‹ Second voyage de Mungo Park dans l'interieur de l'Afrique, pendant l'année 1805 précédé d'une notice historique et biographique sur la mort de ce celébre voyageurChapitre 82 sur 86 · VS · texte numérisé non relu

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y&mes à Doumbila en quatre heures et demie , quoique la distayce ne puisse être moindre de « seize ou dix-huit, milles , presque au stfd. Il • plut beaucoup pendant toutfi l’après-midi, et nos soldats malades n’arrivèjpnt qu’à la nuit.

Il n’y eut ce jour-là que trois soldats en état de conduire leurs ânes. ^

Quand j’entrai dans la ville, j’eus, le bonheur de voir K.arfa-Taura, ce bon nègre dont je parle dons mon premier voyage. U ^ avait* entendu dire à Bouri, où maintenant il defieurait , qu’une coifle d'hommes blancs passait à travers Fouladou, pour se rendre en Bambarra, et qu’elle était conduite par un nommé Park, qui parlait le mandingge. Il apprit cette nouvelle un soir : le lendemain matin , il quitta sa maison , déterminé , s’il était possible , à me rencontrer à Bambakou , éloigné de six jours de marche. 11 s’y rendit avec trois de ses esclaves, pour m’aider à continuer mon

voyage vers Sego; mais quand il vit que je ' n’étais pas encore arrivé , il alla à ma rencontre.

11 me reconnut dès le premier instant^ et l’on

peut juger dn plaisir que j eprourai en rev«yant mon vieux bienfaiteur. «

A 'quatre heures, M. ScoÜ n’étant pas ve»

nu , et personne l’ariière ne l’ayant <ru depuis quelque teq|ps, je fis retourner sur moiï cheval uu des honames dlsaoc, jusqu’au plus procjiain village , soupçonnant ^’il aurait pu faire haltf en ce Heu , quand ia pluie était «urventie. Le nègre revint à la nuit dose. >11 était sAlé |H'esque jusqu’à Koumilmumi , .sans vok M. Scott, et sans entendre parler de lui. Nous ^ en conclûmes tous qu’il était relouroé à#Louintkou'tni.

i >7 août, Haète à Doumbila, pour sécher le baga^, et dans l’espoir que M» -Scott arriverait. Je dis aux quatre nègres qui avai^t porté M. Anderson , et qui s’en retournaient à «nikounii ce naatiu4à , de faire toutes les rei> dierches possibles de M. jScoU. J’ajoutai que, o'ü était en état de se tenir à cheval, ie les payerais bien pour l’avoir -accompagné. S’H était revenu .à K.oumikoumi , je des invitai :A* assurer le dlouty que t’acquitterais toute la dér

pense qu’il pourrait y faire, et que je payerais i

le guide qui le conduirait<à Marrabout Je reçus du douty de Borabila un jeune bœuf et un mouton. Je lui donnai un barraloulo , cinq barres d’ambre, et cinquante pierres à fusil.

* i8 aoûtk Ne recevaftt aucune nouvelle de M. Scott, je pensai qu’il était toujours à Koiamikoumi, mais hors d’état de voyager. A sept heures , nous quittâmes Doumbilà j et comme les ânes étaient alors très-faibles , peu de temps s’écoula avant que je fusse obligé de descendre de mon cheval , et de lui donner un paquet â porter. Un seul soldat était capable de conduire un âne. Le chemin étant très-mauvais, nous n ap* prochâmes qu’au soleil couchant de Toniba , éloigné du lieu du départ de dix-huit à vingt milles sud-sud-ouest. Les porteurs de M. An- ' derson firent halte avec lui, à un village sur la route, où 11 y avait de bonne bière. Aussitôt que nous eûmes dressé la tente , la pluie commeiiça, et elle dura toute la nuit. Les soldats se réfugièrent au village. Cette nuit fut pour moi fort désagréable# Obligé d’empêcher nos

aa

ânes de manger le grain des naturels , je fus presque toujours sut* pied.

De peur que ceci ne s’échappe de ma mémoire, je saisis cette occasion de consigner ce que décident, sur cette matière, les lois africaines. Si un âne brise une seule tige de grain , le propriétaire de ce grain a le droit d’arrêter l’âne. Si le maître de l’animal ne veut pas le saüsfaire pour le dommage qu’il croit avoir éprouvé, ce dernier peut retenir l’âne. Il

* ne lui est pas permis de le vendre, ou de le faire travailler, mais il peut le tuer. Or , comme les , Banbarrans estiment la chair de l’âne un mets délicieux, celte partie de la loi est souvent exécutée à la rigueur.

19 août. Les porteurs de M. Anderson partirent avec lui dé très -grand matin. Nous chargeâmes aussitôt les ânes , et quittâmes ' Toniba. Le sergent M’Real parufélre un peu en délire. Nous fîmes route jusqu’à trois heures,

# en montant les hauteurs qui sont au sud^de Toniba. Ayant alors atteint le sommet de la chaîne de montagnes que séparent le Niger

des branches du Sénégal les plus éloignées de la j

mer , j’allai un peu en avant ; et me plaçant tout *

au haut de la montagne , je revis leNiger roulant ses eaux immenses au milieu de la plaine 1 Après la marche fatigante que nous avions faite, la vue de ce fleuve était, sans doute, ?

bien agréable, puisqu’elle nous promettait la . !

fln , ou du moins l’adoucissement de nos peines» '

Mais quand je réfléchis que les trois quarts !

des soldats étaient morts peo^aiU la route , que, pour ajouter à notre misérable situation , nous

n’avions point de charpentiers qui eussent construit les bérques dans lesquelles nous nous pro> posions de continuer nos découvertes, cette perspective avait quelque chose de sombre. Cependant, j’éprouvai un plaisir réel, lorsque je réfléchis que , conduisant une troupe d’Européens avec un bagage immense, à travers un espace de plus de cinq cents milles, j’avais toujours pm conserver avec les naturels les liaisons de l’amitié la plus évidente. Dans le fait, ce voyage démontre avec certitude, i ® qu’au moyen d’une prudence ordinaire, on peut

transporter de la Gambie au Niger telle quart* tilé de marchandises que ce soit, sans craindre d’êire exposé aux rapines des naturels; a° que si l'on fait ce voyage pendant la saison sèche , on peut calculer qu'on ne perdra pas plus de trois ou quatre hommes sur cinquante.

