‹ SedanChapitre 17 sur 26 · EXTRAIT DU RAPPORT DU 3® DE ZOUAVES · texte numérisé non relu

EXTRAIT DU RAPPORT DU 3® DE ZOUAVES

J'ai rhonneur de vous rendre compte des opérations exécutées par le 3^ de zouaves pendant cette dernière partie de la campagne.

Le 30 août, il était une heure de l'après-midi quand nous arrivâmes à Mouzon. Le canon commençait à tonner sur les hauteurs voisines, et des fuyards sans armes ni bagages jetaient partout Talarme en racontant que le 5^ corps avait été surpris et détruit à Beaumont.

Le matin du 31 août, vers neuf heures, des batteries prussiennes, établies sur les escarpements de la rive gauche de la Meuse et faisant face au pont du chemin de fer, vis-à-vis Bazeilles, commencèrent le feu en tirant sur la ligne des voitures accumulées sur la route de Bazeilles à Sedan

Quelques batteries françaises répondirent au feu des Prussiens, et Faction se borna, jusqu'à trois heures de l'après-midi, à un simple échange de coups de canon. Pendant tout ce combat d'artillerie, le régiment resta en réserve sur les hauteurs. Vers midi, on aperçut une

colonne prussienne qui, traversant les coteaux de l'autre côté de la Meuse, marchait vers Mézières. Ce mouvement, parfaitement visible de la position que nous occupions, indiquait d'une façon manifeste le plan des Prussiens, En même temps que nous descendions le fleuve par la rive droite, ils le descendaient par sa rive gauche, nous débordant toujours et nous tenant ainsi entre la Aieuse et la frontière belge; la marche de la colonne que nous apercevions avait de plus pour effet de nous couper de Mézières. On devait malheureusement s'en apercevoir bientôt.

Dans l'après-midi, l'infanterie de marine, ainsi que les autres divisions du 12® corps, s'établirent sur les pentes voisines de Bazeilles, mais le pont du chemin de fer avait été négligé, et les Bavarois, après beaucoup d^ hésitations y après avoir vérifié si le pont n'était pas miné et s'être assurés qu'il n'y avait au^ cun piège, passèrent la Meuse sans difficulté et vinrent se loger dans le village de Bazeilles pour défendre leur précieuse conquête.

» Le matin du 1®^ septembre, dès l'aurore, l'action s'engagea par une vive fusillade du côté de Bazeilles : un brouillard des plus épais courant le long de la rivière empêchait de voir le théâtre du combat.

» Tout le monde prit les armes.

» Le régiment reçut l'ordre de traverser un ravin escarpé au fond duquel se trouve le village de Daigny^ et d'aller prendre position sur le plateau situé au delà. Ce plateau fait suite à un bois où se tenaient cachées des troupes ennemies.

» Déjà ces troupes (armée saxonne, garde royale prussienne, 4® corps allemand) débouchaient de la forêt pour se déployer, et avaient établi des batteries. Nous n'eûmes que le temps de gravir à la hâte le chemin creux qui conduit du village au plateau, et de faire face à droite. Un bataillon du 3® régiment de tirailleurs (commandant Mathieu) se déploya en avant de nous en tirailleurs, pendant que notre ligne se formait en suivant un pli de terrain et une haie qui permirent de défiler les hommes : les batteries de la division s'appuyaient à notre droite; une réserve composée de la compagnie du capitaine Bustin fut établie par mon ordre, en arrière et à couvert ; elle fut chargée en même temps de la garde du drapeau. Le bataillon de tirailleurs put alors se replier et la fusillade commença sur toute la ligne.

» Notre ligne fut bientôt prolongée par suite de l'arrivée du 56^ de ligne.

» Malheureusement, nos batteries furent démontées, et les forces saxonnes prenaient un développement énorme ; on les vit bientôt profiter d'un vide qui venait de se former entre notre droite et le village de Daigny pour y lancer des compagnies par petits groupes successifs. Ce mouvement était des plus menaçants pour nous, et pouvait nous priver de notre seule ligne de retraite. Je dus vous en rendre compte, mon général, et après avoir dégagé les mitrailleuses, je partis pour occuper le village de Daigny avec deux compagnies de mon bataillon. Pendant que je m'établissais près du pont, le l^^*" bataillon de chasseurs à pied déboucha

et me permit d'aller compléter les cartouches qui manquaient déjà complètement à la plupart des hommes. Le reste du régiment, établi sur le plateau, quitta la position quelques instants après ; mais, en arrivant au village de Daignj, il se trouva placé entre le feu des chasseurs et le feu des Prussiens qui avaient achevé leur mouvement sur notre droite de huit à neuf heures du matin, et étaient déjà parvenus jusqu'au village. Le général de division marchait avec cette troupe et donna Tordre de remonter sur le plateau. Pendant ce temps, l'ennemi avait continué le mouvement par lequel il cherchait à nous envelopper sur notre gauche, et en débouchant sur la crête, cette petite colonne eut à subir les feux de mousqueterie et d'artillerie produits par toute cette ligne. Dans cette situation critique, les hommes se débandèrent, et pour rallier la ligne de bataille, se jetèrent dans les jardins et dans le pare qui sont au fond du ravin.

