‹ Secrets modernes des arts et métiers, ouvrage comprenant les découvertes les plus récentes dans (volume 3)Chapitre 44 sur 54 · DES IRTS ET MÉTIERS · texte numérisé non relu

DES IRTS ET MÉTIERS

à aiouter à l'eau portée à l'ébullitioD une pelite portion de taftre , cl une assez forte quanlilé de §on ; ils enlèvent l'écume à mesure qu'elle monte à la Hurface. Cette méthode peut présenter quelque avantage , lorsque la pureté de l'eau n'est altérée que pur des particules hélérogënes tenues en xuspensioD, et que l'acide du tartre agglomère assez pour que l'espèce de coagulum produit par le sou puisse les entraîner; mais il sérail difScile de cancevoir comment ce procédé serait applicabJe aux eaux sélénlleuses, car il y a peu de dilTércnce entre la solubilité des tartrales qni pourraient se former, et celle des sulfates Qti des carbonates ordinairement oontenus dans l'eau. Aussi les praticiens les plus éclairés préfèrcutila ajnnler dans ces eaux crues nu peu de sous-carboDute de soude, qui décompose bien plus sûrement les sels calcaires; on filtre ensuite au charbon et au sable, pour obtenir une eau parfaitement limpide. L'appareil de fillration est fort simple; il suffît d'avoir de grands tonneaux ou pipes, ou bien encore de très-grands caissons. A 4 pouces environ du fond, on pratique une chautepleure , et, à quelques pouces

support quelconque , sur lequel on place un double fond percé d'un grand nombre de petits Irons; ou couvre ensuite ce fond avec une grosse toile, puis on met du gravier, sur lequel ou ajoute une couche de grès fin , puis du charbon grossièrement pilé, ensuite du grès et encore du charbon, et en dernier lieu un nouveau lit de sable de rivière. Il est nécessaire qu'on établisse, au moyeu d'un tuyau perpendiculaire, une communication entre le double Eoiii<it,\ïi.

34^ ifiS SÈdaËTS MOi>EfiNEtf

partie supérieure du tonneau, afin de facilites les déplacemeus d*aîr qui doivent avoir lieu. Eafin on ircmpUt le tonneau avec de l'eau; mais on a soin de vccser doucement les premières portions, afin de ne pas mélanger les différentes couches. On abandonne au. repos pendant quelque temps; on tire ensuite de. Teau à mesure des besoins, et Ton rei^place autant que possible par la même quantité, afin qu*en versant ou ne puisse jamais atteindre le sable et faire passer de Teau trouble.

La eochenUley comme nous Tavons observé, peut varier de qualité « et contenir tantôt une proportion, tantôt une autre de matière colorante; mais rien de plus facile que de se rendre indépendant de cette condition , car il suffît d*en évaluer la quantité^ et de doser proportionnellement à la richesse. Ainsi , on prend un même poids des différens échantillons de cochenille qu'on veut comparer, on les soumet à l'ébuliition dans des quantités semblables d'eau , et Ton essaie successivement chacune de ces décoctions par une dissolution de chlorure de chaux. U est évident qu'une dissolution de chlorure étant donnée., plus il en faudra pour décolorer une même mesure de teinture de cochenille, et plus celle-ci renfermera de particules colorantes.

La dissolution d'étain mérite aussi une attention particulière; maison manque peut-être de données bien précises sur sa nature , c'est-à-dire qu'un ne sait pas.d'uue manière assez positive dans quet état elle doit être pour en obtenir la plus belle nuance d'écarlate. On pense généralement qu'il n'y a que le deukh'cblorvire qui puisse produire cette couleur^ et

DES ABta ET UÉTIEBS. 54?

