LES CANADIENS-FRANÇAIS ET LA FRANCE
Il est bien des raisons spéciales pour que les Canadiens s'intéressent particulièrement à la France. Il y a plus d'un million et demi de Canadiens d'origine française et dont la langue maternelle est le français. Beaucoup de gens en Angleterre et en France se demandent pourquoi ils ne sont pas accourus aux côtés de leur mère patrie, de même que les sujets d'origine britannique (Canadiens, Anglais, Irlandais, Écossais ou Gallois de naissance). On a été stupéfait de voir l'indifférence que paraissent manifester les Canadiens-Français envers le sort de la France et le sort de la civilisation moderne en Europe.
Avant la guerre, la grande masse des Canadiens-Français ignorait à peu près complètement la France et ne s'y intéressait pas plus que la population française ne s'intéressait au Canada il y a deux siècles. Sans doute, quelquesuns de leurs leaders connaissaient la France, mais la plupart la jugeaient mal. Ses ennemis l'appelaient décadente: les voyageurs et les journaux la disaient légère frivole et inconstante. On parle maintenant d'une nouvelle France, née de l'adversité. Mais ce n'est pas la France qui a changé, ce sont nos opinions sur elle qui se sont corrigées. Depuis plus d'un siècle, la France marche fermement, patiemment, avec une ardeur inlassable vers la liberté par le gouvernement autonome, l'égalité aux yeux de la loi et la fraternité de tout le peuple. Elle a conduit les peuples dans les voies de la civilisation. La nation française a enrichi et développé la civilisation par ses conquêtes dans tous les champs de l'activité humaine. Son peuple est noté, comme vous savez, pour son commerce son agriculture, son industrie et sa frugalité. Il est aussi au premier rang dans la diffusion des choses utiles, dans la production des belles choses. La liste des grands noms du peuple français forme un véritable tableau d'honneur. Le nom de Pasteur y brille d'un éclat tout particulier. Pasteur fut un grand bienfaiteur de l'humanité. Il aurait cru qu'il était indigne de lui de s'enrichir de
ses découvertes. Il s'estimait heureux de rendre librement à l'humanité le talent et le génie que le Créateur lui avait donnés avec profusion. L'honneur est pour lui, la gloire pour la France et la reconnaissance pour Dieu, de qui découlent tous les biens parfaits. Pasteur étai t l'un des meilleurs. Je le considère comme le Français typique. Le tempérament français peut être mobile, impulsif, parfois même explosif, mais le caractère français est un mélange de mobilité, de fermeté et de noblesse.
l'amour des canadiens-français se réveille.
Mais la masse des Canadiens-Français avait perdu contact. Les intérêts de l'habitant étaient absorbés par sa famille, sa ferme, son église, son politicien local, et ces choses formaient tout son horizon. Mais la guerre fait irruption dans la vie exclusive et isolée du Canadien-Français. Son amour pour sa mère patrie, la France, se réveille. L'orgueil du sang, la fierté qu'il éprouve en entendant parler de la grandeur de son caractère, l'exultation qu'il ressent au bruit de ses glorieux exploits, font battre son cœur plus vite. Déjà bien des Canadiens- Français ont fait preuve d'une bravoure égale à celle des autres Canadiens en combattant pour la cause commune de l'humanité, de la liberté et de la justice en France et dans les Flandres. Nul éloge, quelque long qu'il soit, ne pourrait mieux leur rendre justice. J'ai parlé avec quelques-uns d'entre eux dans les hôpitaux de France et d'Angleterre. Tous avaient noblement fait leur part.
Le dimanche, j'eus le plaisir de visiter l'hôpital Canadien-Français établi à St-Cloud, près Paris. Cet hôpital reçoit aussi des soldat français blessés. Les Français disent souvent qu'ils ont sollicité spécialement d'y être envoyés, parce que les . camarades qui revenaient au front après y avoir été traités en faisaient le plus grand éloge. Le jour de ma visite, le chirurgien en chef me disait qu'il y avait eu, ce matin là, une grave amputation à faire; c'était un soldat français qui avait perdu beaucoup de sang avant son arrivée. L'opération avait bien réussi, mais il ne semblait pas que l'homme eut assez de vigueur pour se remettre. Le chirurgien demanda un volontaire qui consentirait à fournir du sang frais. Un jeune soldat Canadien-Français du nom de Gariépy, de Montréal, répondit à cet appel. J'ai parlé aux deux hommes cet après-midi, et je ne sais lequel des deux était le plus satisfait et le plus heureux du succès de l'Entente Cordiale.