‹ Second voyage de Mungo Park dans l'interieur de l'Afrique, pendant l'année 1805 précédé d'une notice historique et biographique sur la mort de ce celébre voyageurChapitre 20 sur 86 · XLVI · texte numérisé non relu

XLVI

avait formé un engagement de mariage avec la fille ainée de M. Anderson de Selkirk , sous lequel il avait étudié la <;hirurgie. Il retourna donc en Ecosse pendant l’été de 1799, maria le a août de la même année. Cette union ^ qui l’attacha plus intimement encore^à une ' famille dont il était l’ami depuis longtemps, contribua beaucoup au charme et au bonheur do sa vie. •

• Durant plus de deux années après son mariage, il demeura près de sa mère et d’un de ses frères qui habitaient ensemble et tenaient la ferme de Fowlshiels. On ne connaît pas bien la raison de son long séjour en ce lieu, et on ne sait rien en particulier de ses occupations à cette époque. Le profit qu’il retira de son ouvrage , et la libéralité avec laquelle l’Association africaine reconnut les services qu’il lui avait rendus, l’avaient mis , pour le présent, dans une situation aisée; et il resta long -temps indécis sur ses plans d’existence ' future, 11 paraît que ,

( XLvn ) .

pendant une.partie de l’année 1799, il eut, avec le gouvernement , une négociation qui finit par échouer , relativement à quelque em- ' ploi public dansla colonie de la Nouvelle-Galles* méridionale. A une autre époque , il s’était presque déterminé ~ à prendre une ferme ; enfin , avec quelque répugnance , il résolut d’exercer sa profession , à laquelle peut-être il n’avait jamais été fort attaché, et qu’une longue interruption lui avait alors rendue fatigante. .

Son incertitude sur l’état de ses affaires à . cette époque s’accrut beaucoup par l’espoir qu’il entretenait constamment d’être choisi pour une autre expédition, soit par la Société africaine ,

• soit par le gouvernement. C’est ce qui est évident, d’après une lettçe qu’il écrivit à sir Joseph Banks, le 5 i juillet 1800. Il y parle de la prise

récente de Corée, qu’il considère comjne devant ouvrir une communication avec l’intérieur de l’Afrique. Après être entré là-dessus dans quelques détails, il continue ainsi:

•( XLvin )

« Si telles sont les vues du gouvernement,

« j’espère que mes travaux, dans un emploi « quelconque, seront utiles à mon pays. Je n'ai (( point encore trouvé de situation où je puisse ff avec avantage exercer l’état de chirurgien ; et, w à moins que quelques-uns de mes amis ne s’in- « téressent en ma faveur , j’attendrai paliemn ment que le nuage qui couvre mes plans « futurs soit dissipé. »

Il s’offrit pour lui à Péebles une occasion d’exercer la médecine, qui parut assez avantageuse. 11 alla donc résider dans cette ville , au mois d’octobre 1801 , et s’appliqua avec ardeur à l’exercice de sa profession. En assez peu de temps, il eut presque toutes les pratiques de • ce lieu et du voisinage ; mais, comme elles n’étaient pas nombreuses, ses profits ne furent jamais .considérables. 11 était cependant trèsoccupé, car il se dislinguait^fort ^ar sa bienveillance envers les pauvres, et ppr ses soins désintéressés pour les basses classes de la so-

( Xux )

ciélé. C’est sur-tout par de telles vertus que Ton honore la profession de médecin.

11 n’est pas surprenant que cette situation lui ait déplu ^ et qu’il ait alors désiré avec ardeur quelqu’autre établissement. En effet, ses premières habitudes l’avaient rendu peu propre aux humbles occupations auxquelles il se trouvait borné. L’état d’un médecin de village , ett Ecosse, accompagné de beaucoup de soins et de fatigues corporelles , et ne conduisant à aucune distinction ni à de grands avantages personnels, ne pouvait guère plaire à un homme dont l’esprit était rempli de vues ambitieuses et d'entreprises aventureuses et- romanesques.' Ses courses pour visiter des malades éloignés , ses voyages à cheval , longs et solitaires , sur des bruyères froides et sauvages , et sur des montagnes assaillies par les orages de l’hiver, 'paraissent avoir produit- en lui des sentimens d’impatience et dç déplaisir qu’il avait peutêtre rarement éprouvés dans les déserts de

l’Afrique. Le profond chagrin que lui causait ce genre de vie, se manifesta en plusieurs occasions avec force , sur - tout lorsqu’avant qu’il entreprit sa seconde mission en Afrique , un de ses plus proches parens lui remontra l’imprudence de s’exposer à des dangers auxquels il n’avait échappé qu’avec tant de peine , ou à d’autres peut-être plus grands encore. Il répondit avec tranquillité : qu’il courait d’aussi grands risques , et verrait aussi réellement accourcir ses jours en passant à Péebles quelques hivers sans gloire dans la pratique de son état , qu’en entreprenant le voyage dont il s’occupait.

On devait s'attendre qu’un homme si accou^tumé à la société des savans et des gens de lettres, et qui, récemment , avait été parfois admis dans les cercles brillans de la capitale, où il était devenu un <d>jet constant d’attention et d’intérêt, éprouverait une extrême répugnance pour la solitude et l’obscurité d’une petite ville de province ; mais il paraît qu’il n’en fut pas

Page 1