TISSUS DE CRIN POUR MEUBLES
Ces étoffes, destinées ù faire des meubles, se conservent long- temps et ont l'avantage d'être très-économiques. On avait cru, dans le principe, que ces tissus croisés n'étaient susceplibles do se prÊler
DES À1IT9 ET MÉTIEDS. 3g7
qu'à île pelils dessina, lels que des pelils quadrilles, ou des carrés en quiiicoiice. C'est avec ces seuls oriieuieiis que les premières éloires de celle nuCuro furent d'abord répandues dans le commerce. Aujour* d'hui on a introduit daos le tissiige de ces étofTes, les grands dessins damassés , à bouquets , etc. Plusieurs mmiufaclurea nouvelles se sont établies; leurs produils rivalisent avec ceux de l'étranger : les étoffes de crin apportées d'Âugleterrc , où cet art a pris naissance, n'ont pu soutenir la comparaison avec celles qui sont fiorlies de nos maau fat turcs.
Ce genre d'industrie ewt cependaut nouveau en France; il est d'un gr.iud intérêt. Feu M. Bardel, l'iroporlaleuT breveté, a fait connaître les procédés
Teinture du crin. Quarante livres de crin de queue, long de a6 pouces environ . sont trempées dans de l'eau de chaux pendant la heures. On fait bouillir ao livres de buis de Campéclie. Ce bain doit rester en forte ébullition pendant Iroin heures; après ce temps on retire le feu de dessous la cliaudiÈre; on met de suite dans le bain dix onces de sulfate de fer (l'acétate est bien préférable) qu'un yremue; on y jette le crin , qu'on a eu suin préalablement de laver dans l'eau de rivière en sortant de la chaux. Le crin doit rester a4 heures daos le bain de Icinture, et l'opérAtioo est finie.
Métiers à fabriquer t'étoffù. Ces métiers ne diffèrent que par la tampe et la navette, des métiers ordinaires que l'on emploie pour les étotfes'en soie " ou eu coton. On n'emploie qu'une tampe dam les métiers ordinaires i dans celui-ci on se sert de deux
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tatnpes en fer; elles sont fixées §ur les traverses latérales du mélier, près des lisières de l'étoffe.
Composition dt l'étoffe. La chaîne est en fil noir: ce fil est de 3-4^ ovii 96 tours ; il se lire de Lille ou de Bailleul.
La trame est en crin , et l'on se sert d'une longue navetle à crochet. La longueur de celle navette est d'euviron trois pieds; elle a six lignes de large et deux lignes d'épaisseur ; elle est en buts. La broche est en acier poli ; c'est eur elle que glissent les trame) de crin.
L'ouvrier pasac celte iiavede, d'une maÎD , entre les fils de la Iraniej lorsque le pas est ouvert; un enfatit est placé sur un des cùlé» du niélier, et présente un brin de orin à l'ouvrier près de la lisière qui est de son côté; l'ouvrier le saisit avec le crochet de ta navette , et en le tirant dans le sens de la largeur, il fait passer le brin do crin dans l'étoffe.
Le crin est pUeé en paquet, du cAlé du métier où se tient l'cufaDt, dans une buSle de la longueur du crin, et dans laquelle il y a de Tcau pour le tenir mouillé; c'est ce qui douiie au crin la souplesse nécessaire pour se bien frapper dans le tissu.
Chaque fois qu'un briu de crin est passé dans l'éloffe, l'ouvrier frappe deux coups avec lu ballant.
La chaîne, bien lenJuc sur le métier, est parée ou epprêlée avec deux brosses, comme celles dont on se sert poar les loJles; Tapprét csl fait avec de l'amidon.
Quand une longueur de chaîne est sèche de son apprêt, l'ouvrier y passe uoe autre brosse douce, frollée sur une pierre de miue de plomb : cela Fait
DES ÀETS ET ItiETIEKS. Jgg
glisser librement le peigne, et fait entrer la trume dans le tissu.
L'iiloQ'e étaat fabriquée, ou lui donoc du Instie au moyen d'un laminoir ou cylindres composés d'un rouleau do papier, et d'ua autre rouleau en fer creux. On introduit dans l'intétieur de ce dernier des boulons de fer chaulTts jusqu'au rouge, et l'on passe l'étoffe entre tes deux rouleaux à une forte pression, eu observant de diriger l'étoffe de manière que les lisières soient maintenues droites, afm que les trames restent parallèles.
TISSUS IMPERMEABLES.
