‹ Sébastien ZametChapitre 77 sur 142 · XV · texte numérisé non relu

XV

HuMBLE REMONTRANCE QUE FONT LES SUPÉRIEURE ET RELIGIEUSES DU COUVENT DE SAINTE URSULE DE LANGRES CAPITULAIREMEMENT ASSEMBLÉES LE 28 Juin 1622, APRÈS AVOIR INVOQUÉ LE SAINT NOM DE DIEU A LA MANIÈRE ACCOUTUMÉE, À MonN- SRIGNEUR LE RÉVÉREND ÊVESQUE DUDICT LANGRES, ET PAIR DE FRANCE, OU A MonsIEuR son GRAND VICAIRE, SUR LE SUBJECT DES DEFFENCES À ELLES FAICTES ET SIGNIFIÉES LE 3 DE MARS DERNIER DE LA PART DE MONDICT SEIGNEUR, ET CON- SIDÉRANT LA PEYNE QU'ELLES ONT DEPUIS PEU D'OBTENIR LA PERMISSION DE FAIRE ENTRER EN LEUR MONASTÈRE LES PERSONNES NÉCESSAIRES POUR LES URGENTES NÉCESSITÉS Y ARRIVÉES.

Estant veritable que le deuxiesme dudict mars, ayant quatre ou cinq jours auparavant faict prier mondict seigneur de leur donner ladicte permission, & leur accorder pour trois mois pour ce qui regarde le temporel & non le spirituel, pour lequel luy ayant représenté le besoing que telle communauté avoit d’un confesseur pour administrer les sacrements aux malades, il leur fit response qu'elles estoient si bonnes que quand elles mourroient sans sacrements, elles estoient toujours en estat de grâce.

Et ne voulut point donner ladicte permission quoyqu'elles luy eussent faict entendre que depuis deux ou trois jours une religieuse avoit eu un cœur failli en se confessant. Depuis, & le 26e dudict mois, une fille nommée Anne Morelot estant devenue malade, & ce pour le deplaisir qu'elle avoit de se voir privée ‘de l'habit de la saincte religion, par elle si longuement & ardemment poursuivi, le st jour de Pasques ne pouvant obtenir de mondict seigneur qui lors estoit occupé au st office dudict jour

en St Mammès, église cathédrale, la permission de faire entrer le confesseur,

Fut néanmoins conduicte en la chapelle pour satisfaire à sa devotion, recevoir la ste communion, & après l’avoir reçue, estant ramenée pour la mettre en sa couche, rendit la ste hostie qui fut mise en un lieu decent par lesdictes religieuses, au mieux qu'il leur fut possible,

De quoy bien estonnées, & n'ayant a qui recourir promptement, s’adressèrent a un père jesuite qui confessoit en leur dicte chapelle en luy demandant son advis, leur dict qu’une d'elles la pouvoit user si elle n'avoit point d'horreur ou la mettre dans le feu, sur laquelle response, une religieuse l’a reçue,

Et dès le lendemain, le fit entendre a un KR. P. de l'Oratoire, pour le dire a Monseigneur & luy remonstrer que si elles eussent eu la permission de faire entrer un confesseur, cet accident ne fust pas arrivé.

La dicte permission de trois mois pour les nécessités temporelles estant expirée à reste de six jours, les dictes religieuses envoyèrent demander une autre à Monsieur Bobillon, grand vicaire pour l'absence de mon dict seigneur, & après plusieurs remises enfin on accorda une de douze jours, lesdicts six jours restants y compris.

Après lequel temps, comme il y avoit trois malades au monastère, elles envoyèrent derechef vers le sieur grand vicaire, en l'absence duquel une servante fit response qu'il estoit aux champs & ne retourneroit pas de trois semaines,

Sur cette response, elles se retirent par devers le supérieur des R. P. de l’Oratoire, qui leur fit dire qu'il l’avoit à la vérité chargé de l’office dudict grand vicaire, mais non pour ce qui regarde leur monastère, & qu'il n’y vouloit toucher.

Cependant le mal augmente, & ont advis de personne capable qu'elles aient à y remédier, signamment à la main d’une sœur professe, qu'il disoit estre en danger de luy falloir couper, si l’on n'y prenoit garde de bonne heure.

Lesdictes religieuses sur ce sont en grande perplexité, & sont conseillées de s’adresser en l'absence de mondict seigneur & son grand vicaire à Monsr l’Official, qui se trouve encore absent, & vont au sieur Guillemin, chanoine, son vice-gérant, qui leur octroye permission de huit jours conformement aux permissions precedentes,

Ladicte Morelot, jugée des medecins & chirurgiens estre en danger de mourir de la presente maladie, les religieuses s’en cherchèrent de Monsr le grand vicaire, qu’on leur dit estre de retour, prièrent le sieur Floriot chirurgien, beau-frère de la susdicte malade, qui la venoit soigner le 26 du present mois de juin, d'aller demander permission à Monsieur le grand vicaire, pour l'entrée du confesseur pour administrer les sacrements à sa sœur, lequel alla trouver ledict sieur grand vicaire, & luy representa la nécessité ; mais il luy refusa ladicte permission ; lesdictes religieuses prièrent derechef leur confesseur & ledict sieur

Floriot d'aller trouver ledict sieur grand vicaire à l’effect que dessus, lequel leur refusa, ore que ledict sieur Floriot luy eut dict que sa sœur estoit en un evident danger de mort, ledict sieur grand vicaire repliqua que Monsieur de Langres ne luy avoit donné aucun pouvoir de ce faire, ains que se l'estoit reservé, & avoit deffendu aux religieuses, à peine d’excommunication de ne laisser entrer aucun ecclésiastique sans provision par escript de luy ou de ses commis,

Sur ces responses, lesdictes religieuses capitulairement assemblées, après l'invocation du St-Esprit, prindrent conclusion de ne laisser mourir ladicte malade sans sacrements, & ne voulant enfreindre les deffences de mon dict seigneur, & luy tesmoigner toujours leur entière obéissance, de prier les parents de prendre la malade en leur maison, ce qu’ils ont accordé, eu égard qu'elle n'’avoit encore l'habit de religieuse,

Elle fut donc portée en la maison dudict Floriot, son beaufrère & curateur, le 27 dudict juin, entre les quatre & cinq heures du soir, où ayant reçu les sacrements, elle décéda entre deux & trois heures du matin de la mesme nuict, non sans grand estonnement de plusieurs, qui ont jugé trop rigoureux le refus dudict sieur grand vicaire en ce cas de telle nécessité où mesme ladicte permission n'estoit nécessaire, dont & de tout ce que dessus, attendu mesme qu'il y à encore deux religieuses malades, elles ont advisé & conclu de faire signifier audict sieur grand vicaire pour remédier à tel accident, à ce qu’elles ayent la permission requise & nécessaire à leur nécessité spirituelle & temporelle, & en avoir acte pour par iceluy se pourveoir comme elles verront estre à faire par raison.

Faict à Langres, le 28e jour de juin 1622,

S. VAUTHEREAU de Jésus, S. VALLON du St Esprit, S. CARDINAL de la Passion, S. DE CHOISEUL de la Trinité, S. PERRET de St Augustin, S. DE VoisinEs de St Charles, S. PIÉTREQUIN de la Résurrection, S. PERRET de la Ste Croix.

