‹ Seconde patrieChapitre 7 sur 13 · S MC ON DE PATIUK · texte numérisé non relu

S MC ON DE PATIUK

diatement de la brise matinale qui se levait ai large. M. Zcrmatt jugea, non sans une certaine satisfaction, qu'il serait possible d'être de retoui à Fclsenheim en une quinzaine d'heures, c'està-dire avant la nuit.

Afin d'aller au plus court et de rallier direc tement le cap de l'Est, YElisabeth s'éloigna di littoral d'une bonne demi-lieue. Ses passagen eurent alors une pins complète vue de la côtt qui se développait jusqu'à trois ou quatre lieue* en direction du sud.

M. Zermatt ayant donné l'ordre de raidir le; écoutes, afin de serrer le vent de plus près, li pinasse, tribord amures, lit route vers le cap de l'Est. A ce moment, M. Wolston, qui se tenait j l'avant, porta la lunette à ses yeux. Après ei avoir essuyé le verre, il sembla regarder ave* une extrême attention un des points du littoral

A plusieurs reprises, l'instrument s'abaiss; et remonta entre ses mains. Aussi chacun fut-i frappé de l'obstination qu'il mettait à observe »c l'horizon vers le sud-est.

M. Zermatt, abandonnant la barre à Jack vint à l'avant de la pinasse dans l'intention d questionner M. Wolston, lorsque celui-ci, reti rant la longue- vue de ses yeux, dit :

« Non... je me suis trompé...

— En quoi vous êtes-vous trompé, Wolston.. 4 demanda M. Zcrmatt, et qu'aviez-vous cru vfL' i en cette direction ?.. .

— Une fumée.. .

— Une fumée?... » répéta Ernest, qui s'était )proché, inquiet de cette réponse.

En effet, cette fumée n'aurait pu provenir que un campement établi sur cette partie du litto- 1. De là, ces conséquences inquiétantes: l'ilo ait-elle donc habitée par des indigènes ou des sauvages... Venus de la côte australienne sur urs pirogues, avaient-ils débarqué, et ne cher- (icraicnt-ils pas à gagner l'intérieur?... A quels ungers eussent été exposés les hôtes de Felnheim, si ces naturels mettaient jamais le

sur la Terre- Promise...

« A quel endroit au riez- vous aperçu cette fméc?... demanda vivement M. Zermatt.

— Là... au-dessus de la dernière pointe que Ipjette le littoral de ce côté. »

Et M. Wolston indiquait l'extrême limite de 1 terre, à trois lieues environ, laquelle, à partir t cette pointe, disparaissait en se recourbant vps le su cl- ou es t. M. Zermatt et Ernest, saisis-

it la longue-vue l'un après l'autre, regar- ( rent très attentivement l'endroit signalé.

< Je ne vois rien... dit M. Zermatt.

— Rien... » ajouta Ernest.

Pendant quelques instants encore M. Wol-

s»n observa avec une extrême attention.

f Non... je ne distingue plus cette fumée...

rtMl. Ce devait être une légère vapeur gris re... un petit nuage très bas, qui vient de se u siper. »

^ette réponse fut rassurante. Toutefois, tant

que cette pointe resta en vue, M. Zermatt et ses compagnons ne la quittèrent point des yeux, mais ils ne remarquèrent rien dont ils dussent prendre inquiétude.

L'Elisabeth, couverte de toile, filait avec rapidité sur une mer un peu clapoteuse, qui ne evnait point sa marche. A une heure de l'aprèsmidi, elle se trouvait devant la baie de la Licorne, qui fut laissée à une lieue sur bâbord: puis, ralliant la côte, elle se dirigea en droite ligne vers le cap de l'Est.

Ce cap fut tourné à quatre heures, et comme la marée montante portait à l'ouest de la baie du Salut, une heure suffit à franchir cette dis tance. L'ilot du lïequin doublé, Y Elisabeth piqur i vers le ruisseau des Chacals et, trente-cin< minutes après, ses passagers débarquèrent su la crève de Felsenheim.

