SECONDE INTIME
rnest. Je l'ai étudie, ce caillou, j'en ai analyse iclques parcelles, et je puis certifier qu'il est
i grande partie composé d'or à l'état natif...
— Es-tu certain de ne pas te tromper, mon
c manda M. Zermatt.
— Oui... père... oui !»
l M ino Zermatt avait écouté ce dialogue sans pononcer une parole, sans mémo tondre la :iain et prendre le précieux objet, dont la dé- >uvcrte ne semblait lui inspirer que de l'indif- <rence.
« Or, continua Ernest, on remontant comme en ^descendant le ravin de la Montrosc, j'ai relarqué nombre de cailloux de cette espèce. Il st donc constaté que les pépites abondent dans s coin de l'île. . .
— Et que nous importe?... » dit M rae Zermatt. 1 M, Zermatt regarda sa femme, sentant tout le édain de cette réponse.
« Mon cher Ernest, dit-il alors, tu n'as parlé personne de ta découverte?...
— À personne.
— Je t'approuve... non pas que je n'aie contanec en ton frùre et en M. Wolston... Mais ce ecret mérite que l'on réfléchisse avant de le ivulguer...
■ ■ — Qu'y a-t-il donc à craindre, père?... dit
ii rnest.
— Rien pour le présent, mais pour l'avenir e la future colonie !... Que l'on apprenne 'existence de ces terrains aurifères, que l'on
sache la Nouvelle-Suisse riche de pépites, les chercheurs d'or accourront en foule et, à leur suite, se déclareront tous les maux, tous lee désordres, tous les crimes qu'entraîne la coa-t ûuéte de ce métal !... Assurément, il est à croire que ce qui ne t'a pas échappé, Ernest, n'éehajH pera pas à d'autres, et que les gisements de k Montrose seront un jour reconnus... Eh bien/ que ce soit le plus tard possible... Tu as bien fait de garder ce secret, mon fds, et nous le tarderons aussi...
— C'est sagement parler, mon ami, ajouta M 1110 Zermatt, et je ne puis qu'approuver tes paroles... Non! ne disons rien, et ne retournons pas à ce ravin de la Montrose... Laissons faire le hasard, ou plutôt Dieu qui dispose des trésor. 6 de ce monde et les distribue à son gré ! »
Le père, la mère, le iils restèrent pensif* quelques instants, fermement résolus d'aillcun à 11c point mettre à profit cette découverte. C< cailloux resteraient sur le sol où ils gisaient L'aride région, comprise entre l'amont de la ri vière et la base de la chaîne, n'attirerait pas di longtemps les nouveaux habitants de l'île, e bien des malheurs seraient «'vîtes sans aucut doute. C
La mauvaise saison battait son plein. Il fallu patienter pendant trois semaines encore. 1 semblait que les beaux jours dussent être tardifs cette année. Après vingt- quatre heures de répit les bourrasques reprenaient avec plus de force
second*: iȈtiur:
■us l'influence des troubles atmosphériques ai bouleversaient le nord de l'océan Indien, n était maintenant en août. Si ce mois n'est le le février de l' hémisphère septentrional, à îtte époque du moins, entre les tropiques et équateur, les pluies et les vents commencent ordinaire à faiblir, l'espace à se dégager des oaisses vapeurs.
« Depuis douze ans, dit un jour M. Zermatt, ous n'avons jamais éprouvé une si longue irie de rafales... Et même, de mai à juillet, il
avait des semaines d'accalmie... Quant au ent d'ouest, il se rétablissait dès le début du lois d'août...
— Ma chère Merry, ajouta M" 10 Zermatt, vous liez prendre une fâcheuse idée de notre île...
— Rassurez-vous, Betsie, répondit M" 10 Wolton. En notre pays d'Angleterre, est-ce que ous ne sommes pas habitués au mauvais ;mps pendant la moitié de Tannée?...
— N'importe, déclara Jack, c'est abomiable... un mois d'août pareil dans la Nouvelleuisse!... Depuis trois semaines, je devrais être n chasse, et tous les matins mes chiens me [©mandent ce que cela signifie !
■ — Cette période va bientôt prendre lin, (hrma Ernest. Si j'en crois le baromètre et le hermomètre, nous ne tarderons pas à entrer lans la période des orages qui termine habituelement la saison pluvieuse.
■ — Quoi qu'il en soit, reprit Jack, cet abomi-
nable temps se prolonge trop... Ce n'est pas ce que nous avions promis à M. et M ine Wolston, et je suis sûr qu'Ànnah nous reproche de l'avoir
trompée...
— Non... Jack... non...
— Et qu'elle vomirait s'en aller ! »
Los yeux cle la jeune fille répondirent pour elle. Ils disaient combien elle se trouvait heureuse de cette cordiale hospitalité de la famille r /ermatt. Son espoir était que jamais rien ne les en séparerait, ses parents et elle!...
Ainsi que l'avait observé Ernest, cette saison des pluies s'achevait généralement par de violents orages qui duraient de cinq à six jours. Le ciel était alors tout incendié d'éclairs, suivis de coups de foudre, à faire croire que s'effondrait la voûte étoilée, et répercutés par les multiples échos du littoral.
Ce fut le 17 août que ces orages s'annoncèrent avec un relèvement de la température, un alourdissement de l'atmosphère, un amoncellement de gros nuages dans le nord-ouest, nuages livides qui dénotaient une haute tension électrique. ■£
Felsenheim, abrité sous sa carapace rocheuse, défiait le vent et la pluie. On n'avait pas à y craindre ces chutes de foudre, si redoutables en pleine campagne ou au milieu de bois qui attirent si facilement le fluide. Sans doute, M""' Zermatt, M mc Wolston, Annah, n'échappaient pas à l'impression toute physique que produisent les
.âges, même quand on peut impunément les hiver, mais elles ne s'en effrayai ont pas outre îesure.
Le surlendemain, dans la soirée, l'espace fut oublé par le plus terrible de ces météores qui it éclaté jusque-là. Tous, réunis dans la salle ) la bibliothèque, se redressèrent au fracas un coup de tonnerre sec et déchirant qui se •olongea en longs roulements à travers les tûtes zones du ciel.
Puis, après l'intervalle d une minute, un cofond silence régna au dehors.
1 A n'en pas douter, la foudre venait de tomber on loin de Felsenheim.
En cet instant, une détonation si 1 lit entendre. a Qu'est-ce donc?... s'écria Jack.
— Ce n'est pas le tonnerre... dit M. Zermalt.
— Assurément non, répondit M. Wolston, qui approcha de la fenêtre.
■ — Est-ce un coup de canon qui vient d'être tfé au large de la baie?... » demanda Ernest. ! On écouta, le cœur haletant. Peut-être y fVait-il erreur... une illusion d'acoustique... uelque dernier éclat de la foudre à travers •espace?... Mais si c'était la décharge d'une touche à feu, c'est qu'un bâtiment se trouait en vue de l'île, désemparé par la tempête, "eut-être en perdition...
1 Un second coup retentit. C'était le même >niit, donc à la même distance, et, cette fois, ucun éclair ne l'avait précédé...
SKCONDi: PATRIE.
« Encore un... répéta Jack, et, pour celui-là aucun doute, je pense...
— En effet, affirma M. Wolston, c'est m coup de canon que nous venons d'entendre ! »
Aussitôt, Annah de courir vers la porte, er s'écriant, comme malgré elle :
« La Licorne... ce ne peut être que k Licorne! »
Il y eut quelques secondes d'une silencieuse stupeur. La Licorne en vue de File... de m an-! dant du secours?... Non... non!... Qu'un navire eût été poussé dans le nord-est, un navire désemparé, drossé contre les récifs du cap de FEspoir- Trompé ou du cap de l'Est, on pouvait le supposer. Mais que ce fût la corvette anglaise, c'était inadmissible. Il aurait fallu qiu son départ d'Europe remontât à trois mois déji et qu'elle eût considérablement abrégé son séjour en Angleterre... Non... non!,.. Et M. Zeraiatt FaHirmait avec tant de conviction que tous se l'an gèrent à son opinion : ce ne devait p;e être la Licorne/
Toutefois il n'en était pas moins affreux de penser qu'un bâtiment était en détresse à pet de distance de File... que la bourrasque le chassait sur Fécueil où s'était brisé le Landlord.. qu'il demandait vainement du secours...
MM. Zermatt et Wolston, Ernest et Jacl* sortirent sous la pluie et gravirent Fépaulemeni au revers de Felsenheim.
Tel était l'obscurcissement ele Fespace que le
won de vue se bornait à quelques toises du ité de la mer. Tous quatre durent rentrer resque aussitôt sans avoir rien aperçu à la flrfacc de la baie du Salut.
« Et d'ailleurs, que pourrions-nous faire our ce bâtiment ?... demanda Jack.
— Rien, répondit M. Zermatt.
— Prions pour les malheureux qui sont en ;éril, dit M""' Wolston, et que le Tout-Puissant >s protège ! »
Les trois femmes s'agenouillèrent près delà (mètre, et les hommes demeurèrent courbés rès d'elles.
i Comme aucune autre décharge d'artillerie ne q fit entendre, il fallut en conclure ou que le iavire s'était perdu corps et biens, ou qu'il avait lassé au large de l'ile.
Personne, cette nuit-là, ne quitla la grande aile, et, dès que le jour reparut, l'orage ayant esse, tous se précipitèrent hors de l'enclos le Felsenheim.
Il n'y avait aucune voile en vue, ni dans a baie, ni dans le bras de mer compris entre le ap de l' E s p i r-Trompé et 1 e cap d e l' E st . 1 On n'apercevait rien non plus d'un navire qui •e fût jeté contre l'écueil du Lancllord, à trois ieues de là.
« Allons à l'ilot du Requin... dit Jack.
— Tu as raison, répondit M. Zermatt. Du haut le la batterie, nos regards porteront plus loin...
— - D'ailleurs, ajouta Jack, c'est ou jamais le
cas de tirer quelques coups de canon!... Ç; sait s'ils ne seront pas entendus au large* suivis d une réponse?... »
La difficulté serait évidemment de eragr l'îlot du Uequin, caria baie devait encore êl profondément troublée. Mais, en somme, distance n'était que d'une lieue environ, et* chaloupe pouvait s'y risquer.
