‹ Segrais, sa vie et ses œuvres: sa Vie et ses ŒuvresChapitre 14 sur 138 · Nouvelles françaises f V vol., p. 15 et · texte numérisé non relu

Nouvelles françaises f V vol., p. 15 et

aux plaisirs de la société qui l'entourait. Il les partageait» et« en les partageant» il y ajoutait. Car un galant homme si poli n'avait rien de commun avec ces musiciens qu'il faut laisser de côté» disait le comte de Fiesque» dès qu'on n'a plus besoin d'eux , comme eux-mêmes , le concert fini « remettent leuis instruments dans l'étui. Segrais n'avait pas besoin de rimer pour plaire, et lesgr&ces de son esprit lui assuraient un continuel agrément. Je ne parle pas seulement des dame& qui avaient accompagné la princesse dans son exil» entre autresi les comtesses de Fiesque et de Frontenac » jadis ses maréchales de camp. Mais pouvait^I ne pas plaire à ces femmes distinguées qui venaient tour à tour visiter Mademoiselle» et auxquelles il.donne un souvenir ou un éloge dans ses poésies ? Mme de Monglat, Mlle des Vertus (a"" et 5* églogues), Mlle de Beuvron , la duchesse de Cbâtillon » la marquise de Gamaches» et par^^dessus toutes les autres, la marquise de Sévigné» amie fidèle de l'illustre exilée et amie aussi de notre poêle. Ces dames à Saint-Fargeau viennent chercher une princesse dont la disgrâce les touche, et retrouvent un poëte aimable dont l'esprit les charme et Thommage poétique a de quoi les flatter.

Segrais ne se contentait pas de faire en partie l'ornement du cercle de Mademoiselle. Il lui ménageait à elle-même de nobles passe-temps, et lui inspirait le goût des plaisirs de l'esprit. Bientôt la vie nouvelle de la princesse se ressentit de ce bienfait.

Dès son arrivée au château^ elle avait ordonné de préparer un théâtre où elle écoutait la comédie avec un plaisir qu'elle n'y avait jamais trouvé. Aussi fit-elle venir les comédiens trois hivers de suite, et jouer devant sa petite cour les pièces les plus en vogue à Paris; entre autres, diverses comédies de Scarron , et PAmariUis de Rotrou, habillée en pastorale par Tristan. Le théâtre ne faisait pas de tort à la lecture. « Ce fut en ce temps (1653) que je commençai à aimer la lecture que j'ai toujours fort aimée depuis. >> Mais que lira-t-tUe? Les

romans k la mode » les poésies galantes dont le beau monde de Paris raffole , ne lui déplaisent pas ; mais elle préfère encore les ouvrages solides. Hors les vers, les bagatelles l'ennuient. De même elle recherche surtout la conversation des gens de lettres et d'étude , et trouve peu agréable celle des diseurs de bons mots , qui n'ont que de l'esprit et de la mémoire. Les uns peuvent distraire un moment, et quelquefois réussir à faire passer une migraine : les autres nourrissent de leur fonds une conversation soutenue^ et la rendent instructive et attachante. Mademoiselle n'en était pas pour cela d'humeur triste et pédante. Sans avoir la gaieté parfois évaporée de la comtesse de Piesque , elle savait s'égayer à propos. Ainsi Segrais pouvait lui lire indifféremment YAndromèdeàe Corneille, les Visionnaires de Desmarets ou les Farces burlesques de Scarron, le Cid ou les Contes de Marguerite de Navarre. Puis venait le tour de Segrais lui-même. Car c'aurait été trop de modestie à lui de dire, Clorneille une fois excepté :

Parmi tant de héros je n'ose me placer.

Il n'a pas encore achevé ses Églogues (1658) ; mais il a fait Athis et terminé ses Nouvelles françaises (1656). En lisant ces deux ouvrages à la petite cour de Mademoiselle , il lui rend , à certains égards, ce qu'elle lui a prêté. Les Nouvelles françaises , en effet , sont nées des conversations et des divertissements de la princesse avec ses dames, et l'auteur y rappelle sous le voile transparent de noms et d'événements supposés leurs exploits , intrigues et plaisirs au temps de la Fronde. Dans Atbis^ le poëte compose une galerie de toutes les amies de Mademoiselle, devenues les siennes. Aussi avec quel plaisir elles devaient entendre cette lecture, et le murmure flatteur de la Guigne qui les célébrait I La naïade de ce petit ruisseau apparaît au berger Athis , endormi sur ses rives , et cherche à le consoler. Il erre désespéré loin des Ueux d'où l'exile la

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