CHAPITRE IT
Des grands chemins ou routes ^ et des ponts d y établir^ provisoireinent.
Après qu'on aurait pourvu à l'assainissement de r^ir , par la destruction des forêts et le creusement des canaux , il serait nécessaire , je crois , de s'occuper aussi de quelques autres besoins indispensables pour l'établissement de toute nouvelle colonie.
Aucun pays n'est habitable et encore moins cornmerçable , sans des routes et des ponts.
L'homme isolé même a besoin de se transporter d'un lieu à un autre , pour y chercher de quoi satis-
(i) Voyez le Moniteur du 6 juillet 1821,
faire ses besoins , transporter sa noUrfiture , et tout ce qui est nécessaire au soutien de sa vie ; et , comme aucun homme ne peut se suffire à lui-même en tous les points , l'établissement des sociétés , avec la diversité des aptitudes qui s y trouvent , est devenu nécessaire, pour que, semblables aux difFérens rouages d'une pendule , les individus soient obligés de se communiquer entre eux , de s'entr'aider , et de rendre à chacun les divers services, qu'il ne saurait se rendre lui-même.
Pour cela , il faut une liaison réciproque et un mouvement commercial en tous ^ens ; et , pour faciliter et accélérer ce mouvement, il faut des chemins qui aboutissent enfin à de grandes routes , lesquelles servent à une communication générale.
Une des premières choses à établir dans un pays inculte, avant même de l'habiter, est donc la confection de ces principales routes, au moins praticables dans le commencement ; avant d'aspirer à ces grandes et belles routes , qui font l'ornement de la France, et le charme des voyageurs.
Ces principales routes une fois établies, chaque propriétaire y ferait aboutir ensuite des chemins vicinaux , qui conduiraient de là à son habitation , et réciproquement de celle-ci à la grande route.
La direction de ces chemins serait indiquée par les ingénieurs , et il ne serait permis à aucun planteur de labourer , ou de cultiver sur les terrains destinés pour les canaux , les routes et les chemins vicinaux.
11 y a de plus , dans chaque pays , des rivières et des fleuves, qui coupent ces chemins et ces routes 5 et, pour pouvoir ies franchir et faciliter surtout le commerce et le transport des marchandises , il faut des ponts (provisoires) assez solides, pour pouvoir supporter des voilures chargées.
Mais on pourrait y suppléer en attendant par des pontons y dont les militaires se servent en temps de guerre, que l'on peut transporter partout, et qui portent également les plus grands fardeaux ; ou bien en établissant là , où il serait le plus nécessaire , des ponts -volans ou des bacs.
Mais par qui ces travaux pul)iics, ces canaux ou fossés, ces routes et ces ponts, pourront-ils être exécutés?
Ce sera à la bonté paternelle du Gouvernement à y intervenir 5 et , s'il veut bien favoriser cet établissèment , en considération des immenses avantages qu'il pourrait ( ainsi que toute la France), en retirer dans la suite ; s'il veut bien avoir égard à la longueur des années , pendant lesquelles la colonie languirait sans son secours , et pendant lesquelles les Colons n'en retireraient aucun avantage j il fera faire ces travaux préliminaires (c'est-à-dire, creuser les grands, fossés ou canaux , préparer les principales routes provisoires ) , avant l'arrivée des Colons ; afin de rendre le pays aussitôt habitable , et qu'ils puissent alors ne s'occuper que de leur culture : puisque , si ces travaux devaient se faire par les soins et aux dépens des Colons même , ce grand fardeau tomberait sur de nouveaux.
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possesseurs, qui ont déjà assez à lutter contre tant d'autres embarras, inséparables de tout nouvel éta- " blissement : autrement leur première ardem^ s amortirait ; ils auraient infiniment moins d'activité dans la suite, et il se passerait peut-être encore quelques lustres, avant que la çonmiunication libre du commerce et des propriétés pût y devenir praticable ; la colonie alors ne se perfectionnerait et ne pourrait devenir florissante que très-tard, et au bout peut-être d'un demi-siècle 3 et en attendant , la France en retirerait infiniment moins d'avantages, et l'État percevrait moins de droits d'exportation , d'importation et de consommation.
Mais quel serait le moyen le plus aisé, le moins exposéà des difficultés, et en même temps le moins dispendieux pour l'Etat, dont le Gouvernement pourrait faire usage , afin de faire exécuter tous ces travaux publics ?
Ce serait (s'il le jugeait à propos), de les faire exécuter, sous la direction des ingénieurs, et des inspecteurs des ponts et chaussées, par des militaires: lesquels, en temps de paix, travaillent également à des fortifications , et qui, dans la guerre, élèvent des redoutes , font des tranchées , etc. ; ouvrages également destinés pour le bien de la patrie. Ils sont nourris et soldés par l'État, et par là leurs corps et leurs vies sont consacrés à la chose publique et à tout ce qui peut lui être avantageux. Us pourraient conséqueni- | ment être employés sans injustice, à tous les travaux, qui peuvent contribuer à la prospérité de leur patrie;
et bieii certainement cet emploi lui sera plus avantageux et beaucoup moins nuisible pour eun, que leur' oisiveté dans les garnisons (i).
