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3 lac des Cygnes. À partir de cet endroit, une ranchée canalisera l'eau et l'enverra directeaent dans le lac. > :
— Bien, déclara M. Zermatt, le travail, dans es conditions, serait très simplifié...
— Et alors, ajouta M. Wolston, c'est le lac [es Cygnes qui servira de réservoir pour arroser es champs de Waldcgg, de Zuckertop, même eux de l'ermitage d'Ebcrfurt. Nous ne lui fourùrons, d'ailleurs, que la quantité d'eau néces- ;aire aux irrigations, et, dans le cas oii se proluirait un trop-plein, on l'écoulerait aisément rers la mer
— C'est entendu, conclut M. Zermatt, et, ce ?anal achevé, nous aurons droit aux remercienents des futurs colons...
— Mais non des anciens qui se contentaient le ce que la nature leur avait donné !... observa fack. Pauvre ruisseau des Chacals, on va le fatiguer à tourner une roue... on va lui prendre me partie de lui-même... et tout cela pour enriïhir des gens que nous ne connaissons seulement pas ! . ,
— Décidément, Jack n'est pas pour la iolonisationî... dit M me Wolston.
— Nos deux familles installées sur ce disrict, et leur existence assurée, que pourrionsîous désirer do plus, madame Wolston?...
— Bon!... les idées de Jack se modifieront iv ec les améliorations que vous allez apporter, ilit Annah Wolston.
— Voyez-vous cela, mademoiselle!... répli qua Jack en riant.
— Et quand commencerez-vous co gran travail?... demanda Betsie.
— Dans quelques jours, ma chère amie, dé clara M. Zermatt. Nos premières récoltes term| nées, nous aurons trois mois de loisir e attendant les secondes. » j
Ceci résolu, il en résulta une laborieuse occu pation depuis le 1T> novembre jusqu'au 20 dé cembre, c'est-à-dire pendant cinq semaines.
11 y eut lieu de faire nombre de voyages Prospect-I Iill afin d'abattre plusieurs centaine de sagoutiers des bois voisins. Les vider ne fu pas difficile, et l'on recueillit avec soin leu moelle dans des barils de bambou. Le charro de ces troncs constitua réellement la partie I plus pénible de cette besogne. 11 échut à M. Ze mattet à Jack, aidés des deux buffles, de l'onagi; et de Tan on, qui traînèrent une sorte de fardié ou de biuard, du genre de ceux dont un devai faire usage plus tard en Europe. C'est à Ernes^ que vint cette idée de suspendre ces lourde* pièces à l'essieu des deux roues du chariot préalablement démontées. Si ces troncs raclaient k sol, ce n'était que par une de leurs extrémités, et leur transport s'effectua dans des conditions infiniment meilleures.
Tout de même, buffles, onagre, ânon, eurent fort, à faire, si bien que Jack dit un jour :
« 11 est regrettable, père, que nous n'ayons
LA ROUE F "UT INSTALLÉE. (Page 12*2.)
pas une paire d'éléphants à notre service...
Que de fatigues seraient épargnées à nos pauvres
botes * , * *
— Mais non à ces dignes pachydermes, devenus nos pauvres bétes à leur tour... répondit M. Zermatt.
— Bah ! les éléphant s ont pour eux la vigueur, reprit Jack, et ils traîneraient ces troncs de sagoutiers comme des allumettes!... Puisqu'il en existe dans la Nouvelle-Suisse, si nous parvenions... 1
— Je ne tiens pas à ce que ces animaux pénètrent sur le district de la Terre -Promise, Jack!... Ils auraient bientôt mis nos champs en un triste état! - 1
— Sans doute, père! Mais, si l'occasion se présentait de les rencontrer dans les savanes de la haie des Perles ou dans les plaines où débouche la vallée de Grunthal...
— Nous en profiterions, répondit M. Zermatt Toutefois, ne faisons pas naître cette occasion... C'est plus prudent. »
Tandis que M. Zermatt et son fils procédaient à ces nombreux charrois, M. Wolston et Ernest s'occupaient d'établir la machine élévatoire. Dans la fabrication de la roue hydraulique, le mécanicien déploya une grande habileté, — cet qui intéressa particulièrement Ernest, très porté] aux choses de la mécanique, et il ne pou vait que profiter des leçons de M. Wolston.
