‹ Second voyage de Mungo Park dans l'interieur de l'Afrique, pendant l'année 1805 précédé d'une notice historique et biographique sur la mort de ce celébre voyageurChapitre 84 sur 86 · JOURNAL · texte numérisé non relu

JOURNAL

D'AMADI -FATOUMA.

IVovs partlmes'de Sansanding dans un canot > le 27' jour de la lune(i); en deux jours nous arrivâmes à Selle (2), où M. Park avait terminé son premier voyage. M. Pàrk acheta un esclave pour l’aider dans la conduite du canot. Nous étions neuf en tout pour cette navigation , MM. Park, Martyn, trois autres blancs, trois esclaves et moi , comme guide, et comme interprète. Nous achetâmes l’esclave sans débarquer. En deux jours nous arrivâmes à Oinne. Nous

donnâmes au chef une pièce de baft , et conti- • ^

(1) Ce Journal ne désigne ni la lune ni l’année.

(2) Appelé Silla , dans le premier voyage de M. Park.

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nuÀmes notre route. Quand nous passâmes à Sibb)f (i), trois canots vinrent après nous, armés de piques , de lances, d’arcs et de flèches, etc. ; mais sans armes à feu. Certains de leurs intentions hostiles, nous leur ordonnâmes de rétrograder; mais ils refusèrent, et nous fûmes obligés de les repousser par la force. Nohs continuâmes notre route , et arrivâmes devant Rakbara (a). Trois autres* canots vinrent pour nous interdire le passage : nous les repoussâmes. Parvenus en face de Tombouctou , nous fûmes encore attaqués par trois canots. Nous les battîmes, tuant toujours plusieurs naturels. Devant Gouroumo , nous en battîmes également sept qui étaient venus au-devant de nous. Nous perdîmes un blanc , qui mourut de maladie , et n#us nous vîmes ainsi réduits à huit combattans. Chacun de nous avait quinze fusils tou-

(1) Il n’est point fait mention des e'poques. Ce lieu est appelé' Dibbie dans le plan.

(2) Appelé' Kabra dans le plan.

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jours chargés et préparés pour le combat. Nous dépassâmes un village dont j’ai oublié le nom , et qui est; la résidence du roi Gotoijege. Aussitôt après, nous comptâmes soixante canots qui venaient sur nous. Nous les repoussâmes en tuant un grand nombre d'hommes. Voyant tant d'hommes morts, et reconnaissant notre supériorité sur les ennemis, je pris la main de Martyn, et je lui dis : « Martyn , cessons de faire feu , car nous en avons déjà tué trop. M Martyn , là-dessus , m’aurait tué moimême , si M. Park n’eût intercédé pour moi.

Loin de Gotoijege, nous trouvâmes une armée très -forte, sur le bord du fleuve. Elle était de la nation des Pouls, et n’avait aucune sorte de bêtes. Nous fîmes voile près du bord opposé, et cmitinuâmes notre route sans ibostUités. ; . .

Nous tombâmes contre les rochers j en ce moment un hippopotame sortit de l’eau tout près de nous, et manqua de renverser le canot. Nous tirâmes sur lui, et le âmes enfuir. Après beaucoup d’embarras , nous dégageâmes le ca-

not^ sans aucun danger matériel. Nous jetâmes l’ancre devant KafTo , et passâmes là un jour* Avant notre départ de Sansanding, nous avions placé dans le canot une très-grande quantité de provisions fraîches, salées, et de toute espèce : elles nous mirent en état de continuer notre voyage sans nous arrêter en aucun endroit, de crainte d’accident. Le canot était assez grand pour contenir cent-vingt personnes. Le soir , nous nous arrêtâmes devant une lie. Nous vîmes à terre une grande quantité d’hippopotames. A notre approche, ils se jetèrent à l’eau dans une telle confusion, qu’ils renversèrent presque le canot. Nous fîmes voile au-delà de celte lie. Le matin, trois canots de Kaffo vinrent nous attaquer, et nous les mimes en fuite. Arrivés près d’une petite île, nous y vîmes quelques-uns des naturels. On m’envoya à terre, pour acheter du laiu Quand je fus au milieu d’eux , je vis deux canots qui se rendaient à bord , pour nous vendre des , provisions fraîches, telles que du riz, de la volaille , etc. Un des gens de l’Ut manqua dç

me tuer; mais à la fin il me saisit, et dit ()ue j’étais son prisonnier. M. Park voyant ce qui se passait au rivage , soupçonna la vérité. IIarrêta les deux canots , et dit à ceux qui s’y trouvaient , que si l’on me tuait , ou si l’on me gardait prisonnier , il les tuerait et emmè- , nerait leurs canots. Ceux du rivage se doutèrent des intentions de M. Park, et ils m’envoyèrent à bord , dans un autre canot. Alors les autres furent relâchés. Après cela , nous leur achetâmes des provisions, et nous leur fîmes quelques présens.

Peu de tetvps après notre départ, vingt canots de la meme île ramèrent après nous.

