VIII. — Une lettre datée de Fontainebleau « ce VI septembre
1604, » au sujet de l'affaire du marc d’or.
(Bib. Nat. f. fr. 15900, fo 581).
LETTRE pu CARDINAL D'Ossar « À MONSIEUR DE ZAMET. CONSEILLER ET SECRÉTAIRE DES FINANCES DE LA REYNE DOUAIRIÈRE DE FRANCE, A CHENONCEAUX. »
« Monsieur, J’escris un petit mot à la Revne, plus pour obéir au commandement qu’il vous pleust me faire dernièrement que pour autre subject que j’eusse de luy escrire, comme vous jugerez aisément à voir ma lettre. Monsieur de la Cyprière de Lyon fust bien grandement honoré de ce que vous m'’aviez advisé de luy adresser les lettres que j'écriray à Sa Majesté ; il m'a requis de vous en remercier de sa part, ce que je fays très humblement, et n'ayant à adjouster à ce peu que j’ay escrit à la Reyne, je ne vous feray ceste ci plus longue que pour prier Dieu qu'il vous doint, Monsieur, en parfaicte santé, très longue et heureuse vie, :
De Rome, ce 22 janvier 1591, Vostre très humble et obéissant serviteur,
A. d'OSSAT.
Je viens d'apprendre que le Pape ha accordé 15 mille escus par mois à ceux de la Ligue, et que ceste nuict part un courrier pour porter à l’evesque de Plaisance qui demeura à Paris quand le légat en partist, lettres de banque pour la somme de soixante mille escus qui sont pour les quattre mois prochains. C’est une aide qui n’aidera pas tant l’un parti, comme elle offensera l’autre ».
(Bib. Nat. f. fr. 3473, fo 5, autogr.)
DocumENTs SUR LE MARQUIS DE RouUILLAC.
Jean Zamet avait épousé en 1612 Jeanne de Goth de Rouillac, nièce du duc d’Epernon (elle était fille de Jacques de Goth de Rouillac et d'Hélène de Nogaret, sœur du duc). Madame Zamet avait pour frère Louis de Goth, marquis de Rouillac, conseiller d'Etat et vice-amiral. Il fut sans doute compromis dans des intrigues de cour soit avec la reine-mère, soit avec Anne d’Autriche, et enfermé à la Bastille. L'évêque de Langres intervint auprès de Richelieu et obtint sa mise en liberté. Les deux lettres qui suivent contiennent des détails curieux, en particulier au sujet de la Reine, et de M. de Saint Pierre, qui dès 1627, au moment où il est question de la fondation de la Compagnie du Saint-Sacrement, cherche à « se défaire de sa compagnie », et à quitter le service du Roi.
xo À Monseigneur le Marquis de Roullac, estant de presence a Annebont. »
« Monseigneur, Depuis vostre partement, j'ay continuellement pensé à vous et À traiter ce que vous m'avez commandé en partant. J’ay doncques esté à Saint Germain (1) avec Mad. Zamette et Monr le Baron (2) où j'ay donné vos lettres tant à Monr de Guise qu'à Madame sa fâme, lesquels m'ont tous deux faict très bonne réception et m'ont promis de demander au Roy la charge que désirez aussitost que le Roy lui donnera Armée, et m'ont dit que je vous l’escrie ; après, Mad. Zamette alla voir Mad. de Guise avant disner, laquelle sur ce qu'elle les pria instamment luy asseura derechef qu’elle désiroit cella pastises tamt et qu'elle en prieroit Mr son marÿ encore ; delà, je fus trouver Mr le Conte auquel aiant rendu les vostres, 1l me dit à cause qu’il y avoit force gens que je l’alasse treuver, et me frappa sur l'epaulle > la mode de la court; c'est de l'argent
contant : depuis je l'ay esté revoir avec peine il me parla et me
(1) Saint-Germain-en-Laye, où était la cour.
(2) Sans doute Sébastien Zamet, baron de Beauvoir, fils de Madame Zamet.
dit qui me cognoissoit bien et qu’il n’avoit encores rien à me comâder.
Pour la Royne, je luy ay rendu vostre lettre deux jours après. J'ay trouvé dans son visage une gran malancolie de votre part, et une ferme résolution d'attendre un heureux retour, et désir de se fier à la Damle. Une bonne voulonté pour le porteur, puisque l’avés eu agréable. Car je voy bien clairement que vous estes le premier mobille, elle ne me peust dire que trois parolles, car la princesse estoit seule qui jouoit ; elle désiroit que je peusse dire de vos affaires et de vos amours, et me dit que je l’alasse trouver une aultre fois, mais je n’ay pas encore peu parler à elle ; la seconde foys que j'ay esté.… tutto il resto della lettera chi e quosi altro tanto sene passa in lascivi amori et disonesti discorsi, onde non ho voluto scriverlo, fuorche in fine dicendo : Je suis esté asseuré que Monr le Marquis de la Vieuville est cassé de hier ; il chi e stato per altre lettere affirmato. Datata gli 20 Aoust senza millesimo et luogo.