M ,T,es Wolston et Zermatt, dévorant leu; inquiétudes, ne voulurent point s'opposer à : projet. 11 y allait, peut-être, du salut de leu semblables.
A sept heures, la chaloupe quitta la peti crique. MM. Zcrmatt et Wolston, Ernest et Ja nageaient avec vigueur, aidés par le jusai Quelques paquets de mer qu'ils reçurent p j l'avant ne leur firent point rebrousser chemi
Dès que l'îlot eut été atteint, tous les quat prirent pied sur les basses roches.
Quel changement, quels dégâts!... Çà et 1 des arbres déracinés par le vent, les enclos d antilopes renversés, les animaux effarés acco rant de toutes parts !
M. Zcrmatt et ses compagnons arrivèrent la base du monticule de la batterie, et Jac naturellement, fut le premier à paraître ; sommet. i
« Venez... venez !... » criait-il d'une voixir patiente.
M. Zermatt, M. Wolston et Ernest se hatère de le rejoindre.
Le hangar sous lequel s'allongeaient les deux lièces avait été incendié pendant la nuit, et l'offrait plus que des débris qui fumaient encore. jC mât de pavillon, fendu sur toute sa longueur, *ieait au milieu d'un amas d'herbes et de brousailles à demi consumées. Quant aux arbres, lont les branchages s'entre-croisaien tau-dessus le la batterie, ils étaient fracassés jusqu'aux 'acines, et l'on voyait la trace des 11 a m me s qui iraient dévoré leurs hautes branches.
Les deux caronades étaient sur les affûts, rop lourdes pour que la bourrasque eût pu les renverser.
Ernest et.Jack avaient apporté des étoupilles, :t s'étaient même munis de plusieurs gargousses lin de pouvoir continuer à tirer, si des défcolations venaient du large.
Jack, posté près de la première pièce, y mit e feu.
L'étoupillc brûla jusqu'à l'orifice de la minière, mais le coup ne partit pas.
« La charge était éventée, fit observer >I. Wolston, et elle n'a pu s'enflammer...
— Changeons-la, répondit M, Zermatt. Jack, prends Técouvillon, et tâche de débourrer la rièce... Puis tu y placeras une nouvelle garpousse. »
Mais lorsque Técouvillon eut été introduit lans la pièce, il en atteignit le fond, à la grande surprise de Jack. L'ancienne gargousse, qui wait été placée à la fin de la belle saison, no
s'y trouvait plus. 11 en était de même pour 1 seconde pièce.
« Elles ont donc été tirées?... s'écria M. Woî s ton.
— Tirées?... répéta M. Zermatt.
— Oui... toutes les deux... reprit Jack.
« — Mais par qui
— Par qui?. . . répondit Ernest, après une rapid réflexion, mais par le tonnerre en personne.
— Le tonnerre?... répliqua M. Zermatt.
— Sans doute, père... Le dernier coup cl foudre que nous avons entendu hier est tomh sur le monticule... Le hangar a brûlé et, quan le feu a atteint les deux pièces, les deux coup sont partis l'un après l'autre... «
Cette explication s'imposait, en présenc des débris qui jonchaient le sol. Mais pji quelles heures d'anxiété avaient passé les hôte i de Felsenheim pendant cette interminable nu d'orage !
« Voyez-vous ce tonnerre qui se fait artil leur... s'écria Jack, ce Jupiter tonnant qui s môle de ce qui ne le regarde pas ! »
Les caronades ayant été rechargées, 1 chaloupe quitta l'îlot du Requin, où M. Zermai aurait à reconstruire le hangar, dès que I temps le permettrait.
Ainsi donc, aucun navire n'avait paru sur le parages de l'île pendant la nuit précédente aucun bâtiment n'était venu se perdre contr les récifs de la Nouvelle-Suisse.
SKCONHK l'ATRIK.
ralkenhorst. — À Waldegg. — A Zuckertop. — A Prospect-HilI. — La mer déserte. — Préparatifs < I ts voyage à intérieur. — Ceux qui partent et ceux qui ne partent i>as. — Conduite au défile de Cluse. — Adieux.
.La saison dos pluies, cjui s'était prolongée tte année-là, prit fin dans la dernière .semaine août. En prévision du voyage projeté à Tintéeur do File, on se mit immédiatement aux ftvaux de labours et d'ensemencements.
. Zermatt ne comptant pas commencer l'exxrsion avant la seconde quinzaine de sepiinbro, ce temps suffirait largement aux remières besognes.
Cette luis, les deux familles décidèrent de 4 point s'installer à Falkenhorst. Le château rien avait d ailleurs subi quelques dégâts ndant les dernières tourmentes, et il serait cessaire d'y faire des réparations. On se intenterait d'y passer quelques jours pour les
SFXOSDE PATRIK.
semailles, la taille du vignoble, les soins à doi ncr aux animaux, et on ne s'attarderait pa davantage à Waldegg, à Zuckertop et à Prospeç: ML
« Considérons, fit observer M. Zermatt, qu'a retour de nos absents, à l'arrivée des nouveau amis qu'ils nous amèneront, le colonel Mor trose, votre fils James et sa femme, mon ch( Wolston, et peut-être un certain nombre d colons, des agrandissements s'imposeront à Fa kenhorst comme aux autres métairies. Or, d(
# JÊ
bras supplémentaires ne seront pas à dédaigne pour ces travaux qui ne laisseront pas d'être hï portants. Donc, aujourd'hui, ne nous occupoi que de nos champs, de nos étables, de ne basses-cours. Nous aurons assez à faire, durai ces deux mois, en attendant la Licorne. »
Comme la présence de M'" " Zermatt et Wo ston à Felsenheim était indispensable, les dei ménagères déclarèrent qu'elles se chargeaie:
de tout ce qui concernait l'intérieur et l'ext rieur, les bestiaux, les volatiles do la mare ai Oies, les légumes du potager. Elles permiré:
toutefois à Annah d'accompagner son père lo de la visite des métairies, et, si la jeune fille ! montra satisfaite, Ernest ne le fut pas moins. P. surplus, ce déplacement n'entrainerait p grande fatigue, puisque le chariot, attelé ddeux buJ'iles, et les trois ânons, serviraient 1 transport à travers le district de la Terrc-Pr mise. C'est dans ce véhicule que M. Zerma
SLCCONDE l'A TU I !•! .
Ernest, M. Wolston et Aimah prendraient place, andis que Jack, toujours enclin à jouer le rôle féclaireur, les devancerait sur l'onagre Leichtus, l'une de ses montures favorites. S'il hésita între le taureau Brummer et l'autruche Brauiewind, il finit par donner la préférence à L'onagre. Brummer et Brausewind durent se résigner à ne point quitter Felsenheim.
A la date du 25 août, la première halte se lit t Falkenhorst, dont l'enclos renfermait un cerain nombre d'animaux domestiques. Il faisait eau temps avec petite brise venant de la baie u Salut. La chaleur n'était pas encore execsîive. Suivre l'ombreuse allée d'arbres qui longeait le rivage, cela ressemblait plutôt à une promenade, et non des moins agréables.
Et puis, à cette époque de l'année, M. Zernatt et ses fils éprouvaient cette vive impression lue leur avait toujours donnée le retour du printemps, cette influence salutaire de la nature aux premiers beaux jours, qui, ainsi que le lisait le chef de la famille dans le récit de ses aventures, « revenait, comme un ami, après quelques mois d'absence, leur apporter plaisir ït bénédictions ».
Il n'y eut pas à s'occuper des travaux de culurc pendant le séjour à Falkenhorst. Les hamps à ensemencer dépendaient des autres métairies plus éloignées. Toutes les heures turent consacrées à soigner les animaux, à renouveler leur nourriture, à exécuter quelques
réparations indispensables aux établcs, à nettoyer et à curer le petit ruisseau qui arrosait ce
domaine.
Quant aux magnifiques arbres du bois voisin, ils avaient résisté aux rudes assauts de la tourmente, non sans y avoir cependant perdu quelques branches. Il y eut donc lieu de ramasser tout ce bois mort et de l'emmagasiner clans les
bûchers de l'enclos.
Il fut également constaté que l'un des plus grands mangliers avait été frappé de la foudre. Bien que celui qui supportait la demeure aérienne n'eût pas subi le même sort, l'idée vint à Ernest qu'il serait prudent de le protéger au moyen d'un paratonnerre dont la tige dépasserait ses plus hautes frondaisons et qu'un iil métallique raccorderait avec le sol. Il se proposa d'étudier cette installation, car des orages fréquents troublaient la saison d'été, et le fluide électrique aurait pu causer de graves dommages à r'alkenhorst.
Ces travaux exigèrent trois jours pleins, et M. Zermatt ne revint à Felsenhcim que le quatrième. Ses compagnons et lui en repartirent vingt-quatre heures après, et leurs montures, leurs attelages prirent la direction de Waldegg.
La distance qui sépare Felsenheim de cette métairie fut franchie dans la matinée. Dès l'arrivée, chacun se mit à l'ouvrage. Là se trouvait la bergerie comprenant les moutons et lés chèvres, dont le nombre s'accroissait d'année
skcondk i> at it li-
en année ; là, aussi, était établi un poulailler qui comptait ses botes par centaines. Certaines avaries durent être réparées au fcnil, où les fourrages de la dernière récolte avaient été rentrés. Quant à l'habitation, on ne remarqua pas qu'elle eût souffert des mauvais temps. Ce n'était plus, il est vrai, la cabane en roseaux pliants, en perches minces et souples des premiers jours. La maisonnette, maçonnée à présent, se doublait au dehors d'un parement de gable et de terre grasse, à l'intérieur, d'un enduit do plâtre, de telle sorte que l'humidité oe pouvait s'y introduire. M. Zermatt observa, d'autre part, non sans satisfaction, que les plantations de cotonniers, qui confinaient à Waldegg, présentaient bonne apparence. Il en était ainsi du marécage, transformé en une véritable rizière dont les eaux pluviales n'avaient point affouillé le sol. Du côté opposé, si le lac des Cygnes se maintenait à un étiage assez élevé, presque au niveau des rives, nulle inondation ne menaçait les champs du voisinage. D'innombrables oiseaux aquatiques animaient alors ce petit lac, des hérons, des pélicans, des bécassines, des pilets, des poules d'eau, et, les plus gracieux de tous, des cygnes au plumage entièrement noir, qui se promenaient par couples à sa surface.
