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CHAPITRE V PIÉTÉ, DÉVOTIONS, LITURGIE

$ I. Les dévotions populaires. — Les Confréries : de saint Didier, du Saint-Sacrement, de saint Pierre, de saint Renobert, de saint Gaon, de la Charité ; Union sacerdotale de prières. — Les pélerinages : Clairvaux, Notre-Dame d’Etang, Saint-Seine. — Dévotion à sainte Anne et à saint Joseph. — Tracts populaires : Réglements de famille ou Commandements de saint Elzéar.

$ IT. La réforme des Ermites. — Un solitaire inconnu.

$ IT. La réforme du Bréviaire (1644). — Zamet adopte le bréviaire romain.— Jugement du chanoine Tabourot sur le nouveau bréviaire.

$ IV. Un procès de béatification : Le Vénérable Père Honoré de Paris.

À toutes les époques de l’histoire, la ferveur ou la décroissance des dévotions populaires aident l'observateur à se faire une idée plus exacte du sentiment religieux d’une société. Il n’est donc pas inutile de parler ici des principales dévotions en vigueur dans le diocèse de Langres sous lépiscopat de Zamet, et de voir quelles furent les concessions de l’'Evêque au goût de son temps, et en même temps quelles innovations il apporta à ces formes extérieures du culte, ainsi qu'à la liturgie.

Parmi les moyens employés au moyen-âge et dans les siècles suivants pour maintenir les habitudes religieuses dans les populations urbaines ou rurales, les Confréries jouent un rôle important. Par le contact qu’elles établissaient entre les confrères, qui souvent appartenaient en outre à une corporation, elles créaient des liens de Charité qui en faisaient souvent dans la pratique de vé-

ritables sociétés de secours mutuels. Nous parlerons ici des principales.

I. — A son arrivée à Langres, Zamet avait trouvé établie depuis un temps immémorial la Confrérie de Saint Didier, le grand apôtre de Langres. Un roi de France, Jean IL, dit le Bon, en avait été nommé le premier confrère en 1354, et à sa suite Philippe de Rouvre, duc de Bourgogne, les gouverneurs de Champagne, des abbés, des chanoines, ét des personnes de la plus haute qualité s'étaient honorés de prendre place dans cette Confrérie. Au xvrre siècle, elle était plus florissante que jamais ; on la voit garder jalousement la châsse de son glorieux patron, sur laquelle elle possédait un droit absolu de propriété, de sorte que l’Evêque lui-même ne pouvait la visiter ni en extraire des reliques, sans son consentement. Ainsi Macheret nous apprend qu’en 1629, le petit père André, après avoir prêché le carême, obtint de l'évêque de Langres » avec la permission et du consentement de messieurs les confrères, une saincte relique tirée de la capse du glorieux martyr Sainct Didier », qu’il destinait à la ville de Poitiers, où elle fut reçue avec grande magnificence par « tous les magistrats et corps . de la ville ». De même, en 1647, « Mgr le Révérendissime ‘ Evêque, Duc de Langres, Pair de France ouvrit, avec la permission des confrères de M. Sainct Didier, la capse dudict Sainct Didier, pour en faire distribution d’une pièce des sainctes Reliques dudit glorieux martyr à la ville et cité d'Avignon ». En 1651, toujours avec la même permission, il envoya à Gênes, patrie du Saint, une relique insigne, et le bon Macheret note qu'à cette occasion, la châsse d'ordinaire très difficile à enlever « de la boëte où elle est posée proche la voûte sortit quasi d’elle mesme, sans aucune difficulté, au témoignage des charpentiers, et fut descendue au 3e verset de l'hymne Veni Creator, et aux autres fois que l'on la descend, nous disons tout l'hymne entier et n’est pas encore descendue ; et par là l’on a jugé que le glorieux martyr Sainct Didier ayme grandement retourner en partie d’où il est sorty tout