Ce jourd’hui 4e du mois de juillet 1622, environ les six heures du matin, par moi Pierre Mongin, notaire royal à Langres soussigné, en la presence des tesmoins cy après nommés, & a la requeste des reverendes superieure & religieuses du couvent de Ste Ursule de ladicte ville, le contenu en leur humble remontrance & acte que dessus, pour l'absence de Monseigneur le Reverendissime Evesque duc de Langres & pair de France, a esté montré & signifié à noble & scientifique personne Me Jacques de Bobillon, chanoine archidiacre en l'église dudict Langres & grand vicaire de Monseigneur en parlant à sa personne, à ce qu'il ayt à satisfaire au contenu d’iceluy, & qu'il n’en pretende cause d’ignorance, luy declarant que dès le premier jour de ce mois je m'estois acheminé en son domicile à cette fin mais que pour son absence avoit esté différé ; lequel sieur de Bobillon a dict ne vouloir s’'arrester à respondre sur les points particuliers de la

presente sommation en laquelle les sœurs religieuses de Ste Ursule s’estoient par trop esloignées du respect qu'elles doivent au rang & qualité de Monseigneur le Reverendissime Evesque duc de Langres, pair de France leur supérieur, insérant en leur interpellation des parolles contre la justice & la charité; ce qui pourroit faire croire à plusieurs qu’elles n’ont invoqué le St nom de Dieu, ainsi qu'elles disent, avec la disposition requise ; & en ce qui touche le refus par luy faict d'accorder la permission de mandée, dict qu’il n’a pouvoir de la donner, & que pour ce il n’a eu aucune procuration , d'autant que ledict Floriot chirurgien a visité & assisté sa sœur malade, comme il appert, mesme par la presente interpellation, & ce en son absence de cette ville & ‘sans permission, laquelle il juge avec elles n’estre necessaire en cas de nécessité, moins encore au confesseur pour l’administration du St sacrement, comme il leur a faict entendre lors de son retour, & partant qu'elles n'ont aucun subject de plaincte ; mais que le refus par luy faict est fondé sur ce que Monseigneur s’est réservé à Iluy mesme tout ce qui concerne leur maison sur les désobéissances qu’elles ont apporté à ses ordonnances à l'observation desquelles elles ne se rendent tant religieuses qu'à ce poinct, & pour tesmoigner qu’elles ne recherchent qu’un prétexte, ne voulant obéir qu’en ce qui leur plaist, comme il est aisé de colliger par les actes cy devant signifiés, auxquels elles continuent de contrevenir ; ce que les sœurs religieuses du mesme institut de Ste Ursule estant en ce diocèse portent avec grand regret pour le scandale & peu d'’édification qui en peut arriver au public, les exhortant ledict sieur grand vicaire autant qu'il luy est possible en Nostre Seigneur Jésus- Christ, d’acquiescer aux jugement & décision de Messieurs Duval, Gamoiïse, Lavalle & Leclerc, docteurs en Sorbonne, prestres à elles connus de très grande réputation, plustot que de se laisser emporter aux conseils des personnes & gens qui debvroient se soubmettre à l'opinion desdicts sieurs & à leurs decrets du moins jusqu’à ce qu'il aye plu à Sa Sainteté de prononcer sur le different, & y pourveoir, sans d'aventure fomenter ces contentions, se conformant aux vœux & pratiques de leurs sœurs, et qu'elles, observent en toute l'étendue de l’archevesché de Lyon, duquel le diocèse de Langres depend ; & declare en outre ledict sieur grand vicaire qu'il n'a aucune charge ni pouvoir de Monseigneur en ceste part afin qu’elles se pourvoient si bon leur semble auprès de Iuy, ainsi qu'elles adviseront estant ledict seigneur en son diocèse, & qu’elles ne prennent autre occasion ni subject de le voir, & qu’elles ne l’impliquent en leurs affaires, desquelles il n'entend prendre plus grande connaissance, dont & de tout ce que dessus à esté octroyé acte aux parties pour servir & valoir ce que de raison, en presence de Françoys Tournoys & Nicolas Jacob, clercs demeurant À Langres, tesmoings soussignés avec ledict sieur de Bobillon, lecture faicte, BOBILLON, MONGIN, TouRNoyYS, JACOB (1).

(1) Les documents ci-dessus sont la propriété particulière d'un érudit langrois, qui ne nous a pas autorisé à publier son nom,

ExTraiTs pu © RÈGLEMENT POUR LES RELIGIEUSES DE SAINCTE URSULE DU DIOCÈSE DE LANGRES, DRESSÉ PAR L'AUTORITÉ DE MoNSEIGNEUR L'ILLUSTRISSIME ET RÉVÉ- RENDISSIME Évesour DE LANGRES, LEUR SUPÉRIEUR, L'AN DE GRACE 1637 ». (Bts. DE CHAUMONT, MS. 78.)

La première partie contient : la fin et esprit de l'Institut, — et les constitutions, dont voici le sommaire :

De la règle, du nom des religieuses, de leur nombre en chaque monastère, de leur habit et de leur doctrine. De la pau-

vreté. — De la chasteté. —= De l’obéissance. — De la cloture. De l'humilité MDe Matichatité "= Du silence. — Du parler aux externes. — De la modestie. — Des pénitences. — Du chapitre. — Des coulpes et pénitences. — De l'office di- Tin De là Saincte Messe. — De la confession. — Du confesur De li communion. — "De la rénovation des vœux. — De l'instruction. — Du réfectoire. — Des récréations. — Du travail. — Du dortoir.

« Seconde partie de ce règlement où il est ordonné tout ce que nous devons observer à l'instruction des petites filles séculières. Et premièrement de quelles vertus il nous faut revestir pour s’en acquitter dignement.

Art. I. — Afin que Dieu bénisse Île travail de celles qui auront le bonheur d'y estre employées, et qu'elles puissent plus utilement coopérer au salut de ces petites âmes et establir en elles le royaume de Jésus-Christ, elles doivent s’efforcer de vivre avec une telle pureté que les filles qui leur sont commises se puissent mirer en elles et en leurs vertus ; Car comment pourrontelles conduire et acheminer les autres à quelque perfection, si elles premièrement ne l'ont acquise ? Comment pourront -elles admonester et reprendre les autres de quelques fautes qui se voyent et se trouvent encore en elles ?..

Art II. — Quelles considérations nous devons avoir pour Supporter avec allégresse Le travail de l'instruction.

L'instruction des petites filles estant un travail fort pénible, pour s’y encourager et fortifier les Sœurs se proposeront souvent Jésus-Christ qui les voit et leur à mis cet œuvre en main; que ces âmes sont le prix de son sang, qu'il est mort pour elles et que ce sont ses épouses ; elles se souviendront combien il a agréable ce travail ; quel bien c'est que de leur apprendre le Pater noster qui a esté fait et prononcé par la bouche du Fils de Dieu, l'Ave Maria que Île Saint Esprit a dicté à l'ange et à Sainte Elisabeth, les commandemens de la Loy escrite et gravée en la pierre par le doigt très puissant de la divine majesté, le symbole composé par les douze apostres et princes de l'Eglise.

Bref, elles penseront souvent à la nécessité de l'instruction de la jeunesse en ce siècle si pervers et dangereux, à la dignité

de cette fonction, au grand salaire que Nre Seigr leur prépare, et à l'importance de bien dresser les petites filles de bonne heure pour les rendre capables de se gouverner saintement quelque jour et leur famille aussi, se représentant les anges présents qui comptent leurs paroles comme des choses très précieuses devant Dieu et desquelles elles seront hautement récompensées au Grele

Art. III. — Za principale instruction doit estre ce qui regarde la piété.

Combien que la plupart du temps doive estre employée à montrer aux petites filles à lire, escrire, et À faire d’autres honnestes ouvrages convenables à leur sexe et âge, néantmoins elles se souviendront que la doctrine chrestienne est la première et principale chose qu’elles leur doivent enseigner avec paroles simples et familières, selon leur capacité, réprimant la curiosité des esprits, et les accoutumer à traiter des choses divines avec deüe révérence, et les rendre plus humbles et souples à la simple créance de nostre sainte foy.

Elles formeront les moeurs des filles à la bienséance et honnesteté commune des plus sages et vertueuses chrestiennes qui vivent honorablement dans le siècle, se gardant d’y rien entremesler de ce qui est le propre de La vie religieuse, ny au parler ny aux autres actions, el beaucoup plus de les y vouloir attirer par paroles ou autres procédures tacites.

