‹ Segrais, sa vie et ses œuvres: sa Vie et ses ŒuvresChapitre 125 sur 138 · Molière ne parut sur les thé&tres de Paris qu'en · texte numérisé non relu

Molière ne parut sur les thé&tres de Paris qu'en

« C'est un très-beau poéiBe, et il me plail beaucoup. » Qui des deux a raison ?

Il serait diflieile de ne pas remarquer dans Tépopée grotesque de Scarron beaucoup de traits d'excellent comique (£• ch. Conseil des dieux) et de naïveté |)laisante (1" ch. Discours de Cyprine); plus d'un récit ou discours où éclatent une ardeur belliqueuse, une énergie de langage dignes d'une plus noble matière (2<' ch. Encélade à Typhon. Combats, passim). Les beautés de détail, les peintures vives et poétiques y abondent ; on en louera encore la verve soutenue et la composition. Mais après cela, que de restrictions à faire, et comme Bbileau, à tout prendre, avait raison de s'irriter de voir un vrai poôte gaspiller son talent d'une façon si misérable! — Scarron est inimitable, dites-vous ; on vous l'accorde, mais ajoutez qu'il faut se garder de l'imiter. Qu'importe que le Typhon soit un excellent poëme burlesque ? Un poëme burlesque est toujours une méchante œuvre, une œuvre d'un genre essentiellement mauvais: verve, esprit, force poétique, rien ne peut prévaloir contre un vice si radical. Il n'est donc pas étonnant que la colère inspirée à Despréaux par la vogue insensée du burlesque, lui ait fermé les yeux sur les mérites réels du poème de Scarron. Mais Segrais de son côté s'est fait illusion sur la bonté absolue de l'ouvrage. A l'exemple de Sorel, de Mlle de Scudéry, de Pélisson et de Guéret,il aurait dâ, tout eu rendant hommage à l'incontestable talent de l'auteur, juger sévèrement le genre où il s'exerçait. Au lieu de cela, il se laisse toucher aux beautés poétiques du Typhon, sans se demander si ces beautés sont légitimes ; il oublie que dans les arts, comme en morale, il y a des objets que jamais le talent du peintre ne saurait justifier d'embellir.

Scarron, dit Segrais, estimait avec raison la Gigantomachie son chef-d'œuvre. Nos deux amis auraient mieux fait de réserver cet éloge au Roman comique. Segrais en bl&mait le sujet: «Le roman comique de Scarron n'a pas un obîet re-

levé ; Je ie lui ai dit à luinsième. Il 6*aiimiie k t^ritiqii^ les actions de quelques comédiens ; cela est trop bas :

Aude aliquid brevihus Gyatis et carcere dignum^, i

G'^t précisément ce que fit l'auteur daus sa Mazarinade^ et peut-être l'ouvrage aurait-il eu la sanction peu enviable dont parle Segrais, s'il n*eût été trop cruel de faire transporter un pauvre infirme en prison. Mais, si dignes des verrous que soient ces outrageantes diatribes, le Ronmn comiquô vaut encore mieux. Selon les règles de Segrais lui-même, le but du roman est de divertir par des imaginations vraisemblables et naturelles. A. ce compte, l'œuvre de Scarron est bonne» malgré l'humble condition des personnages. Elle est même supérieure aux histoires précieuses ou romanesques du dixseptième siècle. Ici, plus de fades galanteries ni d'incroyables prouesses, mais des scènes de la vie commune finement observées, gaiement décrites, et < avec des naïvetés incomparables. «Les héros de Scarron sont un peu déguenillés, je l'avoue ; ils rappellent ces spirituels débraillés, poètes amis de la gausserie et des pots, très-peu de la maréchaussée, que le dix-septième siècle avait d'abord assez bien accueillis, puis renvoyés mourir dans leur grenier. Hais si l'objet de l'au* teur comique est de peindre la comédie humaine, pourquoi réservera des privilégiés le droit d'en jouer les rôles? Est-il nécessaire d'être grand seigneur et titré pour jouir de l'avantage de prêter à rire f Chez Molière, Orgons, Sganarelles, bûcherons ou bourgeois, comtesses et marquis, sont bafoués de compagnie. Scarron pouvait de même mettre en scène une troupe de comédiens, sorte de bohème ambulante. Ce sujet n'était pas si mal choisi, et l'auteur l'a fait encore valoir par la manière dont il l'a traité. S'il avait toujours écrit de pareils ouvrages, chacun dirait avec Segrais : « Despréaux a eu tort de décrier si fort les ouvrages de Scarron *• » Mais il

t. Segr., p. 130. Ce vers était comme la deyise de P.-L. Courier. 2. Segr., p. !•

n'en a pas été ainsi, et en âê<;rlant le poète burlesque, Des'préaux a en raison.