Le caout-cliouc ou la TL^sine élastique de l'Indo uous vint de l'Aménque méridionale au commencement du siècle dernier.
Le moelleux, la flexibilité, l'élusticUé de celte matière, et la qualité qu'elle a d'élre parfaitement insoluble dans l'eau , ont excité chez beaucoup d'bommes industrieux le désir de l'employer à fabriquer des oianleaux, des cbaussurcs, des chapeaux, etc. Il fallait d'abord trouver un moyen pour la dissoudre , sans lui rien enlever de ses qualités , et d'eu former une pàla liquida dans laquelle on pût plonger les matières qu'oo aurait voulu en imprégner.
L'éther sulfuriqiie fut d'abord employé ; mais comtne il devait être pur, il fallut y renoncer, parce qu'il était trop coûteux. On essaya ensuite l'essence
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de térébenlhine; itinis la graude difBcullé de la dessécher fit encore abandonner ce moyen. Enfin, on se servit d'un bitume nommé naphle: cette sorte de bilume est un dissolvant plus puissant que les deux aiilres , et se dessèche promptemeiit , quoiquD impurfailement cependant, ce qui donne à la gomme un caraclère visqueux et gluant : d'ailleurs la naphte est privée de la solidité nécessaire dans tous les ubjels auxquels on l'aurait employée , et elle n'eût eu qu'une courte durée.
Tel était l'état des choses lorsque M. M. Intosh a imaginé le procédé extrêmement simple dont je vais rendre compte.
La résine élastique est mise entre deux pièces d'étoffe qu'elle unit si complètement qu'on n'y aperçoit pas un pli, et que personne ne pourrait s'imaginer qu'elles ne forment pas un seul et ménie lissu.
On étend les étoiles sur une table pareille à celle dont on fait usage pour l'impression du calicot ; on les cnuvre d'une légère couche de caout-chouc dis* Boas dans la naphte, et on le laisse si^cher. On recommence celle opéralion une, denic, et même jusqu'à trois ou quatre fuis, Pour terminer l'opi-ralion, on enduit de la composition une seule des deux étoffes, et l'on applique sur celle-ci l'autre pièce, du c*té de son vernis, en prenant soin que les étoffes soient étendues si exactement qu'il ne s'y fasse aucun pli; on les met ensuite sécher dans l'étuve , dont la chaleur les purifie de toute espèce d'odeur do naphle; enfin on termine l'opération en passant les étoffe» entre deux cylindres pour les rendre moelleuses.
Emptoi d'une composition colorée propre à rendre les toile», te canevas et les draps durables , souples et imperméables à l'eau.
PBÉPlBATtOH ET EMPLOI DU NOIB.
On commence par laver l'étofl'e, en employant de préférence de l'eau chaude; celte opération a pour but do décliargcr l'npprét «juc le tissu contient. Cela f^iit, on sèche bien ta loile j et on la frolti! continuellement entre les mains jusqu'à ce qu'elle devienne parfaitement souple; on l'étend entiuile en la tirant bien sur un châssis, où ou lui donne, à l'aide d'une brosse, une première couche composée comme suit:
Huit llCrei d'huile de lia bnuillie.
Quinic gpamnii! is <san d'ombre calcinée.
Ces substances, à l'exception du blanc de plomb, doivent être broyées Irës-Hu sur une pierre à la molette , et en y niêlanl un peu de l'huile ci-desaus, Cela fait, on les mélange avec tout le reste de l'huile de lin, et on y ajoute quatre-vingt-dix grammes de noir de fumée, que l'on a mis sur un feu doux dans un plat de fer, et que l'on a remiié jusqu'à ce que toute la partie grasse ait disparu. L'étoiTe ayant été lavée et frottée, paraîtra rude et colonneuHC. On suivra la procédé suivant pour la seconde couche ; on se servira des mêmes îngrédicns que ci-dessus, excepté le blanc de plomb. Cette couche se donnera en un petit nombre d'heures, selon les saisons; on
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les plas fines, dit-on , ne leur ô(e l'ien de leur beauté; elle n'altère même pas Téclat des couleurs les plas brillantes.
TOIUBS ET GORDSS
BItBS HviiiBivneis.
Procédéê de M. Ctttforl.
Quelque temps avant Texposition de iS^ig^H. JHeff alors fabricant de couleurs à Paris , me de TArbre*- Sec, présenta à la Société d*enoouragement une sàné d'essais faits avec le bitume du Paro> près de Seystfel, qui tous ont reçu Tapprobation de la Société , et ont mérité rinsertfon au procès-verbal et au ButtêUn*^
M. Rey avait employé le bitume » soit à Tétat glu^ tineux, soit à Télat liquide , et il en avait formé différentes combinaisons aveo des corps gras, afin de les approprier aux divers usages auxquels il le desti* nait.