entier ».(1) Dans toutes les circonstances solennelles, qu’il s’agit de fêter la naissance du Dauphin en 1638, ou de faire les processions prescrites par l'Evêque pour la conservation des fruits de la terre, toujours la châsse de Saint Didier était au premier rang, à la suite du Saint- Sacrement ; on portait ensuite ordinairement celles de Saint Gengoul(2), de Saint Grégoire, de Saint Mammès, et des trois frères jumeaux, Eleusippe, Speusippe et Méneusippe. En juillet 1642, les pluies étant continuelles, et les récoltes compromises, Sébastien Zamet ordonna des processions générales et trois jours de jeûne et d’abstinence, suivis d’une communion générale. Il assista en personne à toutes les processions, se rendit ensuite aux deux prisons de la ville et fit sortir tous les prisonniers, à l'exception des criminels; et le même chroniqueur ajoute: « Dieu nous a donné une température beaucoup plus agréable et un temps fort propre à la cueillette des fruits. » En juillet 1646, au contraire, de grandes chaleurs menaçant de tout dessécher, de solennelles processions furent ordonnées pendant huit jours, et le dernier jour, le samedi 28 juillet, « comme l’on descendoit. la capse de Monseigneur Sainct Didier martyr et troisiesme evesque de Langres, il arriva une pluye, laquelle dura jusqu'à quatre heures du lendemain, ravissant en admiration tous ceux qui mettent leur espérance en Dieu. »(3) En 1649 et 1650, de semblables processions eurent lieu ; en juin 1649, le peuple murmura « grandement », parce que les Jacobins et les Capucins n’y assistèrent pas tous les jours, mais seulement trois fois par semaine, afin de perdre moins de temps pour leurs études.

La Confrérie de Saint-Didier compta parmi ses membres, au commencement du xvre siècle: Louis de Gon-

(1) MacnererT, Journal, p. 9, 104, 397.

(2) Seigneur de Bourgogne, compagnon d'armes de Pépin le Bref; se sanctifia en supportant patiemment les soucis que lui causa la conduite de sa femme, qui finalement, le fit assassiner. C'est le patron des mal mariés,

(3) Zbid, p. 373.

zague, duc de Nivernais et son fils Charles de Gonzague de Clèves, duc de Rethelois, Claude de Coligny, seigneur d'Andelot, maréchal de camp et gouverneur de Langres, Jean Piétrequin, lieutenant criminel au siège royal de Langres, Claude Briffaut, abbé de Morimond, Claude de Choiseul-Francières, etc. Elle obtint en 1649 une bulle d’'Innocent X qui accordait des indulgences plénières aux confrères à certaines fêtes de l’année. Ces indulgences furent confirmées par Zamet en 1650. (1)

Le nombre des confrères ne devait pas dépasser soixante. Les statuts rédigés en vers nous disent en effet:

Et ne fault point outrepasser Car de soixante suffira.

Le confrère doit être « preudhomme renommé » ; sil lui arrive d’encourir une excommunication, il doit se faire absoudre au plus tôt, sous peine de se voir exclu de la Confrérie:

Et se après la réception Trébuchoit par cas d’adventure

(1) M. Charles Rover, président de la Société historique et archéologique de Langres, a publié dans le Bulletin de cette Société (1er juillet 1878) une étude sur le Registre de la Confrairie de Saint-Didier, registre qui fait aujourd'hui partie de sa bibliothèque ; ce précieux manuscrit se divise en plusieurs parties :

4o Modifications apportées aux Statuts de la Confrérie de Saint-Didier en 1541.

2% La déclaration des ordonnances et statuts de la Confrérie Monsieur Saint- Didier, évesque et martyr. Ensemble sa vie et translation, le tout abrégé et mis en langage vulgaire.

3° Prologue en la vie et passion de Monsieur Saint-Didier, martyr et évesque de Langres.

4 Brève colation des miracles de Monsieur Saint-Didier.

5° Translation du benoist martyr.

6 Liste des confrères de la confrairie dudit Saint-Didier, évesque de Langres.

Te Indulgences plénières accordées par Nostre Saint Père le Pape Innocent dixiesme, en faveur des confrères de la confrairie Saint-Didier érigée en son église à Langres, en l’année mil six cens quarante neuf, et confirmées par Monseigneur le Révérendissime Evesque de Langres en l’année mil six cens cinquante.