Mais revenons au Niger. Ce fleuve était fort, ' enflé par les pluies; mais il ne paraissait pas débordé. 11 est certainement plus large, même en ce lieu, queMe-Sénégal ou la Gambie. Nous descend.imes avec difficulté la montagne , qui est escarpée du côté de BambaLou. Nous y ariivàmes à six heures et demie , et dressâmes nos tentes sous un arbre près de la ville. |

De trente-quatre soldats et quatre charpentiers qui étaient partis de la Gambie, six soldats et un charpentier seulement arrivèrenlau Niger.

Pendant la nuit, les^ups entraînèrent deux gi'ands paquets de toile placés sous la tente, à 1

une distance considérable. Là , ils mangèrent les ^

peaux dont ils étaient couverts, et s'en allèrent.

20 aoâu Je reçus un jeuqe bœuf en présent, de la part du douty . C’était pendant l'après-

midi y et nous l’attachâmes à l’arbre voisin de la tente, où tous les ânes étaient aussi liés. Aussitôt qu’il fut nuit ,>les loups l’éventrèrent, quoiqu'il fiât à moins de dix verges de l’entrée de la tente où nous étions tous assis. Les loups en ce lieu sont les plus forts et les plus'féroces

que nous eussions encore vus.

2 1 ai>ût. Je fis sécher un paquet do grains à collier , dont les cordons étaient tout pourris par la pluie. J’ouvris une poche de cuir qui contenait environ trente livres de poudre à tirer. Je voulais en faire usage dès ce temps même • mais je la trouvai toute mouillée et avariée. Je l’exposai au soleil, dans le dessein d’en tirer quelque parti. Je voulus me procurer un canot , pour transporter le bagage à Marrabou, la rivière étant navigable, en cette saison, au dessus des rapides. Pendant notre marche de Toniba à Bambakou , nous perdîmes le sergent M’Keil, Purvey, et« 5 amuel Hill.

22 août. De grand matin , tous les ballots furent mis^ur les ânes , et pprtés au lieu de l'embarquement, qui est un village appelé Bos-

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radon, à environ un mille et demi de Bambakou. 11 plut Irès-rfort pendant toute la matinée. Les canots ne purent contenir aucun des soldats, ni d’autres personnes, à l’exception de deux , pour surveiller les marchandises. Je résolus de m’embarquer avec M. Anderson , et de laisser M. Marijfn faire la route par terre avec nos gens. Ils voyagèrent sur les ânes.

L’embarquement eut lieu à trois heurés dix minutes. Le courant , qui est presque de cinq nœuds par heure , nous entraîna , sans que nous eussions la peine de ramer, sinon pour mettre les canots dans leur route. Le fleuve est large de plus d’un mille anglais ; et à l’endroit où sont les rapides, il a près du double de celte étendue. Ces rapides paraissent formés par le passage du fleuve parmi une chakie de rochers dans la direction du sud ‘-est. Us sont trèsnombreux, €t correspondent aux angles saillans de ces rochers. 11 y en a trois principaux , où l’eau se brise avec un bruit considérable dans le milieu du fleuye ; mais les bale^rs les évitèrent facilement, en se plaçant, au moyen de

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leurs rames, dans une des branches du fleuve voisines du rivage. Même en navigant de la.

sorte, la vélocité du courant était assez grande pour me faire soupirer.

Nous dépassâmes deux des principaux ra-^ pides , et trois plus petits , dans le cours de l’après-midi. Nous vîmes sur une des lies situées au milieu du fleuve , un grand éléphant couleur d’un rouge d’argile, et ayant des jambes blanches. J’étais fort mal de la dysenterie; sans cela , j’aurais tiré sur lui , car il était fort près de nous. Nous vîmes, tout au près d’une autre île, trois hippopotames. Les bateliers craignaient qu’ils ne nous suivissent, et ne renversassent le canot. Dans tous les cas , le bruit d’un fusil les effraie et les met en fuite. Ils lancent l’eau exactement comme une baleine.

Nous faisions route le long du rivage , lorsque un des mariniers perça d’un coup de lance une belle tortue , de la même espèce de celle que j’avais autrefois vue dans la Gambie , et dont j’avais fait lè dessin. Au coucher du soleil, nous ramâmes à terre , débarquâmes sur qùelqucs

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rochers unis, el nous nous mimes à faire cuire , pour, notre souper du riz et la tortue ; mais ce repas , dans le genre de ceux des aldcrmen (ou échevins ) de Londres , n'était pas à demi pré<> paré , que la pluie nous assaillit , et continua pendant toute la nuit avec une grande violence^

23 août. Au point du }our, nous nous rem-p barquàraes, fort mouillés et accablés de som^ meil. Nous dép9S$âmes>le trojsième rapide, et arrivâmes à Marrabou, à neuf heures. Notre guide trouva bientôt une grande hutte de, pas- • sage , où nous pûmes déposer notre bagage ,

â raison de huit livres d'ambre inférieur par ' ballot. Nous y portâmes tous ,nos effets en peu de minutes. Le soir, M. Martyn nous rejoignit avec tout son monde, à l'exception de deux hommes , qui arrivèrent le lendemain^

24 aoüt^ Je reçus en présent du douty, un jeune bœuf de petite taille. Notre guide ne

• voulut pas nous permettre de le tuer , parce qu’il était d’un noir de jais^ Le douty s’appe^ lait Soiee ; et telle était la^supers.tition dç çet

homme, que , pendant tout le temps où nous restâmes à Marrabou, il se tint enfermé dans 'sa hutte , persuadé que s'il voyait un blanc , il ne pourrait plus prospérer à l'avenir. •*

aSf/oüt. Jepayai à Isaac, en marchandises, se^ Ion nos conventions, la valeur complète de deux esclaves du premier rang. Je lui fis présent, en outre, de quelques articles; et je' lui dis que quand le palaver serait conclu à Sego ; il aurait, pour sa peine, tous les ânes et tous les chevaux.

:)6 août. Je mis à part tout ce que je me proposais de donner au roi Mansong , savoir :

Un beau coutelas, garni eu argent.

■•Deux fusils à deux coups, monte's en argent.

Deux paires de pistolets, idem.-*

Un sabre avec un fourreau mauresque.

^rente-deux vefge^^ie drap large, couleur e'carlate. Douze verges de drap bleu.

Douze de jaune.

Douze de vert clair.

•Une demi-charge , ou deux barils et demfde poudre à tirer.

.. A Da , Jik aînd de Mansong.

* Un fusil à deux coups , monte' en argent.

Une paire ôt pistolets , idem. '

Un sabre , idem.

