CHAPITRE II
Historique
M. Gigli ne cherche pas à s'attribuer l’idée de l'opération à laquelle il a donné le nom de «section latérale » ; dans ses premières publications en effet, il cite ceux qui, avant lui, ont proposé la section du pubis dans le but d’élargir le bassin.: nous voulons dire Champion et Stolz.
Avant lui, en effet, quelques accoucheurs avaient tenté de sectionner les os du bassin ; à ce propos, nous diviserons l’histoire de cette opération en trois périodes : dans la première, avant Stolz, naït l’idée de la section et quelques lentatives sont faites, mais le modus operandi n’est pas fixé ; dans la seconde période, Stolz donne pour la première fois une technique pratique de la section, mais l’instrumentation est imparfaite.
La troisième période commence avec M. L. Gigli quiinvente un instrument pratique et publie sa technique opératoire en 1894 : depuis lors, de nombreu-
ses opérations. ont été tentées et ont donné d'excellents résultats.
Première période. — Avant Stolz, Aïtken, chirurgien d'Edimbourg en 1775, sectionne les os du bassin ; mais son but et son manuel opératoire sont bien différents de ceux de M. Gigli : au lieu de se contenter d’une seule section, il en fait de chaque côté et ces sections portent sur les deux branches : horizontale et verticale du pubis : c’est une double ischio-pubiotomie ; il élargit le bassin, non pas pour favoriser l'accouchement, mais afin de pouvoir dans tous les cas remplacer l’incision césarienne par la section pelvienne ; pour faire cette opération, il se sert d’une scie articulée qu'il a inventée, mais cet instrument n’est pas pratique. Suivant l'exemple de Aïtken, Galbiati etCianflone en Italie osent pratiquer sur le vivant cette double ischio-pubiotomie, mais leur tentative n’aboutit qu'à l’insuccès.
Dès lors, on ne trouve plus trace de la section osseuse jusqu’en 1821.
Voici à cette époque ce que dit Murat(r) : « Quel- € ques praticiens, parmi lesquels je me bornerai à «citer M. le D' Champion (de Bar-le-Duc), croient «qu'a lieu de diviser la symphyse pubienne, on € devrait et il serait préférable en général de scier à « côté de cette espèce d’articulation ; eneffet, en « sciant, on évite, comme le dit Desgranges, l’urèthre,
1. Murat. Dictionnaire des sciences médicales en 6o volumes. Article « Symphyséotomie ».
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€ la saillie de la vessie, les longs tâtonnements pour «trouver le cartilage interposé entre le pubis. »
Champion voit un des avantages de l’opération et la simplicité et la facilité de l'exécution, mais il ne donne pas de technique opératoire et il n'opère que sur des cadavres, en présence des étudiants.
Deuxième période. — Jusqu'ici le modus operandi n'est pas fixé : c’est Stolz qui a lé mérite de donner pour la première fois une technique pratique de la section osseuse ; malheureusement de l’enseignement de ce maître il reste seulement ce qu’on lit dans la thèse de son élève Lacour sur les fiecherches historiques et critiques sur la provocation de l'accouchement prématuré (Thèse de Paris, 1884).
« Pratiquant une petite boutonnière au mont de « Vénus préalablement rasé, au point correspondant « à la crête pubienne, à droite ou à gauche de la sym- « physe, on passe par cette ouverture une aiguille « longue et légèrement recourbée, à laquelle on fixe « la scie à chaïnette, puis on glisse l’aiguille le long « de la face postérieure du pubis, en rasant l'os et « faisant sortir sa pointe à côté du clitoris, entre un «des corps caverneux et la branche descendante du « pubis. Lorsque l’aiguille a entraîné la scie, on « adapte la poignée, puis on tend la scie entre les « deux mains et quelques mouvements de va-et-vient « suffisent pour diviser le pubis. »
La technique opératoire est créée ; c’est une ostéotomie sous-cutanée.
Lacour pense que son opération va être « univer-
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sellement acceptée » : pourtant elle n’est pas tentée sur le vivant etelle sert seulement à quelques démonstrations sur le cadavre.
Quelle en est la cause ? Comme le fait remarquer M. le professeur de Bovis, deux raisons s'opposent à la diffusion de cette excellente idée : la lourde mortalité de toutes les opérations sanglantes contemporaines et l’imperfection de l'instrument, la scie à chaine à laquelle ne peut s'appliquer le fameux : «Je plie et ne romps point. »
Troisième période. — M. Gigli a le mérite d’avoir fait revivre la section du pubis et de lui avoir donné toutes les conditions nécessaires pour la rendre simple, facile et pratique ; en 1892, étant à Paris, il est « vivement impressionné de voir passer un fœtus à terme, vivant et complet, à travers un bassin rétréci» ; mais en 1893, alors qu'il & a la bonne fortune d’être assistant interne à la Clinique du professeur H. Fritsch, à Breslau », il esttout étonné de voir Qà la suite des symphyséotomies, et de ces opérations seulement, survenir les conséquences morbides les plus irrégulières et les plus graves » ; il met ces mauvais résultats sur le compte de la plaie articulaire et il pense qu'en s’attaquant à l’os il aura des résultats meilleurs ; en même temps, il ala fortune d'imaginer un instrument nouveau et original de diérèse osseuse devenu aujourd’hui d’un usage courant, la scie filiforme. En 1894, il fait sa première publication, basée sur des expériences cadavériques, mais n’exécute lui-même sa première opération qu'en 1902.