Segnata Vre très humble, tres obéissant serviteur et fidelle
De GILLART. (1)
20 M. de Langres à Richelieu.
Monseigneur,
La façon dont il vous plaist obliger vos serviteurs est telle qu'ils sont plus empeschés à vous remercier qu’à vous demander. Les plus humains se contentent ordinairement de satisfaire au désir de ceux qui les prient, mais vous, Monseigneur, ne seriez pas satisfait, si les grâces que vous faittes ne surpassoient l'attente de ceux qui les reçoivent. C’est une vérité que j’ay souvent expérimentée, et l'honneur que vous m'avez fait encore depuis peu en témoignant la sincérité de mon affection à Mr le Marquis de Rouillac lorsqu'il alla dernièrement vous reconoistre pour son libérateur me confirme davantage en ceste créance, et me rend incapable de vous en remercier assez dignement. Mais que direzvous, Monseigneur, de ce qu’estant si faible aux remerciements, je suis néantmoins si prompt et si fréquent à vous importuner ? Me voicy derechef implorant vostre bonté accoustumée sur le su jet du mesme sr de Rouillac qui pour obéir aux commandemens du Roy s'est retiré chez luy avec résolution d’y demeurer tant qu'il plaira à Sa Majesté. J'avoue, Monseigneur que ce n'est
(1) Bib. Nat. f. fr. 3347, fo 127. L'événement raconté à la fin de cette lettre permet de la dater. La Vieuville fut en effet arrêté le 13 août 1624, et Richelieu devint chef du Conseil, Est-ce d'Anne d'Autriche ou de Marie de Médicis qu'il s’agit ? Celte lettre fut-elle interceptée par des émissaires de Richelieu ?..… Le 14 août 1624, le marquis de Rouillac écrivait de Port-Louis au duc de Nevers, qu'il partail en Hollande pour la radoube des vaisseaux. « Je pense, disait-il, que vous l'aurez agréable, d'autant que cela me pourra acquérir quelque expérience qu'on ne peut apprendre en lieu du monde si bien que là, et queje pourray un jour la pratiquer. » (Zbid. fo 135). Parti de Port-Louis le 14 ou le 15 août, il était vers le 20 à Hennebont. La lettre de Gillart est donc bien de 1624. Notons que la signature peut se lire aussi bien : de Villars que : de Gillart, et que cette copie fut probablement faite par un [talien ; autrement on ne s'expliquerait guère les réflexions de la fin.
ce n’est pas à moy à pénétrer les raisons qui ont meu le Roy à renvoyer ce gentilhomme en sa maison, mais ÿ/ semble que la grâce qui luy a esté faitte en le tirant de la Bastille pourroit bien sans blesser lintention de Sa Majesté estre augmentée en luy permettant d'aller en Hollande où il court Le hazard de perdre Sa charge par sa trop longue absence (1). Joint que le divertissement nous relèveroit de la crainte que madame Zamet et moy avons que cest esprit dans une solitude inaccoutumée se rende susceptible de plusieurs choses fâcheuses, et telles mesmes qu’elles nous donneroient du regret d’avoir sollicité sa délivrance. Ce que nous vous supplions très humblement, Monseigneur, de considérer et de vouloir prendre la peine de luy procurer le congé d’aller trouver sa compagnie aux Pays bas, afin que, comme ïil vous a l'obligation du recouvrement de sa liberté, il vous ayt aussi celle de la conservation de son employ en ce lieu là. Que si le Roy trouve difficulté de Iluy accorder ceste permission, l’on y peut mettre de telles conditions que son passage se fera sans donner nul soupçon, à quoy nous tiendrons la main, ma belle-sœur et moy, pour les luy faire observer exactement. C’est de quoy nous conjurons vos bontés, Monseigneur. par des supplications très humbles et de croire que ceste grâce jointe à tant d’autres que nous en avons reçues nous obligera très étroitement tous tant que nous sommes à rechercher avec un soing particulier les occasions de vous témoigner nostre très humble service. Mon frère de St Pierre est de ce nombre qui vous supplie très humblement aussi de vous daigner souvenir de luy touchant la permission du Roy de Se défaire de sa compagnie. Je say, Monseigneur, que vous avez déjà témoigné de le vouloir favoriser de son dessein, et j'ose vous en suplier avec autant d’humilité et d'affection que j'ay de désir de voir vos jours heureusement prolongés pour le service de Dieu et pour la prospérité de cest Estat, demeurant Monseigneur, Vostre très humble, très obéissant et très obligé serviteur, SÉBASTIEN, EV. de LANGRES.
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RELATIONS DES ZAMET ET DES RICHELIEU. LETTRES DE JEAN ZaMET 4 RICHELIEU PENDANT SA DISGRACE ; RÉPONSES DE RICHELIEU. — LETTRES pu MARQUIS DE RicHeLIEU ET DE L'ÉVÈQUE DE LANGRES.