SECOND!? P.VTHli:

vaut, la saison des pluies, — Visite aux métairies et aux îlots. — Premières bourrasques. — Les soirées à Felsenheim. — La chapelle. — La découverte d'Ernest et l'accueil qui lui est fait. — Prolongation du mauvais temps. — Deux coups de canon. — A l'îlot du liequin.

Quatre jours et demi, soit cent huit heures, iBe avait été la durée de l'absence des hôtes > Felsenheim. Kl le aurait pu se prolonger entre d'autant sans que les animaux domestiques i eussent souffert, leurs êtables étant approisionnées pour une longue période. Pendant *tte excursion, M. Wolston aurait eu le temps 8 conduire l'exploration à la base de la chaîne »nt il n'était plus très éloigné à la hauteur du irfagc. Très probablement même, il aurait propéé à M. Zermatt do séjourner trois ou quatre /urs de plus au mouillage de la Montrose, si le l <not n'eût trouvé obstacle à remonter son 'Mrs.

Au total, cette exploration ne laissait pas

SECONDE PAT RUC

d'avoir ou quelque résultat. Lapinasse avait pu reconnaître la ente orientale sur une dizaine de lieues à partir du cap de l'Est. En y ajoutant une ('gale étendue du littoral visité dans le nord jusqu'à la baie des Perles, voilà ce que l'on connaissait du contour de 111e. Quant à son périmètre à l'ouest et au sud, quel aspect il présentait, s'il limitait des régions arides ou fertiles, les deux familles ne seraient fixées à cet égard qu'après un voyage de circumnavigation, b moins que l'ascension des montagnes ne permît au regard d'embrasser la Nouvelle-Suisse entière. X Il est vrai, les probabilités étaient que h Licorne, en reprenant la mer, en eût relevé le: dimensions et la forme. Donc, en cas qui l'expédition projetée par M. Wolslon ne donna pas complète connaissance de File, il n'y aurai

qu'à attendre le retour de la corvette anglais pour être fixé à cet égard.

Maintenant, pendant sept à huit semaines, le travaux de fenaison et de moisson, le battag des grains, la vendange, I'engrangcment de récoltes, allaient occuper toutes les heures M. Zcrmatt et ses compagnons ne devaient p9 s'accorder un seul jour de chômage, s'ils voi laient (tue les métairies fussent en état avant J période assez troublée qui constituait l'hiv* sous cette latitude de l'hémisphère austral.

Chacun se mit donc à l'œuvre, et, en prcmi< lieu, les familles se transportèrent à Falkei

horst. Ce déplacement les rapprochait de Waldegg, de Zuckcrtop et de Prospcct-IIill. L'habitation d'été ne manquait ni d'espace ni de confort, depuis que de nouvelles chambres avaient été installées entre les gigantesques racines du manglier, sans parler de l'étage aérien, si agréable au milieu de la verdure. À la base de l'arbre, une cour spacieuse était destinée aux animaux, avec étables et hangars, qu'entourait une impénétrable palissade de bambous et d'arbustes épineux.

Il est inutile d'indiquer par le détail les travaux qui furent entrepris et menés à bonne lin durant ces deux mois. Il fallut se rendre d'une métairie à l'autre, emmagasiner les céréales et les fourrages, cueillir les fruits en pleine maturité, tout disposer afin que la gent emplumée des bassescours n'eût rien à redouter des intempéries de a mauvaise saison.

A noter que, grâce aux irrigations du lac des Cygnes abondamment alimenté par le canal, le rendement cultural s'était sensiblement accru. Ce district de la Terre-Promise aurait pu assurer l'existence d'une centaine de colons, et l'on comprend que ses hôtes fussent accablés de besogne, s'ils n'en voulaient rien perdre.