» A partir de ce moment^ le régiment se trouva divisé en deux parties : cette portion qui rejoignit la compagnie laissée à la garde du drapeau fut aperçue vers neuf heures du matin, sur les hauteurs où nous avions passé la nuit : depuis ce moment, on n'en eut pas de nouvelles. M. le lieutenant-colonel Méric, d'ailleurs^ avait quitté dès le commencement de la fusillade le plateau de Daignj : il avait eu son cheval blessé.

» L'autre fraction, composée de deux compagnies de mon bataillon et d'une partie du 3® bataillon que j'avais ralliée avec le commandant de Puymorin, resta placée sous mes ordres.

)» Cette fraction put se rallier sur la crête occupée par le 3® tirailleurs et le général Carré de Bellemare. Je reçus Tordre de descendre chercher des cartouches.

» A ce moment, un mouvement de retraite sur Illy était ordonné et en voie d'exécution, je suivis la division Lhériller et pris ainsi la direction du bois de la Garenne. Plus tard^ arriva un capitaine d'état-major, M. de Saint-Houen, qui communiqua aux troupes l'avis que le général de Wimpffen prenait le commandement de l'armée et qu'il donnait l'ordre de tenir.

» Notre marche sur Illy se trouva donc ainsi arrêtée, et ce contre-ordre explique la marche singulière accomplie par certains régiments qui ont suivi presque entièrement le périmètre du champ de bataille.

» A l'extrémité du bois de la Garenne nous fûmes exposés à un feu terrible d'artillerie, provenant de batteries croisées. L'armée saxonne se réunissant à l'armée du prince royal, le cercle se fermait, et il n'y avait plus d'autre issue que Sedan.

» Les troupes ne purent tenir longtemps devant un feu si redoutable, et il se produisit une panique de cavalerie, d'artillerie et d'infanterie. Le peu d'hommes qui me restaient se maintinrent groupés et ne cessèrent de donner le meilleur exemple par leur calme et leur sang-froid. Le soir, nous prîmes part à la sortie exécutée sur le faubourg de Balan.

» Le ralliement effectué, il restait cent soixante-cinq hommes. Le lendemain, je fus rejoint par un détachement de trois cent cinquante hommes, arrivés d'Afrique la veille de la bataille, etc. »'

Tel est, dans ses parties les plus saillantes, le rapport de Toflâcier supérieur (le commandant Hervé), qui resta en possession du commandement de. la portion du 3® de zouaves à Sedan, lorsque Fautre portion, coupée par Fennemi, gagna la frontière belge.

Ce rapport relatif au 3® de zouaves diffère d'un autre rapport remis à Paris au ministère de la guerre par un officier d'état-major, de la division Lartigues , rapport DATÉ DU 10 SEPTEMBRE.

Voulant être sûr que le rapport du commandant Hervé daté du 2 septembre, écrit le lendemain DE LA BATAILLE, était bien exact, je priai le colonel commandant le 3® de zouaves d'écrire à cet officier supérieur qui lui a répondu le 2 juillet, de Batna :

« Mon colonel,

» En réponse à la lettre de M. le général de WimpfFen, j'ai l'honneur de vous adresser le renseignement suivant :

» Ainsi que je Tai exposé dans mon rapport^ le régiment a été séparé en deux fractions par suite du déploiement de l'armée saxonne, de la garde prussienne et du 4® corps prussien sur le plateau situé au-dessus de Daigny» Il était alors huit heures du matin environ.

» La fraction commandée par le colonel Méric s'est ralliée sur les hauteurs où nous avions passé la nuit, c'est-à-dire face à Givonne en ayant derrière soi le bois de la Garenne.

» Il est probable que se voyant menacé d'être enveloppé par suite du mouvement de l'armée prussienne.

le colonel Méric aura cherché à éviter d'être coupé, et qu'il aura été ainsi amené sur la route de Belgique par laquelle il a gagné la frontière pour revenir ensuite vers Rocroy et Signy-le-Petit.

» Je puis donc certifier que ce mouvement qui s'est fait le matin, n'a eu rien de commun avec la glorieuse tentative du général de Wimptfen pour percer par Balan et gagner Montmédy. »

Ces renseignements peuvent avoir leur importance.

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