Il n'y avait aucune raison pour que Jack ne choisît pas parmi ces volatiles ceux qui figuraient d'ordinaire sur la table de la ferme de
Waldegg. Il abattit quelques douzaines de canards, sans parler d'un magnifique cabiai, tué sous buis, et que le chariot rapporterait à Fel-
senheim. .f
En ce qui concernait les bandes de singes, il y eut lieu d'être rassuré. On n'apercevait plus un seul de ces malfaisants quadrumanes, très habiles à lancer des pommes de pin on guise de projectiles, qui infestaient autrefois les bois d'alentour, et dont les dévastations étaient si dommageables. Depuis les grandes exterminations organisées contre eux, ils avaient sagement pris lé parti de déguerpir.
Ces premiers travaux terminés, on s'occupa d'ensemencer les champs de Waldegg. Ce sol arable ne demandait ni à être labouré ni à être ravivé par les fumures que la métairie aurait su fournir en abondance. Le passage de la herse, traînée par les ânons, suffisait à le afraîchir. Cependant ces semailles exigèrent, avec un certain temps, le concours de tous.
— même celui d' Annah, — et le retour à l'habitation de Felsenheim ne put s'effectuer avant le 6 septembre.
M. Zermatt et ses compagnons n'eurent qu'à féliciter M me Wolston et Betsie du zèle et de l'activité qu elles avaient déployés pendant leur absence. La basse-cour, les étables, étaient en parfait état ; le potager avait été nettoyé, sarclé, les plants de légumes alignés d'une main sûre. Les deux ménagères avaient également procédé
in
il complet lavage des chambres, salles et lions, au battage des literies, à tous les soins u'exige la bonne tenue d'une maison. Leur aHips avait été bien occupe, mais elles ne achèrent pas leur désir qu'on en finît avec ces isites aux métairies, dont elles n'étaient pas.
Il fut alors décidé qu'une dernière excursion erait faite les jours suivants aux établissements du district. Elle comprendrait à la fois les ôFmes de Zuckertop et de Prospect- 1 lill. Or, do 'élever jusqu'à la hauteur de l'Espoir-Trompé, (ela demanderait certainement une huitaine de ours, et il ne fallait pas compter être de retour reant la mi-septembre.
« Quant à l'ermitage d'Eberfurt, fit observer I. Zermatt, nous aurons l'occasion de le visiter ors du voyage projeté à l'intérieur de l'île, car, our sortir de la Terre-Promise, il n'existe pas l'autre issue que le défilé de Cluse, près de iotre métairie.. .
— Cela va de soi, répondît M. Wolston.
'outefois, n'y a-t-il pas des travaux de culture . exécuter de ce côté, et qui souffriraient d'un retard?...
— Mon cher Wolston , déclara M. Zermatt, 'tous n'avons plus à attendre que l'époque où b fenaison et la moisson réclameront nos soins, t ce ne sera que dans quelques semaines.
)onc iinissons-en avec Zuckertop et Prospect-
Ce projet admis, on décida qu'Annah n'ac-
compagnerait pas son père, le voyage pouvant se prolonger au delà d'une semaine. M me Wol ston eût trouvé trop longue cette absence.
Sa iille serait très utile à Felsenheim pour certains travaux de ménage, les grandes lessives, les grands raccommodages de vêtements et de linge. Le fer à repasser et l'aiguille prenaien alors le pas sur le râteau, la houe et la binette Aussi M 11,0 Wolston, sans parler de sa sollicitude maternelle, lit-elle valoir ces raisons très sérieuses, et auxquelles Annah dut se rendre è
son vif regret.
Ernest, on le comprend, trouva ces raisons peu de son goût, et il en vint même à se demander si sa présence n'était pas indispensable à Felsenheim.
Eh bien, ce fut ce brave Jack qui lui donn; aide avec sa bonne camaraderie habituelle. L: veille du départ, lorsque tout le monde se trou vait réuni dans la salle commune, il n'hésiti pas à émettre l'observation suivante :
« Père, je sais bien que M me Wolston, Annal et ma mère ne courent aucun risque à reste seules à Felsenheim... Mais, enfin, lorsqu'i s'agit de les y laisser toute une semaine et — qui sait?... - — peut-être davantage...
— Assurément, Jack, répondit M. Zerm&tt je ne serai pas une heure tranquille durant notr absence... bien qu'il n'y ait aucun danger à pré voir... Jusqu'ici nos séparations n'ont jamai duré plus de deux à trois jours, et, cette fois,x-
era la semaine entière... C'est bien long!... 'ou r tant, il y aurait gros embarras à partir tous nsemble...
— Si vous le voulez, dit M. Wolston, j'offre e rester à Felsenheim...
— Non, mon cher Wolston, vous moins qu'un autre, répondit M. Zermatt. Il est nécessaire que ous nous accompagniez à Zuckertopetà Prosject-IIill en prévision des travaux futurs... Mais <{ l'un de mes fils consent à demeurer près de ,;a mère, je n'aurai plus aucune inquiétude... 3ela est arrivé plusieurs fois déjà... Jack, par exemple... »
Jack, qui ne se retenait guère de sourire, regarda Ernest en dessous.
« Comment, s'écria-t-il, c'est à moi que vous proposez de garder le logis î... C'est à un chasseur que vous voulez enlever cette occasion de ofcasscr la grosse et la petite bête!... Si quelqu'un doit rester à Felsenheim, pourquoi moi plutôt qu'Ernest?...
— Ernest ou Jack, c'est tout un... répliqua M. Zermatt. N'est-il pas vrai, madame Wolston ? . . .
— ■ Certainement, monsieur Zermatt.
— Et, en compagnie d'Ernest, vous n'aurez pas peur, ni toi, lîetsic, ni vous, ma chère Ànnah?.
— Pas la moindre peur, répondit la jeune fille, dont le visage se colora légèrement.
— Parle donc, Ernest, reprit Jack. Tu ne
2b O SECONDE PATRIE.
dis pas si cet arrangement te convient?... «
L'arrangement convenait à Ernest, et M. Zermatt pouvait avoir toute confiance en ce sérieux jeune homme aussi prudent que courageux.
Quant au départ, il avait été fixé au lendemain. Dès le jour levé, M. Zermatt, M.Wolston et Jack firent leurs adieux, en promettant d'abréger leur absence autant que possible.
La route la plus-courte pour se rendre de Felsenheim à Zuckertop obliquait sur la gauche par rapport à celle de Waldcgir. qui longeait le littoral.
Le chariot, où se placèrent MM. Zermatt et \\ ol>ton, était en outre chargé de sacs qui contenaient des semences, d'un certain nombre d'ustensiles et d'outils, de vivres et de munitions en quantité suffisante.
Jack, qui n'avait pas voulu se séparer de Leichtfus, marchait près du chariot, suivi de ses deux chiens Braun et Falb.
On prit d'abord la direction du nord-ouest, de manière à laisser le lac des Cygnes sur la droite. De vastes prairies, des pâturages naturels, s'étendaient jusqu'au canal de dérivation du ruisseau des Chacals, qui fut traversé à une lieue de Falkenhorst sur le ponceau établi dès l'origine. . .;
En cette direction il n'existait pas de route carrossable dans le genre de celle qui conduisait à la métairie de Waldcgg. Toutefois, les nombreux et pesants charrois avaient fini par
ilanirle sol et détruire les herbes. Aussi, traîne i r les deux robustes buffles, le véhicule avan-
it-il d'un bon train sans trop de peine.
La distance jusqu'à Zuckertop, qui était d'eniron trois lieues, fut franchie en quatre heures.
M. Zermatt, M. Wolston et Jack arrivèrent
ne à l'habitation pour le déjeuner. Après roir mangé de grand appétit, ils se mirent
îssitot à l'ouvrage.
Il fallut d'abord relever plusieurs piquets de gnclos dans lequel les porcs avaient passé la uson pluvieuse. Cet enclos avait été envahi ir d'autres congénères de l'espèce porcine, ces [jams ou cochons musqués, déjà signalés à uckertop, et qui vivaient en parfaite amitié vec les autres. On se garda bien de les chasser, t pour cause. M. Zermatt savait par expérience ti'il y avait parti à tirer de la chair de ces qua-
upècles, à la condition d'enlever la poche doriférante placée sur leur dos.
Les plantations de ce domaine, grâce à son loignement de la mer, furent trouvées en bon >:at. On ne put constater que le bon état des goyaviers, des bananiers, des palmiers à choux, t principalement de ces ravendsaras, au tronc :pais, à la tête pyramidale, dont l'écorce unit ô goût de la cannelle à celui du girofle.
A l'époque où M. Zermatt et ses fils l'avaient isité, cet emplacement ne formait qu'un maais, qui fut alors nommé le marais des Cannes i sucre, et ils y étaient arrivés dès les premiers
•jouis de leur débarquement sur l'ile. Maintenan dévastes champs de culture entouraient la fera de Zuckertop, puis des herbag'es où paissaie; quelques vaches. A la place de la simple hut de branchages s'élevait une habitation abritt sous les arbres. Non loin se massait un épa taillis, uniquement composé de bambous dos les fortes épines pouvaient être employées ( guise de clous, et quiconque l'eût traversé n'e fût sorti que les vêtements en lambeaux.
Le séjour à Zuckertop dura huit jours q furent occupés aux semailles du millet, du fr< ment, de l'avoine, du niais: les céréales pro! t ai ent vite dans ce sol qu'arrosait la dérivatic du lac des Cygnes. De ce côté, en effet, M. \\o ston avait pratiqué une saignée en entaillant rive occidentale du lac, et, rien que par lei écoulement naturel, les eaux se dispersaient la surface du territoire. Aussi, par suite de cett disposition, Zuckertop devait être considéi comme la plus riche des trois métairies fondé* sur le district de la Terre-Promise.