Particulièrement elles prendront grand soin d'entretenir ces petites âmes en leur première innocence par tous les moyens qu'elles jugeront estre les plus convenables, ne permettant point qu'aucune déclaration ou ouverture leur soit faite du mal qu'elles ne connaissent point, leur feront entendre comme elles sont obligées de se convertir à Dieu si tost qu'elles ont atteint l’âge de raison, et comme au premier réveil se doivent munir du signe de la croix, adorer sa majesté infinie, le remercier, s'offrir à luy, demander sa grâce, le moyen de l’aymer parfaitement, et garder ses saints commandements ; mais surtout il faut inculquer en leurs âmes une grande estime de Dieu, une crainte de luy déplaire et désobéir, puis les porter, à éviter les devis en cachette, à aymer la vérité et la lumière, à estre toujours en veüe et ouyes de plusieurs, et éviter l’oisiveté. On leur apprendra aussi comme elles doivent honorer avec révérence et obéissance leurs parens et supérieurs, et principalement on leur enseignera, à bien faire l’examen de conscience tous les jours, à se confesser entièrement, à haïr et fuir le péché, leur en faisant voir la malice, laideur, et la peine qui le suit, par quelque exemple ou histoire familière. Bref, après les avoir suffisamment instruites et catéchisées, on les disposera par une confession générale à dignement communier pour la première fois, s'employant à cela avec la plus grande affection et fidélité qu’il sera possible.

Considérant mesme que dans le bas âge des jeunes filles que nous avons à instruire, les premières impressions sont presque toujours les plus fortes et servent comme de règle et de con-

duite à toutes les actions de leur vie, les peines et les difficultés qui ne sont pas en petit nombre en cet exercice d’enseigner seront généreusement surmontées, en pensant que la grandeur du Ciel consiste à faire et enseigner et que celles qui s’employent à une si sainte et utile occupation luiront comme de brillantes étoiles en toute éternité.

Art. IV. — Comment les sœurs se doivent comporter el enseigner.

Si pour gouverner autruy il faut premièrement avoir appris à commander à soy mesme, les sœurs veilleront diligemment à réprimer les mouvemens et passions qui pourroient s’eslever en la correction des enfants, et prendront garde de ne se laisser emporter à la colère par impatience, les frappant ou injuriant indiscrètement. A cet effet, aucune ne frappera ou chastiera les écolières, s’il ne luy est expressément commandé de la supérieure ou de la maîtresse des classes, auxquelles appartient de faire les corrections qui se doivent exercer d’un esprit tranquille, avec un zèle de correction dépouillé de toute passion.

Et d'autant que les petites filles se corrigent les unes par la crainte, les autres par la douceur, les unes en se taisant et dissimulant, les autres en voyant corriger leurs compagnes en leur présence, les sœurs s’estudieront à bien reconnoistre le naturel et l’inclination des escolières, et leur capacité, afin de les traiter avec la prudence et discrétion requise, procurant qu'elles les ayment comme charitables mères, afin de ne les étranger

et de ne leur faire hayr ce qu'elles doivent aymer.

Et pour ce que la légèreté est très mal séante à des personnes qui doivent servir de miroir aux autres, les sœurs tiendront une gravité honneste, accompagnée d’une modestie chrestienne qui soit non simulée, singulière ou affectée, mais qui ressente venir d’une Âme qui cherche purement Dieu et son salut, l'instruction et l'édification du prochain, plus par œuvres que par paroles. Et comme entre les vertus de N. S. l'humilité, la patience, la charité et la douceur ont esté en toutes ses actions les plus illustres, aussy les sœurs comme vrayes imitatrices des vertus de nostre Sgr les pratiqueront soigneusement auprès des dites petites filles qui seront receües dans les classes éndifféremment tant pauvres que riches, en tel aage qu'elles soient capables d'apprendre ce qu’on leur montrera, sans neantmoins y recevoir celles qui ont quelques inclinations vicieuses desquelles elles ne se veulent point corriger ou quelque mal dangereux qui peut infecter les autres.

Chacune estant en son banc à genoux dira un Ave Maria ou la prière Actiones, et s’asseoira et commencera d'enseigner, leur faisant faire le signe de la croix et se tenir avec toute modestie et bienséance, empeschant qu'elles ne lisent trop haut, qu’elles ne regardent et s'amusent à autre chose pendant qu'’elles enseignent,’ leur faisant prononcer distinctement à loisir et avec bonne voix non point trop lente ou trop brusque, et

qu’elles mesmes se rendent fort attentives à les reprendre quand elles faillent.

… Chacune doit assigner, s’il se peut, à ses escolières la leçon qu'elles doivent apprendre, ayant égard à leur capacitémetmess prit, et non selon leur affection, afin que sçachant ce qu’elles doivent lire d'ordinaire, elles l’estudient soigneusement avant que d'aller enseigner.

Pour les plus petites et celles qui ne sçavent guère bien lire, il est bon de ne leur donner que bien peu, les faire épeler leur lecon et lire autant de fois qu’il sera besoin, répéter ce qu'elles auront appris à l'instruction précédente quand ïil n'y a que quatre ou cinq mots et les faire prononcer posément par syllabes, se montrant fort zèlées à enseigner les plus pauvres et ionorantes avec patience, douceur et charité.

Il y aura des sœurs destinées à montrer à escrire et à travailler autant qu’il en faut, et à toutes tant les unes que les autres il ne sera permis d'entretenir les petites filles, pendant que dure l'instruction, d’autre chose que de leur leçon et de leur ouvrage, laquelle parachevée, si on n’a point sonné pour sortir, elles pourront en attendant apprendre aux plus petites le Pater et autres prières, et aux plus grandes quelque chose de bon et dévot.

(Les classes auront lieu de 8 à 10 heures, et de 2 à 4 heures. Deux fois par semaine, il y aura instruction religieuse” et le mardy classe de chant.)

Tous les moys la mère assistante assemblera toutes les sœurs, et en leur présence lira ou fera lire quelques articles de ce règlement qui traitent de la manière de bien instruire, pour voir les fautes et les manquemens que l’on y fait, tant en général qu’en particulier, desquels la maîtresse aura averty l’assistante, n’estoit que ce fust quelque faute notable qu’elle dâût réserver à la supérieure.

En ce mesme lieu, les sœurs pourront proposer les difficultés qu’elles rencontreront parmy l'instruction et demander la maxime selon laquelle elles doivent se comporter en icelles.

L'on pourra donner les vacances aux escolières depuis la Saint Michel de septembre jusqu’à la Sainte Ursule, et encore toutes les semaines une fois et lorsqu'il arrive quelque empeschement qui oste la commodité de pouvoir faire ladite instruction davantage ; ladite instruction cessera depuis le dimanche des Rameaux jusqu'après les festes de Pasques, afin que pendant cet intervalle de temps les petites filles se puissent confesser et communier et assister au service divin qui se fait en l'Eglise en ces saints jours.

Art. V. — De la manière d’instruire les escolières que l’on veut faire communier la première fois.

Après une série de recommandations pratiques sur l’enseignement du catéchisme, le règlement décrit ainsi les trois préparations à la première communion: .

« De plus huit à quinze jours devant la semaine sainte, il

leur faut apprendre qu’il y a trois préparations pour communier.

La première s'appelle esloignée qui consiste À croire ce qui leur a esté enseigné jusqu'icy et à pratiquer le petit exercice qui leur a esté enjoint au commencement.

La deuxiesme s'appelle prochaine qui se doit faire les jours qui précèdent la communion, comme de faire un examen exact de ses fautes, se retirer des compagnies et de ses petits jeux. ordinaires, faire ses petits exercices de piété plus dévotement, se mettre en la grâce de Dieu par le moyen de la confession, faire des actes de contrition avec un ferme propos et résolution de ne plus offenser Dieu.