On sait combien il est difficile de se préserver de lliumidité dans les appartemens situés au rez-de* chaussée, surtout lorsque les murs sont salpêtres. M. Rey y réusait complètement en mettant deux couches de bitume sur ces murailles. Cet enduit, appliqué depuis six ans sur une grande surface, s'était parfaitement conservé, et partout il avait empêché rhumidité de pénétrer.
Employé à Textérieur, sur des cheminées en plâtre, sur les plâtrages des toitures , il les avait pattout
DBS UTS ET MillElS. 4'>^
garautis des dégradations rapides qu'ils éprouveut ordiuairemeDl. Des busics, des statues en pldtre, s'étaient conservés par le même moyen depuis quatre ans.
Des tuyaux de poêle et des plaques de lôle ou de fonte, exposés à la même époque de 1819. depuja six ans, aux intempéries de l'air, avaient été préservés de la rouille, après avoir reçu deux couches do bitume.
Des terrasses et des auvents de boutique, recouverts par des toiles bitumineuses, se sont bien conservés depuis le même espace de temps, et ont préservé de l'eau «L de l'iiumidité les ptauches sur lesquelles elles sont fixées.
Le bitume avait été employé avec un égal succès pour sceller les rampes d'escalier, eu remplacement du plomb, pour raccorder des pierres cassées, pour former des auges à contenir l'eau , pour cimenter des dalles de lerrasse, pour former des pavés en petits cailloux, espèce de tastrico ou de mosaïque, etc. Une auge composte de cinq planches revêtues extérieurement et intérieurement d'une couche de bitume, contient parfaitement l'eau, et n'a souCTerl aucune dégradation, malgré l'usage habituel auquel elle est soumise depuis plusieurs années.
Enfin , U, Rey avait employé le bitume a enduire des cordages, des filels, des cordons de jalousies, des toiles pour la peioture, des paniers, et divers autres ustensiles. Tout s'était parfaitement conservé.
M, Guibert, rue du Faubourg-St-Jacques, n' 55, à Paris, a levé une fabrique dans le genre des travaux de M. iley : il a obtenu un brevet, et a soumis &«,%
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procédés à Texamen de la Société d'encouragemeot. C'est un extrait du rapport fait par M. Labarraque au Conseil d'administration , au nom de son comité des arts économiques ^ que nous allons donner; ces renseignemens sont dono certains.
M. Guibert n'a caché aucun de ses procédés à la commission, qui 9 en déclarant ce fait, a annoncé que c'est une justice qu'elle a eu plaisir à lui rendre.
c Les procédés de fabrication de cet artiste sont simples et bien entendus : ils consistent à mettre dans une chaudière de cuivre de grandeur convena-* ble, la mixtion bitumineuse, préparée, soit avec le goudron obtenu à l'hôpital St-Louis, $oit avec celui qui se trouve dans le département de l'Ain , et à faire entrer ce mélange en fusion , à l'aide d'une chaleur suffisante. La chaudière est surmontée d'une sorte de sparadrapier , d'une plus grande dimension que celui dont se servent depuis long-temps les pharmaciens pour préparer la toilô' Gauthier. À côté de cette pièce, sont placés deux cylindres en fer tourné, entre lesquels passe la toile quand elle a été imprégnée. Ces cylindres sont destinés à la lisser et à empêcher qu'elle n'entratnè une trop forte couche de bitume. Avant de retirer les pièces de toile , on a soin de les laisser au moins douze heures en macération dans la mixtion bitumineuse liquide : ensuite elles sont retirées avec une grande rapidité ; car une pièce de soixante aunes ne demande pas plus de cinq minutes pour sortir de la chaudière et passer entre les cylin- Ires : le double de ce temps suffît pour l'étendre dans e séchoir.
» Oa conçoit , d'après ce que nous venons d'ex-
DES IBTB ET h£t1EB9. 407
poHCr, que chaque fibre vég«!tale se trouve pour ainsi dire entourée d'une couche bitumineuse, et que par ce moyen la toile doit être garanlie de toule humidité.
■ Pour conserver une souplesse constante à la toile hiimidifuge, l'arlisle a élé obligé d'employer «a composition bitumineuse un peu liquide, et il évite l'inconvénient de voir sa loile se coller quand lea pièces sont entassées les unes sur les aulrc9, en recouvrant chaque côté de la toile avec une pâle qui la dessèche à la surface, sans lui faire perdre de sa ^ souplesse.
