‹ Second mémoire relatif aux anciens colons de Saint-DomingueChapitre 8 sur 18 · ARTICLE III · texte numérisé non relu

ARTICLE III

Be la Destraction de la plupart des animaux dangereux.^

Les reptiles et les serpens, de la présence desquels les voyageurs se plaignent le plus, se tiennent pour la plupart cachés dans les endroits les plus sombres, les plus humides et les plus marécageux de ces forets , lesquels forment k peu près leur centre. C'est là, où ils vivent tranquillement en famille, où ils se propagent es se multiphent comme dans leur élément, lequel est la plus grande humidité.

Pour les y détruire par les moyens les plus simples, et qui n'exposeraient personne à aucun danger; on observerait avec la plus grande attention, en mettant le feu à ces bois condamnés, la précaution la plus importante, qui serait, de l'allumer tout autour et dans toute leur circonférence ci la fois s afin d'empêcher

(45) ces animaux qui se tiennent dans leur intérieur, de s'échapper par quelque bout que ce soit, pour se sauver.

A mesure que toute cette circonférence serait consumée, ces animaux, ne pouvant pas franchir ces brasiers, se retireraient, pour éviter la chaleur et la flamme, de plus en plus vers l'intérieur, et précéderaient toujoui-s le feu vers le centre, où il finirait par les atteindre , et les dévorer;

Ceux qui se trouveraient hors de l'enceinte de ces forêts , pourraient être aisément atteints par la chasse.

Ainsi ces incendies auraient les grands avantages , non-seulement de débarrasser les quartiers destinés à être habités , de tous les bois superflus ou nuisibles mais aussi de corriger l'Insalubrité de l'atmosphère, et de la purifier de tout son méphitisme et de ses particules délétères; de détruire la plus grande partie des animaux venimeux, qui infestent l'intérieur de ces forêts 3 de sécher de plus à une certaine profondeur la trop grande humidité de la terre, et de donner enfin par les cendres qui s'y formeraient , un engrais salutaire, qui hâterait la fertiUté des terres, et augmenterait la force de la végétation.

On ne ferait en attendant ces incendies nécessaires que dans les contrées les plus malsaines des quartiers assignés par S. M. pour être concédés aux Colons; on ne condamnerait que les bois les plus communs superflus, et dont la destruction est absolument nécessaire pour les motifs indiqués 5 et on ménagerait soigneusement les parties de forêts , qui pourraient

servir de bois de conslrnctioii , tant pour Pusage cîvîL que pour le maritime (i), ainsi que les arbustes k é[)ices (2) , lesquels ne sauraient être trop soigneusemenl conserves pour le commerce.

Si, après que cette opération indispensable pour que ce pays puisse être habite, aura été faite, on observera, que l'excessive chaleur du climat ait trop desséché le^ terres, qui alors auront resté nues et sans culture, on pourra 5? faire de nouvelles plantations d'arbustes ou d'arbres; et dans le cas, où le soleil aurait pompé ou altéré les sels fructifians de ces terres, on j brûlera d'autres bois, pour y former des cendres 3 et Fou plantera les arbres à une telle distance, que l'air puisse toujours circuler librement entre eux, et conserver sa pureté, en enlevant la trop grande humidité occa« sionée par de longues pluies; et que leurs feuillage» enfin puissent abriter suffisamment la terre contre la trop grande ardeur du soleil, et y maintenir une douç^ chaleur, en déphlogis tiquant continuellement l'air environnant.

Alors, tous les anciens inconvéniens de ces forêts

(i) Tels que les bois de bagasses, de grigons^ de cèdres^ d'ébèiies, d'ouampons, de balata^ de coupis, de gajac, etc., et les bois de teinture , d'ébénisterie , et de marqueterie , tels que le citronnier, l'acajou, etc. Voyez M. Malouet , vol. I, {)ag. 2;/2, art. 10.

(2) La vanille, la salsepareille, et des arbustes à épices, fort inféîieurs au eanellier, mais qui en ont le goût et l'odeur, croissent dans les forets. Voyez M, Mahuet , vol. I. pag. 26.

(47) n'auront plus lieu, et on ne jouira plus que de leurs avantages.

Mais de quelle manière y mettra-ton le feu d la fois dans toute leur circonférence, et sans faire de nouveaux abattis?

Ce feu 5 pour être prompt et beaucoup moins dispendieux , qu'il le deviendrait par la quantité prodigieuse de bûcherons, qu'il faudrait y employer d'après les méthodes ordinaires ; ce feu , dis-je , pourrait y être mis par les procédés^, qui sont si familiers aux officiers du génie, lorsqu'on est quelquefois obligé, en temps de guerre , de mettre précipitamment le feu à des fermes, ou à des villages entiers, pour éclairer le pays, ou en écarter l'ennemi. — On pourrait encom y mettre en usage «eux , que les Russes ont employés dans la dernière invasion, pour mettre très-promplement le feu à leur ville de Moscou.

Après l'incendie de ces forets, il restera toujours en terre des tronçons d'arbres non consumés, qui gêneront entièrement la marche et l'usage de la eharrue , si nécessaire cependant pour le <iéfi'ichement*

Mais les cultivateurs lèveront aisément cet obstacle, en suivant les mêmes procédés, qn'on met en usage dans nos contrées, pour utiliser des terres, qui avaient été long-temps couvertes de bois.

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