La troisiesme plus prochaine est que le jour que l’on s'est proposé de communier, il se faut lever plus matin qu'à l'ordinaire, s’habiller honnestement selon sa condition et sans vanité, n'avoir ni beu ni mangé depuis la minuit, se donner garde de ne penser, dire ou faire chose aucune qui puisse souiller l'âme ou Nostre Seigneur veut reposer sacramentellement, assister à la sainte messe avec grande révérence et dévotion et un peu auparavant que de se présenter à la sainte table dresser les intentions pour lesquelles on s’est proposé de communier : la première et générale est en mémoire de la passion et mort de Nostre Seigneur, en action de grâces du bénéfice de la Rédemption, pour obéir à l'Eglise si c'est à Pasques ; et pour demander à Dieu la grâce d'exécuter les promesses que l'on a faites à Dieu sur les saints fonts de Baptesme de renoncer au diable, au monde et assesapompes etc:

Art. VI. — Comment nous pouvons recevoir des Pensionnaires et avec quelles conditions. {

Nos constitutions ne commandent pas seulement l'instruction des petites filles externes, mais encore ordonnent de plus que nous recevions des filles pensionnaires dans l’enclos du monastère pour y estre instruites, suivant en cela l'usage des anciens monastères et la déclaration des cardinaux sur la section 25e du saint Concile de Trente, prenant garde de n'en recevoir aucune qu'avec les conditions qui sont couchées cy dessous :

Premièrement qu'elles y demeurent sans servante.

20 Qu'’elles soient obligées de garder la closture, comme Îles Religieuses mesmes, excepté quand elles sont malades d’une maladie un peu trop longue ou dangereuse qui peut incommoder ou infecter les autres.

30 Quand les parens qui demeurent aux champs désirent les voir et tenir quelque temps en leur maison ou bien que lesdits parens estans en extrémité de maladie, ils demandent à les voir pour leur consolation. À toutes ces causes, elles pourront sortir ct rentrer dans le monastère.

40 Qu'elles soient honnestement vestües sans vanité et avec toute modestie et pudeur virginale.

5° Qu'elles ne surpassent pas le nombre préfix.

60 Qu'elles soient en lieu séparé de celuy où demeurent les Religieuses pour le dormir et le travail.

7° Qu'elles ne peuvent estre receues moins âgées que sept ans ou plus que de vingt.

Outre plus, on s’informera soigneusement du lieu d’où elles viennent, des qualités et conditions de leurs parens, et on saura d'eux s’il se peut, avant qu’elles entrent dans le monastère, les inclinations bonnes ou mauvaises qu’elles ont, afin qu'on puisse mieux cultiver les unes et leur faire quitter de bonne heure les autres et se servir des moyens les plus pro-

pres et convenables à l'humeur de chacune pour les instruire et farmer à la piété et à la vertu. On observera diligemment leurs actions et leur maintien dès qu’elles entreront dans le monastère, afin que celles qui viennent nouvellement du monde ne gastent et n'infectent pas par leur mauvais exemple celles qui ont déjà pris un bon pli.

On conviendra avec leurs parens de ce qu'ils devront donner pour leur pension avec leurs petits meubles qui leur sont propres, si mieux l’on n'ayme prendre davantage de pension et leur fournir tout ce que dessus; on procurera qu'elles ayent des habits et leurs petits linges autant qu’il en faut pour les tenir nettement, et tout le reste de ce qui leur sera nécessaire pour apprendre des ouvrages, avec un coffre pour serrer tout ce qui leur appartient.

Le nombre préfix desdites pensionnaires sera de quarante.

Art. VII. — Des Chambres des Pensionnaires, et comment elles doivent estre disposées.

Il y aura dans l’enclos du monastère un corps de logis séparé des lieux réguliers dans lequel il y aura plusieurs chambres, qui servira pour y loger les pensionnaires ; en l’une de ces chambres qui servira de classes pour les instruire, il y aura encore un oratoire à l’un des bouts ou en quelque petit cabinet devant lequel elles iront faire leur action de gràces le matin et les autres prières qu’elles doivent faire durant la journée ; en une autre de ces chambres elles prendront la réfection aux heures ordonnées, et la sœur du voile blanc qui à charge de les servir aura soin de mettre le couvert et d'y porter tout ce qui sera nécessaire pour leur boire et manger ; les autres chambres serviront pour les faire coucher... etc. Une maîtresse couchera dans leurs chambres et fermera la porte à clef.

Art. VIII. — Du soin qu’on doit avoir de la nourriture et des ‘habits des Pensionnaires.

L'on prendra un grand soin de la nourriture des pensionnaires, et les sœurs qui auront soint d'apprester leur boire et manger ne leur donneront aucune viande contraire à leur santé, ny qui leur puisse apporter aucune incommodité, à quoy la maîtresse prendra garde de près.

Elles feront quatre repas en tout temps, sçavoir: desjeuner, disner, goûter et souper, et on leur donnera chaque fois suffisamment de quoy se substanter sans contrevenir aux règles

de la sobriété et de la tempérance. Elles mangeront de la viande en tous temps, excepté aux jours de vendredy et samedy, en caresme, et aux autres jours de jeûne et abstinence commandés par l'Eglise ; pour ce qui est des jeûnes, on ne permettra point aux plus petites ni à celles qui sont faibles d'en faire, mais aux grandes la maîtresse pourra permettre de jeûner les vigiles d'obligation et une ou deux fois la semaine en caresme, selon la force qu’elle connoistra qu’elles auront, ce qu’elle ne fera point néantmoins sans en avoir communiqué avec la supérieure auparavant.

Les pensionnaires seront toujours servies en vaisselle d’estain et auront des cuillers de buis et fourchettes de fer, sinon celles qui en apporteront d'argent. On donnera à chacune son potage et sa portion séparée. Toutes mangeront si faire se peut en une mesme table, assises vis à vis l’une de l’autre ; on couvrira ladite table d’une nappe, et on donnera à chacune sa serviette avec une assiette et du pain autant qu'il en faut pour le repas ; la maîtresse et son aidante mangeront toujours avec elles, particulièrement si elles sont en grand nombre; ou si elles sont peu, elles y demeureront par semaine l’une après l’autre, mais elles ne seront servies que des mesmes viandes que l’on donne à la communauté. Elles s’asseoiront aux deux bouts de la table, afin de pouvoir mieux voir comme les pensionnaires se comportent en mangeant, et les obliger par leur présence de le faire avec grande civilité et modestie. La sœur du voile blanc les servira pendant le repas et leur administrera tout ce qui leur sera besoin ; elle leur portera aussi à desjeuner le matin après la messe et à goûter après vespres.

Pour ce qui est de leurs habits, on prendra soin de les habiller proprement et nettement, mais sans vanité, avertissant leurs parens lorsqu'il y faudra faire quelque chose ou leur en donner des neufs. On serrera aussi le linge et leurs hardes dans des coffres ou bahuts prenant garde qu'il ne traisnent ou ne s'égarent ; on aura soin également de les peigner et coiffer tous les matins et si elles sont en grand nombre, la supérieure commettra quelques sœurs, autant qu'il en faudra, pour ayder la maîtresse et son aydante à les coiffer et peigner, lesquelles se rendront fort exactes à se trouver à l'heure ordonnée, de peur que par leur négligence elles ne contractent de la crasse ou de l’ordure ; on ne les frisera ou poudrera jamais, ny ne leur permettra-t-on point de porter la gorge découverte ny des pendans d'oreilles.

Art. IX. — Du soin qu'on doit avoir des pensionnaires quand elles sont malades.

Lorsque quelque pensionnaire tombera malade d’une maladie qui semble devoir estre longue ou dangereuse, on en avertira les parens, afin qu'ils la retirent et fassent traiter et guérir chez eux, si faire se peut. Que si elle n’est pas de la ville, on fera avertir le médecin pour la venir visiter et on prendra les remèdes qu'il luy faudra chez un apothicaire, on la mettra

dans une chambre à part où la supérieure la fera servir par quelque sœur à laquelle elle donnera charge et on mettra par escrit tout ce qui aura esté dépensé pour elle, afin de s’en faire rembourser par les parens.

Art. X. — Comment les Pensionnaires doivent employer le temps le jour et quels doivent estre les principaux exercices.