Cette roue fut installée au pied de la cascade I
SECONDE PATIUK
ruisseau des Chacals, de manière à actionner tiges des pompes du Landlord. L'eau, rentée à la hauteur d'une trentaine de pieds, 'ait emmagasinée dans un réservoir creusé re les roches de la rive gauche, auquel viendent s'amorcer les conduites de sagoutier, I it les premières ne tardèrent pas à être posées on g de la berge.
ïref, ce travail se fit avec régularité et md- Ide, si bien que, vers le 20 décembre, il était îevé, compris la tranchée établie à la sure du sol jusqu'à l'extrémité sud du lac des gnes.
( Aurons-nous une féte d'inauguration?...
manda, ce soir-là, Annah Wolston.
— Je le crois bien, répondit Jack, tout comme s'agissait d'inaugurer un canal dans notre
tille Suisse!... N'est-ce pas, mère?...
— Comme vous voudrez, mes enfants, rémdit Betsie.
— C'est entendu, dit alors M. Zermatt, et la «e commencera demain avec la mise en mounient de notre machine...
— Et comment se tôrmincra-t-elle?... ajouta 4 ne st.
— Par un excellent repas en l'honneur de n Wolston...
— Et de votre fils Ernest, dit ce dernier, car he mérite que des éloges pour son zèle et son :elligence.
— Vos compliments me font plaisir, mon-
SKCONDE PATRIE
sieur Wolston, répondit le jeune homme, nu j'étais à bonne école. »
Le jour suivant, vers dix heures, rinaugujj tion du canal se fit en présence des deux famillj réunies près de la cascade. La roue, mue \ la chute, tourna régulièrement, les deux pomj fonctionnèrent, et l'eau s'introduisit à Tintéri du réservoir qui se remplit en une heure demie. Puis, les vannes ayant été levées, ceeau coula à travers la conduite sur une k gueur de deux cents toises.
Tout le. monde se rendit à cet endroit et 1 mains battirent lorsque les premiers filets < quides inondèrent la partie du canal à 1 ouvert. Après qu'Ernest eut jeté une petj bouée, les familles montèrent dans le chari qui attendait à cette place, et qui prit la rou du lac des Cygnes, tandis que Jack volait i avant sur le dos de son autruche. I
Le chariot marcha d'un si bon train que, bi< qu 1 il eût fait un détour, il atteignit l'extrémi du canal au moment même où la bouée dérivfl à la surface du lac.
Des hurrahs la saluèrent, le travail avait é mené à bonne fin. llsullirait de quelques brèclu pratiquées aux berges pour que l'eau, même i plus Tort de la sécheresse, arrosât largemei toute la campagne environnante pendant la p riode de la saison chaude.
A cette date, trois mois s'étaient écoulés dt puis le départ de la Licorne. S'il ne survend
îuii retard, elle devait reparaître au large de baie du Salut dans trois fois ce temps. Pas i jour ne s'était passé sans qu'il eût été parlé i absents. On les suivait dans leur voyage... elle date, ils étaient arrivés au Cap de Bonnepérance où James Wolston attendait sa sœur 11. . . A telle autre, la corvette remontait tlan tique le long de la côte africaine... À e autre, enfin, elle arrivait à Portsmouth... any, Fritz, François, débarquaient et gauient Londres... Là, le colonel Montrose Eevait dans ses bras la fille qu'il n'espérait ls revoir, et, avec elle, celui qui l'avait reillie sur la Roche-Fumante et dont il aurait ui l'union...
fCuf mois encore, et tous seraient de retour, uun des leurs ne manquerait aux deux fades, et, dans un avenir prochain, peut-être \iient-elles réunies par des liens plus étroits? . . . Linsi se termina cette année 181 G, qui avait marquée par des événements dont les co licences devaient profondément modifier la lation de la Nouvelle- Suisse.
vu m
Le premier jour de l'année. — promenade à Falkenhita — Projet de chapelle. — Propositions de voyage Discussion- — La pinasse mise en état. — Départe; 15 mars.
