‹ SedanChapitre 5 sur 26 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Retraite du 1er corps, de la division Gonseil-Dumesnil du 7e corps, et de la brigade de Fontanges du 5e corps, de Niederbronn, sur Saverne et sur Ghâlons. — Marche rétrograde des 5e et 7e corps de Bitche et de Belfort sur le camp de Ghâlons. — Examen critique de ces divers mouvements*

— Marche de la nouvelle armée dite de Ghâlons (1er, 5e, 7e, 12e corps) de ce camp sur Sedan. (Du 22 au 31 août.) — Plan du ministre de la guerre général comte de Palikao. — Immixtion de l'Empereur dans les affaires de la guerre. — Temps précieux perdu. — Le général Vinoy et le 13e corps.

— Marche lente et indécise de l'armée de Ghâlons.

Le 1®'' corps^ dans le principe, était composé des divisions : Ducrot, brigades Moréno et Postis du Houlbec (13® de chasseurs à pied, 18% 96% 43^ et 74« de ligne); Douay (Abel), brigades de Montmarie et Pelle (16® de chasseurs, 50® et 78® de ligne, i®'' zouaves et l®"" de tirailleurs algériens) ; Raoult, brigades L'Héril- 1er et Lefebvre (8® de chasseurs, 36® et 48® de ligne, 2® de zouaves et 2® de tirailleurs) ; de Lartigue, brigades de Kerléadec et Lacretelle (1®'" de chasseurs, 56® et 87® de ligne, 3® de zouaves et 3® de tirailleurs) ;

division de cavalerie Duhesme, brigades Septenil, de Nansouty et Michel (3^ de hussards, 11^ de chasseurs à cheval, 2^ et 6^ de lanciers, 10^ de dragons, 8^ et 9^ de cuirassiers).

Chef d'état-major général, le général de brigade Golson.

Le 1^^ corps fut rejoint le 6 août par la 1^^ division (Gonseil-Dumesnil) du 7^ corps, brigades Nicolaï et Maire (17^ de chasseurs à pied, 3% 2^ 7^ et 99« de ligne).

Le soir^ au moment de la retraite, le maréchal de Mac-Mahon trouva en position à Niederbronn, envoyée de Bitche, la 3® division du 5® corps (Guyot de Lespart), brigades Abbatucci et de Fontanges (19^ de chasseurs à pied, 27^ 30^ 17^ et 68^ de ligne).

Après la fatale bataille de Freschwiller ou de Woerth, le 1^^ corps, la 1^^ division du 7% la 3^ du 5^, se mirent en retraite sur Saverne, à l'exception de la brigade Abbatucci, première de la division Lespart, qui se replia sur Bitche. La division Douay n'existait pour ainsi dire plus.

Pour les troupes qui évacuèrent les premières le champ de bataille, le mouvement fut à peu près une marche en retraite , pour les dernières, ce mouvement fut une véritable déroute. Les hommes de toutes les armes fuyaient pêle-mêle et dans le plus grand désordre, ne cherchant même pas à rejoindre leurs régiments, leurs bataillons, leurs compagnies.

Seule, la brigade de Fontanges, du 5® corps^ qui n avait pas donné^ se maintint en ordre sur la route

de Saverne, contenant, sans trop de difficultés, les quelques uhlans harassés de fatigue^ lancés pour inquiéter les derrières du 1^^ corps, dont les débris arrivèrent à Saverne dans l'état le plus déplorable^ pendant la nuit et pendant toute la matinée du 7 août. En arrivant à Niederbronn vers quatre heures du soir, la brigade Abbatucci, première de la division Guyot de Lespart, fut envoyée en avant de cette ville sur la route de Bitche et eut un engagement avec les éclaireurs ennemis de droite, qui s'arrêtèrent sur toute la ligne croyant sans doute à la présence du 5® corps en entier. La brigade de Fontanges fut prendre position à droite en avant de la route de Saverne. Une de ses batteries tira quelques coups de canon avant de suivre la queue de la colonne en retraite pour soutenir le mouvement rétrograde sur Saverne. Les tirailleurs continrent ceux des Prussiens et les 17^ et 68^ restèrent en position jusqu'à huit heures du soir, essuyant les derniers coups de feu et ne se mettant en marche qu'après avoir vu la route entièrement dégagée par le passage des derniers traînards du 1^^ corps. Le maréchal de Mac-Mahon, se croyant poursuivi plus vivement qu'il ne l'était (voir la note F), avait d'abord donné l'ordre^ le matin vers six heures, de se préparer à quitter Saverne pour se porter sur P haisbourg à 10 kilomètres plus loin ; mais vers dix heures, il y eut contre-ordre et les troupes, y compris la brigade de Fontanges, prirent position entre le canal et le chemin de fer, sur la route de Vasselonne, au sud de la ville. On essaya au moyen des sonneries spé-