La première chose que les Pensionnaires feront le matin à leur réveil, ce sera de donner leur première pensée à Dieu et d'élever leur cœur à luy pour s'offrir à sa divine majesté avec amour, et le supplier qu’il ayt agréable cette offrande par les mérites de la vie et de la mort de son fils, par les intercessions de la Sainte Vierge et de leur bon ange. Après cela, elles diront Pater, Ave, Credo, Angeli Dei. Elles se lèveront ensuite, à sçavoir les grandes à 5 h. 1/2 ou 6 h, les petites à 7 h., et après qu’elles seront habillées, elles iront faire leur action de grâces à genoux en l'Oratoire, s’offrant de mesme à Dieu en ceste sorte:

« Je vous adore, très Sainte Trinité, un seul Dieu, Père, Fils «et Saint Esprit, et vous confesse le créateur de toutes choses « et la fin dernière de mon âme. Je m'offre entièrement à vous « et vous consacre mon corps et mon âme avec toutes mes œuvres, « mes paroles, mes pensées et mes souffrances, et unis le tout «à l'offrande que mon Seigneur Jésus-Christ a faite à Dieu «son Père pour nous. Faites-moy la grâce de passer cette « journée et tout le temps de ma vie sans vous offenser et «que je ne fasse, ny die, ny pense chose aucune qui ne soit « pour vostre gloire, laquelle seule je me propose pour fin « dans toutes mes actions, renonçant à toute autre intention et

« volonté contraire à celle-cy. »

Après cela on les peignera et achèvera d’habiller pendant le temps qui reste jusqu’à la messe qui se dit devant huit heures, à laquelle leur maîtresse les conduira, et elles iront deux à deux avec grande modestie ; pendant la messe, elles diront leurs grandes patenostres, et s'offriront au Père Eternel en cette sorte :

« Père Eternel, je vous offre ce très saint sacrifice du corps « et du sang de vostre Fils unique, Jésus-Christ, en mémoire de « sa trés sainte vie, mort et passion, et en actions de grâces « de tous les bienfaits que j'ay reçus de vous, pour la rémis- « sion de mes péchés, et pour impétrer les grâces qui me « sont nécessaires pour vous plaire et persévérer fidèlement « jusqu’à la mort en vostre service. »

Après cela, elles diront cinq Pater et Ave en l'honneur des cinq plaies de Jésus-Christ, et se mettront de nouveau sous la protection de la Très Sainte Vierge et de leur bon Ange.

La messe dite, elles s’en retourneront en leur chambre avec la mesme modestie, où après s’estre chauffées l'hiver, elles diront toutes ensemble, spécialement les plus petites, les prières que disent les escolières externes, et après, on leur donnera

à desjeuner, si mieux l’on n’ayme leur donner auparavant, pendant lequel aussi bien que le goûter, il leur sera permis de parler et se récréer par énsemble. Ensuite, les festes et dimanches, elles s’en iront à l’oratoire pour y dire l'office de la Sainte Vierge qu'elles réciteront debout toutes ensemble, divisées en deux chœurs ; les grandes tiendront l'office par semaine, commenceront les psalmes, diront les versets, chapitres, oraisons et antiennes, s’inclinant un peu de teste quand elles diront le Gloria Patri, et se mettront à genoux tournées vers l'autel de l’oratoire quand elles diront les oraisons sans y faire d’autres cérémonies. Les autres jours, après le desjeuner, elles prendront leurs exemples pour escrire, et la maîtresse se tiendra auprès d'elles, tandis qu’elles escriront, et après qu'elles auront achevé d'’escrire, on les recordera jusqu’à disner. Elles disneront à la mesme heure que la communauté, et pendant l’examen, elles diront les Litanies de la Vierge pour le Supérieur. La maîtresse fera la bénédiction de table, disant simplement le Benedicite. Elles ne parleront point ensemble pendant le disner, mais elles escouteront la lecture des Vies des Saints, ou de quelque autre livre de dévotion qui sera faite par chacune de celles qui sçavent bien lire, et ce par semaine ; et leur dite Maïitresse aura l'œil qu'elles observent grande modestie durant tout le repas. Au sortir de table, la maîtresse dira les grâces, à sçavoir Agimus et le psalme ZLaudate Dominum. Après cela, elles feront la récréation l’espace d’une heure, et puis elles escriront et recorderont au moins une partie jusqu’à Vespres, après lesquels on leur donnera à goûter. Le reste du temps qu'il y aura jusqu'à quatre heures, on parachèvera de les enseigner, et ensuite demeureront en repos auprès de leur maîtresse avec leurs ouvrages.

A quatre heures, leur maîtresse leur fera l'instruction en telle sorte :

Le dimanche, mardy et jeudy, elle fera réciter par deux d’entre elles trois articles ou une leçon du catéchisme, puis elle leur en donnera l'explication et les instruira là-dessus jusqu’à la demie ou près de cinq heures ; les autres jours elle leur parlera de ce qu’elle verra {eur estre utile pour leur faire hayr le vice et aymer la vertu. À la fin, elles reprendront leurs ouvrages jusqu’à cinq heures et demie qu’elles diront leur chapelet et autres prières. À six heures, elles se mettront à table pour souper, et y garderont toutes les mesme observances qu'à disner. Après quoy, elles feront la récréation jusqu’à huit heures, et dès qu'elles seront sonnées, toutes s’assembleront en l’oratoire pour réciter les litanies de la Sainte Vierge qui seront dites par l’une d'elles ou par la maîtresse, et toutes luy répondront ; elles y ajouteront l'Ave maris stella et Te lucis ante terminum, puis elles feront un peu d'examen de conscience l’espace d’un demy quart d'heure, et ensuite diront toutes ensemble le Confiteor et la maîtresse y ajoutera le Miseratur et Indulgentiam, après lequel, elles diront en particulier Pater, Ave, Credo, In manus tuas, et l'oraison au Bon Ange. Et tout estant achevé, elles prendront de l'eau

bénite, et se déshabilleront en silence pour estre couchées précisément à neuf heures.

Art. XI. — Des jours auxquels les Pensionnaires se doivent confesser et communier.

Toutes les pensionnaires se confesseront une fois tous les mois si la maîtresse les en juge capables, à sçavoir le samedy devant le premier dimanche du mois et outre cela, la veille de Noël, Pasques, Pentecoste, la Feste-Dieu, la Toussaint, Conception, Purification, Annonciation, Visitation, Nativité, Assomption, Présentation de Nostre-Dame, St Augustin, Ste Ursule, Ste Catheriñe, v. m. L'heure sera depuis la messe jusqu’à l’heure du disner. Celles qui seront en âge de communier s'approcheront aussy de la communion le jour de toutes les festes susdites et tous les premiers dimanches des mois comme il a esté dit, et leur maîtresse aura soin de les instruire comme elles se doivent comporter pour recevoir l’un et l'autre de ces sacremens, afin qu’elles en tirent un plus grand avancement pour leur salut.

Art. ‘XII. — Des livres qu’on doit lire ou faire lire aux Pensionnaires.

Les livres qu’on donnera à lire aux pensionnaires, ou qu’on fera lire devant elles, seront : la Vie des Saints, les Œuvres spirituelles de Grenade, l’/ntroduction à La vie dévote de M. de Genève, les Merveilles de l’autre monde, la Dévotion à La Sainte Vierge, et autres semblables que l’on jugera plus à propos.

Art. XIII, — Des Saints auxquels les Pensionnaires doivent avoir une singulière dévotion.

Les Pensionnaires doivent s'’étudier d'’estre fort particulièrement dévotes à la Ste Vierge, la prenant pour leur mère et principale avocate, comme aussi à leur bon Ange, au Saint ou à la Sainte dont elles portent le nom, à Saint Joseph, St Augustin, St Charles, St Bernard, Ste Ursule et ses compagnes, la bienheureuse Mère Angèle, Ste Anne, Ste Magdeleine, Ste Catherine, v. m., Ste Marthe, etc.