Le l pl janvier, des souhaits furent éeliawM entre les familles Zermatt et Wolston. L'uni l'autre se firent mémo quelques cadeaux a quels se rattachait plutôt une valeur moWf qu'une valeur réelle, — de ces riens que» î temps transforme en souvenirs. Il y eut &ê\ compliments et serrements de main dès l'a* de ce jour partout fêté, oii l'année nouvelle
Débute sur le théâtre
Inconnu de l'avenir, j
a tlit un poète français en vers de sept piân Cette fois, il est vrai, ce jour de l'an difïeiM des douze qui l'avaient précédé depuis Tarri^i
es naufragés du Landl®irâ à la grève de Zelteim. L'émotion se mélangea d'une joie sincère, e fut un concert de franche gaîté, dans lequel ackfit sa partie avec ce vif entrain qu'il mettait a toutes choses.
MM. Zcrmatt etWolston s'embrassèrent. Les îeux amis qu'ils étaient déjà avaient pu s'aprécier et s'estimer dans la vie commune. Le ■remior eut pour Ànnah des caresses de père, Ml le second traita Ernest et Jack comme ses ls. Et il en fut pareillement des deux mères, lui confondirent leurs enfants dans les mêmes jaisers.
Quant à Annah Wolston, elle dut être partiulièremcnt touchée des compliments que lui dressa Ernest. On n'a pas oublié que ce jeune tomme s'adonnait quelque peu à la poésie. Une ois déjà, à l'occasion de l'honnête baudet, après a funeste rencontre avec le monstrueux boa, i'avait-il pas orné son épitaphe de quelques rimes assez correctes?... Eh bien, en l'honneur le la jeune fille, son inspiration le servit heueusement, et les joues d' Annah se colorèrent, orsque l'aimable disciple d'Apollon la félicita l'avoir retrouvé la santé au bon air de la Terre- Promise.' . i
« La santé... et le bonheur! » répondit-elle sn embrassant M mu Zcrmatt.
Ce jour-là, qui était un vendredi, fut célébré comme un dimanche par des actions de grâces envers le Très-Haut dont on appela la protection
sur les absents, tout en témoignant une pr*]
fonde reconnaissance pour ses bontés.
Puis, voici Jack de s'écrier :
« Et nos bêtes?,..
— Comment. . . nos bêtes?. . . demanda M. Zej malt. . ■
— Oui... Turc, Falb, Braun, nos buffle Sturm et Brum mer, notre taureau Briill, notr vache Blass, notre onagre Leichtfus, nos ânon Pfeil, Flink, Rash, notre chacal Coco, notr autruche Brausewincl, notre singe Knips I] enfin tous nos bons amis à deux et à quatr pattes...
— Voyons, Jack, lui dit M ine Zermatt, tu n'a pas la prétention que ton frère se mette en frai de poésie pour Potable et la basse-cour...
— ■ Non, assurément, mère, et je ne crois pa que ces braves animaux seraient sensibles au belles rimes!... Mais ils méritent bien qu'o leur souhaite le nouvel an avec une double ratio; et une litière fraîche..,
— Jack a raison, dit M. Wolston, et il con vient qu'aujourd'hui toutes nos bêtes...
— Sans oublier le chacal et le cormoran d* t Jenny ! fit observer Annah Wolston.
— • Bien parlé, ma fille, dit M"" Wolston. Le protégés de Jenny auront leur part...
— Et, puisque c'est aujourd'hui premier jou de Tan pour toute la terre, déclara M me Zermatt pensons à ceux qui nous ont quittés et qU pensent certainement à nous ï . . . »
Et un souvenir attendri des deux familles, eenvola vers les chers passagers de la Licorne. j. Les bêtes furent traitées selon leurs mérites, « on ne leur ménagea pas plus le sucre que les
4 CiI*G S S C S *
Puis les convives vinrent s'asseoir dans la î'Ile à manger de Felsenhcim, devant un succilent déjeuner, dont quelques verres du vieux 'H offert par le commandant de la corvette i doublèrent la bonne humeur.
Il n'était pas question de reprendre les tramix habituels en ce jour de chômage. Aussi M. Zermatt proposa-t-il une promenade à pied jsqu'à Falkenhorst, — une petite lieue, sans f£ande fatigue, sous les ombrages de cette belle tlée, qui réunissait la demeure d'été à la de-
aure d'hiver.
Le temps était superbe, la chaleur forte, il tt vrai. Mais la double rangée d'arbres de l'allée ii laissait pas les rayons solaires percer leur t laisse frondaison. Ce ne serait qu'une agréable < cursion le long du littoral, avec la mer à toite, la campagne à gauche.