8 La vie, mort et passion du bienheureux Saint Didier de Gennes, évesque de Langres et martyr, tirée des archives métropolitaines de ladicte ville de Gennes, envoyée par les seigneurs et magistrats d'icelle avec les certificats des reliques sainctes qu'ils ont reçues dudict sainct, à Messieurs de la Confrairie Saint-Didier érigée en l'église dédice en son nom en ladite ville de Langres qui leur ont envoyé lesdites reliques en l'année mil six cens cinquante et un.

En excommunication,

Fault que son absolution

Dedans deux mois quière et procure, Car s’il se tient en ceste ordure, Combien qu'il ayt de bons amis,

De la Confrairie est desmis.

Enfin la cotisation était de vingt livres tournois, mais il n’était pas défendu de donner davantage :

S'il advenoit que quelque personnaige Plus de vingt francs vouloit contribuer

Benignement prendront cet advantaige Pour acquérir ou rente ou héritaige.

Ce dernier vers montre que la Confrérie possédait des biens mobiliers et peut-être fonciers qu’elle tenait des libéralités ou des legs de ses membres les plus fortunés et qu’elle employait certainement à des œuvres charitables.

IT. — Langres possédait, comme la plupart des villes de France, une Confrérie du Saint-Sacrement. Le registre de cette Confrérie, conservé à la Bibliothèque municipale de Langres, ne contient pas de statuts ; il s’ouvre par la copie des bulles et des lettres de Rome ac-, cordant des indulgences, et immédiatement après vient la liste des confrères à partir de l’année 1547, date de la fondation de la Coufrérie. On y trouve sous l’épiscopat de Zamet, des procureurs du Roi, des avocats,‘ des échevins, mais on n'y voit pas de noms aussi illustres que dans la Confrérie de Saint-Didier (1).

III. — Une autre Confrérie, presque aussi ancienne que celle de Saint-Didier, était celle de Saint-Pierre, instituée en 1360, puis confirmée par le pape Paul V en 1617, et approuvée par Zamet le 25 juillet de la même année. Chaque membre donnait en y entrant deux florins ; les sommes recueillies servaient à faire célébrer des messes pour les confrères aux grandes fêtes de l’année, en par-

(1) Voir aux Pièces Justificatives les noms des principaux confrères de 1613 à 1642,

LES DÉVOTIONS POPULAIRES 343 particulier à « la Conception de Notre-Dame » et à la Fête-Dieu, à payer les chapelains de Saint-Pierre pour le chant des processions aux Quatre-Temps, les porteurs de flambeaux le jour de la procession de la Fête- Dieu, et les ménestrels qui jouaient de la musique(1).

IV. — La Confrérie de Saint-Renobert, plus spéciale au faubourg de Brevoines, avait été érigée par le cardinal de Givry en 1544. Le nombre de ses membres était illimité, et l’on acceptait des personnes de toutes conditions :

Le nombre n’a pas de limitation :

De plus en plus, ce ne sera que mieux ; La confrairye et congrégation

Est et sera des jeunes et des vieux,

Sans regarder les pays et les lieux, De tout métier ou quelque estat qu’on soit.

Les confrères de Saint-Renobert devaient célébrer solennellement la fête de leur patron, et assister chaque lundi par procureur à la messe qui se disait pour l’association. Une redevance annuelle était versée aux trésoriers qui devaient rendre des comptes chaque année, et employer l'excédent de recettes à l’achat de rentes, comme cela se pratiquait dans la Confrérie de Saint Didier : Ha

Et les deniers restants convertiront Pour acquérir rentes et revenuz.

V. — Nous ne mentionnons que pour mémoire la Confrérie de Saint-Eloi et celle de Saint-Michel, alors très répandues. (2)

Les anciennes Confréries ne suffisant pas pour répon-

(1) Cf. Roussez, Le diocèse de Langres. Langres, 1875, II, p. 339.