Art. XIV. — Des vertus principales auxquelles il faut que les Pensionnaires s’exercent.

Les pensionnaires doivent tâcher d'acquérir toutes sortes de vertus et s’exercer à en produire des actes spécialement de foy, d'espérance et de charité, et leur maîtresse leur montrera comme il le faut faire afin qu’elles y ayent plus de facilité et le fassent avec plus de perfection.

Art. XV. — De la charité qu'elles doivent avoir les unes envers les autres.

La maîtresse doit encore veiller soigneusement qu'elles vivent en grande charité les unes avec les autres, sans leur permettre et endurer qu’elles usent de paroles rudes, piquantes, injurieuses, faisant qu’elles s’entre-demandent pardon promptement les unes aux autres, sans demeurer longtemps dans le ressentiment, sur peine d’estre châtiées ; qu'elles parlent toujours doucement et gayement par ensemble sans remarquer ny parler

des deffauts les unes des autres, et soient promptes à s'entreservir aux occasions qui s’en présenteront. Elles se nommeront mutuellement : ma sœur, en parlant l'une à l’autre, et ne feront rien qui puisse fâcher leur compagne.

Art. XVI. — Du respect et de l’obéissance qu’elles doivent rendre à leur maîtresse.

On les accoutumera à vivre avec grand respect envers toutes les Religieuses de la maison, et particulièrement envers leur maîtresse et les autres Religieuses qui ont soin de les instruire et de les servir. Elles ne leur parleront point assises par bienséance, mais se lèveront debout pour leur parler, et quand elles entreront dans la chambre où elles sont ou passeront devant elles, elles leur feront la révérence. Elles ne feront rien sans congé de leur maîtresse ou de celle qui tient sa place, et ne sortiront point de la chambre sans dire où elles vont. Il ne sera permis de se donner rien l’une l’autre sans licence, et seront soigneuses de faire promptement ce qui leur sera commandé. On ne leur laissera point suivre leurs petites volontés, mais il faudra leur faire rompre doucement ; que si elles se rendent opiniâtres et obstinées, elles seront corrigées selon qu’il sera ordonné par la supérieure.

Art. XVII. — De l'intention qu’elles doivent avoir en tout ce qu’elles font. s

On leur apprendra à faire toutes leurs actions avec une droite intention et un désir de plaire à Dieu en toutes choses, afin de mériter par ce moyen l'accroissement de tous ses dons et de ses grâces ; on leur enseignera encore à honorer depuis le matin jusqu’à midy les mystères de l'enfance de Jésus, et depuis midy jusqu’au soir les actions de sa très sainte vie et les souffrances de sa mort, unissant tout ce qu’elles feront à ce qu'il a fait et enduré en terre pour nostre salut, ce qu’elles doivent faire avec grande pureté et amour.

Art. XVIII. — De la modestie que doivent avoir les Pensionnaires.

La modestie leur doit estre en singulière recommandation et la maîtresse avec ses aydantes prendront garde qu'elles ne fassent aucun geste, ny action indécente. Elles ne tordront point le corps ny ne pencheront la teste, ny ne feront des grimaces, mais on leur montrera à faire toutes leurs actions de bonne grâce et avec grande civilité et modestie; on prendra garde surtout qu'elles ne fassent ny ne disent rien qui ne soit grandement pudique, ou qui puisse avoir la moindre marque de déshonnesteté ; on leur apprendra aussy à bien parler et prononcer les mots qu'elles disent, et à respondre avec grand respect et douceur quand elles sont interrogées.

Art. XIX. — Des autres vertus auxquelles on les +. exercer.

On doit avoir un grand soin que ces petites âmes s'exercent de bonne heure à la pratique de toutes sortes de vertus morales, spécialement de celles qui sont le plus convenables à leur sexe, comme sont l’humilité, la simplicité, l'amour de la

vérité, la haine du mensonge, la docilité d'esprit, l’obéissance à leurs parens, la pureté de corps et d’âme. On les portera aussy à aimer la lecture des livres de dévotion, à entendre la parole de Dieu, à mépriser les choses du monde, à désirer celles du Ciel, à s’en entretenir souvent, à y penser, et surtout on ne leur permettra jamais de parler mal de personne ni de juger sinistrement des actions de leur prochain. Enfin on s’estudiera de leur donner de si bons enseignemens de vertu et une si grande hayne de tout ce qui peut déplaire à Dieu, que cela leur demeure empreint dans l’Âme tout le reste de leur vie.

Art. XX. — Comment les Pensionnaires se doivent comporter lorsqu'elles seront demandées au parloir.

Lorsqu'on demandera au dehors de parler aux pensionnaires, on en avertira la supérieure, laquelle donnera charge à la maîtresse, ou à quelqu'une des assistantes du parloir de les y conduire et s’y tenir avec elles si ce n’est que leurs parens désirent de leur parler en particulier, auquel cas elles se retireront pour leur en donner toute liberté.

Loué soit le Très Saint-Sacrement de l’Autel, Vive Jésus et ses agonies, l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge et le Grand Saint Joseph!

Approbation de Monseigneur de Langres.

Sébastien, Evesque de Langres, Pair de France. Ayant fait voir les règlemens cy dessus escrits par personnes pieuses et capables, Nous les avons loués et approuvés, et consentons que les Religieuses du Monastère de Ste Ursule de Chaumont les observent jusqu’à ce qu’il soit par Nous autrement ordonné.

Fait à Langres, ce 13 décembre 1640.

SEBASTIEN, Ev. de Langres. Par mondit Seigneur, GOURDON.

ZAMET ET LA VIsrrATIoN,

19 Lettres de Sainte Jeanne de Chantal à Mgr Zamet.

VIVE Ÿ Jesus.

Orléans, le 9 juin 1628.

Mon très honoré Père,

L'Esprit Très Saint répande en abondance ses dons sacrés sur votre chère âmel — L'on nous écrit que vous devez être à Dijon à la Pentecôte. Je vous supplie, si vos affaires vous le permettent, de faire la visite en notre maison (de Dijon), et puis obligez-moi de me faire savoir s'il sera expédient que J'y aille, car nos sœurs m'en pressent, sachant que je dois aller à Autun; mais de retourner en arrière il me fâche un peu, si

le service de Dieu ne le requiert, et d'autant plus que je suis pressée du temps.

Je laisse nos chères sœurs de Paris des deux monastères en très bon état; tout s’est passé assez doucement en ce changement de Supérieure, mais, mon très cher Père, il faut que Jje vous dise que je trouve notre chère grande fille (1) toujours plus à mon gré; c'est une digne âme et qui se laisse fort gouverner à la grâce ; elle est dans une grande liberté d'esprit et force de courage. Si Dieu l'y maintient, elle fera un grand accroissement au service de sa gloire, non seulement en notre congrégation, mais en ceux qui la fréquenteront. Je lui dis tout ce que je pense sans nulle difficulté, elle le reçoit de même cœur. Notre Sauveur en soit bénil — Pour moi, mon très cher Père, je ne suis que misère, et ne vois que cela, sinon que je crois et me confie, et ainsi je demeure en paix à la merci de Celui qui est riche en mérites et miséricordes, sans m'amuser à rien de plus. — Je vis notre bonne Mère de Port-Royal avec notre confiance ordinaire ; c’est une âme riche devant Dieu; je la révère plus qu’il ne se peut dire; elle à trouvé fort à son gré notre grande fille.

Recommandez-moi à Notre Seigneur, je vous supplie, selon l'instinct qu’Il vous en donnera. Je suis en Lui, en tout respect, quoique très indigne, Monseigneur, votre, etc. (2)

VIivE Ÿ JESUS

Annecy, 29 avril (1630).

