egr.,p
agréable et tai^ours lu. » MM. de Port*Royal, avec laulr rigorisme, ont perdu leur pdue à vouloir le décrier. Qu'Us flétrlsse&t à leur aise, afin de le rendît) « odieux, • sa < vanité crimineUe S » son horrible effronterie à représenter ses défiants, et son effroyable libertinage. On les laissera dire, et l'on n'en pensera pas moins, avec Mme de la Fayette, gu' « il y afvait plaisir d'avoir un voisin comme lui. » Il a bcmne gr&ce à nous entretenir de ses imperfections, et cette ingénuité sent mieux son honnête homme que la gravité afle<^ et l'ostentation de vertu du précepteur de Néron*.
Yoici qui vaut mieux que des médisances contre Sénèquo: « Le langage est changeant et passe, mais l'esprit et le boh sens d^ns les écrits demeurent, et c'est ce que l'on y cherche : c'est pour cela qu'on lit aiqourd'hni Blarot et même ftabelais et le Cathelkcn <t Espagne. » Ailleurs, il revient à la Satire ménippie, et l'esthne, avec le Don Quiohoue^ la meilleure satire des derniers temps. Quant à Cervantes, on sait combien Segrais l'admirait. Dn jour, il en faisait la lecture devant Saint-Évremcmd ; celui-ci se mit à dire : « Voilà un auteur bien impertinent, il n'y a pas de suite dans tout ce qu'il dit. » Segrais répondit à son compatriote qu'il en parlerait autrement» quand il l'aundt lu avec attention, c (Tétait un grand génie, > ajoute Segrais; grand, m effet, et moins encore par la force comique que par la profondeur de la raison. L'inquisition avait empêché Gervwtes de faire Fouvrage divertissant à son gré, mais non d'y laisser paraître toute l'étendue de son bon sens. De là cette satire des detdc grands ridicules qui marquent le plan du livre, la manie des romans chevaleresques et celle des pastorales. Ce dernier trait effleurait Va.\j^\xt A'Athis. Mais, depuis 1651, Segrais s'était bien amendé; il applaudissait à cette judicieuse critique, comme à « Tadmirable « entretien sur la comédie et la
4. Logique de Port-Royal. Halebnuustnô) J($d^^ih9 (te to vérUé^ H, 940. Pascal, tpictète et Montagne, 2. Préface des Div. Portraitié
Iragë^S ^^t phi^urs traits rappellent de bons vers de Bdleatt. Le goût de SegraiB avait plaisir à jouir de ces beaa^ tés, comme s'ti eût voulu se dédommager des égarements où les passions contemporaines l'a^ient entraîné*
Segrais, également libre de prévention à l'égard des an- ,6ienS) les admire tout à loisir. Avec Théocrite, Ovide et Tacite, c k divin Tacite, dont la suffisance s'est rendue immortelle par ses doctes écrits ', :• Plutarque est un de ses auteurs pré* fàré8« II n'y met pas ses rabats, comme le bourgeois Ghrysale : il le lit, et dans le français d'Âmyot, ce qui lui est plus .commode, sans porter grand préjugée à l'auteur. II aime sur- • tout en lui son art à tracer de vivants portraits. Connattrait^on bien César après la seule lecture de ses Commentaires? On y trouve le politique, le capitaine, mais l'homme même y pateii peu ; « Suétone et Hutarque nous donnent bien mieux •de ses nouvelles. «Ces deux historiens sont merveilleux, et surtout Plutarque est un peintre incomparable. Il marque et désigne si bien ceux dont il a entrepris la vie, qu'il semble que nous les voyons, que nous leur parlons et que nous vivons av^ eux dans une familiarité très-étroite. Enfin c'est .par son entremise que nous les connaissons à fond, et qu'ils n'oat rien de secret pour nous*. »
Nous void arrivés à l'auteur dont Segrais s'est le plus nourri, Yirgfie. Un des premiers soins de Segrais est de justifier Énée èss <^jectiôns que lui adressait l'esprit galant et romanesque du dix-septième siècle. « L'aversion qu'on a conçue pour ce héros a été si loin, qu'on l'a poussée jusqu'à dire que le poète l'avait fait timide. » Segrais répond : c Ur sez Ylliade^ Usez V Enéide; vous y trouverez des v«*s comme ceux-ci : proxima quxque metU gladio..^. Qu'on pèse seule-' .ment ces paroles et mille autres semblables, par lesquelles le poète marque si noblement quelles étaient kt magnanimité
h Don Quichotte j 1,441. —2. Bérénice, H, 683. 3. Préface de Dit?. Portraits,
et la Taleur de son héros» et l'on e(m viendra sans doute ne cède en rien aux ptus b9:ams AmadisK » Les admiratrars des romans héroïques ne se rendent pas encore. Ënée a hwa être brave avec ses armes enctiantées, et Tintré^dité est &h cile, quand elle n'expose à aucun dangei*« c II n'est pas né* cessaire de se faire tuer ou de revenir estropié d'une baiaHle^ pour acquérir la réputation de brave. » £née est brave ; il ignore si ses armes sont impénétrables, et.d'ai))eurs« il a dè« puis longtemps fait ses preuves, comme le jour où it a r^KH lûment pénétré dans les enfers, où tous les monstres qui se jetaient à sa face étaient bien propres à l'étonner.
Sur le grief de timidité, Segrais a cause gagnée. Mais l'a* bandon de la reine de Garthage? Gela n'est guère d'un héros, ni même d'un calant homme. Les ]K>nnètes gens du dixseptième siècle applaudissaient à ces i^rs de du Ryer :
Pour obtenir un bien si grand, si précieux,
J*ai fait la guerre aux rois, je l'eusse faite aux dieux*.
Ënée, tout au contraire. Il est le pieux Ënée; il doit obéir aux dieux et quitter Garthage. A défaiit des suffrages des
1. Préface, 35, 42. Le 8 juillet 1663, Mme de là Fayette écrivait à Segraiset àHuet, alors à Caen: « C*est à M. de Segrais et à vous que s'adresse cette lettre. Ma paresse ne veut point désunir ce queFamitié a joint, et pour cela elle vous met ensemble. Elle ne fait que croître et embeIRr, ma paresse.... Je prends néanmoins la liberté de lire Virgile, tout indigne que j'ensuis. Mais si vous, monsieur son traducteur, vous rendez Ënée aussi peureux et aussi dévot qu'il est, je crois qu'il faut l'envoyer cacher, plutôt que de le mener faire la guerre en Italie, et l'envoyer à vêpres au îiett de le conduire dans la grotte avec Didon.». Je vous ai oublié aujourd'hui toutuet. J'étais allée chez Mme de Choisy pour lui parler de vous. Il y est venu une demoiselle qui arrive de Pologne. Je l'ai fait parler polonais, et cette langue m'a fait si peiur que j'ai oublié tout oe que je voulais dire. J'ai appris une chose de cette langue qui n'est, je crois, en nulle autre. Le mot qui signifie homme et celui qui signifie les hommes n'ont non plus de resfiemblanca que s'ils signifiaient des choses qin u'eussent aucun rapport. Je vous apprends ce que j'ai appris aujourd'hui. On profite toujours de quelque chose avec nous autres beaux esprits. Je suis très-humble servante des vôtres. » De la Vergue. (Mss de la Bibl. imp., S. F., 15188.)