En prévision des troubles atmosphériques qui allaient durer de huit à neuf semaines, il y eut lieu d'aviser à préserver les métairies des ilégâts de la pluie ou du vent. Les barrières des enclos, les portes et les fenêtres des habitations,

furent hermétiquement fermées, calfeutrées, consolidées au moyen d'ares-boutants ; les toitures, chargées de blocs pesants, résisteraient aux violentes rafales de Test. Mômes précautions furent prises en ce qui concernait les hangars, les granges, les étables, les poulaillers, dont les occupants à quatre ou deux pattes étaient trop nombreux pour être ramenés dans les communs de Felsenheim. t

11 va sans dire «gaiement que les aménage* monts des îlots de la Baleine et du Requin furent mis en état de résister à ces redoutai des bourrasques, auxquelles leur situation près du littoral les exposait plus directement.

Sur l'ilot de la Baleine, les arbres résineux, les pins marilimes à verdure persistante, formaient maintenant d'épais massifs. Les pépinières de cocotiers et autres essences, depuis que des haies d'épines les défendaient, avaient prospéré. Plus rien à redouter désormais de ces centaines de lapins qui, dans les premiers temps, dévoraient tous les germes. Les herbes marines fournissaient assez de nourriture à ces voraces rongeurs, — entre autres le « fucus saccharinus », dont ils se montraient très friands. Assurément, Jenny ne pourrait que trouver parfaite la tenue de l'ilot dont M. Zermatt lui avait octroyé l'entière possession.

Quant à l'ilot du Requin, les plantations de mangliers, de cocotiers et de pins n'y laissaient rien à désirer. Il convint de consolider les enclos

^serves aux antilopes en train de se domesquer. Herbes et feuilles, qui forment la nourturo de ces ruminants, ne manqueraient pas qrant l'hiver, — l'eau douce non plus, grâce la source intarissable découverte à l'extrémité

l'îlot. M. Zermatt avait fait construire un angar central en fortes planches, dans lequel caient emmagasinées des provisions de toutes )rtes. Enfin la batterie, établie sur le plateau a monticule, étaitabritée parunesolide toiture, rotégée par les arbres verts, que dominait le xât de pavillon.

1 Le jour de cette visite, suivant les habitudes rises au début comme au terme de la saison (lîvieuse, Ernest et Jack tirèrent 1rs deux coups o canon réglementaires. Et, cette fois, aucune étonation ne se fit entendre du large, contrai-

ment à ce qui avait eu lieu six mois avant, près l'arrivée de la corvette anglaise.

Lorsque les deux pièces eurent reçu de n oublies gargousses avec leurs é toupilles, Jack écria :

« Maintenant, ce sera notre tour de répondre la Licorne, quand elle saluera la Nouvelle-

uisse, et avec quelle joie nous lui enverrons

otre réponse ! »

Bref, les dernières récoltes, froment, orge, :iglc, riz, maïs, avoine, millet, manioc, sagou, atates, ne tardèrent pas a être rentrées dans s granges et magasins de Felsenheim. Pois, aricots, fèves, carottes, navets, poireaux, lai-

SIlCONDE patkie.

tues, chicorées, seraient fournis avec abondance par le potager, car l'assolement l'avait rendi extraordinairement productif. Pour les canne à sucre et les arbres fruitiers, champs et plan talions étaient à portée de l'habitation sur le deux rives du cours d'eau. La vendange di vignoble de Falkenborst fut faite en temp voulu, et, en ce qui concernait l'hydromel, 1 miel ne manquait pas ni les épices et les gâteau de seigle destinés à aider sa fermentation. Oi avait aussi abondance du vin de palmier, san parler de la réserve du vin des Canaries. Quan à l'eau-de-vic laissée par le lieutenant Little stone, plusieurs fûts occupaient le frais sous-sc de la cave rocheuse. Le combustible du four neau de la cuisine était fourni par le bois se entassé dans les bûchers, et d'ailleurs, lesboui rasques se chargeraient de semer les branche sur les grèves de Felsenheim, en outre de celte que la marée mentante poussait aux plages d la baie du Salut. Au surplus, il n'était pa question d'employer ce combustible au chau fage du salon et des chambres. Entre les tre piques, sous le dix-neuvième parallèle, le froi n'est jamais à redouter. Le feu, c'était pourl cuisson, les lessives et autres opérations d ménage.