Mon très honoré Père,

Notre Sœur, qui était supérieure à Dijon, m'a écrit distinctement la réponse que vous avez faite touchant sa déposition et la nouvelle élection qui se devait faire en ce monastère-là. De vrai, j'en suis toute confuse, bien que je loue Celui qui vous a donné un cœur de si incomparable humilité, mais, mon très cher Père, si m'eussiez-vous obligée singulièrement de ne vous point arrêter à ce que j'avais écrit ou fait écrire, touchant l'emploi de cette bonne Mère, car je l'avais fait ensuite de ce qu’elle m'écrivit que vous trouviez qu'il serait beaucoup mieux qu’elle allât faire la fondation de Besançon que d'y envoyer notre Sœur l’Assistante ;: et moi, certes, mon très cher Père, je me trouve de ce même sentiment, me semblant que notre Sœur l’Assistante ne pourrait réussir pour ce commencement, et qu’en une ville de telle importance, il fallait une Mère expérimentée, et que prenant là les filles, il était bien convenable quelenles sy menÂt et fit cette fondation.

J'espère en la bonté de Notre Seigneur que celle qui est élue donnera satisfaction. Elle a bien et utilement gouverné notre maison de Saint-Etienne six ans durant, et en deux fois que je

(1) La Mère Favre.

(2) Lettres de Ste-Jeanne de Chantal, Paris, Plon, 1878, Il, p. 164,

l'ai vue dans l'exercice de son gouvernement, je n’y trouvai rien à redire, sinon qu'elle tenait les esprits un peu trop serrés ; mais je crois qu’elle aura fait de l'amendement en cela, et que vous, mon très cher Père, faisant la charité à elle et à nos Sœurs de les voir et leur parler en particulier, vous pourrez facilement amender les défauts que vous trouverez dans le gouvernement, et c’est de quoi je vous supplie très humblement et au nom de Notre Seigneur, mon très cher Père, et j'ai confiance que votre bonté aura lieu de se réjouir de l'utilité et profit spirituel que vous leur verrez tirer de votre assistance et conduite paternelle ; car je connais que toutes ont le cœur fort bon et désireux de leur perfection.

Quelques-unes n’ont su goûter notre Sœur l’Assistante pour Supérieure ; c’est une Âme toutefois ou je crois que l’esprit de Dieu règne, et que l’on m'avait écrit que vous agréeriez de voir en charge ; mais Dieu en ayant disposé autrement, Il en tirera sa gloire et le profit de cette chère famille, qu’en tout respect et de tout mon cœur je vous recommande derechef, mon très cher Père, afin que l'esprit de la vocation y soit conservé en son intégrité et simplicité. C’est tout mon désir, et que le divin Seigneur soit glorifié en nous et de nous, selon ses sacrés et éternels desseins. Je supplie son immense bonté de parfaire en votre digne cœur l'ouvrage de sa sainte grâce, et demeure sans fin, en tout respect et de toute mon affection, mon très honoré Père, votre très humble, etc.

(P. S.) Mon très cher Père, l’on m'a écrit que vous n’aviez point voulu faire la visite (régulière). Eh, mon Dieu, ne craignez-vous point que si vous, étant ce que vous êtes, et plein de zèle pour la gloire de Dieu, négligez cette action si importante, les autres prélats, à votre imitation, ne fassent le même, et que les pauvres maisons religieuses ne déclinent par ce défaut? Mon bon et tout bon très cher Père, je vous supplie, ne négligez plus cela, s’il vous plaît, et me pardonnez si je vous presse. Je vais toujours avec vous à ma vieille mode et parfaite confiance en votre bonté, mon très cher Père (1).

20 Lettre de Mgr Zamet à la Mère Anne Catherine de Beaumont, Supérieure du premier monastère de la Visitation de Paris.

Ma très chère Mère,

O Dieu! Qui n'auroit une extrême consolation de voir une Âme délivrée de la captivité de Satan, quant au tourment et non pas à la coulpe, et être rendue libre pour suivre son Seigneur | O Dieu! ma chère Mère, que de joie! Que la mienne est grande de voir éclater les puissantes merveilles de votre bienheureux Père, qui, dans le Ciel va donner double bénédiction À ses filles et les rendre florissantes non seulément par la multiplicité de

(1) Zbid. IL, p. 498 et suiv.

leurs maisons, mais par leurs éminentes vertus! S’'étonne qui voudra ; pour moi, je ne m'étonne point que cet homme de Dieu ait puissance sur les esprits de ténèbres, lui qui a toujours marché en la lumière de vérité. Dès que je sus la guérison de cette fille, j'en bénis Dieu dans mon cœur, et le lendemain je dis la messe des Saints Anges en actions de grâces d’un tel bénéfice, et depuis, je n'ai point cessé de publier cette nouvelle laquelle est reçue avec un contentement inexprimable et d'autant plus grand que partout où étoit parvenu le nom de feu notre saint Evêque, on avoit déjà oui raconter ses miracles. À peine nous est-il échappé des mains pour aller dans l'autre vie, que chacun lui court après pour invoquer son secours et son crédit auprès de Dieu.

Mais je reviens encore à notre petite fille. Il me semble que je vois maintenant son cœur louant Dieu sans intermission de ses miséricordes. Avec quel soin, quelle fidélité, quel amour vat-elle s’employer à réparer les pertes que le tentateur lui a fait faire! Ah! que cette bouche dira hautement avec celle de son Bienheureux Père: Vive Jésus! Vive Marie ! De combien de consolations et de grâces célestes cette petite âme va-t-elle être ‘favorisée en récompense de ses peines passées |! Car, comme dit le Prophète : Telles ont été les ténèbres, telle la lumière a abondé. En un mot, les peines que Dieu envoie à ces âmes élues et choisies sont toujours avec fruit et utilité. Priez pour moi, ma chère Mère : faites aussi que notre petite fille invoque son bienheureux Père à mon intention, et me croyez, plus que je ne

saurois dire, etc.

+ SEBASTIEN, Evêque de Langres.

Dijon, ce 17 février 1623-1(1)

30 Lettre de l’'Evêque de Langres à la Mère Favre.

« Etant à Dijon, elle souffrit des peines d'une autre sorte (que celles qu'elle avait souffertes à Tart) dont nous ne savons pas exactement la nature et la qualité, mais nous en colligeons quelque chose de la lettre que M. de Langres à qui elle communiquait son intérieur, lui en écrivit en ces termes :

Ma très chère Mère, cette sorte de peine si accablante dont vous m'écrivez est, à mon avis, une peine imposée de Dieu, dans laquelle il cache l’œuvre qu'il fait pour lors en vous; et pour cela il vous tient captive, impuissante et ignorante, ne sachant rien et ne connaissant rien. Vous me dites que vous ne savez pas la cause de cette peine : cela vous montre que vous ne devez pas travailler pour le savoir, mais que vous devez l'igno-

rer, puisque Dieu vous le cache. Tenez toujours votre esprit dans

le repos et dans le silence, attentive à Dieu et non à la peine, t dans le dessein de Dieu sur

sinon pour la porter en patience €

(1) Année S'ainte des Religieuses de la Visitation Sainte-Marie, Annecy, 1870. X.

p. 225 et 226.

vous. En cet état, il ne faut nulle action de votre esprit, mais passion seulement, afin que Dieu fasse son œuvre sans résistance, parce que l’action seule de votre esprit cherchant et voulant savoir la cause de sa peine en serait une. Il faut donc patience, silence et repos. La créature doit ce respect à l’action de son créateur de cesser quand elle commence, se tenant en état de repos et de révérence devant lui, afin qu’il opère. Je pense, ma mère, que cette conduite est votre vrai chemin et vous servira dans vos angoisses.

« En une autre lettre, ce grand prélat et très éclairé en la conduite des Âmes, lui disait encore:

« Ma très chère Mère, je suis très aise de me trouver conforme à vos sentiments qui sont de n’en point avoir et de mettre le corps et l’âme devant Dieu, afin qu'il en ordonne selon ses voies, donnant mouvement et se retirant de nous, selon les desseins de sa gloire. Votre paralysie n'est point mortelle, ma chère mère, puisque c’est l’auteur de la vie qui la cause; il se retire de vous, mais cette retraite est une manière de vie nouvelle et d'approche qu'il fait. Combien de fois m’avez-vous dit que Dieu vous fait voir qu’il requiert de vous un entier dépouillement. Or, sus, ma chère mère, souffrez: voilà qui vous dépouille.