(2) A Dijon, on trouve également : à l’église Saint-Jean, la confrérie de Saint-Claude fondée en 1383, et celle des Trépassés qui comptait en 1620, cent-vingt confrères, et deux cents en 1634 ; à Saint-Michel, la confrérie des Trois Rois établie en 4550 ; à Saint-Pierre, la confrérie de Saint-Antoine fondée en 1363, et celle de Sainte-Anne en 1636 ; à la Sainte-Chapelle, la confrérie de la Sainte-Hostie, (Arch. de la Côte d'Or, E 3191, 3192.)

dre à toutes les aspirations religieuses de l’époque, plusieurs confréries nouvelles se fondèrent au xvire siècle, avec lapprobation ou même sur l'initiative de Zamet: I. — Une association qui sous des noms différents existe aujourd'hui dans la plupart des diocèses de France,(1) fut instituée à Langres en 1637; les prétres de la ville et des environs « firent une société de confrérie entre eux que celuy qui viendroit à mourir seroit assisté de tous les autres par le sainct sacrifice de la messe, laquelle seroit célébrée par un chacun des survivants. »(2) Quatre mois après sa fondation, cette association comptait déjà 73 membres. , IT. — En 1638, s'était fondée la Confrérie de la Charité

ou de la Miséricorde sous la direction même de l'Evêque. Composée d'hommes et de femmes du monde, elle avait pour but le soulagement des pauvres et des malades : c'est avec l’aide de cette confrérie que Sébastien Zamet jeta les fondements de l'Hôpital de la Charité. En 1642, des statuts furent dressés pour régler le fonctionnement de la Confrérie, et indiquer les cotisations que chacun devait verser pour subvenir aux besoins du nouvel h6pital. Prêchant d'exemple, l'Evêque s'était inscrit le premier pour une somme considérable. :

HT. — Enfin la Confrérie de Saint Gaon fut établie en 1636 sur la paroisse Saint-Pierre.(3) Au plus fort de la peste, une assemblée générale de la ville de Langres avait eu lieu le dimanche 26 décembre 1632, et là, les maïire el échevins accompagnés de toute la population avaient fait vœu de célébrer à perpétuité « les deux festes de M. Sainct Gaon, abbé, jusques à midy seulement et ces deux jours là faire la procession par toute la paroisse

(1) À Paris, elle porte le titre « d’Association de prières pour les prêtres défunts »; dans d’autres diocèses on la nomme « Union sacerdotale de prières. »

(2) MAcuerer, Journal, Die

(3) Saint Gaon, anachorète, né au territoire de Verdun. d’une famille illustre alliée aux rois d’Austrasie (VII siècle), mourut au monastère de Saint-Pierre d'Oye, qu'il avait fait bâtir à deux lieues de Sézanne (Marne). Il avail la réputation de conjurer les épidémies,

et au retour d’icelle célébrer solennellement la messe dudict Sainct Gaon, à laquelle tous les paroissiens feront leur devoir d'assister. » (1) Dans la même assemblée, chaque paroisse avait député un ecclésiastique pour faire un pélerinage au {ombeau du Saint, et le prier de détourner de Langres le terrible fléau. En 1637, la Cham: bre de ville de Dijon déléguait deux échevins auprès de Messieurs du Clergé pour les inviter à ordonner des processions et des prières, et une délibération de la même année porte que la Chambre de Ville a fait un vœu à Saint Gaon « par l’intercession duquel plusieurs miracles ont élé obtenus » et que pour accomplir ce vœu ,« deux Capucins seront envoyés au lieu où repose le corps du Saint en Champagne. » (2) |

Les pélerinages ‘en effet étaient fréquents et faisaient partie intégrante de la dévotion du temps. Zamet luimême avait fait, surtout au début de son épiscopat, de nombreux pélerinages ; en 1618, on le trouve à Clairvaux, auprès du tombeau de saint Bernard avec l’évêque de Belley(3) ; en 1622, il entreprend à pied, en compagnie de son frère de Saint-Pierre le pèlerinage de Besançon, pour y vénérer le Saint-Suaire ; en 1623, il se rend à la ‘Grande-Chartreuse avec le Père Bence de lOratoire, puis à la Sainte-Baume, et à Milan, où il donne huit mille livres pour entretenir une lampe d'argent sur le tombeau de saint Charles Borromée. Aussi ne pouvait-il manquer d'encourager les pélerinages qui avaient lieu dans son propre diocèse.