ciales à chaque régiment de rallier le plus d'hommes possible, mais on réussit assez mal. Le soir, vers trois heures, on partit pour Phalsbourg situé au nord-ouest de Savèrne et où Ton avait, sans doute, primitivement la pensée de rallier le 1^^ corps. On n'y put encore parvenir, tant le désordre était grand. La brigade de Fontanges qui protégeait la retraite ne put se mettre en mouvement qu'à sept heures du soir et n'arriva pas avant quatre heures du matin, le 8 août, ayante par conséquent, marché près de neuf heures pour parcourir 10 kilomètres. Gela donne une idée de la difficulté de cette route. Heureusement l'armée du prince de Prusse, occupée elle-même à se remettre de la rude étreinte de la bataille du 6, avait presque complètement abandonné la poursuite. Sa cavalerie occupa Saverne après le départ des troupes françaises.

Le 8 août , à minuit , le 1®^ corps se mit en retraite sur Sarrebourg, à 16 kilomètres au sud-ouest de Phalsbourg. La brigade de Fontanges, partie le 8, à dix heures du matin, pour cette place, y était arrivée à trois heures de l'après-midi et était réunie avec la première brigade de sa division. Cette division (Guyot de Lespart) abandonna alors le 1^^ corps pour rallier le 5^ avec lequel elle continua la retraite. Nous la retrouverons plus loin.

Lé 1^^ corps ne parvenait pas à se rétablir. Ses éléments étaient en partie débandés. Tout en suivant à peu près la direction indiquée par l'état-major général^ beaucoup d'hommes continuaient à marcher sans ordre. Un assez grand nombre mendiaient pour vivre,

ne recevant pas de distributions régulières. Pour comble de malheur, le temps devint affreux et, pendant quelques jours les infortunés soldats privés, de leurs sacs, de leurs effets de linge et chaussure abandonnés sur le champ de bataille, eurent à subir ane pluie torrentielle. En outre, on craignit un instant un engagement avec les troupes prussiennes victorieuses à Forbach, ce qui eût été désastreux.

Il est juste de dire que le 1®^ corps, ayant combattu pendant toute la journée du 6, marchait depuis quarante-huit heures n'ayant reçu aucune distribution. Ce corps fut rejoint à Sarrebourg par un certain nombre d'hommes qui s'étaient retirés du champ de bataille de Freschwiller par Bitche, et étaient descendus par la Petite-Pierre.

Le 9 août, le 1®' corps atteignit Luné ville où le maréchal arriva lui-même le 10 vers neuf heures du matin.

Il semble que l'ennemi ne poursuivant pas, il eût été possible et même facile de rallier le i®^ corps sinon à Phalsbourg, du moins à Sarrebourg ou à Lunéville. On devait encore pouvoir disposer de quelques pelotons de cavalerie pour s'éclairer et prendre des renseignements dans la campagne sur la marche du prince royal de Prusse. Il ne paraît pas que Ton ait eu cette pensée si naturelle, car la retraite continua sans désemparer et aussi désordonnée que le premier jour.

C'est ainsi que les débris d'un de nos plus vaillants corps d'armée, commandé par un de nos plus vaillants

généraux, gagna successivement Bayon le 12, Vichery le 13, Neufchâteau le 14, Join ville le 15.

De Joinville, le 1^^ corps fut dirigé sur Ghâlons où le nouveau ministre de la guerre, le comte de Palikao, avait résolu de former une seconde armée distincte de celle de Metz restée aux ordres du maréchal Bazaine. Cette seconde armée fut composée des trois corps en retraite, 1", 5^ et 7^, et d'un nouveau, le 12^, au commandement duquel était appelé le général Trochu.

Des renforts tirés des dépôts des régiments du 1^^ corps étaient envoyés de toutes part au camp de Ghâlons ; il y avait donc urgence pour les débris de Freschwiller de se trouver le plus tôt possible au camp. Mais par une sorte de fatalité qui n'a cessé de nous accabler depuis les premiers jours de cette guerre^ un faux renseignement donné à Joinville retarda la marche. Un receveur de l'enregistrement ayant envoyé cette dépêche : «^ La voie ferrée 'COupée à Saint-Dizier, » le maréchal ajouta foi à son dire, sans en vérifier l'exactitude, et au lieu d'arriver le 15 au soir au camp, ses troupes ne l'atteignirent que le 17 au matin.

Que de désastres en si peu de jours^ et cela par suite des premières fautes : dissémination des troupes ; détermination de livrer une bataille impossible à gagner; retraite entreprise trop tard et dégénérée en déroute ; impuissance de l'intendance à nourrir les troupes, etc., etc.

Laissons un instant le l^"" corps au camp de Ghâlons, et voyons ce qui était advenu aux 5® et 7^.