La seconde quinzaine de mai arriva, et il éta temps que ces travaux fussent terminés. Aucun illusion à se faire sur les indices avant-coureui du prochain mauvais temps. Au coucher d

ïoleil, le ciel commençait à se couvrir de brumes jui s'épaississaient de jour en jour. Le vent ;endait à se fixer dans Test, et, lorsqu'il soufflait de cette direction, toutes les tempêtes du large se précipitaient violemment sur l'île.

Avant de venir s'enfermer à Felsenhcim, M. Zermatt voulut consacrer la journée du 24 à une excursion à l'ermitage d'Eberfurfc. à laquelle IM.Wolston et Jack prendraient part.

Il convenait de s'assurer si le défilé de Cluse létait assez solidement clos pour que les fauves ne pussent le franchir. Rien de plus indispensable que de prévenir une irruption dont le résultat eût été le ravage complet des plantations.

Cette métairie, la plus éloignée sur la limite du district, se trouvait environ à trois lieues de Felsenheim.

Les visiteurs, montés sur le buffle, l'onagre et l'autruche , arrivèrent à l'ermitage d'Eberfurt en moins de deux heures. Les clôtures furent trouvées en bon état ; mais il parut prudent de renforcer de quelques épaisses traverses l'entrée f de Cluse. Aucune invasion de carnassiers ou de pachydermes ne serait à redouter, tant qu'ils i ne parviendraient pas à franchir le défilé.

On ne vit, d'ailleurs, nulle trace suspecte, et, il faut l'avouer, au vif regret de Jack. L'ardent chasseur se promettait toujours de capturer au moins un jeune éléphant. Après l'avoir apprivoisé, domestiqué, employé aux gros charrois,

SI :C ONDE PATRIK

il saurait bien l'assujettir au transport de s propre personne.

Enfin } à la date du 25, dès que les première pluies commencèrent à s'abattre sur l'ilc, le familles, ayant définitivement quitté Falken horst, s'étaient installées à Feîsenheim.

Aucun pays n'eût offert une demeure plu:

sûre, à l'abri de toutes les intempéries, et auss d'une disposition plus agréable. Que d'embellissements depuis le jour où le marteau de Jacl avait « percé la montagne! » La grotte de se était devenue une confortable habitation. À la partie antérieure du massif rocheux, toujours même arrangement des chambres en enfilade, percées de portes et de fenêtres. La bibliollièquc, chère à Ernest, avec ses deux baies? ouvertes vers le levant du côté du ruisseau des Chacals, était surmontée d'un élégant pigeonnier. Le vaste salon aux fenêtres tendues d'étoffe verte enduite d'une légère couche de caoutchouc, meublé des principaux objets, tables, chaises, fauteuils, canapés, retirés de la dunette du Landîord, continuait à servir d'oratoire en attendant que M. Wolston eût bâti sa chapelle.

Au-dessus des chambres régnait une terrasse, à laquelle accédaient deux sentiers, et par devant se développait une galerie couverte d'un toit en appentis, que supportaient quatorze piliers de bambou. Le long de ces piliers serpentaient des rejetons de poivriers et autres arbustes, qui répandaient une suave odeur de

mille, entremêles de lianes et de plantes grimâtes alors en pleine verdure, i De l'autre côté de la grotte, en remontant le >urs du ruisseau, s'étendaient les jardins paroliers de Felsenheim. Entourés de haies iineuses,ilsse divisaient en carrés de légumes, i corbeilles de fleurs, en plantations d'arbres à uits, pistachiers, amandiers, noyers, orangers, itronniers, bananiers, goyaviers, toutes les ssences des pays chauds. Quant aux arbres des limats tempérés de l'Europe, les cerisiers, les •oiriers, les merisiers, les fiu'uiers, il suiïisaitde a rendre à la grande allée pour les trouver en ordure jusqu'à Falkenhorst.