00 regarde comme certain que le proto-chlorure ne la donne pas; enfia, plusieurs praliuieua pensent qu'il faut la réunion de ces deux combinaisous pour réussir compléleuieut. Il est en effet probable, à en juger parla plupart des recettes connues, que presque toutes les dissolutions d'élain employées sont dans ce cas. Resterait à connaîtr eensuite la proportion relative de ces deux chlorures. Pour lâcher d'éclaircir cette question, uous indiquerons d'abord comment s'opère la dissolution de l'étain dans les divers mélanges usités. Su géuérali on prend du sel marin ou du sel ammoniac, auquel un ajoute une quantité variable d'acide nitrique et d'eau ; une parlie de cet acide s'empare de la base du sel et met eu liberté une quantité correspondante d'acide hydrochlorique (muriatiifue ) , qui se trouve aussitôt décomposée par l'osigënc d'une aulre portion d'acide nitrique ; et le chlore une fois à nu ^e combine à toute la quantité d'étain nécessaire à sa saturation. Ou conçoit que, si le métal est en eicës, U ne pourra se former que du proto-chlorure , et que le contraire aura lieu si c'est le sel qui domine pat rapport à l'étain. L'acide nitrique n'a donc là d'autre fonction que de déshydrogéucr l'acido hydrocblorique, et non pas, comme ou le croyait autrefois, d'oxider l'étaio et d'oxigéner l'acide murialique. Néanmoins il peut arriver, si l'acide nitrique se trouve en excès, qu'une partie de l'étain soit oxidée; mais alors cette portion ne pourra plus rester combinée au chlore, et elle tendra à se séparer. C'est ce qui a lieu quelquefois en se servant, comme plusieure praticiens le font aujourd'hui ^ d'acide iHtrt^

348 LES stcfta-i u'.debues

muriatii}u6 ou d'eau régate, surtout bÎ l'on employé des acides trop concentrés, ou qu' excité leur réaciioii par la chaleur. Le mdllear moyen de remédier à cet înconvénient, lorsqu'oa s'en aperçoit à temps, c'est d'aiouler de l'étaiir bien divisé et de l'acide hydrochlorique; on diminue ainsi la prépondérance de Tacide nitrique, et son action cesse de !ie porter sur le métal, le terminerai ce paragraphe en obseirant que le mun'ate d'or est te meilleur réactif que l'on puisse employer pour reconnaître si la dissolution d'étain est entièrement passée à l'étal de dcuto-chlorure , car elle n'y produit alors aucun changement; tandis que lorsqu'elle contient les plus petites portions de proto-chlorure, il s'y forme immédiatement un précipité rouge-brun., qui est le pourpre de Cassius.

Le tartre qu'on emploie aussi dans la teinture en écarlale, comme mordant, doit toujours être choisi le plus pur possible, c'esi-à-dire à l'état de crème de tartre; et celle qui contient le moins de substances étrangères mérite nécessairement la préférence. Il est facile de s'assurer de sa qualité en en faisant calciner à blanc un poids déterminé dans un petit creuset, et en essayant et titrant, à la manière des alcalis, le résidu , qui ne doit Être que du sous-car' bonale de potasse, si la crtme du tartre est pure. En prenant pour type l'essai d'un même poids de crème do tartre reconnue bien pure, on aura un terme de comparaison qui permettra d'apprécier la valeur de tous les échantillons qu'on voudra soumettre ensuite à l'e:tamen.

On a (fffenicnt reconnu il& (oui (cmps l-i nécessité

DB§ ÀBTS ET HÉT1EH3. 34^

de se garantir, pour celle belle leinture, de l'influence des corps étrangers, qu'on a poussé la précaiiiinii jusqu'à recommander d'éviter l'emploi des vaisseaux de cuivre i et de se servir de préférence de chaudières en élain; mais, d'une part, ce.s chaudières sont assez dispendieuses, et, de l'autre, il est difficile de les conserver long-temps, à cause de la grande fusibilité de ce métal. On est donc souvent forcé d'avmr recours aux v^ses en cuivre , malgré l'inconvénient qu'ils présentent; inconvénient qu'on diminue beaucoup en maintenant ces vases d'une grande propreté. Depuis quelques années on leur substitue, avec beaucoup d'avantage, des cuves en bois, et l'on échauffe le bain à l'aide de la vapeur, ainsi que cela se [iratique actuellement pour plusieurs autres teintures.

Après ces notions préliminaires, il noua reste à indiquer comment on doit procéder à l'opération de la teinture, et nous dirons d'abord qu'on la fait en deux fois. On commence à donnera l'étoffe un pied de jaune, soit avec le fusEet, le qucrcilron, ou le curcuma ; ou fixe cette teinture au moyen du tartre et de la dissolution d'élain, qui servent en même temps de mordant pour le bain suivant. Celle première teinture a pour objet de rehausser la couleur de la cochenille , et de lui donner un plus joli reflet ; quelques praticiens y ajoutent une petite quantité de cochenille, mais d'autres la réservent entièrement pour le second bain. Dans lous les cas , il faut avoir soin, après cetle première opération, d'évenler l'étoffe et de laver à grande cati avant de passer outre.

