NEUVIÈME LEÇON
Nous avons déjà parlé du jour et de la nuit. Le jour est consacré au travail; c'est le temps de
l'activité. La nuit doit être consacrée au repos ; c'est le temps du calme et du silence. La nuit,1 nous nous reponous fermons les yeux et nous dormons.2
Regardez cet enfant devant sa mère :
-~ sons
L'enfant et sa mère.
1 Notez la suppression de la préposition dans devant la nuit. Cf. Gr., 7 00. 2 Le présent de dormir {dormant, dormi) estj3 dors, tu dors, il dort, nous dormons, vous dormez, ils dorment
il a joué toute la journée1; maintenant la nuit est venue et il est si fatigué qu'il veut se reposer et dormir. Pour bien se reposer, il faut dormir. Quelquefois (= à certains moments), on se repose sur le canapé pendant le jour; mais on ne se repose parfaitement que dans le lit.2 On dort dans le lit. L'enfant sent3 le be-
, 1 , • i / \ t Un enfant qui dort.
soin (= la nécessite) de
se reposer et de dormir; mais il ne va pas encore se coucher, n'est-ce pas ? Non, avant d'4aller se coucher, il lui faut faire sa prière5 du soir. C'est un enfant sage6 et obéissant.7 Avant d'aller au lit il vient donc se mettre à genoux (= sur ses genoux) auprès (= près) de sa mère. Il prie Dieu pour ses parents et pour lui8-même.
Regardez ces deux enfants dans la gravure à la page suivante. Ce sont le frère et la sœur. Ils ont évidemment une grande affection l'un pour l'autre ; ils s'aiment beaucoup.
1 La journée se dit de la durée du jour entier. 2 Cf. P. L , p. 73.
3 Les noms sens et sentiment sont dérivés de la racine de ce verbe.
4 Avant précédant un infinitif est accompagné de la préposition de comme dans ces exemples : avant d'aller, avant de dormir. 5 La prière est le substantif de prier. Prier, c'est implorer ; adresser des supplications à Dieu. 6 Sage = bon, qui a une bonne conduite. Cf. p. 49, n. 2. 7 Obéissant = docile, soumis. 8 Lui est la forme du pron. pers. 3ième pers. sing. après une préposition. Cf. Gr., Tf 00,
COUKS DE FRANÇAIS.
Le frère et la sœur.
Le frère est au lit, mais il ne dort pas ; il a les yeux ouverts. Est-il donc indisposé ? Oui, il ne serait pas au lit s'il n'était pas un peu malade. A-t-il un médecin (= docteur). Non, il n'a pas de médecin, mais il prend une médecine.1
Une médecine, est-ce un remède? Oui, elle opère contre la maladie. La m a 1 a d i e est le contraire de santé. Le mot santé veut dire cet état (= cette situation) où est un homme qui n'est pas malade, qui est fort et sain; un homme en bonne santé se porte bien. Quand vous voyez quelqu'un (= une personne) que vous con-
1 Avoir bien soin de ne pas confondre médecin et médecine. Le médecin prescrit une médecine x et le malade prend la médecine.
naissez, vous le saluez, c'est-à-dire vous lui dites "bonjour." Vous lui demandez: "Comment vous portez-vous?" ou "Votre santé est-elle bonne?" Et il répond: "Très-bien, merci1!" ou "Très-bonne, merci ! "
Prendriez2-vous médecine si vous étiez malade, si vous ne vous portiez pas bien ? Je ne sais, mais c'est probable : j'irais8 voir un docteur si je ne me portais pas bien, et il me donnerait une médecine, ou bien il me ferait4 une prescription (= ordonnance). Et après (= puis) ? Après (= ensuite) j'irais cliez le pharmacien; le pharmacien (= apothicaire) à sa pharmacie me donnerait la médecine prescrite5 par le médecin.
La jeune fille est-elle aussi au lit avec son petit frère? Non; vous voyez bien que le frère seul (= seulement) est couché ; la sœur est assise sur une chaise auprès du lit. Elle a un de ses bras passé sous la tête de son frère; de l'autre elle tient un livre et elle lit tout haut ; elle lui fait la lecture pour l'amuser et l'aider à passer le temps.