Us regarderont sans doute comme un devoir de leur état ; car celui-ci ne consiste pas seulement dans Fart de délruire, mais aussi dans celui de construire, de créer et de conserver; ils regarderont , dis-je ^ pour un devoir sacré, et se feront un plaisir de vaincre tous les obstacles qui pourraient retarder le succès de la colonie , peut-être encore d'un quart de siècle; et s'empresseront de faire jou^r leurs compatriotes au plus tôt des avantages incaloulableS; qu'ils auront lieu de s'en promettre.
Après avoir été employés par le Gouvernement précédent, à détruire leurs semblables; à miner la prospérité des états , ainsi que la notre ; et à répandre des torrens de sdiii^inutilement ; As se dévoueront sans doute aussi avec plus de zèle, à des travaux plus utiles, plus humains et plus bienflnsaiis que ceux de la destruction ; ils contribueront à favoriser par tous leurs moyens, tout ce qui pourra rétablir uue prospérité perdue, et coopéreront volontiers à jeter les premières bases d'un établissement salutaire , qui pourra^ conduire d'une manière beaucoup plus indubitable, ^m bonheur civil et politique de la nation française ^ que toutes les guerres hasardeuses.
(i) Laquelle a été, de tous les temps, la mèi^e de tous îe«-
vices.
Ils sont habitues à la fatigue, et à braver tous les dangers, qui pourraient se présenter , beaucoup plus que des particuliers, des ouvriers ou des cultivateurs paisibles ; ils sont destinés à écarter tout ce qui peut mettre obstacle au bien de la société (soit sous le rapport physique 5 soit civil 5 soit politique) ; ce sont donc les véritables hommes, qui, après s'être signalés par des prodiges de valeur, voudront y mettre le complément, en s empressant aussi de préférence à rendre ce service à l'Etat; j'en appelle à leurs sentimens d'honneur, et à leur dévouement à la patrie î
Il s'agit, par des travaux utiles et non funestes, de conquérir, pour ainsi dire, des contrées vastes et précieuses pour l'industrie et la richesse nationale f contrées dont la possession n'a été jusqu'ici que nommale, sans aucune utihté réelle; et toutes les conquêtes étant de leur ressort, celle-ci sera sans doute pKis importante, plus avantageuse à toute la France, plus durable et plus glorieuse, que celle de quelque ville ou canton, arrosés de sang et de larmes, et qui sont quelquefois r enlevés le lendemain.
Elle leur sera de plus moins pénible; puisqu'ils 11 auront qu'à vaincre une résistance physique; qu'ils ne seront pas exposés à tant de chances; et qu'ils n auront pas à lutter continuellement contre la ruse et l'astuce, et des forces tantôt égales, tantôt supérieures.
^ Leur victoire ne coûtera point de pleurs à l'humanité, mais elle les tarira ; et aux larmes de tristesse, il en
succédera d'attendrissement et de reconnaissance de la part des anciennes habitantes de Saint-Domingue y des efforts qu'ils auront faits pour en faciliter la réussite; lesquelles seront une récompense plus douce pour le caractère noble, généreux et bienfaisant des Français, que tous les éloges obtenus aux dépens du bonheur des nations.
Pour récompenser leur zèle, le Gouvernement pourrait leur donner l'assurance, qu'aussitôt que ces travaux seraient finis, ils auraient le droit de demander à S. M. la concession de quelques terres j qui, avec la qualité de Colons, leur donneraient en même temps toute la protection et toutes les prérogatives qui y sont attachées.
On pourrait donner quelque préférence à ceux, qui y seraient allés de bonne volonté.
Ce surcroît de Colons pourrait de plus devenir dans la suite très-utile à la colonie, en augmentant le nombre de ceux , qui sont intéressés à la défendre en cas d'une invasion quelconque; et cette défense serait beaucoup plus énergique que s'ils servaient comme desimpies militaires; puisqu'ils défendraient en même temps leur patrie , et leurs propriétés.
Plus on y emploierait de bras, plus tôt ces travaux seraient achevés , et plus tôt les Colons pourraient entrer en jouissance.
Le climat étant fort chaud, et le travail fatigant, il sera peut être nécessaire de les faire alterner, pour leur laisser quelques jours de repos , et ne pas les exposer à l'épuisement.
Il règne malheureusement (claprès le rapport dc^ Wl.Malouet) un vice presque général à la Guyane, clans lequel des militaires pourraient être très-aisément entraînés, qui est l'abus excessif du taffia; vice qui abrutit et paralyse toutes les facultés physiques et morales, dispose à l'indolence, à l'inactivité et à la paresse, et qui pourrait faire manquer toutes les opérations; si des lois sages et une surveillance sévère ne s'empressent d'en prévenir la contagion.
Tous ces travaux publics, l'exploration des terres incultes, ces combustions, ces ponts, ces routes et ces canaux ne seraient faits pour le commencement cjue dans les quartiers , que S. M. aurait assignés pour être concédés aux premiers Colons, et à quelques lieues de plus à la ronde ; et à mesure que ces établissemens s'étendraient, on pourrait les continuer progressivement, suivant l'urgence des cas.