ZAMET ET BOSSUET
toute l'affection qu’il avait vouée à ce saint prêtre(1) ; Mademoiselle de Foissy et ses frères continuaient à avoir pour lui une piété filiale, et ce fut l’oratorien qui l’'assista À ses derniers moments. À Dijon, l’abbaye de Tart ne lui donna que des consolations. Enfin, il avait toujours eu des rapports d'amitié avec plusieurs familles parlementaires de cette ville: les Odebert, les Bossuet, les Bretagne, les Mochet. Il avait une prédilection spéciale pour les Bossuet. En 1630, il avait voulu être parrain de la petite Madeleine, « fille de noble Bénigne Bossuet, avocat au Parlement, et de demoiselle Mochet » (2 En 1635, il avait donné la tonsure au frère aîné de sa filleule, Jacques Bénigne, alors âgé de huit ans, et lui avait, vraisemblablement conféré en même lemps les sacrements de confirmation et d’eucharistie (3).
(1) Henri-Auguste Loménie, comte de Brienne, né à Paris en 1595. obtint en 1615 la survivance de la charge de secrétaire d'Etat que possédait son pére, et lui succéda effectivement en 1638. Il garda ces fonclions jusqu'en 4643, et dut pendant quelques mois les résigner entre les mains de Chavigny, auquel il succéda Ja même année dans le département des affaires étrangères. Il se démit de cette charge en 1663 et mourut en 1666. Ses Mémoires publiés en 1717 ont été réimprimés dans les grandes collections de Mémoires.
Notons encore que le comte de Brienne était membre de la Compagnie du Saint-Sacrement. Voir sur le comte de Brienne l'étude de M. Louis Lévèque dans la Revue Historique (mai-juin 1910). Sa femme, Louise de Béon, comtesse de Brienne, également très liée avec M. de Langres, se donnait tout entière aux bonnes œuvres. « Tout le monde sait assez, écrit Mademoiselle de Montpensier dans le portrait qu’elle a laissé d'elle, le soin que vous avez de visiter les hôpitaux, les prisons et les pauvres honteux. L'on sait aussi combien vous avez fait mettre de demoiselles à la Madeleine, qui se trouvaient bien mieux au Marais, et combien vous leur êtes redoutable. Jamais général d'armée n’alla à l'assaut plus courageusement que vous, quand il est question de la conversion d'une âme. Lorsque vous êtes en repos, c'est-à-dire hors le temps de vos oraisons et de vos prières, vous vous Occupez à travailler ou pour faire des chemises aux pauvres ou des parements aux autels. » (Galerie des portraits de Mademoiselle, édit. Barthélemy, Paris, Perrin, 1860, p. 99).
(2) « Le 13 janvier 1630 à été baptisée Madeleine, fille de noble Bénigne Bossuet, avocat au Parlement, et de demoiselle Marguerite Mochet. Le parrain à été Révérendissime Messire Sébastien Zamet, Evèque-Duc de Langres et Pair de France ; la marraine à été demoiselle Marie Mochet, femme de M. de Rouelle, conseiller du Roy et lieutenant-général à Châtillon. (Æegistres de l'église Saint-/ean de Dijon, Bib. Nat. Bourgogne: 46, fo 41).
(3) L'évèque de Langres admettait les enfants à la communion dés l'âge de raison ; quant à la confirmalion, il Ja conférait parfois immédiatement après le baptème, au grand scandale de ses chanoines, Cf, Macuerer, Journal,
Depuis cet événement qui avait réjoui ces familles alliées entre elles par les liens du sang ou de l'amitié, Sébastien Zamet avait revu fréquemment le jeune clerc, élève des Jésuites de Dijon, puis du collège de Navarre, et il n’est pas douteux que la jeunesse de Bossuet n'ait subi l’ascendant de la vertu et de la grande bonté de M. de Langres. Aussi, lorsqu'à vingt-et-un ans, le jeune homme se fut décidé à renouveler avec plus de maturité et en pleine connaissance de cause les promesses de sa tonsure, lorsqu'il voulut s’engager irrévocablement au service de l'Eglise par le sous-diaconat, il ne crut pouvoir mieux se préparer à ce grand acte qu'en se rendant à l'évêché de Langres, et en y faisant une retraite sous la direction du pieux évêque. C’est chez lui qu’il médita « les grandes vérités », et qu'il écrivit cette méditation sur la brièveté de la vie, qu'il devait utiliser plus tard dans ses sermons sur la mort. C’est là qu’il écrivit: « Ma car- « rière est de quatre-vingts ans tout au plus... Je ne suis « venu que pour faire nombre; encore n'avait-on que « faire de moi, et la comédie ne se serait pas moins bien « jouée, quand je serais demeuré derrière le théâtre... » Et il concluait: « En cette pensée: « J’ai peu de temps, « j'ai beaucoup de chemin à faire, peut-être en ai-je « encore moins que je ne pense », je louerai Dieu de « m'avoir retiré ici pour songer à la pénitence. Je met- « trai ordre à mes affaires, à ma confession, à mes « exercices, avec grande exactitude, grand courage, grande « diligence. pensant non pas à ce qui passe, mais à « ce qui demeure. » (1)
ordonnance du 23 décembre 1640, p. 147. Nous citerons seulement entre plusieurs autres l'acte de baptème suivant :
« Le 20 janvier 1644 fut baptisé en la chapelle du palais épiscopal, Sébastien, fils de Jean de Gorrault, seigneur de Marnay et damoiselle Elisabeth Maignien, ses père et mère, duquel le parrain fut Révérendissime Père en Dieu, Mgr Sébastien Zamet par la grâce de Dieu et du Saint Siège Apostolique évêque et duc de Langres, pair de France, et conseiller du Roy en ses conseils d'Etat et privé, lequel Seigneur l'a confirmé à l'instant, et la marraine damoiselle Marie Voinchet, femme de noble François du Molinet, escuyer et seigneur de Rosoy. » (Arch. Commun. de Langres n° 1474, Registre).
(1) Œuvres oratoires de Bossuet, édit, Lepanca, Paris, Desclée, 1890, t, I, pp. 10-12 ; t. IV, p. 469.