Le 5^, général de Failly, chef d'état-major gêné-

rai, le général de brigade Besson , était formé des trois divisions d'infanterie de l'armée dite de Lyon (4e grand commandement territorial). Au lieu de laisser ces troupes sous les ordres du comte de Palikao, on avait trouvé bon de les confier à l'un des aides de camp de l'Empereur.

Ce 5^ corps se composait des divisions : Goze^ brigades Grenier et Nicolas (4^ de chasseurs à pied, 11^, 46^, 61^ et SQ^ de ligne) ; de UAhadie d'Aydren, brigades Lapasset et de Maussion (14^ de chasseurs à pied, 59% 84% 88% 97^ de ligne) ; Guyot deLespart, dont nous avons déjà donné la composition ; division de cavalerie Brahaut, brigades de Bernis et de La Mortière (5^ de hussards, 12^ de chasseurs à cheval, 3^ et 5^ de lanciers).

Les deux premières divisions se rendirent directement de Lyon à Sarreguemines où elles furent transportées du 16 au 18 juillet par les voies rapides. La troisième se concentra à Lyon les 17 et 18 juillet, elle partit pour Strasbourg également par le chemin de fer le 19^ vint bivouaquer au polygone les 20 et 21, fut camper à 17 kilomètres plus loin en avant de Brumath, petite ville située entre Strasbourg et Haguenau, au sud de cette dernière. Le 24, la division Guyot de Lespart fut remplacée à Brumath par la division Abel Douay en marche sur Wissembourg; elle se rendit à Niederbronn (30 kilomètres) au nordouest sur la route de Bitche, ne se doutant guère qu'elle serait rappelée sur ce point quelques jours plus tard pour assister à un désastre. Le 25, cette division

s'établit au camp, à 2 kilomètres de Bitche; son général en chef se trouvant alors à 20 kilomètres à l'ouest, à Sarreguemines avec ses deux premières divisions d'infanterie et celle de cavalerie. Elle resta au camp de Bitche jusqu'au 6 août au matin; ce jour-là, le canon se faisait entendre à l'est, vers Reichsoffen. La bataille, une bataille sanglante, terrible, disproportionnée, était engagée par le l^'' corps à quelques lieues de Bitche où se trouvait la division de Lespart. En présence de la situation qui lui était faite, le maréchal prescrivit, je le crois, du moins, dès le 4 août, au général de Faillj de lui amener toutes ses troupes. Ce qui ne fut pas exécuté. Le corps de Faillj avait à sa disposition un chemin de fer et une grande route. Ce général dut recevoir le 4 août, mais à coup sûr reçut, le 5, l'avis que le 5^ corps passait sous les ordres supérieurs du maréchal de Mac-Mahon. Par une seconde dépêche, on lui disait : Faites-moi connaître quel jour et par où vous me rallierez. Il est indispensable que nous réglions nos opérations. Ces données, je les emprunte à une brochure écrite par le général de Failly pour justifier sa conduite.

Or, dans cette brochure, le général dit, sans indiquer le jour et V heure où elle lui parvint, qu'il reçut une première dépêche du duc de Magenta.

Et il ajoute un peu plus bas :

Deuxième dépêche le 5. Donc il est plus que probable que la première a été expédiée et reçue le 4 août.

Il est à présumer que le maréchal, lorsqu'il eut à Strasbourg, dans la nuit du 3au 4 août, le télégramme

de l'Empereur, le prévenant qu'il allait être attaqué le jour même ou le lendemain au plus tard, et que le 5® corps passait sous son commandement, envoya l'ordre par dépêche au général de Faillj de le rejoindre, et que cet ordre arriva le 4 au quartier général du 5® corps.

Que le 6, au matin, le duc de Magenta, pour une cause ou pour une autre, ait modifié ses premières instructions par une dépêche portée par un officier et arrivée à deux heures de l'après-m'idi, comme l'écrit le commandant du 5^ corps, il n'en est pas moins vrai que si M. de Faillj, comprenant la gravité des circonstances , ou , mieux inspiré , eût mis toutes ses troupes en marche sans retard, le 4 et même le 5, pour rallier le i^^ corps, les Prussiens auraient eu à combattre vingt-cinq à trente mille hommes de plus (cinq brigades d'infanterie et deux de cavalerie), c'est-à-dire cinquante à cinquante-cinq mille excellents soldats au lieu de trente mille.

Or, si avec trente mille le maréchal a pu tenir toute la journée sans trop de désavantage, qui oserait dire qu'avec le double de force il n'eût pas remporté une victoire sanglante, brillante, et qui pouvait influer d'une façon capitale sur l'issue de la lutte?

Au lieu d'agir comme je viens de l'indiquer, le commandant du 5® corps se borna à mettre en route, le 6 août, à sept heures du matin, sur Niederbronn, la division Guyot de Lespart, et cela par les voies ordinaires.

