‹ Sébastien ZametChapitre 59 sur 142 · ZAMET ET BOSSUET · texte numérisé non relu

ZAMET ET BOSSUET

C’est dans cette retraite qui semble avoir décidé de sa vie que Bossuet prit la résolution à laquelle il fut fidèle, de ne jamais retourner au théâtre.

Il n’est pas sans charme d'imaginer le vieil évêque se penchant vers son jeune ami pour entendre sa confession, et l’aidant de son expérience et de ses précieux conseils. Qui pourrait dire ce que, dans ces jours qui font date dans une vie, Bossuet dut à Zamet? Ne peut-on avec vraisemblance se les représenter tous deux, se promenant aux heures de récréation dans le jardin de l’évêché, et devisant sur les événements de Port-Royal? A cette date (1648), le jansénisme commençait à prendre corps, les facultés de théologie étaient agitées, et le jeune sous-diacre allait bientôt être obligé de prendre parti. Comment ne pas songer aussi que Bossuet, aussitôt prêtre: allait se lier avec saint Vincent de Paul, être assidu aux conférences du mardi, et être admis dans la Compagnie du Saint-Sacrement ? Zamet recommanda-t-il le jeune sous-diacre à saint Vincent de Paul ? Est-ce lui qui les mit en rapport ?.. Quoi qu’il en soit, nous retrouvons toujours autour de Zamet, l'influence de la Compagnie, dont l'esprit était diamétralement opposé à celui de Port- Royal. « Il y avait, écrit M. Rébelliau, entre sa conception de la vie chrétienne et celle du Jansénisme, une divergence irrémédiable, entre leur méthode et leur esprit une incurable incompatibilité » (1).

Zamet eut-il le pressentiment de Pavenir, et soupçonnat-il que le jeune sous-diacre qu'il consacrait à Dieu le 21 septembre 1648 serait bientôt la gloire de l'Eglise gallicane ? On peut le croire sans trop de témérité, car ses succès à Paris avaient déjà fait du bruit, et à 21 ans, Bossuet portait déjà au front l’auréole du génie.

Les dernières années de Zamet furent attristées par une série de deuils. Il avait vu disparaître déjà plusieurs de

(1) A. RéBeLIAU, Deux ennemis de la Compagnie du Saint- Sacrement, Molière et Port-Royal. (Revue des Deux Mondes, 15 oc tobre 1909, p. 923).

ses plus chères affections. En 1636, il avait perdu son neveu, Sébastien Zamet, fils de son frère Jean(1). En 1644, le 15 août, Madame de Pontcarré qui avait quitté Port-Royal depuis 1638, était morte à Issy, où elle s'était retirée. Son frère de Saint-Pierre, après une vie toute consacrée à l’« exaltation » du Saint-Sacrement et aux œuvres de charité de la Compagnie, avait succombé en 1646 (2). Madame de Pourlan, en religion la mère Jeanne de Saint-Joseph, cette sainte amie qui, depuis son retour à Dijon, était restée l’âme de la communauté de Tart, était tombée malade en 1650, et, après de longues souffrances, avait succombé le 16 mai 1651. Lorsque les Sœurs avaient vu la fin approcher, elle avaient fait prévenir en grande hâte le Prélat, alors à Langres ; mais celui-ci, malade luimême au lit, n'avait pu entreprendre le voyage, et avait envoyé à Dijon pour le remplacer auprès de la mourante le Père de Foïssy, de l’Oratoire, frère de Mademoiselle de Chamesson, et son plus intime ami.

Madame de Courcelle de Pourlan reçut ce Père, comme elle eût accueilli l’'Evêque, et le pria de transmettre à M. de Langres ses remerciements, et de lui dire la confiance où elle était que le réformateur et bienfaiteur de Notre-Dame de Tart n’abandonnerait pas son œuvre et continuerait jusqu'à la fin à s'occuper des religieuses. Pour elle, jusqu’au bout, elle avait appliqué à la lettre cette maxime du Prélat qu’elle aimait à répéter : « qu’une religieuse ne doit jamais aller de son pied à l’infirmerie, mais qu’elle doit se traîner aux exercices, jusqu’à ce que le mal soit tel qu’il l'y faille porter. » (3) Il fallut un ordre formel de Zamet pour qu’elle consentît à accepter quelques soins dans une chambre séparée de la commu-

(1) Voir dans notre édition des Lettres Spirituelles de S. Zamet, p. 538, la lettre qu'il écrivit au sujet de cette mort.

(2) Cf. A. Réperrrau: La Compagnie secrète du Saint-Sacrement, p. 67. Une circulaire du 24 août 1646, annonce aux confrères des autres compagnies « le décès de M. de Saint-Pierre de la C. de Paris. » Il avait été fort souvent supérieur; ses dernières lettres citées par MM. Azcuer et RÉBELLIAU, sont de 1643.

(3) BourRée, 0p. cit. p. 287.

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