On partit vers onze heures, de manière à rester tint l'après-midi à Falkenhorst, et l'on devait » revenir pour le diner. Cette année-là, si les 1 milles n'avaient séjourné ni à Waldegg, ni à k»spect-Hill, ni à l'ermitage d'Eberfurt, c'est ( ie ces métairies nécessitaient certains agrandissements qui seraient entrepris seulement au itour de la Licorne. 11 était même à prévoir
Ht. * 9
que l'arrivée de nouveaux colons modifierait le domaine actuel de la Terre-Promise.
Après avoir franchi l'enclos du potager puis le ruisseau des Chacals sur le pont de Famille, les promeneurs suivirent l'avenue bordée d'arbres fruitiers, qui avaient pris un dévelop* pement tropical.
On ne se pressait guère, car une heure devai suffire à gagner Falkenhorst. Les chiens Draur et Falb, autorisés à accompagner leurs maîtres gambadaient en avant. De chaque côté lei champs de maïs, de millet, d'avoine, de blé d'orge, de manioc et de patates, étalaient leur; richesses. La seconde récolte promettait d'êtn fructueuse, sans parler de ce que réservaien les terres plus au nord, arrosées par les dérî vations du lac des Cygnes.
« Quelle idée d'avoir utilisé cette eau du ruis seau des Chacals, qui, jusqu'alors, se perdai sans aucun profit, puisque la mer n'en avait nu besoin! » ainsi que Jack le fît judicieusement observer à M. AVolston. 9
Et l'on s'arrêtait, après deux ou trois cent pas, et pendant ces haltes la causerie reprenai de plus belle. Annah se plaisait à cueillir quel ques-unes des jolies fleurs dont le parfum embau niait l'avenue. Plusieurs centaines d'oiseau battaient des ailes entre les branches lourdes (1 traits et de feuilles. Le gibier filait à travers le herbages, lièvres, lapins, coqs de bruyère, ycli nottes, bécasses. Ni Ernest ni Jack n'avaient e
la permission d'emporter leurs fusils, et il semblait cpje cette gent volatile le sût bien. On était venu pour se promener, non pourchasser.
« Je demande, avait dit au départ M me Zermatt, appuyée par Annah, je demande qu'on épargne aujourd'hui toutes ces créatures inoffensives... »
Ernest, que les succès cynégétiques ne passionnaient pas autrement, avait consenti de bonne grâce; mais Jack s'était fait prier. A sortir sans son fusil, qui, à l'en croire, faisait partie de lui-même, il se regardait comme amputé d'un bras ou d'une jambe.
« Je peux toujours le prendre, quitte à ne pas en faire usage, avait-il dit. Quand même une compagnie de perdreaux me partirait à vingt pas, je m'engage à ne pas tirer...
— Vous ne seriez pas capable de tenir votre Bngagcmcnt, Jack, avait répondu la jeune lille. \vec Ernest, il n'y aurait pas à s'inquiéter... ;andis qu'avec vous...
— Et si quelque fauve se montrait, panthère, mrs, tigre, lion... Il y en a dans l'île %
— Pas sur la Terre-Promise, avait répliqué VI" 10 Zermatt. Allons, Jack, fais-nous cette concession... Il te restera trois cent soixante-quatre ours dans l'année...
— Est-elle au moins bissextile?...
— Non... avait répliqué Ernest.
— Pas de chance ! » s'était écrié le jeune chasseur.
SKCONDG PATRIE
Il était une heure, lorsque les familles, après avoir traversé le bois de mangliers, vinrent s'arrêter au pied de Falkenhorst.
Tout d'abord, M. Zermatt constata que l'enclos qui renfermait les animaux de basse-cour se trouvait en bon état. Ni les singes ni les sangliers ne s'étaient livrés à leurs mauvais instincts habituels de déprédation. Au vrai, Jack n'aurait pas eu l'occasion d'exercer des représailles contre ces maraudeurs.