Je désirais mettre, le plutôt possible, un^ terme «ux mécbans rapports des Maures et des Mahométaas de Sego. Je résolus donc d’envoyer Isaac dans cette ville, avec tous les objets que je viens d’indiquer, excepté ceux qui sont marqués ainà Je voulus qu’il dît à Modibinne , que je les livrerais aussitôt que je serais assuré des dispositions amicales de Mansong envers nous. Ce Modibinne est le premier ministre de Mansong,' et Mahométan , mais sans intolérance dans ses principes.

Isaac partit le a8, avec sa femme et tous ses effets. Depuis mon arrivée à Marrabou., . j’étais toujours* sujet à des attaques de dysenterie, M’apercevant que més forces déclinaient beaucoup, je résolus d’avoir recours au mercure. J’en pris donc jusqu’à ce qu’il affectât ma bouche^ au point de m’empécher de parler pendant six jours, que je passai aussi sans dormir. La salivation arrêta aussitôt la dysenterie, qui avait été fatale à tant de soldats.

Aussitôt que je fus rétabli, j’envoyai changer de rattibreiel do corail pour des cauris, qui sont la monnaie courante de Bambarra. Je m’en procurai environ 20 milles. 11 est singulier qu’en comptant les cauris, les naturels en appel* lent quatre-vingt, un cent; tandis que pour tons Içs autres objets , ils calculent par le cent ordinaire. Soixante sont appelés /e cent mandingue.

Le 6 , Thomas Dyer mourut de la lièvre* 11 fallut que je payasse mille coquillages au douty Sokee, avant qu’il me permit de il’enterrer. Il prétendait que si' le terrain n’était pas acheté avant l’inhumation , il ne porterait plus de bon grain dans la suite.

11 n’y a point, dans le voisinage de Marrabou, de bois propres à construire des barques, Le meilleur est près de Klànkaree , sur une branche large et navigable du Niger : presque tous Içs canots de Bambarra viennent de cet endroit. La plupart sont de bois de Mahogany.

Les voyageurs arrivant de Sego nous apportaient JLous les jours des nouvelles défavorables. Une fois on disait, et tout Marrabou ajoutait

foi à la nouvelle , que Mansong avait tué Isaac de sa propre main, et qu’il traiterait de la même manière tous les blancs qui viendraient dans le Bambarra. Nos craintes furent enfin dissipées par l’arrivée de Boukari, chanteur de Mansong, qui vint le 8 septembre, avec huit canots. 11 m.e dit qu’il > avait reçu ordre de Mansong de nous conduire , avec notre bagage, à Sego J que Mansong faisait une grande estime des prcsens qu’lsaac avait apportés , et désirait que nous fussions à Sego avant qu’il les lui offrit. Nous mimes notre bagage en ordre; mais ce fut seulement le 1 3 que le chanteur et ses somonis (bateliers) purent se déterminer à abandonner le bon bœuf et la bière du douty Sokee. Nous nous embarquâmes , et partîmes de Marrabou à trois heures dix minutes.

i3 septembre. Boukari envoya quatre somonis vers une ville au côté opposé (Ju fleuve , pour mettre en réquisition un canot destiné à porter une partie de notre bagage. Les habitans refusèrent de livrer le canot, et renvoyèrent les bateliers. Boukari marcha aussitôt avec tous lea

somonis, au nombre de trente->huit. tl ÊFàppà

au front avec son épée le propriétaire du canot^ et cassa , d'un coup d’aviron , la tête du frère de cet homme; ensuite il emmena comme esclave un de ses fils, et s\mpara aussi du canot.' Cependant, il remit l’enfant en liberté, lorsque son père l’eut rachetéiHpour deux milles cauris.

Nous quittâmes Koulikorro à onze heures# trente-cinq minutes. Je ne fatiguerai point ^ * votre seigneurie en consignant ici les détails du cours du fleuve, depuis Koulikorro jusqu’à Sansanding. J'espère pouvoir donner une cafte assez correcte de ses détours et de ses différentes' largeurs , quaj^d je serai de retour en Angleterre.

Nous voyageâmes pendant tout le jour d’une manière fort agréable. Rien , en effet , n’est plus beau que les vues de cette immense rivière,

quelquefois aussi unie qu’un miroir, et dans

d’autres instans ridée à sa surface par une jolie brise ; mais dans tous les temps nous faisant parcourir six ou sept milles par heure. Nous finies halte pour la nuit à Deena , village sur

la riie méridionale , et habité par des somonis. Nous eûmes pendant la nuit un ouragan qui mouilla beaucoup notre bagage. Nous couchâmes poar la plupart dans les canots , pour

noos opposer aux voleurs.

, i 4 septembre. Nous quittâmes ’Deena de très-grand matin , et arrivâmes à Yamina à m quatre heures ciquante-cinq minutes. Nous y * ^ limes halte le 1 5 , pour acheter des cauris.

Le i6, nous partîmes d’Yamina, et le soir arrivâmes à Samee , où nous débarquâmes notre bagage. Boukari se mit en roule pour Sego , dans le dessein d'annoncer à Mansong notre arrivée. . ,

i8 septembre. Point de nouvelles de Sego.

. 19 septembre. "Vers deux heures du matin , Isaac revint de Sego dans un canot , avec tous les présens que j'avais envoyés à Mansong. Ce roi n'en avait jamais un seul. Quand il apprit que j’étais arrivé à Samee , il dit à Modibûme d'informer Isaac qu’il devait reporter les effets k Samee , où il enverrait qtielqu’un pour les recevoir de mes propres mains. Isaac

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m’assura que Mansong, dans ses entrevues avec lui , avait toujours déclaré qu'il nous permettrait de passer. Mais toutes les fois qu’Isaac )

^faisait de nous une mention particulière, ou lorsqu’il rapportait quelqu’un des évènemens qui nous étaient arrivés pendant le voyage ,

Mansong cooiàaençait aussitôt à faife des carrés et des triangles tur le sable avec son doigt , et continuait la même opération tant qu Isaac parlait de nous. Isaac ajouta que , seldh son opinion , Mansong avait peur de nous ; particulièrement parce qu’il c’avait jamais exprimé le désir. de nous voir, mais bien plutôt le sentiment contraire. .