Quand ils approchèrent , ils nous appelèrent , et me dirent : « Amadi-Fatouma , comment pouvez -vous traverser notre pays sans nous donner quelque chose? Je redis à M. Park ce que je venais d’entendre; il leur donna des grains d’ambre , avec quelques bagatelles , et ils s’en retournèrent paisiblement. Dans un endroit où la rivière était peu profonde, nous vîmes un grand nombre d’hommes assis sur le

■rivage. Quand nous approchâmes d’eux , ils se levèrent. Nous leur présentâmes le bout de nos fusils , et ils s’enfuirent dans les terres. Un peu plus loin, nous éprouvâmes de grandes difficultés pour aller en avant. Des rochers barraient le fleuve ; mais il se trouvait trois passages ouverts entr’eux. Quand nous fûmes près- d’un de ces passages , nous découvrîmes les même^, hommes , debout , au sommet de l’un des rochers. Cette vue nous causa beaucoup de mécontentement, sur-tout à moi; et je me promis bien de ne point repasser en ce lieu #ms faire aux indigens beaucoup de dons charitables. Nous remontâmes le fleuve , et nous nous présentâmes à un autre passage , où nous n’éprouvâmes aucune contrariété.

Arrivés devant Carmasse , nous donnâmes au chef une pièce de baft. Nous jétâmes ensmte l’ancre devant Gourmon; M. Park m’envoya à terre avec r 4o>ooo cauris , pour, acjbetef

des provisions. Je me procurai du ,riz , des

oignons, de la volaille, du lait, etc. , et partis du village le soir, fort tard. Le chef du village

nous envoya un canot , pour nous foire «avoir* q&’une grande armée était campée sur le«ommet d’une montagne fort haute ^ et nous attendait,

II nous conseillait donc de retourner, ou du moins de nous tenir sur nos gardes. Nous jetâmes aussitôt l’ancre, et passâmes là le reste du jour , ainsi que toute la nuit. Nous partîmes le matin suivant ; en passant près de la montagne dont il s’agit j nous vîmes l’armée, ' composée de Maures avec des chevaux et des chameaux, mais sans armés à feu. Comme ils , ne nous disaient rien , nous passâmes paisiblement 5 et entrés dans le pays de Haoussa^ nous ancrâmes. M. Park médit: « Maintenant, Amadi , vous êtes à la fin de votre voyage. Je vous ai engagé à me cbijdüireici. Vous allez donc me quitter; mais avant que vous partiez, donnez-moi les noms des nécessités de la vie , etc. , dans la langue des pays qué je dois traverser. »

J’y consentis, et nous nous .en occupâmes pendant deux jours, sans aller à terre. Pendant notre voyagé ,’ j’avais été le Seul qui eût débarqué. Nous parûmes, et arrivâmes à Vaour.

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» Je fus envoyé à terre le lendemain matin, avec un fusil et un sabre , que je devais porter au chef du village, et trois pièces debaftblanc^ pour en faire des distributions. Je rerh'-> au chef le présent destiné poür lui. Je do^in^ , de plus, une des pièces de toile à Alhagi , une à Alhagi^Biron , et l'autre à quelqu’un dont j’ai oublié le nom. Tous. trois ëtale^Vt Marrabéus. Le chef nous donna, eta rètour , Un jeUiie bœuf, liri mouton, trois jàrtés de miel, ét fe chargé de quatre hommes en riz. M. Pârk me remit sept miHe cauris, et m'ordbriifaà d’acheter dei provisione; ce que je fis. Il me dit d’aller trouver le chef, et dé lui remettre ciriq aniieaut d'argent , avec de la poudré et des pïétreS à fusil , en lui disant' que ces dons étaient offerts au roi (i) pàr les hommes blancs, ’qUî le Saluaient avant i dé partir.' Quand le chef eut reçu Ces présens , il detnàbda Si leS hbmmeS blancs avaient dessein de irevonir. Mî Padt,

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(i) Le*Voi demewràit é quelqaëàl cetataioes âé dtr fleuve. •

informé de cette question , répondit qu'il ne reviendrait pas (i). M. Park m’avait p&yé mon voyage avant que nous eussions quitté Sansan> ding. Je lui dis : k J'ai consenti à vous conduire dans le royaume d’Haoussa : nous sommes en Haoussa maintenant. J’ai rempli envers voue mes engagemens ; je vais donc vous quitter ici^ et m’en retoi^rner. »

Le lendemain (samedi), M. Park continua

sa route ^ et je couchai au village d’Yaour. Le

lendemain matin , j’allai rendre mes devoirs au roi. En entrant dans sa demeure, je vis deüx hommes qui arrivaient à cheval. Us étaient envoyés par le chef d'Yaour. Us dii'ent au roi : « Nous sommes envoyés par le chef d’Yaour, pour vous faire savoir que les hommes blancs sont partis, sans rien donner pour vous , ni pour lui. Us ont avec eux beaucoup d’objets , et nous n’avons rien reçu d’eux. Cet Amadi-Fatouma ,

(2) Ces paroles furent cause de sa mort. La certitnde que M. Park ne reviendrait pas , de'terinilKi le chef à soustraire les présens destinés au roi.

