‹ Sébastien ZametChapitre 52 sur 142 · III · texte numérisé non relu

III

Pieux et zélé comme nous le connaissons, et de plus, grand ami des cérémonies liturgiques, Zamet devait naturellement porter son attention sur la récitation de loffice divin par ses prêtres, et sur le livre qui contient cet office, le bréviaire. En 1604 son prédécesseur, Charles d'Escars, en avait donné une nouvelle édition qui, tout en conservant les offices propres de lEglise de Langres, « se rapprochait cependant du bréviaire de l'Eglise romaine, la mère de toutes les Eglises. » (23)

du Roi et déserteurs ; % s'ils n'élaient point mariés, ou si, étant veufs, ils n'avaient point d'enfants qui eussent besoin d'eux pour gagner leur vie; & s'ils n'étaient point chargés de dettes ; dans ce cas, il les obligeait à rester dans le monde pour les acquitter ; enfin 5° s'ils n'avaient point de maladies incurables ou contagieuses. Il faisait ensuite une enquêéle sur la vérité de leurs réponses.

(4) Dow Barzuiver, 0p. cit. p. 60.

(2) Lettre-préface de Mgr d’Escars, en tête de ce bréviaire, mars 1604, (Bib. Sainte-Geneviève, BB 955).

Sébastien Zamet entreprit à son tour de doter son diocèse dun nouveau bréviaire. L'édition de 1604 était épuisée ; par suite, certains prêtres, étant obligés de recourir au bréviaire romain, ne pouvaient plus réciter les offices des saints locaux, particuliers au bréviaire de

Langres.

« Pour empêcher, dit-il dans la préface, que leur-mémoire ne disparût peu à peu, bien plus pour la conserver inviolablement, Nous avons jugé nécessaire de publier ce bréviaire. Nous l'avons examiné et étudié avec beaucoup de soin, et avec l’assentiment de Nos vénérables frères les chanoines de Nostre Eglise de Langres, Nous l’avons rédigé de manière à corriger toutes les fautes que Nous avions remarquées dans le précédent bréviaire ; Nous avons voulu en outre, sans omettre le moins du monde (autant qu’il a été en nostre pouvoir) les offices langrois chers à notre piété, lui donner la forme du Bréviaire romain, de tous le plus exempt de fautes, et le mieux distribué » (4).

(1) Lettre-préface, datée du 20 mars 1644. En voici le texte complet :

« SEBASTIANUS, Dei et Sanctæ Sedis Apostolicæ gratià, Episcopus Dux Lingonensis, Franciæ Par. Compertum habentes Breviaria jam inde à temporibus Prædecessoris nostri felicis memoriæ typis edita nune quidem non extare, ac nostræ Diæcesis ecclesiasticos viros horum inopià coactos ad Breviarium romanum confugere, quo fit ut vix in aliis locis præterquam in Ecclesià nostrà cathedrali, paucisque aliis primariis Ecclesiis, apud quas ex omni ætatum memorià, idem qui apud nos usus invaluit, Horæ cononicæ hujus Diæceseos more dicantur, necessarium esse duximus Breviaria prælo recens exæcusa in lucem emilti, ne videlicet aut Divini cullus ratio aut Sanctorum, quos hæc nostra Diæcesis peculiari semper in honore habuit, pia memoria paulatim extinguatur, quin potlius inviolate servetur, et Episcopalem hane sedem nobis tenentibus æque vigeat ac floruit temporibus Prædecessorum nostrorum. Quare illud ipsum Breviarium serio ac studiosissime recognovimus, et assentientibus venerabilibus fratribus nostris Ecclesiæ nostræ Lingonensis canonicis, eum in ordinem redegimus, ut et menda quæ in præcedens Breviarium irrepsisse intelleximus, cum aliis vitiis sublata sint et residuum ita dispositum ut nequaquam omissis (quantum in nobis fuit) solitis nostræ pietatis officiis, proxime ad Breviarii Romani, ex omnibus quæ in Ecclesià videre est, vitiis erratisque maxime perpurgati, et optime omnium distributi, formam accedat. Jam illud eo fine palam proferre placet, ut a personis nostræ Diæceseos ditioni subjectis recipiatur, ac in eâdem form quam præscripsimus, e0 animi pietalisque sensu recitetur, ut Deo gloriæ, venerationis Ecclesiæ, populo Christiano ædificationis, nobis denique amplior in dies cumulus sanctilatis accedat. Id scilicet à Divinà bonitate petimus, tanto inflammati pietalis propagandæ studio, quanto ad fovendum, imo etiam promovendum {um supremi Numinis cultum, cüm animarum quas Deus nostræ Pastorali curæ commisit, spiritualem progressum semper exardescemus. Nobis hoc interim de fidelibus Christianis polliciti, fore ut ii quorum causà hic a nobis susceptus est labor, sedulo eurent precibus nos suis juvare ut eidem Divinæ bonilati placeat ad hujus Ecclesiæ, maxime vero illorum,