Inutile de dire que, pendant le cours de cet semaine, Jack avait pu largement satisfaire s< goûts de chasseur. Dès que la besogne lui lai; sait quelque répit, il partait avec ses chien L'office fut abondamment garni de caille tétras, perdrix, outardes, pour la plume, t pécaris et d'agoutis, pour le poil. Quant ai hyènes déjà signalées aux environs, Jack n'e rencontra pas ni aucun autre carnassier. Dec
emcnt les fauves fuyaient devant F ho m nu;.
Lm se portant du côté du lac, Jack, plus heulux que ne l'avait été son frère Fritz quelques ailées avant, eut l' occasion d'abattre un animal
la taille d'un grosàne, au pelage brun foncé, ipècede rhinocéros sans corne, de l'espèce des toirs. C'était un anta, qui ne tomba pas sous la jsemière décharge que lui envoya le jeune chas- NUtr à vingt pas; mais, au moment où il fonçait >r Jack, une seconde balle lui traversa le cœur.
Enfin tout ce travail fut terminé à Zuckcrtop uns la soirée du 15 septembre. Le lendemain,
vhs que la maison eut été hermétiquement, Kjse, l'enclos fermé d'une solide barrière, le
ariot remonta vers le nord, afin de gagner •ospect-IIill, dans le voisinage du cap de l'Es-
h-Trompé.
'Deux lieues séparaient la métairie de cette ointe qui s'allonge comme un bec cle vautour itre la baie des Nautiles et la haute mer. La us grande partie du trajet s'effectua sur un rrain plat, d'un cheminement facile. Mais ce Train accusait une pente assez sensible aux iproebes de la falaise.
'Deux heures après le départ, au delà d'une trie et grasse campagne, toute rajeunie à la lile de la saison pluvieuse, M. Zermatt, M.Wolon et Jack atteignirent le bois des Singes qui î méritait plus d'être ainsi désigné depuis la 'Sparition de cette mauvaise engeance. Arrives i pied de la colline, ils tirent balte.
En somme, les pentes de Prospcct-H n'étaient pas tellement raides que les buffles l'onagre ne pussent les gravir, en suivant \ lacet qui se déroulait sur ses flancs. Il y eut i fort coup de collier à donner, et le chariot atte gnit le plateau.
La maison, très exposée aux vents de l'est du nord qui battaient en plein le cap, avait soi fort des dernières tourmentes. Sa toiture cl vrait subir des réparations immédiates, cari rafales l'avaient dégarnie en plusieurs endroit Cependant, telle quelle, en pleine saison esi vale, elle était habitable, — ce qui permit à s botes de s'y installer pendant quelques jours.
En ce qui concernait la basse-cour que 1 gallinacés animaient de leurs gloussements de leurs ébats, il y eut à se préoccuper ( divers dégâts dûs aux mauvais temps; puis fallut dégager l'orifice de la petite sour« fraîche qui s'épanchait presque au sommet < la colline.
A propos des plantations, et plus particulier ment des câpriers et des arbres à thé, le trav* se réduisit au redressement de ceux que violence des vents avait courbés, et dont 1 racines tenaient encore au sol.
Durant ce séjour, plusieurs promenades am nèrent les visiteurs à l'extrémité du cap < l'Espoir-Trompé. De cet endroit, le regard er brassait une vaste étendue de mer en direct»
de l'est, et une partie de la baie des Nautil
SECOND E PATIîfE. 25 5
ers l'ouest. Que de fois, depuis tant d'années, es naufragés avaient guetté vainement l'appaition d'un bâtiment au large du cap !
Aussi, lorsque M. Zermatt et ses deux coin- «ggnons s'y rendirent, Jack d'émettre cette éflexion :
« Il y a douze ans, désespérés de n'avoir btrouvé aucun de nos compagnons du Lnnrford, nous l'avions à juste titre appelé le cap e l'Espoir- Trompé... Eh bien, aujourd'hui, si a Licorne allait se montrer par le travers, ist-ce qu'il ne conviendrait pas de lui donner le tom de cap de Bonne-Venue?...
— Assurément, mon cher Jack, répondit 1. Wolston, mais le cas est improbable... La Àcorne est encore en plein Atlantique, et il i'en faut de presque deux mois qu'elle puisse atteindre les parages de la Nouvelle-Suisse...
— On ne sait pas, monsieur Wolston, on ne ;ait pas... répétait Jack. Et d'ailleurs, à défaut le la Licorne, pourquoi un autre navire ne dêndrait-il pas prendre connaissance , puis >ossession de l'île?... Il est vrai, son capitaine •erait en droit de l'appeler l'île de l'Espoirf rompe... puisque la possession est chose iaite ! . . . »
Du reste aucun navire n'apparaissait au large, 3t il n'y eut pas lieu de changer le nom de baptême du cap.
Le 21 septembre, la besogne étant achevée i la villa de Prospect-IIill, M. Zermatt décida
que le départ s'effectuerait le lendemain dès 1
pointe du jour.
Ce soir-là, groupés en avant de la petite ter rasse qui s'étendait devant l'habitation, le hôtes de Prospect-IIill purent assister à u splcndide coucher de soleil sur un horizon don aucune brume n'altérait la pureté. A quatr lieues de là, le cap de l'Est se fondait dans un ombre que ravivaient parfois les étincelle ment s du ressac contre les basses roches à la pointe. La mer, d'une tranquillité parfaite s'arrondissait jusqu'à la baie du Salut. Au dessous de la colline, les prairies, ombragée de bouquets d'arbres, confondaient leur tapi verdoyant avec la tache jaunâtre des grèves En arrière, à une huitaine de lieues, au sud s'estompait la chaîne transversale vers la quelle s'attachaient obstinément les regard de M. Wolston, et dont les derniers rayons so laires festonnaient encore l'arête d'un liséré d'or
Le lendemain, le chariot, après avoir redes cendu les talus de Prospcct-llill, se remit ci route, et, l'après-midi, il arrivait à l'enclos à* Felscnheim. Avec quelle joie furent, accueilli: les absents dont l'exploration n'avait pas exig* moins de deux semaines ! (Test peu. sans doute mais les chagrins de la séparation ne se me surent pas uniquement à sa durée.
Inutile d'ajouter que M** Zermatt, M nie Wol s ton et Annah n'avaient point perdu leur temp: pendant ces quinze jours. Les travaux de lessi
SKC0N1M-: l'ATRMv.
rage étaient très avancés. C'était plaisir de oir les draps, les nappes, les serviettes, raccommodés avec soin, et dont la blancheur tran-
hait sur la verdure du potager, se balancer ;ur les cordes tendues d'un arbre à l'autre.
De son côté, Ernest n'avait pas chômé.
Lorsque les ménagères n'avaient pas eu besoin do lui, il s'était enfermé dans la bibliohèque, sans dire de quelle besogne il s'occupait. Peut-être, cependant, À un ah était-elle lans le secret de son travail.
Bref, ce soir-là, lorsque les deux familles
SKCONDK PATRIE.
furent réunies dans la grande salle, après qu> M. Zermatt eut fait le récit de l'excursion auî métairies, Ernest déposa sur la table une feuill de papier sur laquelle figurait un dessin aligne coloriées.
« Eh! qu'est-ce là?... demanda Jack. Serait-© le plan de la future capitale de la Nouvelle Suisse?...
— Pas encore, répondit Ernest.
— Alors je ne devine pas...
— Mais c'est le projet de décoration in té rieure de notre petite chapelle... dit Annah.
— Sans doute, Jack, ajouta Ernest, et il fa lait bien s'en occuper, puisque les murs sor déjà à moitié de leur hauteur. »
Cette déclaration causa un vif plaisir et E:
nest fut chaleureusement loué de son travai qui fut trouvé parfait autant pour son élésranc que pour sa disposition.
« Y aura-t-il un clocher?... demanda JaclÉ
— Assurément... répondit Annah. j
— Avec une cloche?... I • — Oui... la cloche du Landlord...
— Et, dit Ernest, c'est Annah qui au:
l'honneur de la sonner la première! »
On était au 24 septembre, c'est-à-dire à 1' poque où le projet de M. Wolston devait et mis à exécution. Que résulterait-il de cet reconnaissance à l'intérieur de la Nouvcll Suisse?... Pendant une douzaine d'années, 1 naufragés s'étaient contentés de ce district *
SECONDE PATRIE. 2 5o,
4gf- — 1 ~ 7 ' *
la Terre-Promise, et l'on sait s'il avait suffi à leur assurer l'existence et même le bien-être. \ussi, indépendamment de l'inquiétude que levait lui inspirer l'absence de quelques-uns des siens, M ,nô Zermatt, sans trop se l'expliauer, était-elle portée à croire que les conséquences de cette excursion seraient plutôt regrettables.
Et, ce soir-là. lorsque M. Zermatt l'eut rejointe dans leur chambre, elle s'en ouvrit à son mari, qui crut sage de lui répondre'en ces termes :
« Chère amie, si nous étions encore dans les conditions où nous avons été depuis notre arrivée, je t'accorderais que cette exploration ne s'impose pas. Si mi'iiic M. Wolston et sa famille avaient été jetés à la suite d'un naufrage sur notre ile, je leur dirais : ce qui nous a suffi doit vous suffire, et il n'est pas nécessaire de se lancer à l'aventure, quand le profit n'est pas certain et lorsqu'il y a peut-être des dangers à aourir... Mais la Nouvelle- Suisse possède à présent un statut géographique, et, dans l' intérêt de ses futurs colons, il importe que Ton onnaîsse son étendue, la disposition de ses rôtes, quelles ressources elle peut offrir..,
• — Bien... mon ami... bien... répondit M me Zermatt, mais cette exploration ne devrait-elle pas être faite par les nouveaux arrivants?