Le plus célèbre était celui de Notre-Dame d’Etang, près de Velars-sur-Ouche, à dix kilomètres de Dijon. En honneur depuis le xve siècle, il prit au commencement du xviIIe siècle un essor extraordinaire. Là sainte Jeanne de Chantal se rendit en 1604 avec saint François de Sales pour connaître sa vocation ; là, six mois après, le 2

(1) Macuener, Journal, p. 21. Cette procession se fait toujours à Langres le 26 mai,depuis 1632.

(2) Archives communales de Dijon, série E,

(3) Voir plus haut, p. 64, note 2.

septembre de la même année, elle signait de son sang le vœu « de perpétuelle chasteté et d’obéissance à Mgr l'Evêque de Genève, sauf l’autorité de tous légitimes supérieurs », de sorte que vraisemblablement la première pensée de l'Ordre de la Visitation Sainte-Marie fut conçue au sanctuaire de Notre-Dame d'Etang. Après saint François de Sales, Jean-Pierre Camus, évêque de Belley, Bossuet, Louis XIV, Anne d'Autriche, firent l'ascension de lx montagne de Velars. Sébastien Zamet, qui avait luimême fait plusieurs fois ce pélerinage, se préoccupa d'assurer la garde du sanctuaire. Jusque-là, les Bénédictins de Saint-Bénigne y avaient seulement entretenu un ermite et un chapelain; or, en 1630, l’ermite avait assassiné son compagnon, et le Parlement de Dijon l’avait condamné à être roué vif sur la place du Morimond. Pour éviter à l'avenir de pareils scandales, l’évêque de Langres encouragea les religieux de Saint-Bénigne à introduire au sanctuaire de Velars des Minimes de Saint Francois de Paule. Mais comme l’abbé de Saint-Bénigne, en cédant ses droits aux Minimes recevait celui dofficier, le 15 août de chaque année, « dans la chapelle d'Etang et d’être recu sollennellement au-devant de la grande porte » à l'instar d’un évêque, Zamet, dans l’approbation qu’il fit du projet, le 11 mai 1634, y mettait une condition et une restriction; « à condition qu’en quelque jour de l’année que ce soit et mesme le jour et feste de l'Assomption Nostre Dame, nous pourrons el nos successeurs évesques célébrer, si bon nous semble, la sainte messe et autres services divins en ladite chapelle, sans que ledit sieur abbé ni les grand prieur et religieux de ladite abbaye y puissent apporter aucun trouble ou empeschement... » La restriction concernait la réception solennelle à faire à l’abbé ou au grand prieur par les Minimes, « laquelle clause nous ne pouvons admettre et rejettons, attendu que telle réception n'appartient qu’à la dignité épiscopale et ne doit estre faite qu'à l’évesque diocésain. » (1) UN

(1) Archives départ. de la Côte d'Or, H. 989,

Bientôt quinze religieux habitèrent le nouveau monastère, pour la construction duquel les Etats de Bourgogne

assemblés à Dijon en 1636 avaient accordé une subvention de trois cents livres. (1)

Si les Dijonnais recouraient volontiers, comme les habitants de Langres, à Saint Gaon et à Sainte Anne, pour les prier devdétournerclesafléauxt de. la peste. etude Ja guerre, ils avaient cependant, semble-t-il, une dévotion plus grande encore à la Vierge d'Etang. En 1636, tandis que Gallas semait la terreur en Bourgogne, ils allaient à Velars chercher la statue miraculeuse, et la déposaient dans l’église Saint-Bénigne, où tout le peuple venait l’invoquer. Gallas parti, et la Bourgogne délivrée, elle fut reportée à Velars avec de grandes actions de grâces. En 1638, en 1645, en 1648, le peuple de Dijon retourna processionnellement à la montagne de Velars, afin d'implorer sa protectrice contre les ravages de la peste ou de la famine.

Ces sortes de processions prenaient parfois des proportions considérables. Nous ne possédons pas de chiffres pour celles qui avaient lieu de Dijon à Velars ; mais une procession des reliques de Saint Seine qui eul lieu en 1620, à cause de la sécheresse, peut en donner une idée. La châsse du Saint prise à l’abbaye de Saint-Seine fut conduite à Dijon, c’est-à-dire à une distance de plus de vingt kilomètres. Vingt-deux paroisses se joignirent au cortège qui comprenait trois mille six cents jeunes filles vêtues de blanc, marchant sur deux rangs, les Dijonnais avaient fait préparer pour elles des rafraichissements, et à leur retour, elles furent accompagnées par les habitants des villages situés sur leur route.