Que lui lit-elle? Quelle lecture lui fait-elle? Je vais vous le dire. Mais d'abord,6 vous souvenez-
1 Merci est l'expression employée pour exprimer la gratitude pour un service rendu. 2 Conditionnel de prendre. Cf. p. 12, n. 2. 3 Le conditionnel à' aller est: j'irais, tu irais, etc.; le futur est: j'irai, tu iras, etc. Cf. Or., ^ 169. 4 Le conditionnel de faire est : je ferais, tu ferais, etc. Cf. Or., If 183. 5 Prescrite vient de prescrire {prescrivant, prescrit) qui se conjugue comme écrire (voyez Or., Tf 182). Ce participe est sans auxiliaire; dans ce cas il s'accorde avec le nom médecine, qui est fém. sing. Cf. Or., ^[ 196. 6 D'abord — premièrement.
vous de l'enfant qui prie aux pieds de sa mère (dans la gravure à la page 73) ? Eh bien, elle lui lit justement la prière que cet enfant répète.1 C'est une jolie pièce de poésie et je voudrais vous la dicter et vous la faire apprendre, si toutefois vous le désirez. Oh! oui, monsieur, nous voudrions bien la savoir; mais, auparavant2 (= avant), permettez-moi de vous adresser une question. Faites-moi3 votre question, je suis tout prêt (= préparé) à y4 répondre.
Pourquoi l'enfant ne fait-il pas sa prière tout seul5 dans sa chambre? C'est parce qu'il a peur; il n'aime pas à rester seul quand il ne dort pas. Si c'était le matin, il prierait seul ; mais les ténèbres6 (= l'obscurité) l' effrayent7 (= lui font peur). Sa bonne mère reste donc auprès de lui jusqu'à ce qu'il8 dorme, et elle entend sa prière.
Vous voulez savoir maintenant ce qu'il dit? Oui, je vous prie; dictez-nous et nous écrirons. Eh bien, voici cette prière, écrivez !
1 Cf. p. 00, n. 00. 2 Auparavant est toujours adverbe et ne prends pas de régime. 3 Moi est la forme du pronom régime de la lière pers. s. après le verbe à l'impératif affirmatif. Voyez Gr., ^F 87. 4 C-à-d. répondre à votre question; répondre, c'est faire une réponse à une question.
5 Tout devant seul signifie absolument sans compagnie, sans autre personne avec lui, et est employé pour donner plus de force à l'expression.
6 Ténèbres est féminin et ne s'emploie pas au singulier. 7 C'est la 3ième pers. pi. indic. prés, d'effrayer. (Cf. p. 11, n. 11 et Gr., *§ 167, pour le non-changement d'y en i.) Quand on a peur, on est effrayé. 8 Jusqu'à ce que est la forme employée devant un verbe ; on emploie jusque (jusqu'à) devant un nom. Jusqu'à ce que gouverne le subjonctif. Cf. p. 47, n. 1, et Gr., T 00.
Je suis dans mon petit lit, Comme l'oiseau dans son nid, Je ferme ma paupière, Je fais ma petite prière.
Mon Dieu, je vous supplie, Veillez sur moi cette nuit Et sur mes chers parents, Qu'ils dorment1 tranquillement2
Envoyez3 votre ange Et que son aile blanche Nous mette1 à l'abri De tout danger cette nuit.
J'ai compris presque toute la prière du garçon comme vous l'avez dictée; cependant4 il y a plusieurs mots que je n'ai jamais vus,5 par exemple le mot "paupière;" il est nouveau pour moi. La paupière est la membrane qui couvre les y eux quand on les ferme. On abaisse6 les paupières sur les yeux pour les fermer, et on les relève quand on ouvre les yeux. En fermant les paupières on ferme les yeux.
Le mot " supplie " m'embarrasse aussi. Supplier, c'est prier avec soumission et d'une manière pressante. Vous suppliez ou vous faites des suppli-
1 Le subjonctif est exigé ici par le mot sous-entendu je désire (= je souhaite) qu'ils dorment Cf. Gr.} ^[ 00. 2 Tranquillement = d'une manière tranquille. 3 Envoyer = députer, expédier. 4 Cependant (= mais) est une conjonction qui marque la restriction. 5 Cf. Gr., 7 179 et 198. 6 Abaisser est le contraire de relever . Cf. P. L., p. 47, n. 6.
COtJBS DE FËAKÇAIS.
Une sentinelle.
cations quand vous demandez avec insistance une faveur difficile à obtenir/
Et "veillez sur nioi," que veut dire cela? Une sentinelle (= un soldat qui fait sentinelle) ne dort pas à son poste ; elle est vigilante, elle veillé1 pour signaler l'approche de l'ennemi3 et garder l'armée.4 Ainsi l'enfant prie Dieu de le garder, d'être vigilant et de le préserver de tout danger pendant son sommeil (= repos).
Mais, monsieur, vous augmentez la difficulté en introduisant5 le mot " sommeil." Qu'est-ce qu'il veut dire? Sommeil est le substantif de dormir. Le sommeil est cette absence de sentiment, cet état d'inactivité (= d'inertie) où l'on est quand on dort. Quelquefois vous êtes occupé à vos études, mais vous êtes trop fatigué ; vos yeux se ferment malgré6 vous, et vous allez dormir parce que vous avez sommeil.7 Le sommeil est un besoin de notre nature; c'est le repos du corps dans la nuit. Dans la mythologie des anciens, le sommeil est représenté comme le fils de la nuit.