■ — Évidemment, répondit M. Zermatt, il n'y aurait aucun inconvénient à attendre, et l'opération s'effectuerait dans des' conditions meil-
2fjO SECONDE l'A I R t K ,
leures. Mais, tu le sais, Bctsic, ce projet tient au cœur de M. Wolston, et, d'autre part, Ernest désire compléter la carte de la Nouvelle- Suisse... Je pense donc qu'il convient de satisfaire leurs désirs.
— Je ne dirais pas non, répliqua M me Zermatt, s'il ne s'agissait encore de se séparer...
— Une absence d'une quinzaine de jours au plus!... *v' . 1
— A moins que M mc Wolston, Annah et moi, ne soyons du voyage...
— Gc ne serait pas prudent, ma chère femme, déclara M. Zermatt. Cette excursion peut offrir, sinon des dangers, du moins des difficultés et tic grandes fatigues... Il s'agira de cheminer à travers une région aride sous un soleil brûlant. .. L'ascension de cette chaîne sera pénible sans doute...
— Ainsi, M""-' Wolston, Annah et moi, nous devrons rester à Fclsenhcim?...
— Oui, Betsie, mais je ne compte pas vous y laisser seules. Après réflexion, voici le parti auquel je me suis arrêté et qui recevra, je pense, l'approbation générale. C'est M. Wolston qui fera l'exploration avec nos deux fils, — Ernest chargé des relèvements, Jack qui ne consentirait jamais à sacrifier une pareille occasion d aller à la découverte... Quant à moi, je resterai près de vous à Felsenheim. . . Cela te va-t-il, Betsie?...
— Quelle question , mon ami ! répondit
SECONDE PATRIE. 2ÙI
M ,ne Zermatt. Xous pouvons entière m ont nous ifler à M. Wolston. C'est un homme sérieux... :qui ne se laissera pas entraîner à des imprudences... Nos enfants ne courent aucun risque avec lui...
— J'imagine, reprit M. Zermatt, que cet arrangement satisfera M'" 1 " Wolston et Ànnah...
— Qui regrettera bien un peu l'absence de notre Ernest!... dit M" 1 '* Zermatt.
— Tout comme Ernest regrettera de partir sans elle, ajouta M. Zermatt. Oui! ces deux bons êtres sont attirés l'un vers l'autre, et, un jour, dans cette chapelle dont il a achevé le plan, Ernest sera uni à celle qu'il aime!... Mais nous reparlerons en temps voulu de ce mariage...
— Dont M. et M ,UB Wolston seront aussi heureux que nous!.. » répondit M""' Zermatt.
Lorsque M. Zermatt lit connaitre sa proposition, elle réunit tous les suffrages. 11 fallut bien qu'Ernest et Ànnah se rendissent à ce projet très raisonnable. L'un admettait que des femmes ne devaient pas s'aventurer dans une expédition de ce genre, dont elles pourraient ou retarder ou mémo compromettre le succès, et l'autre comprenait que la présence d'Ernest était indispensable pour qu'elle fût menée à bonne lin.
La date du départ fut fixée au 25 septembre Dès ce jour, chacun s'occupa des préparatifs, •qui allaient être promptement achevés. En effet, d'un commun accord, M. Wolston et les deux
jeunes gens avaient résolu de faire ce voyage à pied. Il se pouvait, en effet, que la contrée qui confinait à la base des montagnes ne fût pas plus facile que celle que traversait le haut cours de
la Montrose. m
On irait donc pédestrement, le bâton à la main, le fusil au dos, accompagnés de deux chiens. Que Jack fût un excellent tireur, aucun doute à ce sujet; mais ni M. Wolston ni Ernest n'étaient à dédaigner à ce point de vue, et les trois chasseurs étaient assurés de se procurer en route une nourriture abondante.
Cependant il y eut lieu de disposer le chariot et l'attelage de buffles en vue du transport des deux familles jusqu'à l'ermitage d'Eberfurt. On ne l'a pas oublié, M. Zermatt voulait proiitei de l'occasion pour visiter cette métairie sur la limite du district de la Terre-Promise. Auss est-ce avec satisfaction que fut accueillie l'idée d'accompagner M. Wolston, Jack et Ernest jusqu'au défilé de Cluse. Peut-être même conviendrait-il d** prolonger pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures le séjour à Ebcrfurt si l'habitation exigeait des travaux auxquelf tous devraient prêter la main.
Le 25, de grand matin, le chariot quitta Fol senheim, suivi des chiens Braun et Falb. Toui avaient pu y prendre plac e. L'étape mesurai trois bonnes lieues, et les buffles ne seraien pas gênés de la franchir avant midi.
Le temps était beau, le ciel bleu pommelé
SKCONDE PAT RI K
Quelques légers flocons de nuages, tamisant *es rayons solaires, en adoucissaient l'ardeur.
Vers onze heures, après avoir marché obliquement à travers une fertile et verdoyante campagne, le chariot atteignit l'ermitage d'Eberfurt.
Dans le petit bois qui le précédait, on aperçut gneure une douzaine de singes. D'où nécessité de les en chasser, et ils décampèrent dès les premiers coups de feu.
Lorsque le chariot eut fait halte, les familles allèrent s'installer dans l'habitation. Convenablement abritée parles arbres qui l'entouraient, elle n'avait que peu souffert des mauvais temps. Tandis que M ,m Wolston, M me Zermatt et Annah s'occupaient du déjeuner, les hommes s'éloignèrent d'une portée de fusil afin de visiter le défilé de Cluse, qui s'ouvrait sur l'intérieur de l'île.
Un important et dur travail s'imposait en cet endroit, car de puissants animaux avaient tenté de forcer la barrière, et il serait nécessaire de la consolider. Il y avait lieu de croire qu'une troupe d'éléphants avait essayé de franchir le défilé, et, s'ils y eussent réussi, que de ravages, non seulement à la métairie d'Eberfurt, mais aussi aux métairies de Zuckertop et de Waldegg! Qui sait même s'il n'y aurait pas eu à défendre Felsonheim contre les attaques de ces formidables pachydermes?...
La mise en place de nouvelles poutres et de
264 siccoxm: patrie.
nouveaux blocs occupa l'après-midi et la journée suivante. Ce ne fut pas trop de tous les bras pour la maiiu'uvre de ces lourdes masses et leur solide assujettissement. Cette besogne finie, M. Zermatt (Mit l'assurance que la passe ne pourrait être forcée.
Inutile de dire que l'ermitage d'Eberfurt n'$ tait plus la hutte à la mode kamtchadale, qui, prenant son point d'appui sur quatre arbres, s'élevait à vingt pieds au-dessus du sol. Non. on disposait là d'une habitation close et palissadée, qui renfermait plusieurs chambres suffi* santés pour louer les deux familles. De chaque côté, de larges étables étaient ménagées sous les basses branches des mangliers et des chênes verts. C'est là que M. Zermatt enferma l'attelage des buffles auxquels le fourrage fut distribué ei abondance. Ces animaux, si bien dressés, s vigoureux, pourraient donc y ruminer tout 1 leur aise.
11 faut mentionner en outre que le gibie:
pullulait aux environs, lièvres, lapins, perdrix cabiais, agoutis, outardes, coqs de bruyère, anti lopes. Il était facile à Jack de satisfaire sa pas sion au profit de la table commune. D'ailleurs une part de ce gibier, après avoir été rôtie devan la flamme pétillante du foyer, fut réservée pou les trois excursionnistes. La gibecière au côté le sac au dos, munis d'amadou pour allume du feu, se contentant de viandes grillées, cl gâteaux de cassave, poudre et plomb en abon
SUCONDK PATRIK. 26 5
mec, gourdes pleines d'eau-de-vie, ils ne ivaient concevoir ni laisser concevoir aucune iquiétude à l'égard de la nourriture quotienne. Et puis, à travers ces plaines fertiles, ijà entrevues soit au delà de la vallée de Grtïnml, soit dans le sud de la baie des Perles, les cin es comestibles ou les fruits demandaient- ils autre peine que de les déterrer ou de les leillir ?
Le 27 septembre, dès la première beure, tout monde se rendit au défilé de Cluse, où se rent les derniers adieux. Pendant une quinûne de jours, on serait sans nouvelles des osents!... Combien le temps paraîtrait long ! « Sans nouvelles?... dit alors Ernest. Non, 1ère , non , m a obère An nal i , e t vo u s e n re ce vre z . . .
— Par courrier?... demanda Jack.
— Oui... par courrier aérien, répondit Ernest, e voyez-vous pas c e pigeon que j'ai apporté uns sa petite cage?... Pensez- vous que c'était ourle laisser à Eberfurt?... Non, nous le lâchems du haut de la chaîne, et il vous apportera es nouvelles de la caravane. »
Chacun applaudit à cette bonne idée, et nnah se promit bien de guetter chaque jour arrivée du messager d'Ernest.
1 M. Wolston et les deux frères franchirent ne étroite issue ménagée entre les poutres du «filé de Cluse. Puis elle fut soigneusement rc- ;rmée derrière eux, et ils disparurent bientôt u tournant de la barrière rocheuse.
SKCONDK JWTHIE.
Au sortir de la vallée rte (irùnthal. — La région des plaine — La région des forets. — Encore les sinyos. — Au pie dr la chaîne. — La nuit à ilBtérieur d'une grotte, — I première et la deuxième zone de la montagne* — À base du cône.
Le voyage à pied est par excellence le voyag du touriste. 11 permet de tout voir, il autoris les détours, il justifie les haltes, il excuse le retards. Le piéton se contente de sentiers
lorsqu'il n'y a plus de route. Il peut chemine a s a fantaisie, passer là ou ne passeraient n le plus lég'er véhicule ni la moulure la mieu: dressée, franchir les talus et s'élever jusqu'à 1cime des montagnes.
Aussi M. Wolston et les deux jeunes gen n'avaient-ils pas hésité, au risque d'avoir àsup porter d'extrêmes fatigues, à se lancer pédes trement au milieu de ces contrées de l'intérieur surtout en prévision de l'ascension projetée ai sommet de la chaîne.