23 septembre. Le soir, Modibinne et quatre •

autres amis de Mansong arrivèrent dans un canot, lis m’envoyèrent chercher; et Modibinne me dit qu’ils étaient venus par les ordres de Mansong, pour entendre de ma propre bouche ce qui m’avait amené dans le Bambarra. 11 ajouta que j’y penserais pendant la nuit , et que le lendemain matin , il me viendrait voir. Man»

song , reprit-il , m’avait envoyé un jeune boeuf.

qu'il me montra» 11 était très^gras , et blanc comme du lait.

aS septembre. Aussitôt que nous eûmes déjeuné ,'Modibinne et les quatre seigneurs vinrent nous -rendre visite. Quand ils se furent assis, et après les complimens d’usage ÿ-Modi>> binne me prja de l'informer des motifs qui m’avaient déterminé à venir dans l^ur pays. Je leur parlai ainsi , dans la langue du Bambarra :

« Je suH l’homme blanc qui vint , il y a M neuf ans , en Bambarra. J’allai alors à Sego , « et demandai à Mansong la permission de nfe « rendre dans les contrées de l’est. Non seule- « ment il me permit de passer , mais il me

* donna cinq milles cauris pour acheter des « provisions en route; car, vous savez tous que « les Maures m’avaient volé ce que je possc- « dais. Cette généreuse conduite de Mansong « envers moi, a rendu son nom très-respec- 4 table dans le pays des blancs. Le roi de cette (f contrée m’a envoyé de nouveau dans le Bam-

c( barra; et si Mansong est disposé à ipe pro-

« téger , si vous, qui êtes ici assis , vous voulez

« avoir de l’amitié pour moi , je vous appreti* <r dr^i le véritable motif de ma venue dans M votre paya. »

IModibinne me dit de continuer , parce qu’ils étaient tous mes amis. Je repris donc :

« Vous savez tous que le peuple blanc est « un peuple commercant , et que tous les ar-^ « ticles de valeur que les Maures et le peuple (( de Jinnie apportent à Sego,-sont faits par « nous. Si vous parlez d’un bon fusil ; qui « l’a fait ? les blancs. Si vous parlez d’un pis- « tolet , d’une pièce de baft , ou d’écarlate , ou « de grains à collier , ou de poudre à canon , « le tout également bon ; qui a fait ces divers « objets? les blancs. Nous les vendons aux M Maures : les Maures les apportent à Tom- « bouctou ^ et les y« vendent à un plus haut « prix. Les gens de Tombouctou les vendent a à ceu;t de Jinnie , à un prix encore plus haut^ « et ceux de Jinnie vous les revendent. Mainte tenant^ le roi du peuple blanc désire trouver « un chemin par lequel nous puissions vous ap* « porter nos marchandises , et vous les vendre

« toutes à beaucoup meilleur marché que vous « ne les obtenez aujourd’hui. Dans ce dessein U si Mansong me permet de passer , je me prof( pose de descendre en barque le Joliba, jus- « qu’au lieu où il se mêle avec l’eau salée ; et » si je ne trouve dans la route ni rochers , ni ft périls quelconques, les petits bâtimens des « blancs viendront commercer à Sego, si Man- K song le désire.

« Je me persuade et j’espère que vous ne H direz à personne , excepté à Mansong et à M son fila , ce que Je viens de vous dire ; car (( si les Maures en entendent parler, je serai <1 certainement assassiné avant que j’arrive à (( l’eau salée. »

Modibiane me répondit :

<;< Nous avons entendu*ce que vous venez « de dire. Votre vo-yage est bon ; et puisse Dieu (( vous y faire prospérer ! Mansong vous pro- « tégera*

a Nous transmettrons vos paroles à Mansong, « cet après-midi , ou demain : nous vOUs ap- « porterons sa réponse. » Je dis à Isaac de leur

montrer les Jiffsrens effets què je destinais à Mansong et à son dis. lis furent charmés du coutelas , des fusils à deux éôups ; et en effet tout était fort supérieur à quelqu'autre chose de la même espèce qu’ils eussent encore vu.

Quand j’eus étalé tout ce qui était pour Mansong et son fils^ je âs des préseoâ à chacun des seigneurs et à Modibinne de drap écarlate. Modibinne me dit qu’il avait examiné ce que je voulais offrir à Mansong et à son dis ; que le présent était beau et digne de Mansong.

« Mais, ajouta-t-il , Mansong a entendu tant « de récits eOneenaant votre bagage y qu’il désire « que nous t’examinions. Nous h’ouvrironst « point les ballots qui sont couverts de peaux ^ « vous nous direz ee qui est dedans y et cela « suffira. » Je lui répondis que j’avais seulement ce qui était nécessaire pour acheter des prévisions ; et qu’ils me feraient beanéoup de phiisir, s'ils voulaient me dispenser d'ouvrir les ballots. Ils p>ersistërent ^ et je ds apporter les paqnets , aj^ant soiu , avec l’aide des séldats , de cacber tout le bon ambre et le corail.

( ïB4 )

• Quand tous les paquets eurent été examinés, je demandai à Modibinne ce qu il pensait dé mon bagage, et s'il y.avait vu d autres coutelas garnis d’argent, ou d autres fusils à deux coups? Il me dit qu’il n’avait rien vu de mauvais, et rien que ce qui était necessaire pour acheter des provisions. Il ajouta qu il en parlerait de la sorte à Mansong. Ils partirent ensuite pour Sego; mais ils ne voulurent pas accepter le présent destiné à Mansong , avant d avoir entendu sa réponse.

' 24 septembre. Les soldats Seed et Barber moururent pendant la nuit , l’un de la fièvre , l’autre de la dysenterie. Je payai les somonis en morceaux d’ambre pour lés enterrer.

. 25 septembre. Modibinne et ses compagnons revinrent avec la réponse de Mansong , dont je donne ici une traduction littérale.

■« Mansong dit qu’il vous protégera ; que le « chemin vous est ouvert par-tout aussi loin « que sa main ( son pouvoir ) s’étend. Si vous « désirez aller à l’est , aucun homme ne vous « fera du mal , depuis Sego jusqu’à Tombouc-

t< tou (i). SI vous désirez aller à l’ouest, vous « pouvez voyager dans le Fouladou et le Man-

I) Celle fameuse ville de Tombouctou , objet de tant Je conjectures et de relations peu d’accord entre elles , a enfin e'te décrite par Robert Adams', matelot américain , dontM. Coock, membre de la compagnie d’Afrique , à Londres , a rédigé et publié le voyage.

Robert Adams , embarqué sur le navire le Charles , fifhaufrage , en 1810, près du cap Blanc, fut fait esclave par les Arabes, ainsi que ses neuf compagnons d’infortune , et amené à Tombouctou , eu traversant le désert. Après un séjour d’environ six mois, on le ramena vers la côte , et il fut racheté par M. Dupuis , vice-consul anglais à Mogador.

Voici le résumé de ce que Robert Adams rapporte de plus important sur l’état de Tombouctou, à l’époque où il habita cette ville. On s’est attaché à ne reproduire ici que ce qui a été confirmé dans les notes jointes par M. Dupuis à cette relation. Ceci est un appendice con^ venable au second voyage de Park.