1 Obtenir (= recevoir). Cf. p. 21, n. 1 et 8. 2 Veiller est le contraire de dormir; veiller sur c'est garder. s Ennemi est le contraire d'ami, c'est une personne hostile. 4 Une armée est un corps de troupes organisé pour les éventualités d'une guerre {— d'un combat). 5 D 'introduire {introduisant, introduit). Cf. p. 38, n. 3. 6 Maigre wus = contre votre volonté. 7 Notez qu'on emploie avoir dans ces expressions: avoir peur, avoir raison, avoir sommeil, etc. Cf. Gr.f ^f 00.
Vous n'aurez pas de difficulté à comprendre envoyez. Quand vous désirez qu'un message arrive à une personne, portez- vous cette communication vous-même? Non, assurément. Eli bien, vous envoyez (= expédiez) le message par un messager (= envoyé). Vous ne portez pas une lettre à son adresse : vous l'envoyez par la poste1 ou par un messager.
Les offrandes au temple à Delphes.
Dans la Bible nous lisons que Dieu a souvent envoyé sur la terre ses anges, l'archange Gabriel,2 l'archange Eaphaël, etc. Eh bien les anges sont les messagers de Dieu. Dans l'art, surtout dans les tableaux (= peintures3) et dans la sculpture4 les anges sont représentés avec de grandes ailes. Dans notre gravure nous voyons un ange qui reçoit les offrandes (= présents ou dons) des
1 Cf. p. 00, n. 00. 2 Cf. la Bible. 3 Raphaël et Michel-Ange sont des peintres célèbres. Leurs tableaux sont bien chers et précieux. 4 Prononcez skul-tur.
COUKS DE FRANÇAIS.
Grecs au temple à Delphes, ancienne ville de la Phocide en Grèce, célèbre par son temple à Apollon, et où la Pythie rendait des oracles.
Tout cela est clair pour moi ; il ne reste que le mot " abri " que je vous prie de m'expliquer. Vous allez comprendre : en été le soleil est très-ardent, les dames ont besoin de quelque chose pour ne pas souffrir des rayons du soleil ; ce quelque chose est une ombrelle (= un parasol) c'est-à-dire un abri (= une protection) contre le soleil. Les maisons sont faites1 pour nous mettre à l'abri (= à couvert) du froid, du chaud, de la tempête, etc.
Quelquefois, quand nous sommes dans les champs,2 nous sommes surpris par la pluie? La pluie, c'est l'eau qui tombe du ciel. Et si nous n'avons pas de parapluie* nous courons nous
Un parapluie.
1 Faites, part, passé fém. pi. de faire. Cf. p. 14, n. 1. 2 Les champs sont les terres cultivées par le fermier, par opposition aux terres couvertes de bois ou d'herbe. 3 La pluie tombe des nuages qui sont suspendus dans l'atmosphère. Les nuages sont des masses de vapeur d'eau agglomérées (= accumulées) ensemble dans l'air. 4 Le parapluie est un instrument qui sert à nous protéger ou à nous abriter contre la pluie. Avoir soin de ne pas confondre avec ombrelle, qui sert à garantir (= abriter) du soleil.
DEUXIEME LIYKE.
c*fJ|" ^/ï
[ mettre à I l'abri sous % un arbre.
i Les feuilles1 (= le i feuillage) I de l'arbre m uous proj -^ tègent2
contre la pluie. L'enfant supplie Dieu et lui demande que son ange le protège en le couvrant de ses ailes, comme vous avez déjà vu une poule protéger ses poussins (= petits). Et Dieu le protégera comme il protège tout le monde.
Dieu est notre protecteur et notre bienfaiteur.3
La comparaison de la poule qui protège ses petits me rappelle ce joli poëme dans lequel Legouvé chante les soins de notre mère. Le voici :
L'amour maternel.
Ah ! qui pourrait compter les bienfaits d'une mère ? A peine4 nous ouvrons les yeux à la lumière
1 Un livre a des feuilles, et un arbre aussi. Celles d'un livre sont Manches, celles d'un arbre sont vertes. 2 Protéger == prendre sous sa protection. 3 Bienfaiteur est un substantif mas. qui signifie celui qui fait du bien. 4 A peine, ici, aussitôt que.
Hommes assis a l'ombre sous un arbre.
Que nous recevons d'elle, en respirant .e jour, Les premières leçons de tendresse et d'amour. Son cœur est averti par nos premières larmes1 Nos premières douleurs2 éveillent ses alarmes.
Elle aide en ses premiers essais3
Notre raison, notre langage.4
Elle doit recevoir l'hommage De nos premiers travaux, de nos premiers succès.