■ Les rubans à jalousies, les perkalea, etc. , sont préparés de la manière que nous venons d'indiquer.
■ Pour la fabrication de» cordes, Al. Guibcrt met en macération dans la composition bitumineuse la ficelle de la plus petite dimension, il la confectionne et la remet plusieurs fois dans la chaudière pour y subir de nouvelles macëralïons; ensuite, etàchaque fois, elle est tirée entre des cylindres cannelés et de grosseur convenable.
II nous restait k nous assurer si le temps altérait les toiles et les cordages préparés par M. Guibert; mais, pour établir rigoureusement notre opinion, il nous aurait fallu des observations long-lemps continuées, si M. Sty , de qui M. Guibert déclare tenir es procédés dont il fait usage, ne nous eût offert do nous montrer les mêmes toiles et cordes bituminées qui ont donné lieu au rapport dont nous avons déjà parlé. A cet effet, nous nous sommes transporté)) chez M, Bey, et nous avons examiné la terrasse qui surmonte sa maison. Aucune trace d'Uum.i-
4o8 LES SEGBETS MODERNES
dite ne se laissait apercevoir sur les bois qui supportent la toile servant de couverture. Nous avoos également jugé de la conservation des cordes exposées depuis cinq années à Tinlempérie des saisons, et cet examen a été favorable au procédé employé pour les fabriquer.
» M. Guiéert se propose de confectionner des tuyaux humidifuges sans couture, destinés aux ouvrages et aux pompes à incendie.
» Le prix des toiles humidifuges (i) nous a paru d^abord un peu élevé ; mais en réfléchissant qu'une longue macération dans un liquide chaud occasione un retrait assez considérable à la toile, et que d'ailleurs leur emploi offrira une économie assez notable pour couvrir des hangars, des ateliers, etc. , soit que cette économie résulte de la légèreté des bois employés, ou bien qu'on puisse l'attribuer à la quantité moins considérable qu*on devra en employer pour leur construction, nous ayons cru ne pas devoir nous y arrêter. Au surplus , M. Guiiert , en donnant une plus grande extension à sa fabrique , se convaincra de la nécessité de se borner à un bénéfice médiocre pour favoriser l'emploi de ses produits. Toutefois il
(i) Voici ces prix :
Toiles ordinaires , Tanne. 3 fr. 9«.
Toiles fines, id 5
Toiles en 4 fils, le pied de tayaa fabriqué. x
Toiles de coton en 4/4 1 l^aune. « 4
Rubans à jalousies, la pièce de a4 aunes 3 6o.
Cordes à pnits, câbles, cordes pour la marine, cordes à lanterne, pour couvreurs , badigeouneurSf traits de chevaux , longes,
etc. , la livre i
Cordesa jalousies, la loise. ....*., » i5.
0S8 ARTS Et ttériERS. 409
nous a paru important de nous assurer jusqu'à qyel point cet(e économie sei^att réelle , eu nous procurant le devis (au prix, actuel des toiles) d*un hangar de 60 pieds de long sur 20 pieds de large et 9 pieds de hauteur.
Couvert en toile homidifuge , il coûterait. . . i,43a fr. ogc. fd. ea ardoise, id» • . * 11867 83
ïd. en tuiles, «i. . . . 2,437 97
» La différence serait à l^àvantage de la toile hu-midifugc sur l'ardoise, de 4^5 fr. , et sur la tuile de 1^005 ft,, c'est-à-dire de 3o pour loo dans le premier cas, et de 70 fr. p. 100 dans le second.
» La durée sera-t-elle également à l'avantage de la toile humidtfuge? Le temps seul pourra nous l'apprendre. £n attendant, nous avons, pour préjugeir favorablement, la couverture du local de M. Rey, posée depuis sept ans , i^'ofirant qu'une pente trèslégère, et qui, depuis cette époque, s'est très-bien conservée sans paraître dé long-temps exiger aucune réparation.
* M. Guibert nous a également montré ses ateliers couverts en toile humidifuge depuis plus ou moins de temps^ et qui sont en très-bon état; mais, ne connaissant point l'époque précise oh cette toile a été posée, nous n'en ferons point mention.
» Les cordes humidifuges, quant à la durée, doivent avoir un grand avantage sur les cordes non bituminées : aussi voit-on déjà les cordes de M. Guibert employées pour les réverbères de la capitale. »