Tombouctou s’appelle Timbouctou, selon M. Dupuis. Il assure que tous les marchands ou esclaves qui lui en avaient parlé, lui donnaient invariablement ce dernier nom. Quand Adams y fut conduit avec ses maîtres arabes , faits prisonniers à leur tour par les nègres du

« dingue , dans le Kasson et le • Bondou j le « nom d'étraTfger de Mansçng , sera pqur

pays, le roi s’appelait fP^’ollo , et la reine Futima p deux paraissaient fort âges. ^ ^

Leur palais c'tait de terre glaise mâle'e d’herbes , et ne se composait que d’un rez-de-chaussc'e de huit à dix pièces. Les officiers de service, au nombre d’environ trente , avaient pour armes des poignards , des arcs et des flèches.

Près du palais est un enclos où les marchands arrivant dans la ville de'posent leurs objets de commerce. Un petit magasin d’armes , qui se trouve dans ce même palais , renfermait une vingtaine de fusils , qu’Adams crut de fabrique française , mais dont on ne faisait aucun usage.

Pendant tout le temps qu’il resta dans la ville, ainsi qu’un matelot portugais pris avec lui , il euttoute facih'lè de s’y promener, et de se montrer aux curieux , trèsempressés de voir les esclaves chrétiens.

Tombouctou est dans une plaine, à environ deux cents pas nord-ouest d’une rivière qu’Adams appelle la Mar-Zurah. Sa grandeur peut l'galer celle de Lisbonne; mais la ville africaine n’est pas aussi peuplée, les maisons n’ayant qu’un rez-de-chaussée , et étant éparses çà et là, sans alignement de rues. P n’y a point de

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« vous une protection suffisante. Si vous dé^ « sirez construire vos barques à Samee ou k

remparts. Les maisons sont carrées et construites en bois ou en terre , avec des toits plats.

Au point le plus voisin de Tombouctou , la rivièrf , que M. Dupuis croit être un bras du Niger , a trois quarts de mille de largeur. Cet écrivain et M. Coock ont contesté ce que dit Adams sur le cours de cette rivière, qu’il assure couler au sud-ouest; mais il faut renvoyer, pour cette discussion , à la traduction de M. Frasans.

Les eaux de la Mar-Zarah sont saumâtres. Elle est très-poissonneuse : on y pêche des mulets , et un poisson rouge à peu près gros comme le saumon ; les babitans les font presque toujours bouillir. On les pêche dans de petits canots de dix pieds de long , tout au plus , et qui ne peuvent contenir plus de trois hommes. Ils sont faits de tronc de figuier , calefktés avec de l’herbe , et mis en mouvement par des pagayes de cinq ou six pieds de largeur. On ne voit pas sur la rivière d’autres bâ- • timens.

Les principaux fruits sont des noix de coco , des dattes , des figues, des ananas (souvent appelés pommes de pin, par les voyageurs , à cause de leur forme). Un autre fruit vient sur une espèce de pêcher ; comme il

«Sego, à Sansanding ou à Jinnie, nommez « la -ville, et Mansong vous y fera conduire.»

est excellent et Irès-rare, on le recherche avec soin pour la famille royale.

•Les ve’ge’taux potagers sont les carottes , les navels, les patates douces, les fèves et les choux. Les graines, le riz et le mais , ou ble’ de Turquie. Une houe suffît pour cultiver le sol. Adams ne vit employer ni bêles à cornes , ni autres pour le labourage.

Il ny a point de chevaux à Tombouctou. Les quadrupèdes sont les èle'phans , les bœufs , les vaches , les chèvres , les ânes , les chiens , les lapins , les gazelles. Outre

les chameaux et les dromadaires , on y voit un animal

de la même espèce , appelé heirie. Il est plus petit , ne porte point de fardeaux , et court avec une ce'le'rité surprenante. Comme il supporte une longue course et une abstinence très-prolongèe , on l’appelle avec raison le chameau du désert.

Parmi les animaux nuisibles vus par Adams , étaient des renards, ou plut&t des chacals, des porcs*e'pics , des babouins , des loups , des rats très- gros, qui fre’quentent les bords des rivières , et une espèce de lynx.

La pintade , ou poule de Guine’e , est le seul oiseau domestique. Les autres sont l’aigle , la corneille, le hibou , le perroquet vert , et une espèce de lie'ron brun

11 me dit ensuite que Mansong désirait acheter de moi quatre mousquetons , trois épées ,

qui ne vit que de poisson. Les oiseaux de bocage sont nombreux et variés , tant de formes que de plumage.

On voit encore dans le pays des autruches , que les nègres , montés sur des heiries , abattent à coups de bâton.

La viande dont on se nourrit le plus communément , est celle de chèvre et de chevreau. •

On trouve à Tombouctou deux especes de fourmis , noires et rouges , en prodigieuse quantité. •

■ Les nègres empoisonnent leurs flèches , en mèlaut , du soufre avec une espèce d’opium de couleur noire.

Ils sont vigoureux , peu sujets aux maladies , s’exposent à toute la chaleur du soleil, et couchent ordinairement en plein air sur les toits de leurs maisons. Tous ont des incisions sur le visage, depuis le haut du front jusqu’au nez , et de droite et de gauche sur les sourcils.

Les femmes multiplient , par coquetterie , le nombre de CCS incisions. Toutes sont couvertes d’une couleur bleue minérale indélébile. >

Les hommes vont tète nue ; les femmes, quand elles le peuvent , se parent d’une grande quantité d’ornemens en ivoire , en or , en os , et en cuivre.

Les cérémonies du mariage paraissent fort simples.

un violon qui appartenait à M. Scott , et quelques colliers de Birmingbam , qui lui plaisaient

Outre l'epouse légitimé , les nègres ont plusieurs concubines; mais elle a toujours la preeminence» qui toutefois ne l’empéchc pas d’être biittue comme les autres ,

' dans les momens de jalousie.

L’enfantement ne cause presque aucune douleur. L'enfant naît d’une couleur rougeâtre; mais après trois ou quatre jours , il devient noir.

Les mceurs du peuple sont fort relâcbe’es. Dans la chsse supérieure, celui quLséduit une fille est condamné à l’esclavage , s’il ne l’épouse pas , ou s’il ne la prend pour concubine , lorsqu’il est déjà marié. Adams vit un jeune homme qui aima mièux être esclave , que d’épouser sa belle. Il ne tarda cependant pas à s’en repen- / tir ; mais la loi fut cfxécutée à la rigueur , et on l’envoya au loin pour être vendu.

