Portrait de Larochefoucauld par lui-même
toutes ses matières. » C*est là son moindre défaut, et quand même il laisserait plus à penser, il laisserait encore beaucoup trop à critiquer. Après tout, dit Segraîs, avons-nous de meilleures épopées que la Pucelle ? Il est vrai, le M6î$e, ce monstre héroïque et pastoral, poëme sacré calqué sur V Adonis j Je Saint-' Louis avec ses inventions d'imagination brûlée, •le Cloms et les autres ne valent pas mieux. Une belle traduction en vers d'Homère ou de Virgile aurait mieux valu. La modestie interdisait àSegrais d*en juger ainsi, mais c'était l'avis de Saint-Évremond, et cet avis était fondé.
Segrais, si débonnaire à l'endroit de Chapelain, ne pouvait l'être moins à l'égard de Ménage , son meilleur ami. « C'était un grand personnage, quoi que ses envieux en aient voulu dire. > Il n'entendait pas les finesses de la poésie comme Mme de Lafayette, son élève; mais qui fera jamais d'aussi bons vers grecs et italiens ? Le Tasse pouvait seul hii disputer le prix de la poésie italienne ; et encore, il n'eût pas fallu que ce fût par-devant le tribunal de Chapelain, de peur d'une nouvelle méprise ^ Les hommes de goût savaient mieux distinguer les vers français de Ménage de ceux de Malherbe ou de Voiture ; et Segrais a beau déclarer « achevés » les ouvrages de son ami, il trouve aujourd'hui de nombreux incrédules. Non-seulement on n'est pas tenté d'apprendre ses poésies par cœur, ce qu* est, selon Malherbe, la pierre de touche des beaux vers ; mais on ne se condamne pas même à en achever la lecture. Mademoiselle avait coutume de dire qu'elle ne mentait jamais, mais se servait de son imagination au défaut de sa mémoire. Ménage, poète, a perdu ses lecteurs pour avoir trop souvent fait le contraire.
Mme Deshoulières, plus heureuse, en a conservé un bon nombre , et l'on s'étonne que Segrais ne la nomme nulle part. Elle était pourtant l'amie de ses amis, et ne témoignait pas aux poètes nouveaux une sympathie capable de refroidir