Il résulte donc pour moi de ce fait que le général

de Failly ne se rendit pas compte de la gravité des circonstances.

La division Guyot de Lespart arriva à quatre heuros du soir près du champ de bataille de Freschwiller^ ayant eu en route à tenir tête à des détachements ennemis.

Les brigades Abbatucci et de Fontanges restèrent sur la gauche du village jusqu'à la nuit, cherchant à protéger la retraite du 1^^ corps. La première se mit ensuite elle-même en retraite, comme je l'ai dit, par la route de Bitche, la seconde parla route de Saverne, précédée des débris des troupes de Mac-Mahon.

Le général Abbatucci rallia le 5^ corps sur la route de Sarreguemines à Baccarat, dans la ville de Sarrebourg. Le 5® corps tout entier continua sa retraite par Moyemont, où il arriva le 1 1 août^ par Charmes (le 12), par Rémancourt (le 13), par La Marche (le 14). Ce corps se dirigeait au sud-ouest, marchant presque parallèlement au 1^% qui se tenait à quelques lieues sur la droite, et suivait la route de Lunéville, Bayon et Neufchâtoau.

11 ne paraît pas que ce double mouvement de retraite ait été combiné en aucune façon par les deux commandants en chef, encore moins par l'état-major général qui ne fonctionnait pour ainsi dire même plus à Metz, depuis le 10 août, jour où commença la retraite sur cette place. Le 5^ corps, depuis Moyemont (le 11), était suivi de près par les troupes allemandes qui avaient repris la poursuite. 11 faisait un temps affreux, une pluie continuelle, les hommes de la divi-

sion Guyot de Lespart avaient seuls leurs bagages ; ceux des autres divisions avaient été laissés à Bitche, par suite d'un ordre mal interprété.

Le 15 août, le 5® corps passa la Meuse près de Montigny. Le 16, il gagna Ghaumont et partit le lendemain, à trois heures du soir, en chemin de fer pour Vitry. Le 18, les troupes du général de Failly étaient à Blacy et le 19 à Ghâlons-sur-Marne où elles campèrent au champ des manœuvres. Le 20, vers deux heures de Taprès-midi, le corps tout entier se trouvait au camp de Ghâlons où étaient rassemblés depuis trois jours les débris du 1^^ corps et les premiers éléments du 12^ en formation.

Le 7® corps (Félix Douay) commandé, comme presque tous les autres, par un aide de camp de l'Empereur, jouissant d'ailleurs d'une haute réputation militaire, était formé des divisions : Conseil- Dumesnil, dont j'ai déjà donné la composition; Liéhert, brigades Guiomar et de la Bastide (6^ de chasseurs à pied, 5^, 37^, 3^, 89^ de ligne); Dumont, brigades Bordas et de Préchassant (52% 79% 82^ et 83^ de ligne) ; division de cavalerie Ameil, brigades Gambriel et Joly du Golombier (4^ de hussards, 4^ et 8^ de lanciers, 6® de hussards et 6^ de dragons), chef d'étatmajor le général Renson.

Tandis que le 6 août, au matin, la 1^^ division de ce 7® corps ralliait le 1^^ à Freschwiller et prenait Textrême droite de l'ordre de bataille, les trois autres recevaient l'ordre de se concentrer à Belfort au lieu d'aller rejoindre aussi le 1^^ corps. L'explication de ce

fait sera probablement donnée plus tard. On m'a dit que ce mouvement de concentration avait eu lieu à la suite de la réception d'un télégramme du sous-préfet de Schelestadt annonçant le passage du Rhin par des masses ennemies. Ce qui, à monsens^ fut plus déplorable^ c'est que le 7® corps quitta bientôt après Belfort pour se porter sur le camp de Ghâlons où il arriva le 22 août. Le comte de Palikao, auquel je disais le 28 août qu'après nos défaites, ce point était à garder, se défendit d'avoir donné des ordres pour le départ du 7*^ corps. En effet, c'était une faute, car là, les trente mille hommes du général Douay auraient pu défendre 1;! trouée, immobiliser une armée ennemie et menacer les lignes allemandes devant Strasbourg, de façon à protéger efficacement cette malheureuse ville. Du moment où ce corps ne venait pas en aide à celui de Mac-Mahon, il était fâcheux qu'il ne conservât pas la forte position en arrière des montagnes dont Belfort est la clef.

Le 12® corps avait été formé de troupes envoyées de Paris, dont une belle division d'infanterie de marine (Vassoignes) . Placé d'abord sous les ordres du général Trochu, ce corps fut ensuite confié au général Lebrun^ ce qui mettait un quatrième corps sous le commandement d'un aide de camp de l'Empereur. Des généraux de division commandant les corps de l'armée primitive, seul le général de Ladmirault n'était pas de cette catégorie favorisée. Les trois autres étaient sous les ordres de maréchaux.

