame de Rougemont avoit quantité de titres et de papiers chez elle qui montroient que son abhaye estoil de nostre juridiction ; je respondis qu'elle estoit à présent en bonne main, et qu’il l’y falloit laisser ; que vous étiez un Supérieur bon et charitable et infiniment désireux de son salut, qu'il falloit vous obéir, et vous donner les clefs de la maison, pour en disposer à vostre volonté.

Je suis, Monsieur, vostre très affectionné serviteur,

SÉBASTIEN, Evesque de Langres.

À Mussy, le 16 novembre 1653. » (2)

(1) Il était, depuis le mois d'octobre, par la mort des évêques de Montpellier et d'Amiens, le doyen, c’est-à-dire le plus ancien des évêques de France.

(2) Autographe, Bib. Nat. 9, Bourgogne, fe 306. Les phrases en italique sont soulignées dans l'original.

Cette lettre une fois pliée et cachetée, l'Evèque faisant allusion aux habi-

Page 1