Vous m'avez prié que je vous écrivisse sur la Providence de Dieu. Il me semble que vous n'avez qu’à vous considérer vousmême. Vous en êtes un livre vivant où se voient des effets bien remarquables de cette même Providence. Il n'appartient qu’à cette Providence qui vous guide, de vous donner repos et inquiétude tout ensemble, de vous faire vouloir et ne vouloir pas, attirer la volonté et l’unir à Dieu, tandis que la nature souffre et pâtit dans ces séparations et privations. Voyez comme cette Providence conduit votre âme toute libre, lui faisant trouver bon le froid, le chaud, la séparation et l'union! O ma mère, tout ce que Dieu opère en vous est miséricorde! Que dites-vous toutefois de sa conduite ? Quel amateur, quel directeur des âmes! Semble-t-il pas qu'il veuille mettre le feu et le glaive, couper et brûler, voire consommer et réduire au néant nos pensées, nos desseins et nos œuvres, voire nous-mêmes ? »

« La mère Favre a écrit de sa main en marge :

« O mon âme, embrasse volontiers cette conduite de douleur ; elle est due à tes misères ; outre que ces croix sont les plus précieuses marques d'enfants et participations d'amis que nous ayons Çà-bas de l’amour de notre bon Sauveur. » (1)

(1) Vie des quatre premières Mères de la Visitation, par la Mère pe Cuaucy, (Paris Poussielgue, 1892, p. 99.) ?

LES PREMIÈRES ORIGINES DE LA VIsIrATION SAINTE-MARIE gr DE SanTe-MarTHE DE Don, D'APRÈS LE COMMANDEUR FRANÇOIS CALMELET (1)

« … Il étoit difficile de remédier efficacement, et tout à la fois, aux longues suites des afflictions générales de la peste et de la famine. Dieu le Saint-Esprit fit naître à plusieurs dames de la ville de Dijon la sainte pensée de secourir aussi, de leurs mains et de leurs richesses Iles misérables, et, en particulier, les pauvres femmes et les veuves. Elles communiquèrent leur pieux dessein à l’homme des bonnes œuvres, le commañdeur Tarlot. L'église hospitalière du Saint-Esprit devint, pour ainsi dire, le berceau de leur association.

On peut conjecturer que ce fut de ces héroïques commencements cachés dans leur origine, que la grâce et le temps ont fait sortir deux établissements, l’un plus célèbre que l'autre, tous deux aussi utiles: celui-ci d'une sainte communauté de Dames non cloîtrées à Dijon (les Dames de Sainte-Marthe); celui-là d’un ordre entier et très répandu de Dames religieuses cloîtrées (la Visitation). Ainsi ignore-t-on, en certains pays, la source reculée des grands fleuves, surtout quand leurs eaux en découlent sans le fracas bruyant et inutile des torrents.

La célèbre baronne de Chantal, Jeanne Françoise Frémiot, béatifiée le 21 août 1571, et dont la béatification fut célébrée à Dijon au même mois d'août de l’année suivante, au son des cloches de toutes les églises séculières et régulières de la ville, fut du nombre de celles qui, sous la direction du Commandeur Tarlot, se dévouèrent au soulagement des misérables. C'est du moins ce que. nous apprend la tradition constante de la maison du Saint-Esprit de Dijon; tradition qui n’est pas assurément sans fondement, puisqu'il est certain que cette sainte Dame, avant et après son veuvage, arrivé en 1601, donnoit une grande partie de son temps à la visite des veuves, et autres personnes de son sexe, que la pauvreté ou la vieillesse rendoit misérables. Tel étoit l’objet de la Confrairie dont nous parlons. La Baronne de Chantal étoit dans l'exercice de ces bonnes œuvres, lorsqu'elle eut le bonheur d'entendre prêcher à la Sainte-Chapelle de Dijon le grand Evêque de Genève, saint François de Sales, appelé, en 1604, en cette capitale de la Bourgogne, par le Parlement pour y exercer le ministère de la parole. Ce fut par les avis de cet homme de Dieu que Madame de Chantal renonça entièrement au monde, et devint la fondatrice de l'Ordre de la Visitation. L’on sait que le premier et le principal objet de cet Institut, fut le soulagement et le salut des personnes du sexe, et qu'une principale règle ordonne de les recevoir indistincte -

(4) Extrait de l'Histoire de la maison magistrale, conventuelle et hospitalière du Saint- Esprit, fondée à Dijon l'an MCCIV, par Frère François CALMELET, 38e Maitre Commandeur de la Maison. 1760. (Manuscrit conservé dans les Archives de l'Hôpital Général de Dijon).

ment en tout état d'âge, de condition ou de santé; ainsi, il y a lieu de penser que l'Ordre de la Visitation a pris sa source dans cette pieuse société de Dames, formée sous Le même litre, par le commandeur Tarlot, pour le soulagement des misérables.

Le vénérable Commandeur Tarlot obtint, le 10 Décembre 161 T, une bulle très honorable de Paul V. Le Pape prescrit à l’illustre confrérie de la Visitation, que les Dames charitables avoient formée dans l'Eglise de l'Hôpital du Saint-Esprit, leurs œuvres de piété. Il les en récompense par un grand nombre d'’indulgences. Les œuvres de piété n'ont que le Ciel et Dieu pour fin: «suivre le Saint-Sacrement quand on le porte aux mala. des, ensevelir les morts. avoir un hospice pour les étrangers ou pélerins, mais, surtout, visiter et consoler les veuves, les prisonniers et les malades. » Telles sont les œuvres auxquelles Paul V exhorte les dames associées de Dijon. Une grande part aux trésors de l'Eglise, à certains jours de confession et communion et visites de charité, telles sont les grâces spirituelles qu'il leur accorde. II établit cette Société sous le vocable et la protection du mystère de la Visitation de la Sainte Vierge, dans l’Église du Saint-Esprit.

Le commandeur Tarlot dirigea longtemps et anima ces Âmes dévotes, maïs, sur la fin de sa vie, deux de ces dames, Louise Morel et Marguerite Esmonin, remplies de l'esprit de charité, furent destinées à fonder une communauté qui perpétueroit leurs bonnes œuvres.

Comme elles s’étoient retirées à l'Hôpital Saint Jacques, l'illustre et Révérendissime Evêque Duc de Langres, Sébastien Zamet, si distingué par son zèle pour la gloire de Dieu, les engagea à y conserver leurs exercices de charité. Elles choisirent, à cet effet, pour leur patronne, cette Dame du château de Béthanie, sainte Marthe, si connue par les fonctions de la vie active, quand elle donna l'hospitalité à Notre Seigneur Jésus- Christ. 6

Elles savoient aussi que l'Ordre hospitalier du Saint-Esprit d'où dérivoit leur association, honoroit très spécialement cette grande sainte. Le Prélat nomma Sœurs de Sainte Marthe les sujets de ce nouvel établissement ; il leur donna des statuts Jet l'habit violet en 1628.

Ces Dames charitables ayant acquis au mois de Mars 1640, une maison en la rue Saint-Jean, de Catherine Danon, elles y allèrent demeurer. De là, elles furent s'établir dans la rue de la Chapelotte en vertu de l’acquisition qu'elles y firent le 4 Septembre 1671 de la maison de M. de. Ganay provenante de Mlle Marthe Berbisey, dont les armoiries S'y NreMarquent encore aujourd’hui.

On ne peut donner trop d'éloges à cette communauté, que les Evêques de Langres, successeurs de Mgr Zamet, son instituteur, et, après eux, les trois premiers prélats de Dijon, n'ont cessé de protéger, en considération des œuvres de charité qu’elle exerce continuellement à la satisfaction du public ».

Page 1