35o LES SECUETS K

Le deuiiëme baia se prépare en faisaot d'abord chauffer uue quantité convenable d'eau, et Lorsqu'elle ei<t sur le point d'entrer en ébuUition, on y délaie toute la portion voulue de coclieoille pulvérisée, et ou laisse eu repos. Après un certain temps, DO voit une espèce d'éoumc se rassembler à la surface; ctj quand le bouillon est prêt à percer, ou ajoute encore une nouvelle quantité de dissolution d'étain , puis l'on brasse exactemeut. Si la température s'élève trop, on rafraîchit un peu te bain avec de l'eau froide. C'est alors qu'où immerge l'étoffe, ayant soin de la tourner trËs-rapidement dans le commencement, et de s'opposer, à l'aide d'un bâtou, à ce qu'aucune partie ne suruage. Ou laisse bouillir euvirou uue heure, et après ce temps on lève, on évente, et l'on fait refroidir l'étolFu, puis ou lave k la rivière , et l'on fait sécher,

J'aîindiiiué, daus le deuxième alint^a de cet article, les doses respectives de chacune des substances qui entrent dans la composition de l'écarlate, et j'avertis ici de uL-;tvcau qu'elles u'ont rien de déQoitif , et qu'on doit les modiner suivant la qualité des ingrédiens, et suivant la manière de les employer.

Quelques auteurs, et entre autres Baucroft, ont prétendu que l'écarlate était la réuniou du cramoisi et du jaune. lUillar établit , dans son Traité de chimie pratique, que le changement du cramoisi en éoarlato n'est pas, comme on le suppose, l'effet du sel d'étain , mais bien du tartre qu'on emploie ; et il se fonde sur ce que, selon lui, le tartrale d'étain seul produit Le même effet. Il oe parait pas cepeadant

DES àBTS et IIÉTIEB^. 35 1

qu'il eu soil ainsi ; du moina je liens d'un Irès-habile fabricaut, que le tarirate d'élain ne lui afourEiiaucun résultat saliafaisanl.

On a reconnu que le muriate d'élain seul donnerait une nuance Irop orangée, et le larlre est parliculièremenl destiné à la ramener au TOuge rosé et à la rendre plus nourrie. Au reslc, nous remarquerons encore, relativement à la dissolulion d'étain , que ses effets sont très-v aria blés suivant les proportions d'acide ou de mêlai (]u'elle contient. 11 parait mËme que l'acide nitrique, lorsqu'il en reste en escès, contribue pour beaucoup à rendre, par son action particulière, la nuance plus orangée.

Tout ce que nous venons de dire prouve bien évidemment que le succès de celte opération est surtout atlaclié il la dissolution d'étain, et qu'on doit par conséquent apporter tous ses soins k bien connaître quelest l'état de combinaison et la dose particulière qu'il convient le mieux d'employer.

Comme le bain dans lequel on a fait l'écarlate contient encore beaucoup de matière colorante, on s'en sert ordinairement pour obtenir diverses nuances, en y ajoulant quelques autres ingrédiens.

Je terminerai cet article en indiquant la manière de préparer l'écarlale pour l'impression sur laine.

On fait bouillir i livre de cocbeniUe pulvérisée dans 4 pintes d'eau, {nsqu'à réduction de moitié; on passe le tout sur un tamis de soie. On réitère cette même ébuUilion trois autres fois, puis on réunit les huit pintes de décoction, pour les épaissir convenablement avec deux livres d'amidon , et l'on fuit cuire comme ei c'élait de l'empois. On laisse refroidir en-

35l LGS SECRETS MODERNES

suite jusqu'à 40', el Tod y ajoule 4 onces de dlssolntioQ d'élaïo , et a onces de sel d'élaia ordinaire- Cette couleur se fixe comme toutes les autres, en Ta soumeltant peudaut deux heures à l'action de la vapeur.

