La société française d'après le Cynu, H, J
Segrais à $ùû égard. Où donc c^rcher la cause de ce 8i«lence ? « A peine peut-on imaginer une vérita|)le amitié en^ tre Alexandre et César, Scipion et Annibal, entre Gicéron et un fameux orateur. Ils sont rivaux plutôt qu'amis ; mais la vertu militaire de Scipion s'accommodera de la sagesse et de la douceur de Lélius; Gicéron, le plus habile qui ait jamais été en l'art de parler, trouvera son compte en la personne d'Atticus, qui n'est pas moins excellent en l'art de se taire ^ » Gette remarque spirituelle et maligne donne d'abord à réfléchir ; mais bientôt la candeur bien connue de Segrais fait rejeter une supposition si peu flatteuse, surtout quand une date peut éclaircir le mystère. La touchante idylle qui, sur toutes les auti*es, a fait à Mme Deshoulières la réputation de Muse pastorale, est de 1693. Or, Segrais, en 1693, avait achevé tous ses ouvrages; et en 1668, quand il faisait, dans ses notes sur YÉnéide^ l'état de la poésie française, la protégée du duc de Nevers n'était qu'une dame bel esprit , fort goûtée du Mercure^ et auteur de petites pièces galantes, chagrines, ou morales, mais peu champêtres*. Elle ne s'était emparée d'aucun genre où elle exceUât, et suivait le sentier facile de la poésie frivole. Segrais avait donc le droit de ne pas la nommer parmi les écrivains les plus illustres en chaque genre de poésie. Aujourd'hui, ne pas lui donner un souvenir dans une étude sur la pastorale, serait une injustice. Quelques-uns même, au temps de la Harpe, reprochaient à Boileau d'avoir loué Segrais au préjudice de Mme Deshoulières. Le critique répond très-bien à ces galants regrets, et reconnaît dans le poète des Églogues un poète plus véritable, un auteur plus vraiment bucolique, que n'était celle dont troi^dylles et une églogue (celle d'Iris) , composent la couronne poétique et pastorale'. Racan méritait mieux que Mme Deshoulières les hommages de Segrais ; aussi l'auteur
1. Convertaîions de Mlle de Seudéry, l, 123. — 2. Cf. p. 232. 3. La Harpe, Court de liUér.j VI, 404.
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des NcuoMéi firemçat$es dite phisiews de ses nan dans 9ùn plaidoyer en f&feur de la vie champdtfe. Rappder à cet ext^ droit les poésies pastorales d'un rival, c'était les loo^.
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GHAPITM n.
L JUGEMENTS DE SEGIUXS SUR I.SS l^GRIVAINS DU PASSÉ. II. PBJÊ7ÀGE ET tfOTES DE {.'iÉNÉIDE.
Ici se termine la galerie des auteurs contemporains criti« qnés par Segrais. Recueillons de même ses jugements sur les écrivains du passé. CSomme les passions du temps ne les lui ont pas insq[)iréS9 ils sont en général pleins d*éqnité et dQ goût. Ainsi, autant il a témoigné de dureté à Boileau, le des* âruoteur en chef des méchants principes de la vieille école, autant il a plaisir à rendre justice h Malherbe* Il lui recon^ naît « cette délicatesse d*oreUle, qu'il a eue le premier, » et qu'atteste l'harmonie justement louée de ses vers ; ses oo^ yrages lui plaisent infiniment, et 11 les sait presque par cœur. Malherbe a fait tous les poètes qui l'ont suivi.... Quelle différence de Tétat où il a trouvé la poésie française à celui où il l'a laissée* ! Et cependant les mauvais poètes, victimes cte Malherbe, avaient attaqué le réformateur, comm^ la vieille école attaquait Boileau. Segrais n'aurait-il pas dû hke cette réflexion, et préjuger de l'avenir par le passé?
Montagne est aussi très-bien apprécié. « Il sera toujours