Parmi les dévotions qui s’accrurent pendant les tristes années dont nous avons parlé, il convient de citer en première ligne la dévotion à Sainte Anne et à Saint Joseph. A Dijon, le président Odebert mettait l’'hospice

(A) Cf. G. Cuevauer, Notre-Dame d'Elang, (Bulletin ecclésiastique du Diocèse de Dijon, 1906, pp. 228-236, 253-282).

qu'il fondait pour les orphelins sous la protection de Sainte Anne, et les magistrats renouvelaient un vœu déjà fait en 1531 de célébrer à perpétuité la solennité de Sainte Anne. À Langres, en 1637, l’'Evêque étant absent, le vicaire général Baudot décidait, à la demande des fidèles, de célébrer solennellement la fête de Sainte Anne et de commencer des prières qui dureraient une année entière, jusqu’à la Sainte Anne suivante, et le 17 juin 1641, sur la sollicitation du maire et des échevins, Zamet ordonna « que la feste de Madame Sainte Anne se célébreroi! annuellement et perpétuellement comme feste de commandement en la ville et cité de Langres ». (1) De méme le 18 mars 1641, l'Evêque assistant au sermon à l’église Saint-Pierre, fit annoncer « que la feste de Saint Joseph seroit désormais célébrée avec pareille solennité que le jour de Pasques. » Le lendemain il officia pontificalement dans sa cathédrale, au grand contentement des fidèles, et à partir de l’année suivante, cette fête fut célébrée de même dans tout le diocèse et enrichie d’une indulgence plénière par le Pape (2).

(1) Macuener, Journal, pp. 79-81. On remarquera qu’en 1637 ce sont les fidèles, eten 1641, le maire et les échevins, qui demandent, les premiers au vicaire général, les seconds à l’'Evêque lui-même, la célébration solennelle de la fête de sainte Anne. Macnerer nous dit expressément que ces démarches furent inspirées en 1637 par la continuation de la peste, et en 1641 par la reconnaissance envers la sainte: « Les fidelz de Langres grandement pressez par la continuation de la contagion et pesté eurent recours à Madame Saincte Anne en ceste présente année 1637... » et plus loin (en 16): « Tout ce que dessus ayant esté récité audict seigneur évesque, avec supplication desdielz fidelz stipulant par messieurs les maire et eschevins de ladicte ville présentée audict seigneur Révérend : attendu la nécessité que l’on a eue ces années passées des prières de ladicte saincte, la ferveur, zèle et dévotion que ledict peuple a envers icelle, le tout bien considéré... » ete. Voir plus haut ce que nous avons dit du fléau de la peste dans le diocèse de Langres. (L IN, CHATES)E

(2) Macnerer, Journal, p. 141. On sait l’extension qu'a pris de nos jours le culte de saint Joseph, déclaré par Léon XIII protecteur de l'Eglise universelle. Au XVIIe siècle, on constate déjà un accroissement de cette dévotion. L'Eglise des Carmes, dont Marie de Médicis avait posé la première en 1611, fut consacrée solennellement en 1625 sous l'invocaiion de saint Joseph : lorsqu'en 1638, l'espoir de la naissance d’un dauphin fut connu du peuple, « ce ne furent plus, écrit Macaerer, que neufvaines, que voyages, que vœux, parliculièrement à la Vierge, à saincle Anne et à sainct Joseph, par l'intercession desquels on creut ceste grossesse avoir esté inpétrée du ciel » (MAcnerEr, Journal, p. 103).

Attentif à exciter la piété de ses diocésains, Zamet obtenait en 1651 d’'Innocent X que le Jubilé, célébré à Rome l’année précédente, fût ouvert à Langres le 12 novembre et se prolongeât jusqu’au 12 janvier suivant. Pour gagner l’indulgence, la condition principale, qui paraîtrait aujourd'hui rigoureuse, était la visite quinze fois répétée pendant ces deux mois de quatre églises de la ville: la cathédrale Saint-Mammès, l’église des Frères Prêcheurs, celle des Annonciades et la chapelle du nouvel Hôpital de la Charité, soit en tout soixante visites.