Les promeneurs commencèrent par se reposer sur la terrasse semi-circulaire en terre glaisi dressée au-dessus des racines de l'énorme manglier, et dont un mélange de résine et de goudron assurait l'imperméabilité. Chacun prit là quelques rafraîchissements que fournirent les barils d'hydromel, en caves sous la terrasse. Puis, l'escalier tournant, ménagé à l'intérieur de l'arbre, permit d'attendre la plate-forme à quarante pieds au-dessus du sol. j
Quel bonheur éprouvait toujours la familles Zermatt à se retrouver au milieu des larges frondaisons de l'arbre... N'était-ce pas son premier nid, celui qui lui rappelait tant de souvenirs?... Avec ses deux balcons à treillis, son double plancher, ses chambres recouvertes d'une toiture d'écorces bien jointes, son léger mobilier,; le nid était devenu une charmante et fraîche habitation. A présent, ce ne serait plus qu'un lieu de halte. Des installations plus spacieuses devaient être établies à Prospect-Hill. Toutefois,
M. Zermatt conserverait l'ancienne « aire du Faucon » aussi longtemps que le gigantesque arbre la retiendrait dans ses branches, et, jusqu'au mpment où, accablé d'années, il tomberait de vieillesse.
Cet après-midi-là, alors que Ton causait sur le balcon, M me Wolston lit une proposition dont il y aurait à tenir compte. D'une piété éclairée, très pénétrée de sentiments religieux, personne ne l'ut surpris qu'elle s'exprimât en ces termes :
« J'ai souvent admiré, dit-elle, et j'admire encore, mes amis, tout ce que vous avez fait sur ce coin de votre île... Felsenheim, Falkenliorst, Prospect-IIill, vos métairies, vos plantations, vos champs, cela marque autant d'intelligence que de courage au travail. Mais j'ai déjà demandé à M ma Zermatt pourquoi il vous manquait...
— Une chapelle?... répondit aussitôt Betsie.
Vous avez raison, ma chère Merry, et nous devons bien au Tout-Puissant de lui consacrer...
— Mieux qu'une chapelle... un temple, s'écria Jack, qui ne doutait de rien, un monument avec un clocher superbe!... Quand commençonsnous, père?... Les matériaux, il y en a à revendre... M. Wolston dressera les plans ... Nous les exécuterons...
— Bon! répondit M. Zermatt en souriant, si je vois le temple en imagination, je ne vois pas le pasteur... le prédicateur... •
— Ce sera François à son retour, dit Ernest.
— En attendant, que cela ne vous préoccupe pas, monsieur Zermatt, répondit M 1 "" Wolston. Nous nous contenterons de prier dans notre chapelle...
— Madame Wolston, votre idée est excellente, et il ne faut pas oublier que de nouveaux colons viendront bientôt... Aussi, pendant les loisirs de la saison pluvieuse, nous la mettrons f à l'étude... Nous chercherons un emplacement convenable...
— II me semble, mon ami, dit alors M" U! Zermatt, que si Falkenhorst ne doit plus nous servir de demeure, il serait facile de le transformer en chapelle aérienne.
— ■ Et nos prières seraient déjà à mi-chemin du ciel... comme dirait notre cher François... ajouta Jack.
— Ce serait un peu loin de Felsenheim, ré- pondit M. Zermatt. Jl me paraîtrait préférable d'élever cette chapelle à proximité de notrel principale habitation, autour de laquelle se grouperont peu à peu des habitations nouvelles. Enfin, je vous le répète, nous étudierons ce j projet. »
Pendant les trois ou quatre mois que devait i encore durer la belle saison, les bras furent employés à des travaux urgents, et du 15 mars a la lin d'avril, il n'y eut pas un jour de chômage. M. Wolston ne s'épargnait pas; mais il ne pourrait remplacer Fritz et François, pour approvisionner de fourrages les métairies, pour y /
SECONDE PATRfK.
ssurcr la nourriture de l'hiver. Moutons, lièvres, porcs, étaient actuellement au nombre
une centaine à Waldegg 1 , à l'ermitage d'Eberurt, à Prospect-Hill, et les étables de Felscnicim n'eussent pas sufli à loger tout ce troupeau. *asse encore pour la volaille que l'on ramenait ivant le mauvais temps dans la basse-cour, où es soins quotidiens ne faisaient défaut ni aux )Oulos, ni aux outardes, ni aux pigeons. Quant iux oies, aux canards, ils sauraient s'ébattre sur la mare, située à deux portées de fusil.
Seules, les bêtes de trait, ânons et buffles, les vaches et leurs veaux, ne quittaient point Felienheim. De cette façon, même en ne tenant pas compte de la chasse et de la pêche, qui ne cessaient pas d'être fructueuses d'avril à septembre, l'alimentation était assurée rien qu'avec les produits de la basse-cour.