I Depuis treize ans, bien des saisons pluvieuses étaient passées dans cette habitation, qui jamais n'avait eu à souffrir ni du vent ni de la ner. Quelques semaines allaient s'y écouler en es mêmes conditions, mais avec de nouveaux lôtes. Manqueraient, il est vrai, Fritz, François ;t cette aimable Jenny, la joie et l'animation de e petit monde.

À partir du 25, les pluies ne cessèrent plus, in même temps s'abattaient les rafales cinglantes et sifflantes qui chassaient du large parlessus les plateaux du cap de l'Est. Toute ixcursion fut alors interdite, et il n'y eut plus [u'à poursuivre les divers travaux de l'intérieur. Besogne importante, ces soins à donner aux animaux, buffles, onagre, vaches, veaux, ânons, aux bêtes admises dans l'intimité, le singe

SECONDK I>AT1UK.

Knips II, le chacal Jager, le chacal et le cormor; de Jcnny, toujours très choyés à cause (Tell

Enfin, c'étaient 1 détails du mû nage, confection des eo serves , puis , loi qu'une éclaireie ra et courte le perme tait, la pèche à Ter bouchure du misse* des Chacals et au pif des roches de Felse heim.

Dans la premiè semaine de juin', il eut redoublement ( bourrasques, pluie fines qui se tendaie:

sur le ciel en maill<

et aus:

pluies d'orage qi tombaient en mu tiples clochettes si le sol. Impossible* t sortir sans s'être r vêtu de capotes in perméables.

Tous les environ le potager, les plants, les champs, étaient acci blés sous ces torrentielles averses, et du haï des parements du massif de Felsenheim se de

serrées ,

SKCONDK PATRIK.

reeaicnt mille filets liquides avec un bruit de

«scades.

Bien que persnne ne mit le ed dehors , à loins que ce ne it absolument écessaire, les eures s' écoutent sans ennui.

1 régnait entre >g familles une arfaite entente, ne identité de ues qui n'occaionnait jamais lediscussions.

nutile d'insister iur l'amitié sin- :ère qu'épro liaient l'un pour /autre MM. Zernatt et Wolston îtaiïirmée depuis rixmois déjà dans toutes les relations de la vie commune. Il en

Hait de même des deux mères dont les qualités it les aptitudes se complétaient. Enfin, il y avait ce boute-en-train de Jack. Toujours gai, toujours

en éveil, toujours en quête d'aventures, il n maugréait que contre l'impossibilité de sati faire ses instincts de chasseur.

En ce qui concerne Ernest et Annah, leui parents n'en étaient point à observer qu'un ser timent plus vit" que celui de l'amitié les attirai l'un vers l'autre. La jeune fille, alors âgée cl dix-sept ans, un peu sérieuse et réfléchie, devai nécessairement plaire au sérieux et réfîéch jeune homme, lequel n'aurait su lui déplaire étant fort agréable de sa personne. Los Zermat et les Wolston ne pouvaient envisager qu'ave< plaisir cette éventualité d'une union dans ui avenir plus ou moins rapproché, — union qu resserrerait les lions dos deux familles. Du reste il n'était question de rien. On laissait aller les choses. Tout cola s'arrangerait au retour de 1 Licorne, qui ramènerait Fritz et Jenny mari e ! femme. Si quelques malicieuses allusions s produisaient, elles venaient de ce coquin de Jack. D'ailleurs, entêté dans ses idées de célibataire, il ne se montrait point jaloux d'Ernest.

Pendant les repas, pendant les soirées, c'étaient invariablement les absents qui faisaien l'objet de La conversation. On n'oubliait ni le colonel Montrose, ni James et Suzan Wolston, ni Doll, ni François, ni aucun de ceux qui allaient faire de la Nouvelle-Suisse leur Seconde Patrie

Un soir, M. Zermatt établit le calcul suivant'

« Mes amis, nous voici au 15 juin. Puisque la Licorne est partie depuis le 20 octobre d'

îinnée dernière, cela donne huit mois bien ( mptés... Elle doit donc être sur le point de litter les mers d'Europe...

— Qu'en penses-tu, Ernest?... demanda me Zermatt.