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FRoNTISPICE DU BRÉVIAIRE édité par Mgr Zamet

en 1644,

Le Prélat s'était entouré, pour cette entreprise, d’une commission de réforme qui comptait parmi ses membres deux chanoines, un archidiacre et plusieurs curés. L’un des chanoines était Théodecte Tabourot, l’auteur de l’Hisloire des Saintes Reliques du Diocèse de Langres ; l’archidiacre du Bassigny, Pierre Baudot, s'était chargé du calendrier et des tables astronomiques. Le curé de Prangey, Jean Cornefert, avait été le principal rédacteur des offices proprement dits.

Commencé en 1640, le nouveau bréviaire parut en 1644, sous ce titre: Breviarium Lingonense, Reverendi in Christo Patris D. Sebastiani Zamel Lingonensis Episcopi aucloritale ac ejusdem Ecclesiae Capiluli consensu editum. Lingonis, apud Nicolaum de la Vigne, typographum parisiensem, MDCXLIV.(1)

À en juger par la préface, la commission chargée de rédiger ce bréviaire avait maintenu les anciens offices propres au diocèse, tout en se rapprochant du romain. Dans la réalité, bien qu'à s’en tenir rigoureusement aux termes de la bulle de Pie V, l'Eglise de Langres eût probablement le droit de conserver son ancien bréviaire, puisqu'il datait de plus de deux siècles, la nouvelle rédaction était tellement différente de celle de 1604, que Dom Guéranger ne craint pas d'écrire triomphalement: « Langres du moins adopta le romain pur.»(2) Si ce n’était pas encore le « romain pur », tel qu’il fut adopté au

quibus in eà gubernandâ utimur, rectam administrationem, suum nobis Spiritum et gratiam impertiri. Datum Lingonis, die 20 Martii, anno Domini 1644. (Bib. Nat. B. 24721).

(4) Bib. Nat. B. 24721. Deux volumes in-8°. Frontispice gravé, signé: Hurer. Aux deux colonnes du frontispice sont adossées les deux images de saint Jean et de saint Mammèés. Au sommet est assise sur un nuage une Vierge mère, assistée à droite et à gauche de deux anges et les pieds posés sur un cartouche aux armes de Zamet. Voir la gravure ci-jointe.

(2) Dom GuéranGer, /nstilutions Liturgiques. t. 1, p. 449, Paris 1878. Voir dans le même ouvrage le chap. XVI, sur la liturgie durant la première moitié du XVIIe siècle, et sur le mouvement en faveur du bréviaire romain, mouvement créé en 1568 par saint Pie V et encouragé au XVIIe siècle par Paul V et

bréviaire romain,

milieu du xix° siècle, c'était cependant une tendance très accentuée de ce côté. Les longs offices langrois furent abrégés, et plusieurs offices propres ramenés au commun(1). Théodecte Tabourot qui, sans doute, n'eut pas voix prépondérante dans la commission, laisse échapper quelques plaintes sur la nouvelle rédaction, dont il loue cependant le caractère pratique. « Les correcteurs, écritil, retranchèrent tout ce qui leur semblait superflu, et peut-être davantage qu'il ne fallait, afin d’abréger et de rendre commode ledit bréviaire ; à savoir aux hymnes de la Vierge ils supprimèrent « Maria, mater gratiae », etc. se contentant du Gloria tibi, Domine, etc., et à celle de Saint Mammès et autres martyrs insignes: Sit Trinitali gloria, etc. Ils se contentèrent aux Complies d’une seule hymne pour toute l’année: Te lucis anle lerminum, quoique d’autres fussent composées par saint Thomas d'Aquin, ou quelque autre saint docteur de l'Eglise( 2) ; ils omirent le Qui fecit cœlum et lerram, mare et omnia quæ in eis sunt, si souvent couché et répété aux Saintes Ecritures, comme exprimant le premier ordre de la création ; les prières fériales furent digérées et distribuées

(1) Là est la grosse innovation. Nous avons comparé très attentivement le bréviaire de 1694 et celui de 1644, et nous avons pu constater que tous les offices propres au diocèse de Langres sont maintenus dans le bréviaire de Zamet: en janvier, saint Grégoire, évêque de Langres, le 4: les saints Gémeaux, martyrs, le 17; la translation de saint Didier, le 19: saint Urbain, évêque de Langres, le 23; et ainsi pour les autres mois ; le 17 août, on trouve dans les deux bréviaires la fête de saint Mammès, avec octave, et le 10 octobre, la éranslation de saint Mammès, avec octave, etc. Mais tandis que, dans le bréviaire de 1604, ces offices de saint Mammès, et de tous les autres saints langrois, contiennent, à Matines, une longue légende en neuf leçons, avec des amplifications et des détails plus ou moins authentiques, on ne trouve plus, dans celui de 1644, qu'une légende en trois leçons au second nocturne, comme dans le bréviaire d'aujourd'hui. Cela seul suffirait à expliquer le mot de Dom Guéranger.