Le 12® corps était formé de trois divisions d'infan-

terie : 1^% les 22^, 34% 58% 79« de ligne, deux compagnies des l^'' et 2^ bataillons de dépôt de chasseurs à pied; 2^ division, les 14% 20% 31^ de ligne et deux régiments de marche composés avec les 4^^ bataillons des 40% ^2^, 64% 65% 91^ et 94« de ligne, deux compagnies des 17® et 20® bataillons de chasseurs; 3® division^ les quatre régiments d'infanterie de marine.

Toutes ces troupes étaient au camp de Châlons ou aux environs, le 2% août.

Je vais indiquer la marche sur Sedan de cette nouvelle armée.

Elle prit le nom d'armée de Châlons et passa sous le commandement en chef du duc de Magenta qui laissa celui du 1®*" corps au général Ducrot, son plus ancien divisionnaire. On accuse l'Empereur, resté avec cette armée, d'avoir eu une trop grande influence sur les décisions prises. On l'accuse d'avoir contribué ainsi à empêcher la jonction de ces troupes avec celles de Bazaine. Il est vrai que sa présence et la composition des chefs de corps autorisent à supposer ce fatal résultat. 11 paraît hors de doute aujourd'hui que Napoléon III pesa en effet sur les déterminations qui furent prises, abandonnées, reprises et qui produisirent de * déplorables hésitations.

A Paris cependant, des hommes nouveaux étaient entrés aux affaires, le 10 août, après la bataille de Freschwiller. Un général du plus grand mérite, le comte de Palikao, avait accepté le ministère de la guerre et s'était mis à l'œuvre avec la plus prodigieuse activité pour réparer les conséquences fatales de l'im-

prévoyance de son prédécesseur. En quelques jours, il était parvenu à organiser une armée de cent vingt mille hommes qu'il concentra à Châlons.

Aidé du général Trochu nommé gouverneur de Paris par l'Impératrice régente, il mit la capitale en état de défense, créant dans cette vaste place forte de nouvelles armées. Les 13® et 14® corps sortirent pour ainsi dire de terre en quelques instants, et l'un de ces corps, confié au général Vinoj, fut désigné dans ]a pensée du ministre à coopérer, s'il était nécessaire, aux mouvements de l'armée de Mac-Mahon.

M. Vinoy était au cadre de réserve depuis quelque temps, par limite d'âge ; brave soldat, officier général habile, homme de mérite, il est encore plein de vigueur malgré ses soixante-dix ou douze ans.

L'unique armée française, primitivement nommée du Rhin, se trouva alors scindée en deux tronçons. Le premier, composé des 2® corps (Frossard), 3® (Bazaiiie), 4® (de Ladmirault), 6® (Ganroberl), garde impériale (Bourbaki); le second formé des l®^ 5% T et 12®.

Le premier tronçon était devenu l'armée du Rhin proprement dite : le maréchal Bazaine, quoique moins ancien que le maréchal Ganrobert, en avait le commandement ; le deuxième ayant cédé modestement son droit d'ancienneté, déclarant qu'il savait obéir. Cette armée s'était vue enfermée dans Metz après trois grandcrj batailles livrées le 14, le 16 et le 18 août, et toutes les trois brillantes et heureuses. Cette armée avait devant elle celles du roi et du prince Frédéric- Charles.

Le comte de Palikao, d'accord avec le conseil des ministres à Paris, jugea que la première opération à effectuer était de mettre le duc de Magenta à même de se porter, par une marche rapide et intelligente, au secours de Bazaine, et d'opérer sa jonction avec les troupes de Metz. Une fois la jonction faite, une fois Metz débloquée, les deux armées françaises réunies, ayant en ligne près de deux cent quatre-vingt mille hommes, pouvaient, en agissant suivant les éventualités, défier les forces allemandes.

Ce plan, qui paraît sage, n'était pas à ce qu'il paraît celui de M. Thiers, pour un motif ou pour un autre, et l'Empereur fut du même avis que l'éminent historien. Tous deux voulaient qu'on abandonnât le maréchal Bazaine, pour l'instant^ à ses propres forces, et que les cent vingt mille hommes de Mac-Mahon se repliassent de Ghâlons sur Paris pour couvrir la capitale, oubliant qu'une place assiégée est toujours prise, dans un temps plus ou moins long, si elle n'est secourue de l'extérieur. Cette divergence d'opinions fit perdre le temps le plus précieux. Le duc de Magenta ayant reçu de Paris Tordre de marcher sur Dun, d'y passer la Meuse avant l'entrée en ligne, contre lui^ de l'armée du prince de Prusse, alors encore éloigné et au sud, se mit en marche de Châlons sur Reims. Il devait pousser rapidement sur Dun, tourner l'armée du roi ou la surprendre dans ses cantonnements et donner la main à Bazaine, puis, réuni à l'armée du Rhin, culbuter successivement les armées prussiennes. Mais dès le premier jour de son mouvement, l'Empereur, pesant