< Le crime cle l’avortement est, selon Adams, très-commonàTomboneIou;etqciandlesfilless’jr refusent,il arrive, quel^efois qneles pères les empoisonaent en secret.

Le voyageur ne vit aucune apparence de culte public ; cependant , aux funérailles , les amis du mort sembleut souvent prier et se recueillir.

Personne ne sait écrire , et les comptes se font avec des tailles de bois.

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plus que toute autre chose. Il ajouta enfin que le roi m’avait envoyé un jeune bœuf, et son

’ Pas d’autres lue'decins que de vieilles femmes , qui emploient des simples, et guérissent assez souvent. L'une d’elles 6t disparaître, en moins d’un mois , une loupe de la grosseur d’un œuf qu’Adams avait sur la main droite. Elles ont , pour les maux de dents , une racine d’un effet • merveilleux; car, outre la dent gàtce , elle en fait souvevit tomber plusieurs autres des plus proches.

Ces femmes sont , de plus , très-habiles sorcières , selon l’osage des contrées où l’on n*est parvenu qu’à une demi civilisation.

On vit long-temps dans ce pays , et il n’y a qne peu d’aveugles, tous vieillards.

Un fifre , un tambourin et une espèce de guitare sont les seuls instrumens de musique. Comme tous les autres nègres , ceux-ci aiment la danse à la fureur.

De temps en temps , il sort de la ville' des troupes armées : elles cherchent à faire , dans le pay& de Bambarra , ou les autres contrées voisines , des esclaves , que l’on échange ensuite contre des marchandises.

Le bâton est la punition des délits ordinaires ; l’esclavage celle des grands crimes : il est rare que l’on condamne à mort. Mais tout lecteur partagera , sur celle douceur apparente, l’opinion de M. Coock. Oa

fils un autre , avec un mouton * Je dis à Modibinne que l'amitié de Mansong était plus prédoit taer peo souvent dans un pavs où les hommes sont marchandise.

Comme dans les pays que traversa Mnngo Parle , les coquillages appelés cauris, sont la monnaie conrante ; on e'change les esclaves , la poudre d’or , l’ivoire , la gomme , les plumes d’antrnche et les peaux de chèvre , »

contre la poudre à canon , le tabac , le goudron , le nankin bleu , les couvertures , les jarres de terre et quelques soieries. Ces divers objets sont ensuite revendus ou e'changés dans l’intérieur , ou les pays voisins».

Ils proviennent originairement des Maures , ou de quelques autres peuplades nègres.

Il se fait à Tombouctou une grande consommation de tabac , soit en poudre , soit à fumer.

On ne trafique pas avec les Maures , sans des précautions que commande la défiance. Us n’obtiennent point facilement la permission d’approcher de la ville 3 et on ne les y reçoit jamais en caravanes nombreuses.

La saison sèche dure ordinairement neuf lunes. Vient ensuite la saison des pluies , qui dure de trois à quatre lunes. Vers septembre ou octobre , les caravanes de la Barbarie, pour Tombouctou , se forment sur la lisière

cieuse pour moi que les objets dont il avait parlé; qu'ainsi je m’estimerais heureux si Mansong voulait bien les .accepter comme une nouvelle preuve de mon estime.

Je choisis Sansanding , pour équiper notre barque , parce que Mansong n’avait jamais exprimé le désir de me voir, et que je pourrais y vivre plus tranquille , et moins exposé aux demandes qu’à Sego. J’envoyai en conséquence les bœufs par terre à Sansanding.

36 septembre. Nous partîmes de Samee. Les canots n’étaient point couverts de nattes ; et comme il n’y avait pas de vent , le soleil devint d’une chaleur insupportable. Je me sentis accablé d’un violent mal de tête, qui augmenta

septentrionale du de'sert. Elles se mettent en route après les pluies , et retournent en mars.

Quand Adams demanda à des nègres de Tombouctou les noms des dilFe'rens lieux dont ils avaient connaissance , ils lui citèrent Soudenny, Tudenny, le pays des Bambarras, Mutnougo, Tuarick , ville très-considerable à l’est , Mandingo , Bondou et Jinnie.

au point de me jeter presque dans le délire. Je n’ai jamais vu de journée si brûlante. La chaleur suffisait pour rôtir, un aloyau : mais le thermomètre étant dans un des paquets de l'autre canot, je ne pus en déterminer le degré. Nous passâmes au-dessous d’un petit ruisseau , dans le nord de Sego-Korro, et fîmes halle en face de Segosee-Korro , près des montagnes de sable, > où j’avais autrefois attendu un passage. Nous restâmes là une heure , jusqu’au retour d'isaac , qui était allé à Segpsee-Korfo , pour informer Mansong de notre passage. Quand il revînt , il forma au-dessus du canot un ombrage avec^ quatre bâtons et deux nranteaux ; le soir , ^ me trouvai à moEt atse^ et moins tourmenté de la fièvre. Au coucher du soleil , nous nous approchâmes , en ramant , du rivage septentrional, où il y a quelques roches plates sur lesquelles ceux qui voyagent par eau passent quelquefois la nuit. Nous trouvâmes en ce lieu beaucoup de monde. Je comptai de trente à quarante feux. En conséquence , nous nous dirigeâmes un peu au nord , et nous

dormîmes sur un banc de sâble couvert de verdure.

ti'j septembre. Au point du jour, nous nous remîmes en route ; et cherchant à gagner le milieu du fleuve , nous passâmes devant un village de bateliers et de pêcheurs , situé dans une lie. Les huttes occupaient la totalité du terrain qui était à sec, et il avait l'air, même lorsqu’on en était tout proche , d’un village flottant. Nous arrivâmes à Sansanding vers dix heures. Le peuple accourut en si grande foule au rivage pour nous voir , que ^loiis ne pûmes débarquer notre bagage , jusqu’à ce que les curieux eussent été chassés à coups de bâton , par ordre de Kountie-Maroadre. Après cela , on nous donna , pour nous reposer , une vaste • butte , attenante à une autre dans laquelle nous déposâmes tous nos effets.

aS septembre. Marshall et William Garland , tous deux simples particuliers , moururent , l’un de la fièvre , l’autre de la dysenterie. Pendant la nuit , les loups emportèrent Gaiiand , car la porte de la hutte où H était mort , avait

été laissée ouverte. Nous ensevelîmes Marshall, le matin suivant, dans un champ de blé voisin du temple.

4 oc<o^/-e.Mansong m’envoya, pour les raccommoder, deux platines de fusil brisées, et un plat d’étaim , dans le milieu duquel était un trou. J’eus beaucoup de peine à persuader à l’envoyé qu’aucun de nous n’entendait rien à cette besogne.

