‹ Second mémoire relatif aux anciens colons de Saint-DomingueChapitre 13 sur 18 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Des engrais éventuellement nécessaires.

Le terrain de la Gayane étant si excessivement bon , que M, Malouet a trouvé en beaucoup d'endroits , dans les quartiers de première qualité , un terreau de huit à quatorze pieds de profondeur, (ce qu'il confirme par nombre de passages), il ne sera pas épuisé de sitôt, et de long-temps il n'aura pas besoin

( 95 ) d'être restauré par des engrais : conséqtiemment cette prévoyance est encore bien prématurée à Fégard de ces contrées fertiles ; mais comme dans d'autres quartiers ils ne présente peut être pas partout une égale supériorité, il sera utile d'y suppléer au bout de quelques lustres 3 et il iie paraîtra donc pas déplacé d'y porter quelque attention , et d'examiner si ce pays offrirait, en cas de besoin, des ressources suffisantes pour cet effet, et proportionnées à leten due du territoire.

Mais pour obtenir ces engrais, il présente encore les plus grandes facilités ; et des dispositions qui contribueront non-seulement à la fertilité , mais aussi à une autre branche de commerce très-lucrative , qui est celle des ménageries^ et de la multiplication de^ animaux de toutes espèces (i).

Car la moitié à peu près de la cote de la Guyane française, offre des savanes ou prairies naturelles, qui donnent la plus grande latitude pour la nourriture des bestiaux , leur entretien , leur commerce et la fourniture de mille matières premières, que nos manufactures et nos différentes branches d'industrie sont obligées de retirer du règne animal.

Ces bestiaux serviront de plus à la consommation des habitans , ainsi que des cultivateurs, qui, dans ce pays chaud, ont besoin d'alimens substantiels ^

(i) La grande quantité de rWières, qui fertilisent ce pays, ainsi que le voisinage de la mer, sur une côte de i4o lieues^ favoriseront de plus, le commerce àupçiason mlé.

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( 9^ ) t)Our réparer leurs forces perdues par le travail : réparalion , pour laquelle des végétaux ne suffisent pas. Ces alimens, pour lesquels cette disposition du pays office la plus grande facilité ^ assurent à jamais le soutien de la colonie , et la possibilité d'en accroître le succès.

Les prairies mentionnées offi'iront de plus encore d'autres ressources, pour la culture des grains et d'autres alimens végétaux , pour laquelle l'usage de la charrue sera particulièrement précieux.

Mais indépendamment de ces grandes ressources pou r l'engrais, chaque propriétaire pourra entretenir encore dans son habitation quantité d'animaux domestiques , qui y trouveront une nourriture abondante , et dont l'engrais, (joint à celui qu'il pourrait retirer des animaux de chacun de ses subordonnés ) , lui fournirait une quantité suffisante pour restaurer, en cas d'épuisement , ses terres , et les entretenir constamment dans un état productif et parfait.

Or , comme l'autre moitié de la côte renferme ces terres précieuses et si éminemment fécondes, dont nous venons de parler, et qui semblent réservées par la nature pour les grandes cultures ,• qui les appellent même à grands cris; terres, que la bonté paternelle du Roi daignera sans doute concéder exclusivement aux infortunés Golons de Saint-Domingue, qui sont les plus versés dans ce genre de culture ; qui sont les plus propres à les exploiter pour le bien de la métropole , et qui ont d'ailleurs mérité cette pré-

(95) férence a tant d'autres titres , ainsi que par leurs lonss et ineffables malheurs; comme cette autre moitié dç la côte, dis-je, renferme ces terres précieuses , il ar-e rivera que , grâce à cette disposition des terrains, les deux cultures, celle des animaux et celle des végétaux, se prêteront un appui mutuel, et doubleront et perpétueront par là pour toujours, la prospérité de la colonie.

Mais outre ces engrais tirés des animaux, ce pays,, exposé autrefois à des explosions volcaniques (i) , ne peut que renfermer aussi nombre de terres, qui contiennent des sels minéraux- tels, que dunitre, de l'acide àulfurique, renfermé dans le plâtre ( qui est un très-bon engrais) , etc., etc. , lesquels sels , en s'insinuantdansla terre productive, lui impriment nonseulement une vivacité d'action , mais servent aussi à la nourriture des différentes plantes, dont ces sels sont destinés è faire une partie intégrante.

Ces terres ou substances imprégnées de sels miné-r raiix, qu'on ne poiirra que trouver avec le laps du temps , les secours de profonds chimistes , et par les essais d'agriculteurs instruits, dont les connaissances seront secondées par les trésors scientifiques, renfermés dans les différens ouvrages des sociétés- d'agriculture européennes; ces substances, dis~je, ou en-^^^ grais, que donnera le règne minéral, pourront fournir dans la suite des principes féconds pour l'agriculture ,

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(i) Vojez Malouet, vol. IIT, p. 249.

et contribuer à là découverte ou à la production de différentes raretés ou particularités , dont la possession restera peut-êlre exclusivement réservée à ce pays; indépendamment des autres trésors, que ces terres, si voisines des régions aurifères, qui autrefois ont emichi une très-grande partie de l'Europe, pourront encore renfermer dans leurs entrailles.

La Guyane française présente donc non-seulement le plus brillant aspect sous le rapport des grandes cultures coloniales, pratiquées jusqu'ici; et elle offre même l'espoir de plus riches récoltes qu'on n'en a faites à Saint-Domingue , ( à cause de la qualité vierge du sol, et l'extrême profondeur du terreau, qui couvre ses terres précieuses; profondeur, qui n'avait pas existé à beaucoup près dans cette île) : mais elle présente encore un aspect plus brillant par la perspective de pouvoir y cultiver et naturaliser chez nous les productions variées des Indes orientales, en épiceries; telles que la vanille, le girofle, le poivre, la muscade, lé thé, etc. , etc.; productions, qui économiseront à la France annuellement plus de 4o milHons , et y feront peut-être encore entrer un somme équivalente par le commerce.

Ainsi, elle présente toutes les dispositions propres à inspirer à la mère-patrie les plus flatteuses espérances, non-seulement pour les productions territoriales les plus abondantes et les plus lucratives; mais aussi pour toutes les autres branches du commerce français, lesquelles y prendraient un nouvel essor, et y

irouveraient en même temps des débouches, qui, en entretenant par des échanges un mouvement perpétuel avec la métropole, ranimeraient son négoce, elle retireraient peu à peu de cet état d'apathie et de langueur, dans lequel il a été plongé depuis la perte de l'île de Saint-Domingue.

La Guyane ouvrirait enfin à notre mère-patrie une nouvelle mine de richesses commerciales dags toy.s les genres; laquelle, exploitée convenablement paHa finesse, l'intelligence et le génie des Français, élèverait, dans un nombre proportionné d'années , cet établissement à un tel degré de prospérité, qu'on lui assignerait un rang distingué parmi les plus célèbres, les plus floris'santes et les plus riches colonies du globe (i).

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