Parmi les onTrages cités dans les Nouœlla franfoms, crax qui, jusqu'ici, ont arrêté notre attentioUi sont les romans antérieurs à ieô6» ÏH$ptaméron, VAmariUis^ les Vimnnaùts et les œuvres de Scarron* Terminons cette revue par un mot sur QorneUlet Segrais, comme afin de marquer trois des principaux titres de sa gloire» parle de YAndromàde^ du Cid et du MentêWj trois pièces qui, du premier coup, donnaient des modèles de comédie, de tragédie et d'opéra tragi*co» mique. Au moment où Fauteur des NouveiUt flrançêisei les mentionnait, Corneille avait prodmt tous ses chefs-d'œuvre. Il devançait MoUère, préparait des voies nouvelles au futur auteur à^Àrmidê^ et comme Racine n'était pas encore venu le contraindre à partager le sceptre de la scène, il y régnait en souverain.

Le soleil s'est levé, disparaisses étoiles !

Ces étoiles étaient d'obscurs auteurs de comédies ou de pastorales comiques, Desmaretz, Scarron^ et des poètes tragiques^ tels que du Ryer, Scudéry, Tristan et Boyer. Les plus distingués de ces poètes comparses, si on les oppose au prince de l'art dramatique, étaient Rotrou, l'auteur de Wenceslas (1647); Thomas Corneille * qui, depuis 1656, commença de s'élever au-dessus de sa comédie de Dom Bertrand, dtée dans les Nouvelles françaises^ et Benserade, connu pour ses vers mêlés aux ballets, avant que Quinault n'eût Theureuse inspiration de demander à l'opéra les succès que la tragédie sérieuse lui refusait (1672).

En dehors de la scène, où entêtait la république des lettres vers 1656 f Ghapdain, < le {dus grand poêle français qui ait jamais été, et du plus solide jugement *, » la remplissait du

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bruit de sa PuceUe, imprimée cependant l'année même (1 656). C'est dire que Boileau était alors à peu près inconnu. La cour ne pouvant encore s'amuser aux contes de la Fontaine (1664), ou s'attendrir aux nouvelles de Mme de la Fayette, lisait YHeptaméron de Marguerite de Navarre, les Tragiques de Bandel, traduits par Pierre Boisteau et Belleforest', et l'interminable lignée du roman de Durfé. La poésie lyrique était assez bien représentée. Sans parler de la renommée encore toute vivante de Malherbe, les pastorales et comédies, mêlées de stances, les chansons, l'élégie sous ses formes variées*, en avaient entretenu le goût, et Corneille lui donnait un accent d'une beauté singulière dans le Cid et Polyeucte. La poésie légère florissait mieux encore avec Pélisson. Sarrasin, Benserade,Scgrais, héritiers de Voiture. Enfin, Racan et Segrais chantaient avec douceur et naïveté les amoureux loisirs des bergers. Tels étaient les auteurs en possession des suffrages de la cour vers 1656. Corneille à part, qui vaut à lui seul une armée comme rAchiile d'Homère, tous ces écrivains formaient un bataillon assez faible, et le siècle de Louis XIV n'aurait pas été peut-être comparé à celui de Périclës ou de Léon X, si, dans la suite, de grands génies ne s'y étaient ralliés. Avant eux, l'esprit, les talents n'avaient pas fait défaut, mais le goût était médiocrement formé. La verve remplaçait la mesuré, et là fantaisie la saine raison. En un mot, c'était une littérature de formation, à demi chancelante et incertaine. Nul doute qu'elle ne fût de beaucoup supérieure à celle qui l'avait précédée ; mais à la tragédie et à l'églogue près (car c'est l'honneur de Segrais d'avoir d'abord vaincu ses futurs rivaux), elle n'avait pas encore produit les plus beaux fruits dont elle était capable'.

1. Sept volumes m-16, Rouen 1604 {Segr.y p. 129). Belleforest appelle ces histoires « tristes-plaisantes. »

2. La Solitude, une des meilleures pièces de Saint -Amand, est citée dans les Nouvelles françaises,

3. Ce tableau des lettres françaises dans^ la première moitié du siècle n'a pas la prétention d*ôtre complet. On Ta lait à ce point de vue particulier:

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