‹ Second mémoire relatif aux anciens colons de Saint-DomingueChapitre 9 sur 18 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

Du Dessèchement des marais et des terres basses marécageuses.

Maïs il ne suffit pas pour assainir Pair de la Guyane , de dessécher seulement les bas-fonds des forets; il faut aussi enlever la trop grande humidité des plaines imprégnées d'eau , pendant nos mois d'hiver , et qui en beaucoup d'endroits , donnent au terrain un caractère marécageux. Cet inconvénient est sans doute trèsgrave, parce que non-seulement il altère la salubrité de l'air , mais aussi parce qu'il oppose un fort obstacle à la culture, et détériore en outre la qualité et la saveur des plantes aromatiques, qu'on s'empresserait d'y élever.

Il est donc d'une très-haute importance de détruire aussi cet obstacle, non-seulement à la salubrité du pays^ mais aussi au succès de la culture. Or, cet obstacle pourrait être aisément levé, en suivant la méthode par laquelle nous sommes également parvenus à dessécher les marais de nos contrées ; et que les Hollandais ont employée avec tant de succès, à Surinam (i) et dans la Hollande européenne : elle consiste à creuser des fossés pu des canaux assez profonds pour pouvoir

(0 Dont on trouve des détails dans l'ouvrage cité de M. Malouetf sur U Gujane.

(49) recevoir ton tes les eaiix surabondantes, qui pourraient nuire aux racines des plantes qu'on y élèverait 5 ces eaux , par leur pesanteur , pénétreraient alors aussi profondément, que la terre leur laisserait le passage, pour s'écouler là, oii elles trouveraient le moins de résistance; c'est-à-dire, dans ce# fossés.

Ces eaux, en filtrant par ces terres marécageuses pour se porter dans les canaux, y laisseraient toujours, après leur passage, une humidité salutaire pour la végétation, propre à tempérer la trop grande ardeur du climat, et à garantir en même temps ces terres de la trop grande sécheresse.

On pourrait, en beaucoup d'endroits , donner à ces canaux la direction d'une rivière à l'autre (vu que leur distance n'est le plus souvent que de quinze lieues), ce qui aurait le double avantage de produire le dessèchement , et d'ouvrir en même temps les communications intérieures (1).

Les exhalaisons de ces eaux ne sont cependant pas aussi corrompîmes ni aussi corruptrices , que celles de l'intérieur des forêts ; parce que cette humidité est mitigée par l'action de l'air et des vents , et pompée en partie par celle du soleil ; car combien de nations ne voyons-nous pas vivre dans des contrées , dont l'air est continuellement humide ( telles que la Hollande , l'Angleterre, la Hongrie^ etc.), sans en éprouver aucun dommage physique?

(1) Voyez M. Malouet, ouvrage cité vol. I; p. 438.

Ces plaines marécageuses lie sont peut-être non plus aussi nombreuses dans la Guyane qu'on le pense; parce que cette présomption paraît s'être formée d'après l'état des côtes , qui sont la plupart la partie la plus basse d'un pays , et où toutes les eaux de la contrée aboutîssenf ; et qu'on s'est borné à examiner ces côtes , au premier abord , sans pénétrer bien loin dans l'intérieur; en ayant été découragé, intimidé ou dégoûté peut-être par une première impression , d'après laquelle on a jugé tout le pays.

Ces fossés , dont la profondeur serait proportionnée à la quantité d'eau , dont il faudrait débarrasser chaque terrain 5 rassembleraient et cliarrieraientles eaux surabondantes de tout le voisinage , et aboutiraient enfin à un grand fossé, ou canal commun (comme les branches d'un arbre se réunissent à leur tronc ) , lequel les jeterait ensuite dans la rivière la plus voisine , ou dans la mer.

Pour cet eSet , lorsque les fossés principaux seraient faits , chaque propriétaire ( dont le tei'rain serait trop humide) ferait creuser dans son habitation de petits canaux ou fossés collatéraux, d'après un plan général, et dans dps directions indiquées par les ingénieurs hydrauliques , afin qu'en s'embranchant toujours l'un dans l'autre , leurs eaux puissent arriver enfin dans la direction la plus convenable et la plus courte, au canal principal.

De cette manière cette difficulté pourra être aussi aisément vaincue que les premières; tous les obsta-

(5x) Ûes à la salubrité de l'air, qui effraient tant tout Eouveau Colon qui voudrait s'y établir , seront écartas ; les maladies ne seront pas plus fréquentes dans ce pays que dans tout autre, (puisque la fièvre jaune est inconnue à la Guyane i) 5 on y jouira d'un air pur, sous un climat enchanteur* les coteaux seront éclaircis , les aspects en seront flatteurs et rians ; les rigoles fertiliseront la terre, entretiendront une douce fraîcheur dans l'atmosphère , et tempéreront la trop grande ardeur du soleil j et Ton n'aura plus qu a jouir des avantages de la colonie, sans éprouver aucun de ses désavantages.

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