6 octobre. Da , fils ainé de Mansong, m’envoya un canot en présent, et me demanda de lui vendre une|irquebuse, trois épées, avec du drap large , bleu et jaune. Je lui envoyai trois épées et dix ampas de drap jaune. Je reçus en retour six mille cauris.

Sansanding, selon Kountie-Mamadie, contient onze milles habitans. Ce lieu n’a point de bâtimens publics , à l’exception des mosquées, dont deux , quoique bâties en terre , sont assez élégantes. La place du marché est un large carré , et les différens articles de marchandises sont exposés sur des échoppes couvertes de nattes , pour les garantir du soleil.

Le marché est rempli de monde , du matiii jusqu’au soir. Qnelques-uoes des boutiques ne contiennent que des grains à collier, d’autres de l’indigo en balles ; d’autres des cendres de bois en balles; d’autres encore des toiles de Houssa et de Jinnie. le remarquai une boutique où il n’y avait que de l’antimoine en pelks morceaux. Dans une seconde, était du soufre ; dans une troisième on ne voyait que des anneaux et des bracelets de cuivre et d’argent. Dans les maisons qui forment la place, on vend de l’écailale, de l’ambre, des soies de Maroc, et du tabac qui ressemble au tabac du Levant, et vient par la voie de Tombouctou. A côté est le marché au sel , dont une partie occupe un côté de la place. Dans le centre de cette même place , est une vaste échoppe de boucher , où l’on vend chaque jour de la viande, aussi bonne , aussi grasse que l’on > puisse en trouver en Angleterre. Le marché à la bière est à peu de distance , sous deux grands arbres. On expose souvent en vente de quatre-vingt à cent calebasses de bière, con-

tenant chacune environ cent gallons. Près du marché à bière est le lieu où se vend le cuir rouge et jaune.

Outre les places de marché ordinaires, il y a un très-vaste e^ace destiné au grand marché, qui se tient^ous les mardis. Ce jour-là , une quantité surprenante de gens viennent de la campagne , pour acheter en gros des articles qu’ils vendent en détail dans les difFérens villages, etc. On tue communément de seize à vingt jeunes bœufs mauresques, gros ét gras, le matin du jour de marché.

^ 8 octobre. Comme Mansong avait tardé plus que je ne m'y attendais , à m'envoyer les canots qu’il m’avait fait promettre je crus que le mieux serait de me procurer une quantité sufHsante de coquillages pour en acheter deux ; particulièrement lorsque je réfléchis que le fleuve baisserait en peu de jours j car il était diminué ce matin d’ehviron quatre pouces.

J'ouvris donc une boutique dans le grand genre, et j’exposai un assortiment choisi de marcliandises européennes, à vendre en gros

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ou en détail. J'eus un grand débit , qui , jç suppose f m'attira l'enrie des marchands , mes confrères ; car les gens de Jinnie > Les Maures > et les marchands de la saille, se joignirent avec ceux de Sego, et, en présence de Modibinne, . de la bouche duquel je tiens le fait, offrirent de donneràMansong une quantité de marchatiidises d'une plus grande valeur que tous les présens qu’il avait reçus de moi , s’il voulait s’emparer de notre bags^e, et nous tuer , ou nous rea^ voyer sur nos pas, en nous chassant du Bambarra. Ils alléguaient que mon projet était de tuer Mansong et ses fils , par le moyen de mes enchantemens , afin que le peuple blanc pùt venir s’emparer du pay& Mansong, par une eonduite qui lui fait le plus grand honneur , rejeta Cette proposition , quoiqu’elle û^t secondée par les deux tiers du peuple de Sego , et par presque tout Sansanding. g

Du 8 au i6 , il n’arriva rien d’important. Je vis de jour m jour ma boutique plus cnviconoée de chalands; et l'état dé mes affaires devint id brillant, que je fus quelquefois obligé d’ein->

ployer trois caissiers à la fois, pour compter mon argent. Un jour de marché, je reçus 35,756 pièces de monnaies ( des cauris ).

Le second jour après mon arrivée à Marrabou , n’ayant point reçu de nouvelles concernant M. Scott , j’envoyai un messager à Roumikoumi , afin qu’il me le ramenât , ou qu’il prie rapportât ce qu’il était devenu. Il revint le quatrième jour , et nous dit que M. Scott était mort. Les naturels avaient volé ses pistolets ; mais il avait conduit le cheval à Bambakou.

Quand Modibinne demanda à Isaac quels présens me seraient le plus agréables, en retour des miens , Isaac , à qui j’avais d’avance dicté sa réponse , dit que , selon sa pensée , je désirerais deux grands canots. Modibinne m’assura qu’ils seraient envoyés â Sansanding, immédiatement après l’époque où nous serions arrivés.

Pour donner une juste idée du commerce et des profits à faire sur différens articles vendus à Sansandig , j’ai dressé une liste de mar-

cbandises d^Europe et d’Afrique , avec^ leurs^ valeurs respectives en canris, le grand 'moyen d'échange, et la monnaie courante dans tout le Bambarra.

▲&TICLES nSUROPK.

Valenra en canris.

Un fusil 637,000

Un coutelas i,Sooà2,ooo

Une pierre à fusil.

Poucire à tirer, une bouteille 3 , 080

Ambre n* I 1,000

a” a Soo

Corail a* 4 < le morceau : €0

Grains à collier noirs. ao^

’ Grenats rouges , le collier. 4 ^

blanc, idem,. 40

Agathcs bleues , le collier. poa

Corail de roche rond , le grain 5

long , idem , 5

Crains d’or , chacun.. 10

. Talenra en canrls.

Un fcaft , ou pied de toile des Indes 20.000

Un barraloulo 8,000

Drap e'carlate , dis Empans J . i . . 20,000

s’il est vendu en detail 5 o.'ooo Drap léger jaune, presquf autant que l’écarlate.

Le bleu , pas aussi cher. ■ •

Papier, la léuille 4^

Un dollar dé 6 à 12,00a

Or , depuis il. 5 s. st. jusqu’à 2 L Lû s.

' FRODUITS d’aFRÏQUÉ.

Un minkalli d’or s. 6 d. st. ). . . . . ... 5 , 000

Quatre minlalUs égalent 5 L 5 s. st.

Ivoire , les plus larges dents , chacune... .... 10,000

Celles de la grandeur mojrenne.. .......... 7,000

I Les plus petites. . 5 ou 4 »oo

ru Feuilles .d’iadigo battues et sèche» ^ en nfion- ^aux plus. gros qne le.p.oipg,. chaque monceau , 4^

• |Un esclayp .d’élite , màle ..< JfOyOoo

Une remme. esclave, aussi d’élite de 80 à 100.000

Une hile esclave !.. 4 o> 0 oo

Un cheval , depuis deux jusqu’à dix esclave* d’élite. ...

t Une vache grasse. . i5,tfoo

( ao 5 )

Valeurs en cauris.

