APRÈS LA VICTOIRE
On entend souvent poser cette question, non sans une trace d'anxiété: "Quels seront les effets de cette grande guerre ? Ne causera-t-elle pas un grand bouleversement dans bien des choses?" Sans doute il y a déjà d'abondantes preuves que notre point de vue a changé; nous n'attachons plus la même valeur relative à certaines choses qui occupaient autrefois tout notre temps, toutes nos pensées et toutes nos forces. Sans doute, nous ne sommes pas moins diligents dans les affaires, par moins ardents d'esprit, mais nous appliquons maintenant toute notre diligence et toute notre ardeur à l'appui et à l'avancement des grandes causes, sans souci de notre intérêt personnel. C'est ce que fait aujourd'hui
notre peuple pour des causes grandes et dignes; il sacrifie sans hésiter son confort personnel et son bien temporel. Le bien public, les glorieuses traditions de notre race, l'honneur des hommes et des nations, le maintien du droit, ne sont plus aujourd'hui de vains mots, des phrases agréables sur nos lèvres; ils se traduisent par des exploits héroïques sur terre, dans l'air et dans la mer, par le service dans les hôpitaux, dans les maisons, partout où les hommes et les femmes peuvent faire leur part. Espérons et prions ardemment que ce changement dans notre façon de voir et dans notre façon d'agir, en ce qui concerne nos affaires personnelles et publiques, se maintiendra après que les armées des alliés auront remporté une victoire complète. Nous aurons tous des fonctions aussi ardues à remplir et des obligations non moins honorables à acquitter dans les années de paix qui suivront que pendant la crise de la guerre. La grande lutte des siècles reste encore à accomplir par nous au Canada. Remettons-nous à l'œuvre avec un esprit purifié et courageux; reprenons la vieille campagne pour l'amélioration du peuple par l'instruction, par un service public désintéressé pour l'amélioration des conditions tendant à rendre la vie plus saine. Il nous faudra faire la guerre aux causes fondamentales de la guerre et du mal. C'est l'égoïsme, l'avidité, l'orgueil, l'ignorance, la pauvreté, le vice, la maladie et la mauvaise volonté.
Notre héritage commun à nous, de l'Empire britannique, est notre langue, l'amour de la liberté, le droit, nos institutions enseignantes et notre gouvernement autonome. Cet héritage, nous avons la noble ambition de vouloir le passer à ceux qui viendront après nous, non pas amoindri mais enrichi de tous nos progrès nationaux et individuels. Nous devons donc chérir ces grands principes à l'accomplissement desquels notre Empire et notre Dominion se sont voués pour eux-mêmes et pour l'humanité. C'est le droit du libre gouvernement, le maintien de l'honneur et de l'humanité dans les relations entre nations, grandes et petites, et le développement de l'esprit du fair play britannique, ou de l'esprit chrétien du fair play, si l'on veut. Ce que nos ancêtres ont fait, la part qu'ils ont prise dans ce grand programme dans le passé est une garantie de ce que nous pouvons faire et de ce que nous ferons.
Le Canada se compose de groupements formés de bien des races, de langues et de religions différentes. Nous cherchons à conserver ce qu'il y a de mieux dans chacun de ces groupements et apprendre quelque chose de tous. D'autres nations ont soudé leur unité dans la fournaise de l'adversité. Nous espérons après la guerre devenir un peuple uni, tous animés du brûlant enthousiasme de faire le Canada grand, un pays peuplé de familles heureuses, d'enfants sains et bien élevés, de gens à esprit droit. Nous sommes une jeune nation, avec tous les beaux attributs de la jeunesse. L'expérience de la guerre nous a mûris; nous nous rendons compte aujourd'hui de la responsabilité qui nous incombe dans le service international. Nous devons jouer notre rôle dans les affaires du monde, pour ncus et pour le bien que nous pouvons y faire. La meilleure contribution que nous puissions apporter à la civilisation sera peut-être d'accomplir, avec nos nationalités diverses, le bel art de vivre heureusement ensemble en travaillant pour le bien commun. Les succès que nous remporterons dans cette
voie feront de nous une grande nation, animée de la crainte de Dieu, de l'amour du prochain et de l'amour dû travail.