2Ôy
L'excursion, on le sait, ne devait comprendre l'un parcours de sept à huit lieues, à la contion d'atteindre en ligne droite la base des ontagnes. 11 ne s'agissait donc ]>as d'un long* e; mais il allait s'effectuer à travers une ntrée nouvelle, qui réservait peut-être d'imitantes et utiles découvertes aux trois exeurionnistes.
Le plus surexcité, on ne s'étonnera pas que î fût Jack. Avec son tempérament aventu- ;ux, s'il ne s'était pas embarqué sur la Linné pour ces pays d'Europe qu'il avait quittés >ut enfant, c'est qu'il comptait bien se dédommager un jour, lorsque la situation de sa famille erait définitivement assurée. En attendant, uelle satisfaction pour lui de dépasser les lilites de la Terre-Promise, de parcourir ces astes plaines dont il ne connaissait rien au îelà du défilé de Cluse et de la vallée de Grunhal! Par bonheur, il n'avait entre les jambes ti l'onagre Leiehtfus, ni le taureau Drummer, i son autruche Brausewind et n'avait emmené ue son chien Falb. Aussi M. Wolston serait-il
'lus à même de contenir sa fougue habitielle.
1 Et d'abord, au sortir du défilé, tous trois se lirigèrent vers la petite hauteur qui portait le 10m de Tour Arabe en souvenir de cette bande l' autruches dans laquelle M. Zermatt et ses infants avaient cru voir une troupe de Bédouins 1 cheval, lors de leur première visite à la vallée
de Grunthal. À partir de cette tour, ils se r battirent vers la grotte des Ours, où il s\ était fallu de peu, quelques années auparavai qu'Ernest ne fût étouffé dans l'embrassemai de l'un de ces trop étreignants plantigrade!
D'ailleurs il n'y eut pas à remonter le loi!
de la rivière Orientale, qui descendait du si à l'ouest. Prendre 1 cette direction, c'eût été ï longer l'itinéraire, puisque les pentes de chai ne se dessinaient vers le sud.
Et à ce propos Ernest de dire :
« Oe qui n'est pas à faire avec la rivièi Orientale l'aurait été avec la rivière Montrose. Certainement, nous aurions eu plus court suivre l'une ou l'autre de ses rives...
— Et je me demande, ajouta Jack, pourqu la pinasse ne nous a pas conduits à son emboi chure?... De là, le canot eût navigué jusqu'à barrage, c'est-à-dire à cinq ou six lieues s plus de la chaîne...
— lîien n'aurait été plus aisé, mon cher Jacl répondit M. Wolston. Mais cette aride contre que traverse la Montrose ne présente aucun il térôt. Mieux vaut donc parcourir la région con prise entre la baie du ^aiut et les montagnes.
Le cheminement continua en descendant 1 vallée do Grunthal qui s'étendait sur une lor gueur de deux lieues environ, parai lèlemer à la barrière limitative de la Terre-Promis* Large de mille toises, cette vallée renferma: des massifs de bois, des bouquets isolés, de
SECONDE PATIME.
btirics étalées sur ses talus. Mlle livrait aussi pesage à un cours d'eau qui murmurait sous îr roseaux, et devait se jeter soit dans la rivière i ientale, soit dans la baie des Nautiles.
il tardait à M. Wolston et aux deux frères d/voir atteint l'extrémité de la vallée de Grun-
tl, afin de prendre un premier aperçu de la t'titrée qui se développait au sud. Autant qu'il il pouvait, Ernest relevait l'orientation au ■n>ycn de sa boussole de poche et la notait en lime temps que les distances.
Vers midi, on fit halte à l'ombre d'un groupe
goyaviers, non loin de champs oii les eusorbes poussaient en abondance. Plusieurs
nples de perdrix, que Jack avait abattues (em in faisant, furent plumées, vidées, rôties à
1 flamme, et composèrent le menu de ce déjuiier avec des gâteaux de cassave. Le rio urnit une eau limpide, à laquelle on mêla lelques gouttes de l'eau- de -vie des gourdes,
les goyaves, en pleine maturité, figurèrent
antageusement au dessert.
Repus et reposés, les trois excursionnistes i remirent aussitôt en route. L'extrémité do la illée s'engageait entre deux liants parements icheux. A travers cette gorge plus resserrée, s ruisseau se transformait en torrent, et le débuché apparut.
Un pays presque plat, qui o lirait toute la ixuriante fertilité des zones tropicales, se déeloppait jusqu'aux premières assises de la
Si:CONI)K PAT R IF..
chaîne. Quelle différence avec les territoir arrosés par le cours supérieur de la Montros À une lieue en direction du sud-est roulait i ruban liquide, qui resplendissait sous le sole et, vraisemblablement, affluait au lit de la vière. ■
Vers le sud, en gagnant la hase des motagnes, sur un espace de six à sept lieues, succédaient les plaines et les futaies. La marc; fut souvent embarrassée. Le sol était héris d'herbes hautes de cinq à six pieds, de gran roseaux à panaches épineux, de cannes à su$ que la brise balançait à perte de vue. Nul dou qu'il n'y eût possibilité d'exploiter fructucus ment ces productions naturelles qui, à cet époque, formaient la principale richesse d colonies d'outre-mer.
'sque M. Wolston et les deux jeunes çrei eurent quatre heures de marche dans L jambes :
« Je propose de faire balte, dit Ernest.
— Déjà?... s'écria Jack, qui pas plus que se chien Falb ne demandait à se reposer.
Je suis de l'avis d'Ernest, déclara M. Wc ston. Cet endroit me paraît convenable, et not pourrons passer la nuit sur la lisière de ce pet bois de micocouliers.
— Va pour le campement, répondit Jack, i aussi pour le diner, car j'ai l'estomae creux.
— Eaudra-t-il allumer un feu et Fentretcn jusqu'au jour?. . . reprit Ernest.
— Ce sera prudent, répliqua Jack, et c'est icore le meilleur moyen d'écarter Les fauves.
— Sans doute, répondit M. Wolston, mais il rait nécessaire de veiller à tour de rôle, et
■;j crois qu'il vaut mieux dormir... Nous n'ams rien à craindre, il me semble...
— Non, aflirma Ernest, je n'ai relevé aucune ace suspecte, et pas un hurlement ne s'est fait itendrc depuis que nous avons quitté la vallée ) Griïnthal. Autant vaut s'épargner la fatigue
/ 3 veiller l'un après l'autre... » Jack n'insista pas, et tous trois se mirent en lesure d'apaiser leur faim.
l I La nuit promettait d'être magnifique, — une e ces nuits où la nature s'endort paisible, et tant aucun souffle ne trouble la tranquillité, 'as une feuille ne remuait aux arbres, pas un raquement n'interrompait le silence de la laine. Le chien ne donnait point signe d'inquiétude. Du lointain il ne venait pas même n seul de ces rauques aboiements de clia- ;ds, bien que ces carnassiers fussent si nomfeux sur l'île. Au total, ce ne serait point iaire acte d'imprudence que de s'endormir à a belle étoile. M. Wolston et les deux frères dînèrent du reste du déjeuner, de quelques œufs le tortue découverts par Ernest et durcis sous a cendre, auxquels ils ajoutèrent les noix fraiches de ces pins pignons qui abondaient dans e voisinage, et dont l'amande a le goût de la noisette.
Le premier à fermer les yeux fut Jack, p* celte raison qu'il était le plus fatigué. En efïi il n'avait cessé de battre les halliers et les bui sons, souvent même à de telles distances, q> M. Wolston s'était vu maintes fois contraint i le rappeler à l'ordre. Mais, ayant été le premi à s'endormir, il fut aussi le premier à s'éveill dès le lever du jour.
Aussitôt, M. Wolston et les deux frères .
remirent en route. Une heure après, ils dure traverser à gué un petit cours d'eau, qui :
jetait peut-être deux ou trois lieues plus lo dans le lit de laMontrose. Du moins, étant do née sa direction vers le sud-est, Ernest le pei sait-ii.
Toujours de spacieuses prairies, de vasb plantations de cannes à sucre, puis, dans 1< parties humides du sol, maint bouquet de et arbres à cire, dont une tige porte les fleurs» l'autre les fruits. Enfin apparurent des futaie épaisses au lieu de ces arbres qui poussaiei isolément sur les flancs de la vallée de Grur thaï, cannelliers, palmiers de diverses sortef figuiers, manguiers, et aussi nombre de ceu qui ne produisent pas de fruits comestibles, s pins, chênes verts, chênes maritimes, tous d venue superbe. Sauf aux quelques places où s montraient les arbres à cire, cette région n o trait aucun terrain marécageux. Du restes le sr ne cessait de remonter, — ce qui enlevait à Jac tout espoir de rencontrer des bandes d'oiseau
[tiatiques. ïl devrait se contenter du gibier de [aine et de bois.
Entre temps, M. Wolston crut bon de faire îtte observation à son jeune compagnon :
« Il est évident, mon cher Jack, que nous & serons pas très à plaindre pour en être réuits aux poules sultanes, aux perdrix, aux ùlles, aux outardes, aux coqs de bruyère, W&s compter les antilopes, les cabiais et les joutis. Mais il me parait sage de ne s'approsionner qu'au moment de l'aire halte afin de 5 point trop alourdir nos gibecières.
— Vous avez raison, monsieur Wolston, réïndit l'enragé chasseur. Pourlanf. il est bien fficile de résister, et quand une pièce de gier passe abonne portée de fusil... »
En (in de compte, Jack suivit le conseil de . Wolston. Ce fut seulement à onze heures 'ie plusieurs détonations donnèrent l'assurance le le menu du premier repas venait de se implétcr. Sans doute, ceux qui aiment la ande un peu faisandée ne se seraient point commodés de ces deux coqs et de ces trois liasses que Falb venait de ramasser au milieu •'S broussailles. Il est vrai, à la Nouvelle-Suisse l n'en était pas arrivé à cette dégénérescence * goût, et on ne laisserait rien de ces pièces tiî furent rôties devant un feu de bois sec.
'tant au chien, il se régala des carcasses qui ■iî furent généreusement abandonnées.
