Racine, préface des Frères ennemis
l'Espagnol; et de plus, cette critique de Racine est assez déplacée dans la bouche de Fauteur à'Athis et des Èglogues^ pour ne rien dire de la sixième Namelle française. En accusant Bajazet, Serrais fait le procès à Eurilas, et si Roxane est condamnée, je crains fort pour Timarette : Segrais ne pçut se refuser à cet aveu. Qu'après, cela, il croie le poëte des Horaces échappé des Cornéliens àe Rome, rien de mieux. On lui applaudira même de se lever par vénération à l'Académie devant un poëte qui est un prodige à ses yeux. Avant de lire la poétique d'Aristote, il a composé ses plus belles tragédies, véritable merveille au jugement des érudits du dix-septième siècle. La nature seule agit en lui; il ignore l'art de la versification, et il fait les plus beaux vers ; il atteint au sublime sans se hausser, et rencontre, à son insu, d'admirables conceptions dont il ne sent pas le prix^ Tous ces témoignages sont fondés, et attestent dans Corneille un génie extraordinaire. Mais à quoi bon chercher à exalter sa gloire en rabaissant celle de Racine? Et parce que ces deux grands poètes ne se ressemblent pas, faut-il en humilier un? « Les cabales ne servent de rien pour faire valoir des ouvrages *, » ni pour les déprécier. Aussi Racine est et sera toujours admiré, en dépit des malencontreuses prédictions de Mme de Sévigné et de Segrais. Il eût été digne de Corneille de proclamer le génie de Racine, comme Racine devait un jour rendre publiquement hommage à celui de Corneille. Mais ce descendant des héros de Rome avait ses faiblesses. Les pièces de Molière dont les scènes ne sont jamais trop sérieuses ( défaut des comédies de Corneille), et où tout ressent la comédie, lui donnaient de la jalousie. «Mais il avait tort*. » Segrais pouvait apprécier de même les sentiments de Corneille à l'égard de Racine, et lui-même aurait dû s'efforcer de détourner un si grand homme de ces mouvements d'envie, au lieu d'adresser à son rival des