Uli àae.. 17,000

mouton ^ 3 à 5 , 00e

Une volaille sSo à 3 oo

D’excellent bœuf gras , ce qui suffirait pour la nourriture de sept hommes penchant un jour, 620 D’excellente bière , ce que le même nombre ' d’hommes pourraient en boire pendant un jour, 3 oo

16 octobre. Modibinne et Jower arrivèrent; ils me dirent qu’ils m’avaient amené un canot de la part de Mansong. Tallai le voir, et fis l’observation que la' moitié en était pourrie. Ils envoyèrent chercher une autre moitié à Sego ; mais quand elle arriva, elle ne put s’ajuster à celle du canot. Je fus donc forcé de faire encore partir Isaac pour Sego ; et comme Mansong m’avait fait demander, par Modibinne, de lui vendre toutes les armes de réserve que je pourrais avoir , je lui fis parvenir deux mousquetons , deux fusils de chasse , deux paires de pistolets , et cinq fusils hors de service. Je désirais qu’en retour , Mansong m’envoyât un canot convenable, ou qu’il me permit d’en acheter un , pour que je pusse continuer

mon voyage. Isaac retourna , le 20 , avec un grand canot; mais la moitié en était usée et rapiécetée. Je m’occupai donc de joindre la bonne moitié à celle qui m’avait éié auparavant envoyée. Avec l’aide d'Abrabam-Bolton , j’en enlevai tous les morceaux pourris , et j’en bouchai tous les trous. Après dix-huit jours d’un travail très-dur, je métamorphosai le canot de Bambarra, en un schooner de sa majesté, que je nommai /e Joliba. Sa longueur est de quarante pieds, sa, largeur de six; il a un fond plat , et ne üre qu’un pied d’eau quand il est chargé.

28 octobre. Acmc\ heures un quart du matin,

mon cher ami, M. Anderson, mourut, après

une inaladie de quatr.e mois. Je me , sens très-

porté à parler de son mérite ; mais comnae un

petit nombre d’amis seulement connaissait

tout, ce qu’il valait, J'aime mieux .chérir en

silence sa mémoire , et.imiter sa conduite calme ' «

et mesurée , que defatiguer mes amis par un par négyrique pour lequel il ne serait pas à supposer qu’ils se joignissent à moi. Je. me contenterai

remarquer qu’aucun évènement du voyage n'altrista le moins du monde mon esprit, jusqu’à l’instant où je plaçai M. Anderson dans sa fosse. Je fus alors aussi affecté que si j’avais été abandonné une seconde fois, sans amis, au milieu des déserts de l’Afrique.

14 novembre. Le schooner est maintenant presque préparé pour notre départ. Tattends seulement qu’Isaac revienne de Sego , afin de pouvoir le charger de ce journal.

1 5 novembre. Isaac est de retour. 11 nous a dit que Mansong désirait avec ardeur que je partisse le plutôt possible, avant que les Maures de l’est eussent connaissance de mon arrivée. J’achetai des peaux de bœuf pour en former une couverture qui nous défendit contre les piques et les flèches des Sourkas et des Mahii^as , qui habitent le bord septentrional^du fleuve , entre Jinnie et Tombouctou.

16 novembre. T^ut est prêt, et nous partons demain , dans la matinée , ou le soir. Je vais donc terminer cette longue mission par quelques notions diverses.

( ao6 )

Dans la planche ci-contre, on trouve une esquisse du cours du Niger, calquée sur celle qu’un vieux somoni a faite. Il a été sept fois à Tombouctou , et y va maintenant pour la huitième.

La Ba-Nimma ' sort des montagnes Kong, au sud de Marrabou. Elle passe à une journée sud de Sego , et ayant reçu une branche de la Miniana , se jette dans le lac Dibbie. Cette rivière n’est pas la moitié aussi large que le Niger : je n’en ai pas le moindre doute; car je l'ai entendu dire à un grand nombre de personnes. Nous ne verrons point Jinnie en allant è Tombouctou.

Route de Sego à Miniana. ^

De Sego, en un jour.

^Deena, on passe la Ba-Nimma en canot, et#on fait halte sur le bord méridional ; de là en un jour ) à'

Damarou Mullo-Soo ,

Sijirri , Billi-Soo.

Neaguana , £n tout sept jours.

Les habitans de Miniana mangent leurs en-

nemis et les étrangers qui meurent dans leur pays ; mais telle est leur vénération pour la vache , qu’ils ne la tuent jamais : quand elle meurt , ils mangent sa chair. Miniana est moi> tagneux ; tous les grains y sont cultivés comme à Bambarra. , i - !

RttUtê de Sega à- Bcedou, • ■

De ^gd , en un jour , â

Wi7 ' ' ' ' ‘ '

Kougou , " '

Cbéixiosnu , '

N. Goi (i>, * ■ '

N. Jeers , ‘ , =

JeeniM y

Chekora , i . ■ /

Doq-WasMU ,

Kduateela,' i ■ - ' .

Guandou , sur les bords .

Doumha À

de la Badingfing, petite ri» , Cbongi^ , vièretorlantde la Miniana, Teng; Géra, grande ville

Cherabou ,

de Juli } Juli est appele'e en

Babou,

Bœdou Kirko -Bimba ,

Blendou ,

Teeleemagee ,

Koulokoo,

Soumasou ,

Kajr-a ,

Kourinsou ,

Wangeera,

Jondou , ville de Juli ,

Jibbi ,

Sala ,

Nemansana ,

N. Kannou, ville de Juli.

(i) Ealt ainsi dans le manosciit de Pork.

La totalité des lienx pre'ce'dens est dans le Bambarro.

Totti , ville de Bœdou ; Bœdou , la capitale^

Les JuKs sont des peuples qui entendent la langue de Bœdou et de Miniana ^ et qui sont employés comme interprètes et courtiers par les marchands de sel.' Un voyage d’un mois au sud de Bœdou , à travers le royaume deGotto^ condujra le. voyageur au pays des chrétiens, qui ont leurs demeures sur les bords de la^Ba-sea-Feena. Ils représentent celte rivière comme incomparablement plus large que le lac Dibbie; et disent que Teau coule tantôt d’un côté, ^tantôt d’un autre. Il n’y a point d’arbres de shea dans le Kong ni le Gotto , et on en trouve fort peu en Bœdou.

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