Mais c’est surtout à l’occasion des malheurs de la guerre que le cœur de l’'Evêque se manifesta tout entier. Il ne se contenta pas de secourir de touf son pouvoir la misère ; les calamités publiques qui fondaient sur son diocèse apparaissaient à son âme de croyant comme des effets « de la divine justice », et lui inspiraient le désir de « rapprocher davantage de Dieu » ses chers diocésains, afin de relever leur moral et de « leur donner le moyen de souffrir plus gaiement ». C’est sous l'influence de ces pensées et aussi pour {âcher d'améliorer les rapports des maîtres el des serviteurs et donner aux uns et aux autres une idée précise de leurs devoirs, que Zamet publia en 1643 des Règlemens de famille ou commandements de Saint Elzéar. Cette sorte de tract populaire fut répandue à 1800 exemplaires dans la seule ville de Langres. En voici le ‘texte in eïtenso :

« Sebastien, Evesque Duc de Langres, Pair de France,

Les calamités qui accompagnent le fléau de la guerre dont ce Diocèse est particulièrement attaqué doivent animer nostre charité pastorale à procurer à nos Diocésains les consolations que la bonté de Dieu met en nostre puissance pour leur donner moyen de souffrir plus gaiement et avec moins de peine les afflictions qu'il plaist à la divine justice de nous faire sentir pour nos péchés. Et comme entre toutes celles que les âmes chrestiennes peuvent légitimement rechercher, il n’y en à point de plus solides ni de plus puissantes que celles qui nous invitent à nous approcher davantage de Dieu, Nous avons estimé devoir proposer à nos Diocésains ces petits réglemens qui, bien observés, autant qu’un chrestien en est

capable dans sa famille, attireront infailliblement l'esprit de Dieu sur eux, et l’établiront comme maître et directeur de leurs actions,

Par cette direction, l'ordre et la conduite de la grâce règnera dans leurs maisons, et cette grâce bannissant le péché répandra sur les chefs et les membres des douceurs et des joies que les paroles humaines ne peuvent exprimer. C’est pourquoi Nous exhortons de tout nostre pouvoir les fidèles de nostre Diocèse d’embrasser lesdits Réglemens avec ferveur et de les observer avec fidélité, avec la confiance que la bonté de Dieu qui ne laisse aucune bonne œuvre faite pour son amour sans récompense donnera de grands avantages spirituels et corporels à ceux qui les pratiqueront avec persévérance et selon l’esprit de Dieu, sans lequel nulle action quoique bonne, ne sera trouvée digne de la gloire du Ciel.

Donné à Langres, le 12 aoust 1643.

Signé : SéBasrien, Evesque de Langres.

LES DIX COMMANDEMENTS DE SAINT ELZÉAR, COMTE D'ARIAN, A SES DOMES- TIQUES POUR SERVIR D'EXEMPLE AUX PERSONNES SÉCULIÈRES A BIEN RÉGLER LEURS FAMILLES (1).

I. — Je commande que tous ceux de ma maison assistent tous les jours au saint Sacrifice de la Messe, et s’il survient quelque

(1) Elzéar de Sabran, comte d’Arian, né à Robians (ancien diocèse d’Apt, aujourd’hui diocèse d'Avignon), vers 1285, servit Robert d'Anjou, roi de Naples, et commanda une armée dans une guerre contre l'empereur Henri VIL Il mourut à Paris en 4325, au cours d’une ambassade que lui avait confiée le roi de Naples auprès de Charles IV le Bel; son corps fut transporté en Provence et inhumé dans l'église des Franciscains de la ville d'Apt. Le décret de canonisalion fut signé par Urbain V, en 1369, et publié par Grégoire XI, en 1371. Son épouse, Delphine de Glandèves, sans avoir été canonisée, — la procédure fut interrompue par la mort d'Urbain V, — est honorée à Apt sous le nom de sainte Delphine.