Toutefois, à la date du 15 mars, il s'en fallait d'une huitaine de jours que les travaux de la campagne exigeassent le concours de tous.
Cette semaine, il n'y aurait donc aucun inconvénient à l'occuper par quelque excursion en dehors des limites de la Terre-Promise. Ce fut l'objet d'une conversation à laquelle les deux familles prirent part dès le soir même. Les avis iaîlaient être partagés d'abord, avant de se concentrer sur celui qui eut finalement l'approbation générale.
M. Wolston ne connaissait guère que la partie qui s'étendait entre le ruisseau des Chacals et
le cap de l'Espoir -Trompé, comprenant les métairies de Waldegg, de l'ermitage d'Eberfurt, de Zuekcrlop et de Prospect-IIill.
« Et je m'étonne, mon cher Zermatt, dit-il un jour, que, depuis douze ans, ni vos entants ni vous n'ayez essayé de pénétrer à l'intérieur de la Nouvelle-Suisse,..
— Et pourquoi l'aurions-nous fait, Wolston?., répliqua M. Zermatt. Songez donc à ceci Lorsque le naufrage du Landlord nous eut jeté sur cette côte, mes lils n'étaient que des enfants et incapables de me seconder dans une explo ration?... ma femme n'aurait pu m'accompagner et il eût été très imprudent de la laisser seule..
— Seule avec François qui n'avait que cinc mis... ajouta M"" 3 lîetsie, et, d'ailleurs, nou n'avions pas perdu l'espoir d'être recueillis pa quelque bâtiment...
- — Avant tout, continua M. Zermatt, il s'agissait de pourvoir à nos besoins immédiats, en restant dans le voisinage du navire, tant que nous n'en aurions pas retiré tout ce qui pouvait nous être utile. Or, à l'embouchure du ruisseau des Chacals, nous avions de l'eau douce, sur la rive gauche, des champs faciles à cultiver, et, non loin, des plantations toutes venues, Dientôt,
le hasard nous lit découvrir cette demeure saine
et sûre de Kelsenheim. Devions-nous perdre du temps à satisfaire notre curiosité?... i
— D'ailleurs, s'éloigner de la baie du Salut, fit observer Ernest, n'était-ce pas s'exposer à
^RTAINES RÉPARATIONS DURENT ÊTRE FAITES. (Page 113.)
rencontrer des indigènes, tels que ceux dt l'Andaman et du Nicobar, de si leroce réputation?... I Enfin, reprit M. Zermatt, chaque jour ame-
nait une occupation que la nécessité ne nous permettait pas de remettre... Chaque année nouvelle nous imposait les travaux de Tannée précédente... Et puis, les habitudes prises, l ac coutumance au bien-être, nous enracinaien pour ainsi dire à cette place... et voilà pourquo nous ne l'avons jamais quittée!... Ainsi se son écoulés les ans, et il semble que nous soyons arrivés d'hier. Que voulez-vous, mon cliei Wolston, nous étions bien dans ce district, e nous n'avons pas pensé qu'il fût sage d'aile; chercher mieux au dehors !
— Tout cela est juste, répondit M. Wolston
mais, pour mon compte, je n'aurais pu résiste pendant tant d'années au désir d'explorer l contrée vers le sud, Test et l'ouest...
— Parce que vous êtes de sang anglais, rc pondit M. Zermatt, et que vos instincts vou poussent à voyager. Mais nous sommes de ce Suisses, paisibles et sédentaires, qui ne quitter qu'à regret leurs montagnes... des gens qp aiment à rester chez eux, et, sans les circou stances qui nous ont obligés d'abandonné l'Europe...
— Je proteste, père, répliqua Jack, je protest en ce qui me concerne!... Tout Suisse que j suis, j'aurais aimé à courir le monde!...
SECONDE PATRIE. I 3f)
— Tu es digne d'être Anglais, mon cher, ! k, déclara Ernest, et entends bien que je ne i )Iâme aucunement d'avoir ces goûts de locoi;tion. Je pense, d'ailleurs, que M. Wolston a
>on. Il est nécessaire que nous opérions une (Onnaissance complète de notre Nouvelle-
— Qui est une île de l'océan Indien, nous le rons maintenant, ajouta M. Wolston, et il sera ni que cela soit fait avant le retour de la Li-
— Quand le père voudra!... s'écria Jack, > ijours prêt à se lancer dans les découvertes.