sur les déterminations du duc de Magenta, porta ce dernier à rétrograder. Le maréchal de Mac-Mahon n'osant toutefois se décider soit à reprendre sa marche sur Metz, soit à contrevenir à ses instructions en se dirigeant sur Paris, s'arrêta, télégraphia pour demander au ministre ce qu'il devait définitivement faire et perdit le temps le plus précieux. Le comte de Palikao, qui croyait le prince de Prusse distancé, fut pris d'un désespoir profond, en apprenant les indécisions du maréchal. Il se rendit chez l'Impératrice régente, pour lui signifier que si l'ordre donné au maréchal de se porter sur Metz n'était pas exécuté immédiatement, il afficherait dans toute la France que l'Empereur était la cause des désastres qu'il prévoyait devoir résulter forcément des retards apportés à la réunion des deux armées.

Les ordres les plus précis furent de nouveau adressés au duc de Magenta^ mais plus de vingt-quatre heures étaient perdues, et l'armée de Ghâlons n'allait pas recevoir une impulsion assez vigoureuse pour réparer ce trop long retard.

Je vais faire connaître maintenant la marche des divers corps sur Sedan. Mais avant, il me reste à ajouter qu'en présence des fâcheuses tergiversations du maréchal de Mac-Mahon, le comte de Palikao avait donné l'ordre au général Vinoy de se mettre en marche avec son 13® corps pour appuyer le mouvement sur la Meuse et menacer les derrières de l'armée du prince royal, en évitant toutefois de trop s'engager. Le 13® corps devait manœuvrer de façon à appeler sur

— lor —

lui une partie des troupes allemandes à la suite du duc de Magenta, sans se laisser couper de Paris, ce qui fut exécuté par son chef de la manière la plus intelligente.

Le l^'* corps entièrement refait, par les renforts envoyés de Paris, ayant reçu des effets de linge et chaussure, des sacs, etc., se mit en marche sur Gourcelles, près Reims, le 21 août, et le 23 de Gourcelles sur Reth^l, dans la direction nord-est. Mais, au lieu de faire en un seul jour les 23 kilomètres qui séparent Gourcelles de Rethel, les troupes mirent quarante-huit heures à les parcourir, absolument comme si la première de toutes les conditions pour atteindre le but n'était pas une marche rapide, permettant de gagner l'ennemi de vitesse.

Le 5® corps avait remplacé le 1®^ au camp de Ghâlons; il arriva le 21 au soir à Gourcelles, fit séjour le 22 à Reims et se porta le 23 à Selles-sur-Suippes, par Pont-Faverge, à quelques lieues sur la droite du l^'' corps. Le 7®, arrivé le 22 au camp de Ghâlons, suivit le mouvement général ainsi que le 12% l'un à la droite du 5^ et l'autre à la gauche du l^^

L'ordre de bataille pendant cette marche était donc celui-ci :

Les 5® et 7^ corps à droite, le 1^^ au centre, le 12^ à gauche. L'Empereur, sa maison se tenaient avec le l^"* corps. Le 25 août, l'armée et le quartier général firent séjour, le i^'' corps à Rethel, le 5^ à Amagne (10 kilomètres plus loin au nord-est); le 5^ corps passa en avant-garde. G'est probablement ce jour-là

que les tergiversations dont j'ai parlé se produisirent, car il y eut un temps d'arrêt dans la marche déjà trop lente.

Le 26, le 1®^ corps avança de quelques kilomètres et gagna Tourteron au nord-est, vers la Meuse, mais plus dans la direction du nord que ne l'est la ville de Dun indiquée primitivement comme objectif. On allongeait sans doute la ligne vers Sedan, dans la crainte que les Allemands ne se fussent rapprochés de Dun pendant le temps perdu. On n'avait pas tort : .l'ennemi, en effet, sans tergiversation, lui, sans hésitation, se portait sur la Meuse, à marche forcée.

Le 5^ corps fit, ce jour-là, un trajet à peu près égal à celui du l^"* corps, une vingtaine de kilomètres, pour se rendre au Ghesne.

Le 7^ vint bivouaquer à Vouziers ; les divers corps étaient alors éloignés l'un de l'autre d'environ 12 à 15 kilomètres.

