CONDITIONS D'’'OBSERVATION
Les résultats de nos expériences sur les chiens, ainsi que les effets de l’alcool octylique observés en clinique par MM. Clerc, Sterne et Paris, nous ont incité à étudier chez l’homme l’action diurétique des corps tensio-négatifs. Nous avons recueilli 30 observations. Certaines concernent des malades porteurs d’æœdèmes rénaux, hépatiques ou cardiaques ; d’autres des hypertendus avec ou sans signes de néphrite chronique. Quelques-unes enfin sont celles d’individus dont les reins fonctionnaient normalement (sujets témoins).
Nous nous sommes efforcé de nous placer dans des conditions d’observation aussi rigoureuses et aussi semblables que possible pour tous les cas :
— Certains de nos malades ont été suivis pendant 3, 4 et même parfois plus de 6 mois ; l’évolution des œdèmes, les variations du poids furent notés quotidiennement.
— La plupart de ces sujets étaient mis au régime ordinaire de l’hôpital mais absorbaient chaque jour une quantité de boissons relativement fixe. D’autres, presque tous ceux qui présentaient des œdèmes, étaient soumis au régime déchloruré et strictement
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surveillés quant à la nourriture et à la quantité de boissons qui était la même chaque jour.
__ La diarrhée, les vomissements, les infections intercurrentes qui pouvaient modifier la diurèse ont été indiqués.
— Le volume des urines par 24 heures a été mesuré régulièrement.
— Le dosage des chlorures urinaires fut effectué dans 15 cas (tous les jours dans 11, tous les deux jours dans 4) par la méthode de Charpentier-Volhard (à l’aide de solutions décinormales de nitrate d'argent et de sulfocyanure de NH“, en présence d’alun de fer).
— Le dosage de l’urée urinaire fut pratiqué chez trois sujets" (méthode de l’hypobromite).
— Les fonctions rénales furent également explorées par l’élimination de la phénolsulfonephtaléine (injectée dans les muscles lombaires ou dans les veines) et par les épreuves de dilution et de concentration de Volhard.
— L'étude de l’azotémie a été faite dans tous les cas (méthode de l’hypobromite).
Enfin, chez de nombreux malades, nous avons étudié :
— Le temps de coagulation (le sang prélevé à la veine étant chaque fois recueilli dans deux tubes à hémolyse maintenus à 37°).
— La vitesse de sédimentation globulaire (technique de Westergreen, lecture au bout de 1, 2 et 24 heures : chiffres normaux, 5 à 10 mm. au bout
de 1 heure ; 10 à 20 mm. au bout de 2 heures ; numération globulaire faite en même temps pour éviter les erreurs dues à une variation du nombre des hématies).
— La tension artérielle qui fut prise chez tous les malades, au même bras, avec le même instrument (appareil de Vaquez-Laubry), par le même opérateur.
Ces différents phénomènes sont en effet intéressants à étudier au cours d’un traitement par les corps tensio-négatifs.
Quant à la T.S. du sang, ses conditions de mesure ont été indiquées dans les chapitres précédents.
Au cours des séries d’injections, le sang était prélevé avant la piqûre du jour, c’est-à-dire vingt-quatre heures environ après la dernière introduction d’octanol.
Comme substance tensio-négative, nous avons utilisé l'alcool octylique primaire en solution aqueuse saturée. Celle-ci, malgré son titre infime (sa concentration varie en effet entre 1/10.000 et 1/100.000 suivant la température) est fortement tensio-négative et complètement dépourvue de toxicité. Son action est beaucoup plus progressive et plus prolongée que celle des préparations moins diluées.
Répétons que cette solution doit être préparée à partir d’un corps rigoureusement pur, il ne faut pas la laisser vieillir et s’oxyder ; enfin, on s’assurera à
l’aide d’un indicateur coloré qu’elle est toujours légèrement alcaline.
Le traitement type a consisté en une série d’injections intraveineuses (10 à 15) faites tous les jours ou tous les deux jours. Les premières étaient de 5 cc. pour éprouver la sensibilité du malade ; les suivantes de 10 cc., plus rarement de 15 ou 20.
La cure était alors interrompue ; souvent une deuxième série était faite un mois après, suivie parfois à intervalles égaux d’une troisième et d’une quatrième.
Dans tous les cas le traitement octanolé n’a été appliqué qu'après une mise en observation plus ou moins longue (variant d’une semaine à un mois ou deux). Cette période était utilisée pour apprécier l’état des fonctions rénales, pour juger de leurs variations sous l'influence du repos, du régime déchloruré ou non et même de diurétiques tels que les tonicardiaques, la théobromine, le nitrate d’ammonium, le cyanure de mercure et le neptal.
Pendant la durée de la cure octylique et les jours suivants, nous avons toujours évité de donner des médications pouvant influer sur la diurèse.
Nous nous sommes assuré enfin que des injections
d’une même quantité d’eau distillée n’avaient aucun effet diurétique.
A la suite de ces injections de solution aqueuse saturée d’octanol nous avons observé quelquefois des incidents. Ceux-ci se produisaient toujours deux ou trois heures après la piqûre et duraient une heure ou une heure et demie. C’étaient des frissons, avec maux de tête et parfois courbature lombaire, rarement des vomissements. Dans quelques cas la température s'élevait à 38°5. Une fois (Obs. 19), chez une hypertendue instable et sujette aux troubles vasomoteurs, nous avons vu apparaître dans les mêmes délais des troubles vasomoteurs au niveau des mains.
Ces phénomènes ont d’ailleurs disparu très rapidement et ne se sont plus reproduits après arrêt du traitement.
La cause de ces incidents, très transitoires et très bénins (c’est là le point important) au cours desquels la tension artérielle et la tension superficielle du sang ne bougent pas, est difficile à préciser. Il est pourtant un fait frappant : c’est l’apparition simultanée de ces phénomènes chez plusieurs malades traités en même temps avec un produit de même provenance — et leur disparition immédiate lorsque l’on remplace le médicament par un autre d’origine différente. Ce fait, que nous avons observé maintes fois, permet de se demander si, dans ces cas, ce n’est pas une altération du produit, ou la présence d’impuretés, ou même le mode de préparation qui est en cause.
Ces incidents n’ont jamais influé sur le résultat final de la cure. Ils ne se sont plus reproduits lorsque nous avons employé des solutions mieux purifiées.