Toutefois, l'après-midi, quelques décharges
no parurent pas inutiles, lorsqu il fallut tenir l'écart certains animaux redoutables tout au moins par leur supériorité numérique. 11 y eut lieu de faire parler les trois fusils afin do mettre en fuite une bande de chats sauvages, de cette espèce déjà signalée sur les limites de la Terre- Promise, lors de la première excursion à la vallée de Grunthal. La bande décampa aveoj* nombre de blessés, poussant des cris atroce. 1 qui tenaient à la fois du miaulement et du hurlement. Peut-être conviendrait-il de se gardei soigneusement contre leurs attaques à la prochaine halte de nuit.
. Au surplus, sans parler du gibier de plumen si ces territoires abondaient en oiseaux, perroquets, perruches, aras d'un rouge éclatant toueas minuscules aux ailes vertes rehaussée; d'or, grands geais bleus do Virginie, flamantn de haute taille, ils étaient en outre fréquenté: par les antilopes, les élans, les couaggas, le onagres, les buffles. Du plus loin qu'elles sen taient la présence de l'homme, ces bètes déta laient avec une incroyable rapidité et il eût ét impossible de les rejoindre.
Jusqu'alors, à monter toujours du côté de 1 chaîne, le pays n'avait rien perdu de sa fertilité comparable à celle du district do la partie sop lenlrionale de l'ile. M. Wolston, Ernest et JacÎJ ne devaient pas tarder à rencontrer une zon très boisée. En approchant de la base des mon tagnes, on distinguait une succession de haute
futaies qui paraissaient fort épaisses. Donc, le lendemain, il fallait s'attendre aux fatigues d'un chemin plus difficile.
Ce soir-là, les affamés se régalèrent de gelinottes, dont chacun avait tiré sa part au mi- I lieu d'une compagnie que Falb lit lever entre !le fouillis des hautes herbes. Le campement !fut établi sur la lisière d'une superbe forêt de sagou tiers, arrosée par un petit cours d'eau i dont la déclivité du sol faisait un torrent, en l'envoyant vers le sud-ouest.
M. Wolston, cette fois, voulut organiser une active surveillance aux abords du campement.
Il y avait lieu de les protéger par un feu qui serait en! retenu jusqu'à l'aube. De là, nécessité de se relayer auprès de ce foyer pendant la nuit qui fut troublée par des hurlements à courte distance.
Le lendemain, le départ se fit dès la première heure. Encore trois lieues, et le pied des montagnes serait atteint — peut-être même clans la seconde étape de cette journée, si aucun obstacle ne venait retarder la marche. En supposant ([ue les flancs de la chaîne fussent praticables sur son revers septentrional, l'ascension n'exigerait que les premières heures de la matinée suivante.
Quelle différence présentait maintenant cette région avec celle qui apparaissait au sortir de la vallée de Grunthal ! Des bois s'étageaient à droite et à gauche. Presque uniquement formés
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de ces essences résineuses qui se plaisent à la surface des zones élevée s , ils étaient arrosés par des rios tapageurs qui coulaient vers l'est. Tributaires ou sous-tributaires de la Montrose, ces rios ne tarderaient pas à s'assécher avec les chaleurs estivales, et on pouvait déjà les franchir en ne se mouillant qu'à mi-jambe.
Au cours de la matinée, M. Wolston crut plus pratique de contourner quelques-uns de ces bois entre lesquels s'étendaient de petites plaides. Si le parcours s'allongeait un peu, du inoins le cheminement n'était pas retardé comme il l'eût été à travers ces futaies hérissées de broussailles et de lianes.
L'excursion se poursuivit de la sorte jusqu'à onze heures. Halte fut faite alors autant pour le repos que pour le repas, après cette étape assez fatigante.
Le gibier n'avait pas manqué depuis le départ. Jack venait même d'abattre une jeune antilope, dont il rapporta les meilleurs morceaux, et les gibecières reçurent ce qui en restait pour le dîner du soir.
On eut à se féliciter d'avoir pris cette précaution, car, pendant l'après-midi, le poil et la plume firent entièrement défaut. Or, si adroit chasseur que Ton soit, encore est-il nécessaire que l'occasion s'offre de tirer quelques coups de fusil à bonne portée.
Cette balte de la méridienne se passa au pied , d'un énorme pin maritime près duquel Ernest
alluma un feu do bois mort. Et, tandis que rôtissait un quartier d'antilope sous l'œil vigilant de Jack, son frère et M. Wolston s'éloignèrent de plusieurs centaines de pas, afin d'examiner la contrée,
<f Si cette région forestière s'étenu* jusqu'à la chaîne, dit Ernest, il est probable qu'elle en couvre les premières pentes. C'est, du moins, ce que j'ai cru reconnaître ce matin, lorsque nous avons quitté notre campement.
- — Dans ce cas, répondit M. Wolston, nous nous résignerons à traverser ces futaies. . . On ne pourrait les contourner sans allonger considérablement la route et peut-être même faudrait-il s'avancer jusqu'au littoral de l'est...
— Et ce littoral, monsieur Wolston, en admettant que mon estime soit exacte, dit Ernest, doit se trouver à une dizaine de lieues... Je parle de cette partie de la côte où nous a conduits la pinasse à l'embouchure de la Montrose... Oui! une dizaine de lieues...
— S'il en est ainsi, mon cher Ernest, nous ne pouvons songer à gagner les montagnes par l'est. Quant a l'ouest...
— C'est l'inconnu, monsieur Wolston, et, d'ailleurs, lorsque des hauteurs de Grunthal ou observe la chaîne, elle parait s'étendre à perte de vue du côté du couchant...
— Donc, puisque nous n'avons pas le choix, déclara M. Wolston, risquons-nous à travers cette forêt, jusqu'à son extrême lisière. S'il ost
impossible tic l'atteindre en un jour, nous en mettrons deux... nous en mettrons trois... mais arrivons au but. »
Les deux frères partageaient ravis de M. Wolston, étant aussi résolus que lui à pousser l'exploration jusqu'aux montagnes. Il n'y eut aucune discussion à ce sujet.
La chair d'antilope, grillée à point sur des braises, quelques gâteaux de manioc, une demidouzaine des fruits cueillis aux arbres voisins, bananes, goyaves, pommes de cannellicr, tel fut le menu de ce repas, lequel ne nécessita qu'une heure de halte. Puis, armes et gibecières replacées sur l'épaule et sur le dos, en se dirigeant au moyen de la boussole, M. Wolston, Ernest et Jack s'engagèrent sous le couvert de, la foret. i Au vrai, entre ces sapins aux troncs droits et espacés, le sol assez uni, tapissé d'une herbe ou plutôt d'une sorte de mousse rare, peu fourni de ronces ou de broussailles, se prêtait mieux à la marche. 11 n'en eut pas été de même dans les autres forêts aux essences enchevêtrées de parasites et rattachées les unes aux autres par des lianes. En cette vaste sapinière comme en toutes ses pareilles, la circulation ne rencontrait pas de sérieux obstacles. Sans doute, on n'y pouvait suivre aucun sentier frayé, même par le pied des animaux; mais, tout en obligeant à l'jiiro quelques crochets, les arbres laissaient un libre passage.
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En somme, si aucun cours d'eau in franchi s- < sable — un torrent, par exemple — ne venait barrer la route, il n'y aurait pas lieu de se ■ plaindre. M.Wolston, Ernest et Jack marchaient sous l'abri d'un impénétrable plafond de verdure, bien qu'il lût verticalement frappé des rayons du soleil. Grand avantage, on en conviendra, pour de simples piétons, que revivifiaient d'autre part les pénétrantes senteurs de la forêt.
Si le gibier était devenu rare, Jack, M. Wolston et même Ernest n'en furent pas moins contraints à faire le coup de feu pendant cette étape. Il ne s'agissait pas de ces carnassiers, lions, tigres, panthères, couaggas, déjà rencontrés à proximité de la Terre-Promise ou dans les territoires limitrophes de la baie des Perles. Mais quelle engeance aussi nombreuse que malfaisante!
« Ah! les erueux!... s'écria Jack. On dirait qu'ils se sont tous réfugiés dans cette foret depuis qu'on les a chassés des bois de Waldcgg et de Zuckertop !... »
Et, après avoir reçu en pleine poitrine plusieurs pommes de pin lancées d'un bras vigoureux, il s'empressa de tirer les deux coups de son fusil.
Il fallut continuer cette fusillade durant une heure, au risque d'épuiser les munitions du voyage. Une vingtaine de quadrumanes, grièvement ou mortellement blessés, gisaient sur
le sol. Lorsqu'ils dégringolaient cle branche 1 tranche, Falb se jetait sur ceux qui n'avaie plu h la force de s'enfuir, et il les achevait les étranglant.
« Encore, fit observer Jaek , si c'étaient d noix de coco que ces coquins nous envoyaie en guise de projectiles, il n'y aurait que clcm" mal...
— Diable! répondit M. Wolston, je préfêr les pommes de pin aux noix de coco... Ce moins dur.. .
: ■ — Oui... mais ça ne nourrit pas, répliqu Jack, tandis que le coco, ça donne à boire et
mander î .
— En tout cas, conclut Ernest, mieux vau savoir ces singes à l'intérieur de l'île qu'au abords de nos métairies... Nous avons eu asse de peine à nous préserver de leurs dévastations à les détruire avec des pièges et des glu aux!.. Que ceux-ci restent dans leur sapinière et n reviennent jamais à la Terre-Promise, c'est toi ce qu'on leur demande...
— Et même poliment! » ajouta Jack, en appuyant sa politesse d'une dernière décharge.
Bref, lorsque cette agression eut pris lin, o se remit en route, et la seule difficulté consis tait à se maintenir en bonne direction vers la chaîne.
En effet, le dôme des sapinières se prolongeait, épais et imperméable, sans aucune dérchirurc, sans laisser voir quel point occupait le
•TELLE ÉTAIT LA RAIDEUR DES TALUS... (Page 284.)
