‹ Sébastien ZametChapitre 78 sur 142 · LA RÉFORME DES MONASTÈRES DE FEMMES DE L'ORDRE DE CITEAUX · texte numérisé non relu

LA RÉFORME DES MONASTÈRES DE FEMMES DE L'ORDRE DE CITEAUX

Lettre du vicomte de Pasquiers au cardinal de la Rochefoucauld. (1)

Monseigneur,

J'entends avec une merveilleuse joye combien vous, digne protecteur de l'Ordre de Cisteaux, inclinez à la réforme dudit Ordre, et principalement des relligieuses, lesquelles par la lycence des champs se portent comme publiquement à des désordres pleins de scandalle ; les enfantements y sont fréquents, et les infanticides communs et sans punition, pour ne faire rire les hérétiques, qui les scavent néanmoings et qui rapportent au privilège de la profession monachalle l'impunité de si horribles forfaits.

Ii est bien bon de taire les manquements personnels des relligieuses mal vivantes, mais de laisser plus longuement cheoir sur la nature de la règle sy monstrueux déportements seroyt une erreur aussy noire que l’hérésie mesme, quoy que disent les abbés supérieurs de ces relligieuses qui se portent, mal en cest endroit, fermant les yeux sur les faultes que les relligieux et les relligieuses font universellement, n'estant pas eux mesmes tant réformés.

Ces désordres ne proviennent que de l'inobservance des règles de ce saint Ordre, auxquelles on ne soumettra Îles relligieuses principallement qu’en les fermant dans les villes, selon le St Concile de Trente, sinon pour y observer les règles entyères en leur rigueur, au moings pour y recevoyr ce principe de réformation qui consiste à se sevrer de la vue et fréquentation des hommes et des vanités du monde, qui les acheminera à sy grande perfection, à l'ayde de tant de pieux et dévots relligieux dont les villes abondent que la mesme réformation leur deviendra délices.

Donnez le commencement glorieux à la réforme, Monseigneur, vous employant et près du Roy et envers Sa Sté pour faire enclorre dans les villes les couvents de la campagne qui le peuvent plus commodément souffrir, attendant que les plus grands monastères s’y puissent transporter.

Ces villes en deviendront plus belles, ornées de tels édifices, et meilleures, quand les fruits de telles fondations y seront consommés et la dévotion mieux cultivée par les beaux et relligieux esprits dont les villes abondent, comme j'ay dict.

Il n’y aura point de changement en l'Ordre lequel on craint

(4) Bib. Sainte-Geneviève, ms 3247, fo 79.

tant, synon aux mœurs et en l'habitation, comme il est arrivé à l’abbaye du Tart qui s'est retiré à Dijon. |

J’ay quelque cognoissance des affaires dont je vous escris, ayant une fille que le Roy entendoyt devoir succéder à l’abbaye des Ayes près de cette ville, qui en est sortye par les raisons susdites pour prendre la réforme à Rumilly où le feu bien heureux Monsieur de Genève l'avoyt establye sans le sceu, au moins sans l'autorité de Monsieur de Cisteaux, donnant la plassage et retraitte à celles dudit Ordre qui s’y vouloyent réformer, aydées pour leur entretènement de leurs seulles pensions où elles vivent très bien.

Depuis cest établissement, Monsieur l'abbé de Tamiers leur supérieur y a esté, l'appreuvant assez, mais ne voullant pas que l’on y reçoive des nouvelles relligieuses, croys je attendant la retraitte aux villes de tous les couvents qu’on y pourra pousser, comme des Ayes en cette ville, et de Ste Catherine à Nessy ou Rumilly, et ainsy des aultres.

Je n'ay rien advancé pour la rettraitte de ma dite fille en cette ville, où elle vouloyt jetter un fondement de réforme, attendant le règlement universel auquel vous tendez, et où je prie à Dieu qu'il vous fasse la grâce de parvenir, et à moy au moyen de vous tesmoigner par mes très humbles services que je suis en effet

Monseigneur, Vostre très humble et très obéissant serviteur

PASQUIERS À Grenoble, le 24 novembre 1623.

J'ay oblié à vous dire, Monseigneur, que vendant la cinquiesme partye des fonds des couvents de la campaigne pour employer au bastiment des mesmes couvents dans les villes, les relligieuses vivront mieux dans les dittes villes pour les quatre cinquièmes restantes qu'aux champs avec tout leur revenu, où les visites des parents et aultres consomment plus que du tyers de leur revenu.

J'entends que Monsieur de Cisteaux est à Rome. Y puisse t-il prendre tel règlement pour son Ordre, que Dieu y soyt servy selon vostre désir!

Un mot de response obligeroit infiniment vostre très humble serviteur.

Depuis ma lettre (1), j'ay appris que Monsieur de Cisteaux n’est

pas à Rome, mais où qu'il soyt, il doibt estre persuadé de faire le contenu en la présente.

(1) C'est-à-dire depuis que cette lettre est écrite. Ces dernières lignes sont écrites d'une encre moins noire que la lettre elle-même,

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