La réputation de saint Elzéar devint telle qu'elle valut à la ville d’Apt le spectacle d’un concile national (1365), la visite de divers papes, cardinaux, rois et reines, et plus tard celle des évêques d'Espagne qui, avant de se rendre au concile de Trente, voulurent prier au tombeau du Saint.

Quand à ce regain de vogue au temps de Zamet, il s'explique, croyons-nous, par le livre du Père Biver, paru en 1622 sous le pseudonyme de Benoit- Coronné (on y retrouve : Binet Stephanus). E® voici le ütre :

La Vie et les éminentes vertus de saint Elszéar de Sabran, et de la Bienheureuse Comtesse Dauphine, Vierges et Mariés. Deux Phénix de la France. Par Benorr Coronné, Prédicateur du Roy. À Paris, chez Sébastien Chappelet, MDOXXIT.

Le Père Bixer, pour écrire cet ouvrage, eut recours à l’obligeance de Peinesc, conseiller au Parlement d’Aix, alors en rapport avec tous les savants ou lettrés de l'Europe ; il lui écrivit, pour Jui demander de lui prèter le testament de saint Elzéar, une lettre dont l’autographe (non daté) se trouve à la bibliothèque de Carpentras, n° 1849, fe 61. En voici le texte :

Monsieur, Le sieur Chapelet (son libraire) m'a fait voir le billet que vous luy avez fait l'honneur de luy escrire. Je serois bien fasché que vous eussiez pris la peine de venir céans, surtout pour m'obliger, et me prester le testament de saint Elzéar. J’auroi le bien de vous en remercier au plus tost

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affaire, je veux qu’on la quitte plutôt que de manquer à rendre ce devoir à Dieu.

II. — Que tous mes domestiques, hommes et femmes, se confessent tous les huit jours ; je ne commande rien que je ne veuille faire le premier. Quiconque me suivra, sera mon cher serviteur.

II. — Qu'il n’y ait si hardi qui ose jurer ou blasphèmer le nom de Dieu; et si quelqu'un s’oublie jusques là que de le faire, Je le chasserai honteusement après un châtiment exemplaire.

IV. — Que tous aient la chasteté en recommandation et qu’on ne s’imagine pas qu'Elzéar puisse souffrir en son château la moindre impureté. Quoi! Que Dieu me reproche que je nourris en ma maison des vilains ou des hommes qui vivent comme des bêtes ! Je ne le permettrai pas.

V.— Qu'il n’y ait point de fainéants parmi mes domestiques. Donc aussitôt qu’un chacun est levé, qu'il élève son cœur à Dieu et lui offre ses actions, et cela fait, qu’il s'emploie à faire son office.

VI. — Je ne veux point à mon service des joueurs de dés et cartes, ni tous ces gens qui ne vivent que de tromperies. Toute cette racaille de joueurs ne sert que de malheur à une famille pour chrétienne qu’elle soit.

VII. — Que la paix soit toujours en mon logis; je ne saurais aimer ces personnes qui n’aiment que le bruit, et qui ne respirent que l’air des brouillards et des orages.

VIIL. — Si par malheur il arrive quelque différend et querelle, j'ordonne que le dire de lapôtre soit inviolablement gardé, savoir que le soleil ne se couche point qu’on ne se soit réconcilé.

IX. — Je veux que tous les jours toute ma famille s’assemble en ma salle pour entendre parler de Dieu et que chacun apprenne à gagner le Paradis et à sauver son âme.

X. — Que nul de ma maison n'offense qui que ce soit, soit à l'honneur, soit aux biens, et que sous couleur de faire mes affaires, on ne ruine pas mes sujets. » (1)

et vous offrir mon très humble service, et vous supplier de me faire cette grâce que de me prester ce testament que je vous remettray en main au plus tost, avec le remerciement que mérite cette faveur. Ce pendant je prie Dieu qu'il vous comble de tout vray bonheur et que je sois digne d'estre Monsieur, Vostre très humble serviteur en J.

Estienne Biner.

(1) Mss. de l'abbé Matthieu. (Grand Séminaire de Langres). Ce règlement se

trouve également dans le livre du Père Biner, avec une glose assez abondante.

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