SICCUNDE PATKIK
soleil dans sa courbe déclinante. Pas une seul clairière, pas un arbre abattu. M. Wolston du s'applaudir de n'avoir amené ni chariot ni mo ture. L'attelage des buffles, l'onagre de Jact n'auraient pu franchir certaines passes où le sapins se pressaient presque à s' enchevêtrer le uns dans les autres, et il eût été nécessaire d rebrousser chemin.
Vers sept heures du soir, M. 'Wolston, Ernea et Jack atteignirent la limite méridionale de 1 sapinière. Telle était la montée du sol que foret s'étageait sur les premières ramification orographiques et les sommets apparurent ai moment où le soleil s'abaissait derrière le; contreforts qui coupaient l'horizon de l'ouest.
Là s'accumulaient les roches, les débris tom bés du haut de la montagne. Là aussi se dégorgeaient de multiples ruisseaux, qui formai cm peut-être la source de la Montrose, et que la déclivité du sol envoyait vers .le levant.
Commencer l'ascension le jour même et peutêtre y consacrer la nuit, c'eût été dangereux. Aussi, malgré leur désir d'atteindre le but, ni M. Wolston ni les deux frères n'en eurent la pensée. Ils cherchèrent et trouvèrent une excavation rocheuse, où ils se mettraient à l'abri jusqu'au jour. Puis, tandis qu'Ernest s'occupait du repas, M. Wolston et Jack allèrent ramasser au pied des derniers arbres des brassées d'herbes serbes, qui furent étalées sur Te sable de la grotte. On mangea une couple de
SliCONDE PATRIE
•as, sorte de coqs de bruyère, qui venaient flre tués, et, la fa ti grue l'emportant, il n'y eut ils qu'à songer au repos, i 'outefois quelques mesures de prudence tirent être prises. Avec la tombée du jour, des tfvlements assez rapprochés se faisaient enredre, et il sembla bien qu'il s'y mêlait clos nrissements sur la nature desquels il eût été Stîcile de se méprendre.
Jn feu, allumé à l'entrée de la grotte, dut entretenu toute la nuit avec le bois sec dont
Wolston et Jack firent un gros tas.
finfîn Ernest le premier, Jack le second,
Wolston le dernier, se relayant de trois «trois heures, veillèrent jusqu'au lever du
tue lendemain, dès l'aube, tous trois furent a pied, et Jack de s'écrier de sa voix sonore : Eh bien, monsieur Wolston, voilà le grand tv arrivé!... Dans quelques heures, votre vœu eplus cher va être accompli!... Vous aurez Uinitivement planté notre pavillon au point ifninant de la Nouvelle-Suisse...
— Quelques heures... oui... si l'excursion 1 ffre pas trop de difficultés... fit observer Erkt. ... > •
— Dans tous les cas, répondit M. Wolston, [%ce soit aujourd'hui ou demain, nous saurons
bablement à quoi nous en tenir sur les dimenias de l'île...
— À moins, dit Jack, qu'elle ne s'étende au
SKC0NDE PATR1C.
sud et à l'ouest hors de la portée du regard
— Ce qui n'est point impossible... ajorç
Ernest.
— Je n<- le pcn.se pas, rëjDondit M. Wolsti
car elle n'eût pas échappé jusqu'ici aux na gatcurs qui fréquentent cette partie de l'océ Indien...
— On verra, répliqua Jack, on verra! »
Après un déjeuner de venaison froide, le res fut réservé, car le gibier ferait assurémei défaut sur ces arides talus que Falb ne sembl pas pressé de gravir. En dehors de la grot.
une attaque des fauves n'étant plus à redoute les fusils furent mis en bandoulière. Alors, Ja: en tête, Ernest le suivant, M. Wolston ferma la marche, tous trois commencèrent à s'élev sur les premières rampes.
Suivant l'estime d'Ernest, la hauteur de chaîne pouvait être de onze à douze cents pied Un cône, qui se dressait presque en face de sapinière, dominait d'une centaine de toises ligne de faîte. C'était à la cime tic ce cône qi M. Wolston voulait planter un pavillon.
A cent pas de la grotte finissait brusqueme:
la zone forestière de cette région, Au-dessi se dessinaient encore quelques champs de ve dure, des prairies semées de bouquets d'arbri seaux, aloès, lentisques, myrtes, bruyères, ju qu'à six à sept cents pieds d'élévation, — t qui constituait la deuxième zone. Mais tel était la raideur des talus qu'en de certains ei
SKCONDK PATRIE.
oits, elle dépassait cinquante degrés. Do là, icessité d'allonger le parcours, en obliquant à oite et à gauche.
Ce qui, il est vrai, favorisait l'ascension, c'est îele flanc offrait un solide point d'appui. Il n'y vait pas encore lieu de s'accrocher avec les ains ni de recourir à des mouvements de ropition. Le pied tenait ferme à la surface de cette ordure, bossuée de racines et de pointes roteuses. Des chutes n'étaient pas à craindre, t Ton en eût été quitte, on somme, pour une jgringolade de quelques pas sur un épais lapis 3 mousse.
L'ascension put donc s'effectuer sans aucun *rêt, en zigzags, de manière à diminuer l'angle rinelinaison, bien qu'il en résultât une certaine ligue. Le sommet ne serait pas atteint, sans ne les ascensionnistes n'eussent été astreints
une où deux haltes pour reprendre haleine, i Ernest et Jack, jeunes, vigoureux, entraînés mrnellement, rompus aux exercices corporels, 'éprouvaient pas trop de lassitude, M. Wolston, u son âge, ne pouvait fournir une telle déense de souplesse et de force. Cependant, il 3 déclarerait satisfait, si, avant l'heure du déeuner, ses compagnons et lui étaient campés à ibase du cône. Une heure ou deux suturaient lors pour en atteindre l'extrême pointe.
A maintes reprises, Jack fut invité à ne point e risquer comme un chamois, puisque la nature e l'avait pas classé parmi cette espèce des
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grimpeurs. Un continuait à s'élever, et, en qui le concernait, M. Wolston était bien déci à ne pas demander grâce, tant qu'il ne ser; pas à la hase du cône, où finissait la deuxièi zone. Mais que le plus diiïicile fût fait aloi cela ne semblait pas absolument démontré, C à cette hauteur, si le regard s'étendait vers ! ! nord, l'ouest et l'est, on ne pourrait du moi rien voir de la contrée qui se développait ve le sud. Il serait nécessaire de monter à l'e trême sommet. Quant à la campagne, en dire tion de la vallée de Griïnthal, elle était connt dans la partie comprise (Mitre l'embouchure < la MonLrose et le promontoire de la baie il Perles. La très naturelle et très légitime curi sité ne devrait donc être satisfaite que si h ascensionnistes parvenaient à la cime du con ou, en cas que l'ascension fût impraticable, s'i parvenaient à le tourner.
Enfin, la seconde zone franchie, il y eut lie de stationner sur sa limite. Un repos s'imposa après une si grande dépense d'efforts. 11 et midi, et, le déjeuner achevé, on commencera à remonter la pente la plus allongée du côn< D'ailleurs, les estomacs exigeaient impérieuse ment quelque nourriture. Ce n'est pas, pour tan que ces éreintements physiques leur soient trt favorables, et ils nuisent dans une certain mesure ;ï l'accomplissement des fonctions (liges tives. Mais, sans s'inquiéter de savoir s'ils dig< reraient bien ou mal un repas réduit aux dei
iers morceaux de l'antilope, comme plat de ésistance, le plus pressé était de les remplir. Une heure plus tard, Jack se releva, sauta 'un bond sur les premières roches du talus eu épit des recommandations de M.Wolston, et
ria :
« Qui m'aime me suive !
— Tachons de lui donner cette preuve d'afection, mon cher Ernest, répondit M.Wolston, t surtout d'empècher ses imprudences! »
XIV i
L'arrivée ;ï la cime du cône. — Hegards portés on toutes directions. — Ce <|ue l'on vint au nord, à Test et à l'ouest; — La région du sud. — Un nu vire à l'horizon. — Ia pavillon britannique.
Cette hauteur do 'six cents pieds dépasse d'un tiers environ celle de la grande pyramide d'Egypte. Cette pyramide, il est vrai, est garnie sur ses flancs de marches gigantesques qui facilitent l'ascension, et sans lesquelles il sciait peur ainsi dire impossible d'atteindre l'extrême peinte du monument pharaonique de Gizeh. Or l'angle que fermai eut les lignes obliques du cône avec la perpendiculaire était encore plus ouvert que celui de la irrandr' pyramide.
En réalité, ce n'était qu'un monstrueux entassement de roches à peine en équilibre, ou, si l'on veut, un énorme tas de pierres accumulées sans ordre. Il présentait cependant dos rebords, des arêtes, des ressauts, des bourrelets, sur les-
quels le pied pouvait trouver un point d'appui. Toujours en avant, Jack s'assurait de leur solidité, tâtonnait à gauche, à droite, et c'est en le suivant, sans trop de hâte, que M. Wolston et Ernest se hissèrent graduellement de bloc en bloc.
Quelle aridité désolante à la surface de cette troisième zone ! Aucune trace du règne végétal, si ce n'étaient, çà et là, certaines touffes de ces maigres pariétaires auxquelles suffisent quelques pincées d'humus, et aussi de larges plaques de lichen sec qui coloraient les roches d'un vert grisâtre.
Le difficile était de ne point glisser le long de ce flanc, parfois aussi lisse qu'un miroir. Les chutes eussent été mortelles, car on aurait dévalé à la base du cône. Il fallait se garder aussi de provoquer, avec le déplacement d'agrégats jetés là pêle-mêle, des avalanches qui auraient roulé jusqu'au pied de la chaîne.
Du reste, granit et calcaire entraient seuls dans la composition de cette puissante ossature de la montagne. Hien n'y trahissait une origine volcanique, de nature à menacer la Nouvelle- Suisse d'éruptions ou de tremblements de terre.
M. Wolston, Jack et Ernest parvinrent à mihauteur du cône sans accidents. En gravissant les endroits praticables, ils n'avaient pas toujours pu éviter des éboulements.
Trois ou quatre gros blocs, après avoir furieusement rebondi sur les pentes, allèrent
SÏXONDE