Le 27 août, le 1®^ corps partit à trois heures du matin de Tourteron pour le Ghesne, et y arriva à dix heures^ ayant parcouru douze kilomètres. Le 5^, abandonnant le Ghesne à la même heure et marchant toujours en avant-garde, se rabattit vers le sud-est, sur Boultaux-Bois^ prévenu qu'il allait peut-être se trouver en face de Tennemi. Il se dirigea de nouveau sur le point primitivement assigné de Dun-sur-Meuse.

Le 7^ corps se porta de Vouziers sur Grand -Pré; puis, dans la même journée, revint à Vouziers, ayant parcouru inutilement deux fois 12 kilomètres, sans avancer d'un pas. Le 12® corps se rapprocha du Ghesne.

Cette m arche vers le sud-est, après celle de la veille vers le nord- est, ne se comprend plus. Si l'on voulait franchir la Meuse au nord de Dun, et si Ton se rapprochait dans ce but de Mouzon et de Sedan le 26 août, pourquoi s'en éloignait-on le 27 en descendant vers le sud? Si le mouvement sur le sud était dangereux le 26, à plus forte raison l'était-il le 27, puisque l'ennemi avait gagné vingt-quatre heures que Ton semblait prendre à tâche de faire perdre à l'armée de Ghâlons. On eût dit vraiment que le but à atteindre était d'annihiler toute l'avance que nous pouvions avoir.

Le 27 août, en effets l'avant-garde de l'armée du prince de Prusse se trouvait à quelques kilomètres du 5® corps, lequel, comme je l'ai dit, formait alors l'avant-garde. On n'avait plus que bien juste le temps nécessaire, en forçant la marche, pour prévenir les Allemands au passage de la Meuse.

Vers trois heures, le 5^ corps commença son mouvement du Ghesne sur Boult-aux-Bois, se rapprochant de Vouziers et du 7^ corps. On donna Tordre de laisser les bagages, parce qu'on marchait à l'ennemi. Les colonnes franchirent successivement Ghâtillon, Belleville , Boult-aux-Bois , et arrivèrent à Briquenay (12 kilomètres du Ghesne) vers dix heures du matin.

L'ennemi occupait déjà en force les positions du Qrand-Pré à Buzancj et les bois qui s'étendent contre ces deux points. Le 12^ de chasseurs à cheval et le 4® de chasseurs d'Afrique, ce dernier détaché de la réserve de cavalerie au 5^ corps, font aussitôt une

reconnaissance offensive, tandis que les troupes occupent Briquenay. Le 12® de chasseurs à cheval de la brigade de Bernis a un engagement avec les avantpostes prussiens. Quelques cavaliers se montrent au loin, et les dispositions de combat sont prises en arrière du village de Briquenay. Après deux heures d'attente, Tennemi ne se présentant pas, le 5® corps rétrograde par la route suivie le matin et vient bivouaquer à la tombée de la nuit à Ghâtillon, à 5 kilomètres sud-est du Ghesne. Comprendra qui pourra ce mouvement qui fait perdre encore une journée précieuse, sans nul avantage.

J'ai dit que le même jour, 21 août, le quartier général et le 1^^ corps se trouvaient au Ghesne. Il n'était donc pas possible au maréchal de Mac-Mahon qui avait vu la route vers la Meuse coupée au sud par Tennemi, d'ignorer le danger que son armée allait courir, s'il ne se hâtait de remonter au nord-est pour franchir la rivière vers Mouzon ou vers Sedan. 11 semble, d'après cela, que tous les corps n'avaient qu'à marcher rapidement vers le nord-est et que les ordres les plus positifs devaient être donnés en conséquence. Il n'en fut rien cependant. Le l®"^ corps resta au Ghesne jusqu'à midi et parcourut douze kilomètres dans sa journée pour se rapprocher de Mouzon, point qu'il était si facile de lui faire atteindre et où il pouvait passer la Meuse; le 12® le suivit; le 7® fit 8 kilomètres à peine pour venir do Vouziers à Quatre -Ghamps, tandis que le 5® redescendit vers Buzancy, sans doute pour arrêter les Allemands.

Il est difficile de se rendre bien compte du mouvement de ces quatre corps pendant cette journée du 28 août. Le maréchal eut-il la pensée de gagner la Meuse et de la franchir à Mouzon pour atteindre ensuite Garignan sur la Ghiers? Soit, mais alors il fallait mettre en mouvement, dès le matin, les 1^^, 12®, 5® corps sur Stonne et donner l'ordre au 7® de barrer la route du Ghesne à Buzancj à l'avant-garde ennemie, en ne s'engageant que pour protéger le mouvement et franchir lui-même la rivière en combattant. Voulut-il essayer de battre l'avant- garde allemande et de la jeter à la Meuse avant l'arrivée de ses forces principales? Soit, mais alors il fallait concentrer ses quatre corps vers Buzancy, enlever cette position et gagner Dun-sur-Meuse.