Lorsqu'on veut avoir un rouge ponceau , on ajoule a onces de curcuma en poudre avec la cocheDillc.

La dissolution d'élain dont nous venons de parler se fait de la manière suivante :

On prend ,

On partage l'étain en huit doses à peu près l'gales, et l'on eu ajoute une tous les quarts d'heure environ.

Procétlé pour fixer sur la laine, ta soie, te coton, fis rhanvre, etc. , une très-Mle conteur jaun^ minera te.

Si Ton excepte le bleu de Prusse, que l'on n'a oifoie pas encore pu Hier sur tous les tissus indistinctement, le prussiatc de cuivre et l'oxide Je fer, qui donnent des couleurs plutôt très-solides que brillantes, toutes les couleurs dont l'art de la teinture fait usage sont tirées du rfcgne organique , pajce que celles-ci sont en général d^me application plus facile i|ue les couleurs minérales; mais elles sont aussi plus ou moins altérables par le laps du temps. Les jaunes surtout sont plut sujets ;:i celte sorte de mobitiléj et

DES *BT8 ET MÉTIEBS. 355

si la couleur de la gaude, à l'aide des mordaus, PiDit par acquérir une cet^aiDe lixilé , ce n'esl iamais qu'aux di-pens de son premier Éclat; il en faul dire autant de la vive couleur qne fourait Le dalisea cannahina.

La substance minérale que Je suis parvenu h Tiiter sur les tissus , et que je recommande aujourd'hui aux teinturiers, comme la couleur jaune la plus briUante qu'on puisse imaginer, et qui n'a point tes mêmes ioDonvéniens que tes précédentes, est le sulfure d'arsenic (i), ou réalgar, qui donne à la f&intuTÊ aussi une couleur permanente très-vive, lorsque toutefois on a eu le soin de ne pas l'associer avec certains oxides métalliques qui en ternissent bienlAt l'éclat.

C'est en faisant dissoudre dans l'ammoniaque ce sulfure d'arsenic, que j'ai obtenu une liqueur propre à teindre; mais, pour que cette dissolution puisse se faire aisément, il faut que le sulfure soit dans un certain état de division. On l'amène à cet état de la manière suivante :

On fait un mélange d'une partie de soufre, deux parties d'oïîde blanc d'arsenic ei cinq parties de potasse du commerce ; on fait fondre le tout dans un creuset , à une chaleur voisine du rouge ; il en résulte un jaune que l'on fait dissoudre dans l'eau chaude;

recipllBlImi ïl bieo Uvé , De n,e pirall aïolr iDCDD ur l'économie animilo : du Doins jVd al &il pri à dct cbiini i( 1 ilei chiti, BBi «''"■ "^ «i™* *^

364 ^^^ SECnETS HODEBHES

ou filtre la liqueur pour la séparer d'uD sédiment formé en graudc parlie d'arsenic métallique eu paillettes brillantes, et d'uue peiite quantité de matière floconneuse couleur ctiocolat, qui paratl être un sous-sulfure d'arsenic. On verse dans la liqueur Gltrée et étendue d'une cerlaine quantité d'eau , de l'aoide sulfurique affaibli qui y détermine un précipité ûoconneux d'une superbe couleur jaune. Ce précipité, lavé sur une toile, se dissout avec une extrême facilité dans l'ammoniaque, et donne une liqueur jaunâtre dans laquelle on verse un excès d'ammoniaque pour la décolorer entièrement. C'est dans celte liqueur que l'on plonge la laine, la soie, le coton , le lin que l'on veut teindre ; on l'élend d'une plus ou moins grande quantité d'eau , suivant les nuances que l'on veut obtenir (i). )l faut éviter soigneusement de se servir d'ustensiles métalliques. Lorsqu'on relire les étolfcs de ce bain , elles en sortent incolores, mais elles prennent insensiblement une couleur jaune par l'évaporation de l'ammoniaque. On les expose au grand air , de manière que oe fluide frappe également toute leur surface; et, lorsqu'elles ont bien pris la couleur, et que celte-ci ne gagne plus eo intensité, on les lave et on les fait sécher.

La laine doit être foulée dans le bain ammoniacal, et y aéiouruer jusqu'à ce qu'elle en soit bien également imprégnée: ou l'exprime ensuite très-légère-

Page 1