‹ Second mémoire relatif aux anciens colons de Saint-DomingueChapitre 4 sur 18 · CHAPITRE IlL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IlL

Différence de la colonisation de la Guyane française, d'avec celles qui ont eu lieu dans d'autres contrées»

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Cette nouvelle colonie se présente au contraire sous des auspices infiniment plus favorables , et qui sont même peut-être uniques. Car jamais on n'a vu une population 'entière de plus de vingt mille âmes , particulièrement versée dans la culture , se trouver si long - temps sans terres, et sans pouvoir

employer ses talens au profit de leur mère-patrie ^ €t jamais on n'a vu à la fois un si grand nombre d'hommes instruits , propres à s'établir dans un nouveau pays, afin d'y porter en même temps leur industrie , et cela avec une aussi grande assurance du -succès. Conséquemment cette colonisation différera essentiellement de toutes les autres , en ce qu'elle pourra se former, non graduellement et progressivement comme celles-ci; mais à la fois, par un tnombre suffisant d'habitans, qui par leurs secours réciproques, pourront vaincre, en beaucoup moins de temps, et avec beaucoup plus de facilité, tous les petits obstacles , qui se présentent ordinairement au défrichement , et à la culture de tout nouveau pays.

Cette colonisation pourra donc procurer des avantages beaucoup plus prompts et plus abondans à la métropole, que n'ont pu le faire celles , qui n'ont commencé à prospérer qu'au bout d^un demi-siècle.

Tout un quartier pourra étre^peuplé, pour ainsi dire^ en même temps; et le commerce pourra conséquemment y acquérir, en très-peu d'années déjà , la plus grande activité; ce qui ne pouvait pas avoir lieu dans d'autres colonies, où les habitans ne se sont multipliés que successivement , par l'appât du gain. Car les anciens Colons de Saint-Domingue sont déjà habitués à ces cultures , et en connaissent toute la manutention ; tandis que les autres établissemens n'ont coaimencé que par des hommes novices, qui étaient Qbligés de se familiariser premièrement avec ces différentes plari-

talions , par une longue expérience et des essais tardifs et hasardeux.

Enfin les autres Colons ont été obligés de lutter long-temps , et de vaincre par eux-mêmes tous les grands obstacles, que tout nouveau pays présente; tandis que dans la Guyane , si le Gouvernement français, certain d'avance de tous les avantages , qui en rejailliraient sur toute la France , lève toutes ces difficultés préliminaires à la fois (par les moyens simples et peu dispendieux , que nous nous proposons de lui soumettre jdans la suite) , ces Colons pourront entreir sur-le-champ en jouissance de leurs terres, et donner aussitôt la plus grande activité à leur culture et à leur commerce.

Cette colonisation ne pourra même se faire jamais aussi bien , que lorsqu'elle s*exécutera à la fois. Car la masse des obstacles qu'on rencontre dans un pays désert et dépourvu de tout, est trop grande, pour qu'il ne faille pas, pour les surmonter, une force majeure et une grande quantité d'hommes, qui y coopèrent à la fois, et se renforcent mutuellement par leur nombre, surtout pour les premiers travaux du défrichement. Sans ces secours mutuels , chaque établissement individuel languirait, faute de quelques moyens auxiliaires que l'on pourrait trouver ici, chez l'un ou l'autre de ses voisins : car celui-ci a telles lumières , celui-là en a d'autres; l'an possède tel art, tel talent, telle science ; a tel bon conseil à donner * tel ouvrier ou artisan habile à fournir 3 un autre peut se rendre utile

sous des rapports tout difierens ; et c'est par ce con^ cours mutuel de talens, de boiis conseils, de bras et d'ouvriers , que tous les obstacles pourraient être levés très-brièvement, et avec la plus grande facilité* de sorte que l'établissement naîtrait comme sorti du néant , en peu de temps, et serait porté promptement au plus haut degré de prospérité*

De plus , le zèle , l'activité et l'émulation , se communiquant , pour ainsi dire , électriquement, ces travaux seraient animés avec une ardeur extraordinaire ^ qu'on ne pourrait pas espérer de voir naître dans des établissemens isolés ou lentement progressifs.

A ces raisons physiques on pourra ajouter encore quelques considérations morales^ qui rendent cette colonisation simultanée indispensable.

Car aucun Colon ne pourra et ne voudra attendre le succès de l'autre, pour jouir du plein exercice de ses droits de concession; aucun ne voudra rester un seul histant dans l'inactivité; tous attendront au contraire avec le même empressement et la même impatience , l'aurore de leur prospérité ; tous désireront se trouver le plus tôt possible dans leur propriété , afin de s'y établir et y élever les plantes les phis propres à leur procurer promptement quelques avantages.

Conséquemment, la colonisation devra se faire dans le plus court délai possible.

Une semblable cohdbiVAiion simultanée contribuera de plus, non-seulement aux jouissances réciproques des habitans , mais aussi à leur profit ; car la colonie

sera d'avilant plus tôt dans tonte son activité, dans sa splendeur, dans son plein et entier rapport, et dans sa richesse. L'intensité de toute force générale , se multipliant d'ailleurs en raison du nombre des forces particulières , dont elle est composée , quelle énergie ne pourrait-on pas se promettre de la réunion de toutes les forces physiques et morales de tant de Colons expérimentés, dont chacun agirait avec tout le zèle et toute l'activité possible, dans le même sens, et vers le même but , qui serait leur prospérité corn* mune , et dont chacun aiderait l'autre de ses conseils, et de tous ses moyens , dans les différentes circonstances de la vie et dans leurs différens besoins , afin d'avancer à pas égaux l'amélioration de leur sort, et de préparer ainsi leur bien-être futur?

De plus , le malheur unissant même les âmes les plus dissidentes (si dans le nombre il y en avait) , elles se confondraient alors toutes dans un commun accord, produit par le même désir; et elles seraient toutes étroitement liées, non-seulement par le re-^ nouvellement de leur ancienne amitié, mais aussi par leur intérêt commun : tandis que s'ils ne s'y établis^ saient qu'isolément et successivement, ils seraient privés de la coopération mutuelle de leurs conq^atriotes , de leurs voisins et de leurs amis; les progrès de la colonie languiraient, eL les avantages que ta France pourrait s'en promettre, seraient reculés peutêtre encore d'un demi-siècle.

il serait donc essentiel de mettre sur-k-chaaip,

t)U au plus tôt , les terres de la Guyane , qui seraient concédées, dans un tel état, qu elles puissent être habitées et cultivées tout de suite et à la fois , par tous les anciens Colons ; et cela sans aucun danger ni pour leur santé, ni pour leur vie : et telles difficultés que ce problème paraisse présenter à résoudre et à exécuter, il devient cependant bien aisé, dès qu^on se donnera la peine d'approfondir les obstacles ^ et de scruter les moyens les plus propres à les faire disparaître» Nous allons les parcourir successivement.

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