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qui se présente en ce moment devant vous, est un méchant homme , et il s'est aussi moqué de vous. » Le roi ordonna aussitôt qü’on me * mit aux fers , ce qui fut exécuté. On me prit tout ce que j’avais. Quelques-uns voulaient me tuer , et d’autres me conserver la vie. Le matin suivant , de très-bonne heure , le roi envoya une armée. au village appelé Boussuj et situé sur le bord de la rivière. Il y a devant ce village un rocher qui domine sur toute la largeur de la rivière. Une partie de ce rocher est trèshaute , et il a une ouverture en forme de porte , qui est le seul passage au travers duquel l’eau puisse couler. Le courant est là très-rapide. Cette armée vint prendre possession de l’ouverture, où M. Park n’arriva qu’après qu’elle s’y fût postée. 11 n’en essaya pas moins de passer. Les naturels commencèrent alors à l’attaquer , en lui jetant des latfces , des piques , des flèches et des pierres. M. Park se défendit long-temps. Deux esclaves furent tués à la poupe du canot. Les gens qui le montaient * jetèrent dans le fleuve tout ce qui*se trouvait

sur ce canot, él firent feu; mais ils furent accablés par le nombre et la fatigue, et ne purent faire remonter le canot contre le courant. Il n y eut plus de possibilité d’échapper. Alors, Park prit la main d'un des hommes blancs , et se jeta dans l’eau. Martyn fit de même, et ils furent noyés dans le fleuve, en tâchant de se sauver. Le seul esclave resté dans la barque, voyant les naturels persister à lancer sans cesse des traits sur le canot , se leva , et leur dit : <( Ne tirez plus maintenant : vous voyez qu’il n’y a plus rien dans le canot , et qu’il n’y reste d’hommes que moi seul : arrêtez-vous donc.

Prenez-moi, ainsi que le canot; mais ne me tuez pas. » Ils s'emparèrent du canot et de l’homme, dont ils firent présent au roi (i).

(i) M. Coock, éd.iteur du Vojage de ^lobert Adams , a élevé des doutes sur la véracité d’Arnadi-Fatouma , relativement aux. derniers uioinens de Mungo Park. Voici comment il s’exprime à ce sujet dans une de ses notes. '

Après avoir relevé deux passages où Amadi-Fatouma

Je fu 9 awjt fers pendant trois mois. Le roi alors me rei^çha > et n»e donna une femme

ne par^U d’accord ni avec lui-mén^e ni avec Munga Park , M. Coock ajoute :

« Le lecteur n’a pas besoin qu’on lui apprenne qu’A- ( madi-Palouma fait mention de la fin tragique de P«rk « et de ses compagnons , comme ajrant en Heu le ten>'

« demain du jour où ü les quitta ; et qu’avant d« périr,

R ils jetèrent ^jlans la rivière tout ce qu’iU avaient dan»

« leur canot ; action dont le motif n’est pas e'tabli d’une « manière satisfaisante dans le Journal d’Amadi-Fa- R tourna.

R II est possible que nous n’ajrons qu’une traduction O peu fidèle de ce rapport arabe d’Auaadi-Fatouma;

• mais le» observations que je viens de faire , et les in- R vraisemblances que pre'sente encore le re'cit , me porc tent k soupçonner qu’Amadi-Fatouma eut quelque- R chose de grave à dissimuler. »

L’opinion de M. Coock pourra bien être partagée par plusieurs lecteurs français , et il n’est pas le sttel qui ait trouve' des circonstances romanesques dans le re'cit d’Amadi-Fatouma. Au reste, il*tcrmine par cette observation, dont la justesse se trouve en ce moment for-

tifie'e par le malheureux succès des deux expe'ditions ^ « *

esclave. J’allai aussitôt trouver l’esclave pris dans le canot ; il me dit de quelle manière M. Park et se^ gens étaient morts , ainsi que tout ce <^ue Je viens de rapporter. Je m’informai s’il était certain que l’on n’eùt rien trouvé dans le canot après sa capture. Il me répondit qu’il ne restait que lui et un ceinturon d’épée. Je lui demandai où était le ceintuton. 11 me dit que le roi s’en était emparé , et en avait fait une sangle pour'son cheval. •

envoyées d’Angleterre en Afrique , après la mort de Park,

* Je Décroîs pas toutefois qu’on parvienne à découvrir « jusqu’à quel point ccs soupçons peuvent être fonde's, « car le temps déjà e'coule', et la difficulté de s’assurer «des faits, ne paraissent plus laisser les moyens de « rectifier les renseignemens qn'Amadi-Fatouma donne « sur l’époque , le lieu et les circonstances de ce funeste « évènenipnt. a

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COOTINUATION

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