— Je pense, répondit celui-ci, en tenant >mpte de sa relâche au Cap, que la corvette

; jbu arriver en trois mois dans un port d'Anleterre. Or, elle devra employer le même temps i revenir, et puisqu'il était convenu qu'elle srait de retour dans un an, c'est qu'elle aura û rester une demi -année en Europe. J'en ionclus donc qu'elle s'y trouve encore...

— Mais sans doute sur le point de prendre % mer... fit observer Annah.

■ — C'est probable, ma chère Annah, répondit

■Smest.

— Après tout, il serait possible qu'elle eût ■ibrégéson séjour en Angleterre. dit M ,mî Wolïton.

— Possible, assurément, répliqua M. Woliton, bien que six mois ne soient pas un trop long délai pour ce qu'elle avait à faire... Nos ords de l'Amirauté ne sont pas très expéditifs.. .

— Cependant, dit M. Zermatt, lorsqu'il s'agit l'une prise de possession...

• — Ça va vite!... s'écria Jack. En somme, savez-vous que c'est un beau cadeau que nous taisons à votre pays, monsieur Wolston...

— J'en conviens, mon cher Jack.

— Et pourtant, reprit le jeune homme, quelle

occasion c'était pour notre vieille Hclvétie cl débuter dans la carrière de l'expansion cok niale... une île qui possède toutes les richesse animales et végétales de la zone torride... un ile si admirablement placée en pleine mer de Indes pour le commerce avec l'extrême Asie e

le Pacifique...

— Voilà notre Jack qui s'emballe comme s'i était monté sur Brummcr ou sur Lcichtfus!..

dit M. Wolston.

— Voyons, Ernest, demanda Annah, qui doit-on déduire de vos calculs relativement à 1; Licorne?.,.

— ("est que, dans les premiers jours de juille au plus tard, la corvette mettra à la voile poin revenir avec nos regrettés absents et les colon? qui se seront décidés à les suivre. Comme elle fera relâche au Cap, ma chère Annah, cette relâche la retiendra vraisemblablement jusque vers la moitié du mois d'août. Aussi je ne m'attends pas à la voir paraître à la hauteur du cap de l'Espoir-Trompé avant la mi-octobre

— Encore quatre interminables mois!...

murmura M ,ne Zermatt. Que de patience quand on songe qu'ils sont sur mer, tous ceux que l'on aime!... Dieu les protège ! »

Si les femmes ne perdaient pas une heure, occupées des travaux du ménage, il n'en faudrait pas conclure que les hommes fussent oisifs. Le plus souvent on entendait les grondements de la forge et les ronronnements du tour. Mécanicien

>rt habile, M. Wolston, aide do M. Zermatt, :irfois d'Ernest, moins souvent do Jack, qui lait toujours dehors à la moindre éclaircie, ibriquait nombre d'objets d'utilité courante estiués à compléter le matériel de Felsenbeim. Un projet, discuté à fond et finalement arrêté, b fut celui qui concernait l'érection d'une ehaielle. La question de l'emplacement donna lieu quelques débats. Pour les uns, il devait être hoisi lace à la mer, sur une des falaises du ttoral, à moitié chemin de Felsenbeim et de alkenhorst, de manière que l'on pûts'y rendre e chacune de ces habitations sans avoir une DUgue route à faire. Pour les autres, la chapelle lit été trop exposée, en cet endroit, aux bourasques du large, et il semblait préférable de ériger près du ruisseau des Chacals, en aval e la cascade. Mais M um Zermatt et Wolston couvèrent, non sans raison, que cette place srait trop éloignée. Aussi fut-il décidé de eontruire la chapelle à l'extrémité du potager, sur n emplacement très abrité par la hauteur des oclies.

! M. Wolston émit alors l'idée d'employer des natériaux plus solides et plus durables que le fûis et les bambous. Pourquoi ne pas se servir e blocs de calcaire, ou même des galets de la -lage, ainsi que cela se voit dans les villages îaritimes? Quant aux coquillages, aux madréores, très nombreux sur les grèves, après avoir té portes au rouge, afin d'en chasser l'acide

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