— Nous reparlerons de cela après la mauvaise son, déclara M. Zermatt. Je ne suis point
• posé à un voyage dans l'intérieur... Avouons utefois que nous avons été favorisés en ordant sur cette côte à la fois salubre et feri!... En existc-t-il une autre qui la vaille?.,.
— Et qu'en sait-on?... répondit Ernest. Sans date, lorsque nous avons doublé le cap de 1 .st afin de gagner la baie de la Licorne, notre piasse n'a longé qu'un littoral de roches- dénudes, de récifs dangereux* et môme , au mouill, r e de la corvette, il n'y avait qu'une grève sblonneuse. Au delà, en descendant vers le sd, il est probable que la Nouvelle-Suisse lésente un aspect moins désolé...
— Le moyen d'être fixé à cet égard, dit Jack, st d'en faire le tour avec la pinasse. Nous
aurons alors quelle est sa configuration...
— ■ Mais, insista M. Wolston, si vous nei allés dans l'est que jusqu'à la baie de la Licon vous avez suivi les côtes du nord sur une pi grande étendue...
environ, répondit Ernest, du cap de l'Espô; Trompé à la baie dos Perles.
— Et nous n'avons pas même eu la curiosil s'écria Jack, de visiter la Roche-Fumante..,
— l'n îlot aride, fit observer Annah, et q Jenny n'a jamais eu l'envie de revoir!
— En somme, conclut M. Zermatt, le pl utile sera d'explorer les territoires qui avt sinent la baie des Perles jusqu'à la côte, car delà se succèdent des prairies verdoyantes, c collines accidentées, des champs de cotonniej avec des bois touffus...
— Où l'on récolte des truffes! dit Ernest.
— Ah! le gourmand! s'écria Jack.
— Des truffes, en effet, répliqua en riâ M. Zermatt, et oïl l'on trouve aussi ceux qui I déterrent... m
— Sans oublier les panthères et les lions!
ajouta Betsic.
— Eh bien, de tout cela, déclara M. Wolstc il résulte qu'il ne faudra s'aventurer ni de côté ni d'un autre, sans prendre des précaution Mais, puisque notre future colonie aura beso de s'étendre au delà de la Terre-Promise, il r< paraît préférable d'en reconnaître l'intérieur lieu d'en effectuer le tour par mer...
une quinzaine de lie
SKCONDE PATRIE
[ - Et avant que soit revenue la corvette, ita Ernest. A mon avis, même, le mieux sera
i< franchir le défilé de Cluse, de traverser la
f;lée de Griïnthal, de manière à s'élever [u'aux montagnes qu'on aperçoit des hau-
ers d'Eberfurt.
— Ne vous ont-elles pas paru fort éloignées ?. .. [i.nanda M. Wolston.
— Oui... d'une dizaine de lieues environ...
retondit Ernest.
— Je suis certaine qu'Ernest a déjà fait un n de voyage, dit Annah Wolston en souriant.
— Je l'avoue, Annah, répondit le jeune nme, et il me tarde môme de pouvoir établir
>i3 carte exacte de toute notre Nouvelle-
> 1 fi C
— Mes amis, dit alors M. Zcrmatt, voici ce ■ p je propose afin de donner un commencent de satisfaction à M. Wolston.
— Accepté d'avance... répliqua Jack.
— Attends donc, impatient... Une douzaine d jours s'écouleront avant que les travaux de
seconde moisson nous réclament, et, si cela v is convient, nous en consacrerons la moitié à v iter la partie de l'île qui borde le rivage de
I it. . .
— Et alors, objecta M mo Wolston d'un ton peu aprobateur, tandis que M. Zermatt, ses deux & et M. Wolston seront en excursion, M ,no Zer-
II «tt, Annah et moi, nous resterons seules à Hsenheim?...
Non, madame Wolston. répondit M. Z< matt, et la pinasse prendra tout le mondai bord...
— Quand partons-nous?... s'écria Jack. A
jourd'hui. ..
— Pourquoi pas hier?,., répliqua M. Zcrm; en riant. j
— Puisque nous avons déjà reconnu Tint rieur de la baie des Perles, dit Ernest, il va mieux, en effet, suivre le rivage du levant.] pinasse se rendrait directement à la haie del Licorne, et continuerait sa route en descenda vers le sud. Peut-être découvririons-nous l'ei bouchure d'une rivière, dont on essaierait remonter le cours...