Il m'est vraiment impossible de voir dans les opérations du 28 août autre chose qu'un tâtonnement, un décousu dont on ne peut s'empêcher de reconnaître les fatales conséquences, en ce qui concerne la marche de l'armée de Ghâlons.

Le 28 donc, le 5® corps se porta à Belleville. Voici comment un officier de la division Gujot de Lespart raconte cette journée et celle du 29, assez peu connues jusqu'à ce moment :

«t Nous nous dirigeons à gauche. Arrivé devant Autruche, tout le corps d'armée prend de nouveau un ordre de bataille sous une pluie battante qui n'a pas cessé toute la journée. Vers trois heures de l'aprèsmidi, l'ennemi ne s' étant pas montré^ on se met en route dans la direction de Saumanthe^ au nord-est.

Pendant cette marche, quelques tirailleurs sont envoyés sur la droite pour fouiller les bois; quelques éclaireurs ennemis sont signalés; nos mitrailleuses se font entendre pendant quelques instants. Tout rentre ensuite dans le silence, et notre marche continue. Nous descendons à Vaux-en-Dieulet et arrivons par des chemins presque impraticables à Bois- des- Dames (petit village de cent cinquante à deux cents habitants). Il était environ sept heures du soir. Le village était occupé depuis la veille par cent cinquante cavaliers prussiens qui avaient fait des réquisitions, qu'ils avaient conduites au camp ennemi. A notre approche, ils avaient évacué le village, abandonnant quelques voitures d'approvisionnements, qui nous sont distribués. Un bataillon du 68^ est envoyé en grand'garde sur les hauteurs qui séparent Bois-des-Dames de Nouart; ce bataillon tiraille jusqu'à la nuit^ quelques pièces de montagne lui envoient des obus.

» Le lendemain matin 29, nous recevons l'ordre de nous mettre en route sur Nouart pour marcher sans doute sur Stenay. Il était onze heures du matin. Un régiment de lanciers part en avant ; nous étions en colonne de route lorsqu'une batterie, placée à environ 3 kilomètres de nous, sur la route de Nouart à Stenay, dirige un feu assez vif sur nos régiments qui, d'après les ordres du général de Failly, courent prendre position dans la direction de Nouart et au village de Ghampy, qui se trouvait à environ 1,500 mètres du bois de Belval, occupé par l'ennemi. Pendant que l'artillerie continue son feu, Tinfanterie ennemie sort

de ce bois et vient se mesurer avec la nôtre. Trois ou quatre régiments s'engagent de part et d'autre. Nos tirailleurs dirigent un feu très-vif sur ceux de l'ennemi. Le 17® de ligne (brigade de Fontanges) supporte à Ghampy le principal effort, il a sept officiers hors de combat. Une forte colonne essaie d'enlever ce village criblé d'obus. Vers trois heures, nous recevons l'ordre de battre en retraite, nous repassons le petit ruisseau que nous avions traversé au début, nous venons occuper les hauteurs en arrière, sans être inquiétés, et nos batteries d'artillerie, établies sur le plateau, situé derrière Ghampy, canonnent jusqu'à la nuit les troupes allemandes qui défilent toute la soirée sur la route de Buzancj à Stenay, à 4 kilomètres de nous. A la nuit tombante, les troupes allumaient les feux et s'apprêtaient à faire la soupe, mais à huit heures du soir nous laissons par ordre nos feux allumés et tout le corps d'armée se met en route pour Beaumont, avançant avec grande difficulté. On s'en fera une idée, en sachant que nous sommes arrivés à Beaumont à quatre heures du matin seulement, ayant parcouru 10 kilomètres en huit heures. »

Tandis que les 28 et 29 août, le 5® corps devenu, d'avant-garde qu'il avait été, l'arrière-garde de l'armée de Ghâlons, se mesurait avec l'ennemi sans désavantage, le 1®^ corps gagnait Stonne, puis Raucourt, parcourant une vingtaine de kilomètres en quarante-huit heures ; le 7® se poilait, le 27, de Vouziers à Qaatre- Ghamps (six kilomètres) ; le 28, de Quatre-Ghamps à Oches (dix kilomètres au nord-est) , entre Buzancy

et Raucourt. Le 12® s'approchait de cette dernière ville. Le soir du 29 août, l'armée était donc disposée de la manière suivante :

Le 5® corps à Beaumont (6 kilomètres de Mouzon, tout près de la Meuse) ; le 7® corps en arrière à droite, à^ Oches, à 4 kilomètres de Beaumont; le 1®^ corps au centre, à Raucourt, à 10 kilomètres d'Oches; le 12® corps près de lui à la gauche.

Depuis que l'ennemi était signalé de façon à ce que nulle incertitude ne fût plus permise sur la rapidité de sa marche, l'armée française avait parcouru, en plusieurs jours, quelque chose comme de six à huit lieues!

Page 1