Notons encore que les petites heures (prime, tierce, sexte et none) comptaient chacune six psaumes dans l’ancien bréviaire, au lieu de trois dans celui de Zamet et dans celui d'aujourd'hui. Somme toute, le bréviaire de 164% et le bréviaire actuel sont presque identiques.

(2) Le bréviaire de Charles d'Escars contient en effet trois autres hymnes ; pour les jours de fête, Jesu, Salvator seculi, Redemptis ope subveni ; pour la Nativité, la Trinité et la Transfiguralion ; Jesu, S'alvator seculi, Verbum Patris Altissimi ; et enfin pour les samedis qui précèdent les dimanches où l'on ne fait pas un office de neuf leçons : Christe, qui lux es et dies,

d'autre sorte, comme aussi les leçons restantes ; aucunes furent restituées d'autre façon, qui métaient pas plus approuvées que les autres, comme de Sainte Ursule, etc. L'office fut en sa plus grande partie rechangé, et quantité d’antiennes et répons propres aux saints du pays renvoyés au commun. L'office de Saint Mammès fut assigné au jour de jeudi ou autres jours fériaux ou fêtes fériales de la semaine les plus proches dudit jeudi, comme aussi l'office de la Vierge aux samedis fériaux, ce qui ne s’observait pas auparavant, et que pour lors j'approuvai volontiers, n'étant trouvé présent avec les autres (1). Plusieurs anciennes cérémonies, le Montes Gelboe (2) et autres saintes observations figuratives qui se chantaient en certains temps de l’année sont éteintes, évanouies, el ne s’observent plus... »

Le vieux chanoine résume ainsi son jugement: « Quoique ce nouveau bréviaire semble mieux disposé que les anciens, ils ont néanmoins en soi, si on les examine de près, plus de fondement et de solidité ; d'autant que les changements et nouveautés n’apportent avec eux dans la suite des temps et siècles rien de bon, il ne faut jamais les soutenir et embrasser, car c'est donner exemple à ceux qui viennent après d’en faire autant, estimant avoir le même pouvoir et liberté(3) ».

En dépit des craintes de Tabourot, qui, à l’instar d’Angélique Arnauld, se représentait Mgr Zamet comme un

(1) Le bon Tarouror se contredit quelque peu. Ses critiques viennent peutêtre de ce qu'il ne se trouva pas toujours « présent avec les autres. »

(2) Tapouror veut désigner par là l'élégie de David sur la mort de Saül et de Jonathas : ils périrent tous deux sur le mont Gelboé dans un combat contre les Philistins, et David maudit ainsi le lieu où ils tombèrent:

« Montagnes de Gelboé, que la rosée et la pluie ne tombent jamais sur vous! Qu'il n'y ait point sur vous de champs à prémices; parce que c’est là qu'a été jeté le bouclier des héros, le bouclier de Saül, comme s'il n'eùt point été sacré de l'huile sainte. » IT Reg. I, 21.

Cette antienne, que l’on ne trouve dans les manuscrits latins des offices liturgiques qu'à partir du XIe siècle (C£. Bib. Nat. mss latins 742, 1121, 1240, 12044, etc), se chantait et se chante encore aujourd'hui aux Vèpres, à Magnificat, le samedi avant le Ve dimanche après la Pentecôte ; elle ne se trouve pas dans le bréviaire de Zamet, parce que dans ce bréviaire, on fait tous les samedis l'office de la férie, c’est-à-dire l'office propre du samedi.

(3) Tapouror, Aistoire des saintes Reliques. ele. (ms du Grand Séminaire).

révolutionnaire, le nouveau bréviaire fut en usage pendant près d’un siècle. En 1731, l’arrière-petit-neveu du Prélat, Mgr Pardaillan de Gondrin, dota son clergé d’une nouvelle édition.

Les partisans du maintien des vieilles coutumes et des vieux offices liturgiques peuvent regretter la mesure prise par Mgr Zamet au sujet du bréviaire langrois ; d’autres, en songcant que Ie bréviaire romain est aujourd’hui d’un usage universel, estimeront que sur ce point encore, l’évéque de Langres aura été un précurseur.(1)

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