— C'est une excellente idée, affirma M. Zc matt. 9
— A moins, fit observer M. Wolston, qu'il fût préférable de faire le tour de l'île...
— Le tour?... répondit Ernest. Eh! il faudrî plus de temps que nous n'en avons, car, lors notre première excursion à la vallée deGriinthi on ne distinguait que l'arête bleuâtre des 1110 tauncs à l'horizon...
— Voilà précisément sur quoi il impoi (lavoir un renseignement précis... insis M. Wolston.
— Et ce que nous devrions savoir depu longtemps ! déclara Jack.
— • C'est entendu, conclut M. Zermatt, peut-être ce littoral présente-t-il l'cmbouchu
•une rivière qu'il sera possible de remonter, iflOïi avec la pinasse, du moins avec le canot. » Ce projet accepté, on fixa le départ au su lendemain.
Trente-six heures, du reste, ce n'était pas op demander pour les préparatifs. D'abord il mvenait de mettre Y Elisabeth en état pour ce ryage, et, en mémo temps, de pourvoir à la ourriture des animaux domestiques pendant ae absence que des circonstances imprévues rolongeraient peut-être.
Donc, besogne assez longue pour les uns >mme pour les autres.
1 M. Wolston et Jack s'occupèrent de visiter i pinasse, qui était mouillée au fond de la •ique. Elle n'avait pas pris la mer depuis son oyage à la baie de la Licorne. Certaines répartions durent être faites, et M. Wolston s'y ntendait. La navigation ne lui serait pas non lus chose nouvelle, et, ne pouvait-on compter iv Jack, l'intrépide successeur de Fritz, qui tanœuvrait YEliêaJb&th comme le kaïak?... Et lême il y aurait lieu de réprimer son ardeur : ■lie risquait de le pousser à quelque imprulence.
M. Zermattet Ernest, M ,uc Zermatt, M ,ue WoIton et Annah, chargés d'approvisionner les tables et la basse-cour, s'en acquittèrent avec oin. Il restait grande quantité des récoltes preédentes. En leur qualité d'herbivores, ni les buffles, ni l'onagre, ni les ânons, ni les vaches,
SFXONDE PATRIE
ni l'autruche, ne manqueraient de rien. On assurerait également la nourriture des poules, des oies, du cormoran de Jenny, des deux chacals, du singe et des chiens, feraient emmenés seulement Braun et Falb, car, au cours de cette excursion, il y aurait occasion de chasser, si la pinasse relâchait sur un point de la côte. 9
Il va de soi que ces dispositions nécessitèrent une visite aux métairies de Wal (léger, de l'ermitage d'Eberfurt. de Zuckertop, de Prospect* Hiîl , où étaient répartis les divers animaux. On tenait à ce qu'elles fussent toujours disposées à recevoir les visiteurs. Le chariot aidant, ce délai de trente-six heures, demandé par M. Zermatt, ne fut pas dépassé.
Au vrai, il n'y avait pas de temps à perdre.
Les récoltes jaunissantes touchaient à leur maturité. La moisson n'aurait pu être relardée de plus d une douzaine de jours, et nul doute que la pinasse fût de retour avant ce délai.
Enfin, dans la soirée du 14 mars, une caisse de viande conservée, un sac de farine de manioô, un baril d'hydromel, un tonnelet devin de palme, quatre fusils, quatre pistolets, de la poudre, du plomb, des projectiles en quantité suffisante môme pour les deux petites pièces de l'Elisabeth, des couvertures, du linge, des vêtements de rechange, des vareuses de toile cirée, des ustensiles de cuisine, étaient mis à bord.
Tout étant prêt pour le départ, il n'y avait
lus qu'à profiter, aux premières lueurs de aube, de la brise qui soufflerait de terre afin # remonter jusqu'au cap de l'Est.
Après une nuit tranquille, dès cinq heures u matin, les familles s'embarquèrent, aecomagnées des deux jeunes chiens qui se livraient 'mille gambades.
; Lorsque les passagers eurent pris place sur pont, le canot fut hissé à l'arrière. Puis, la figantine, la misaine et le foc parés, M. Zeriatt à la barre, M. Wolston et Jack aux îoutes, la pinasse chercha le vent, et, au delà 3 Ti lot du Requin, ne tarda pas à perdre de vue s hauteurs de Felsenheim.
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